‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 73 sur 404 · LE MARÉCHAL AU TOURNOI DE GOURNAL · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL AU TOURNOI DE GOURNAL

lui souvenait de sainte Suzanne \ de Daniel mis, sans jugement, dans la fosse aux lions [54 G3], des trois rois que Dieu avertit de retourner dans leur pays sans revoir Hérode^, le félon roi qui fît massacrer les Innocents par milliers. 11 s'éloigna de son seigneur, mais il n'y perdit pas. Dieu merci! il trouva assez de personnes disposées à Taccueillir et à lui faire honneur. Sur ces entrefaites, on annonça un tournoi entre Gournai et Ressons'. Le jeune roi se prépara pour y aller, mais il fut surpris de l'absence du Maréchal. 11 le fit chercher et lui envoya l'ordre de se rendre à Gournai [5506]. Le Maréchal obéit. Ce tournoi eut lieu tout près de l'Avent^ De toutes parts, on s'y rendit. Le jeune roi venait d'arriver avec sa bannière. Il était encore auprès des lices lorsqu'il vit venir le Maréchal, tout armé, le heaume lacé. Il n'avait pas l'air d'un homme qu'on poursuit ou qui songe à la fuite; on voyait qu'il était capable de faire un grand effort en bataille. Et il le montra bien, comme l'histoire le conte. Quand le roi entra dans la mêlée, la lutte s'enforça de son côté. C'est qu'en effet lui et sa gent se comportaient vaillamment, tellement que les autres se pelotonnaient devant eux. Quant au Maréchal, il excitait l'admiration de tous. Ses amis s'en réjouissaient, mais cela ne plaisait point à ceux qui, par envie, l'avaient brouillé avec le jeune roi [5560].

Ce jour-là, il ne chercha pas à faire des prisonniers, mais il garda son seigneur si bien que deux fois il le déUvra de ceux qui le tenaient par le frein. Le jeune roi et sa troupe eurent le prix du tournoi. Les Flamands y eurent du gain et de la perte. Bourguignons, Français, Normands, Anglais s'y distinguèrent, mais, par une heureuse aventure, il n'y eut déroute d'aucune part. On se sépara d'un commun accord. Tous furent unanimes à louer la grande prouesse du Maréchal, à qui, des deux parts, on donna le prix du tournoi [5592].

1. La Suzanne de la Bible a été considérée au moyen âge comme une sainte. Les chapitres xiii à xiv du livre de Daniel ont été traduits en prose française, sous le litre de « Vie de sainte Suzanne » ; voy. Bull, de la Soc. des anc. textes français, 1885, p. 65.

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