‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 72 sur 404 · LE MARÉCHAL DANS L'ESPRIT DU JEUNE ROI · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DANS L'ESPRIT DU JEUNE ROI

« savait, nous serions bientôt vengés de lui-, mais nous ne « savons personne qui puisse mieux que vous le dire. C'est « pourquoi nous vous prions, beau sire, de lui faire connaître t cet outrage » [5252].

Quand Raoul vit où tendait ce langage, il repoussa avec indignation la proposition qui lui était faite. Les traîtres affectèrent de sourire, prétendant n'avoir aucune mauvaise intention à l'égard du Maréchal, et prièrent Raoul de Hamars de leur garder le secret. Celui-ci le leur promit. Toutefois, Pierre de Préaux eut vent de la trahison [5295]. Il en parla au Maréchal, sans toutefois lui nommer les traîtres, l'engageant à prévenir le roi. Guillaume répondit qu'il aurait honte de se défendre d'une pareille imputation ; il préférait garder le silence, persuadé que la vérité finirait par se découvrir [5326].

Pierre se tut. Mais les traîtres ne renoncèrent pas à leur projet. Ils s'adressèrent à un jeune homme appelé Raoul Farci [5367], qui jouissait de la faveur du roi, et le décidèrent, après ravoir fait boire, à porter leur dénonciation au roi, s'engageant à l'appuyer de leur témoignage. Le roi, d'abord, se montra incrédule; mais le valet lui dit : « Sire, je trouverai cinq che- « valiers qui en porteront témoignage » [5418]. Les chevaliers furent mandés et confirmèrent le dire du jeune homme. Le roi fut profondément troublé et ne parla plus au Maréchal [5426].

Le Maréchal comprit alors que Pierre de Préaux lui avait dit vrai. Le roi lui fit bien voir qu'il le haïssait de tout son cœur. On ne tarda pas à s'apercevoir que le Maréchal n'était plus aussi en faveur que par le passé, mais personne ne savait, sauf le roi, lui et les traîtres, la cause de ce refroidissement. Les hommes sages en étaient peines, et leur confiance en le roi en était ébranlée [5448].

Le Maréchal souffrait de la mine que lui faisait le roi, sans qu'il y eût faute de sa part; mais il se fiait en Dieu qui délivre ceux que l'on afflige à tort. Il en supportait mieux sa peine. Il

Marguerite, fille de Louis VII, née en 1157. Aucun historien ne fait allusion à l'accusation calomnieuse dont il est ici question. Au commencement de l'année 1183, le jeune roi envoya sa femme à Philippe-Auguste, ei, depuis lors, il ne la revit plus, étant mort le H juin de cette année, mais les chroniqueurs n'assignent aucune c^ase à l'éloignement de la reine.

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