‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 81 sur 404 · BROUILLE ENTRE LES FILS DU ROI · texte numérisé non relu

BROUILLE ENTRE LES FILS DU ROI

Baudouin de Béthune à un jeune homme qui en venait. « Qui? a certes, tous témoignèrent que le Maréchal l'emporta sur tous. « — Je ne vous crois pas. Dites- vous que ce fut le Maréchal? « — Mais certainement, ce fut le jugement unanime. — Tu ne « dis pas la vérité, » reprenait Baudouin, « ce ne fut pas le « Maréchal ; Tas-tu vu de tes yeux ? — Assurément. — Mais « n'as-tu pas vu Henri le Norrois le suivre et crier avant et « arrière : « Ça! Dieu aide au Maréchal? » — Non, sire : il a n'y était pas. — Pas possible I Mais alors le Maréchal est donc « capable de faire chevalerie par lui-même? — Ha! sire, que « dites- vous ? c'est un des meilleurs chevaliers du monde » [6236]. Cette parole fut agréable à Baudouin. H fit appeler plusieurs des chevaliers qui se trouvaient là, de ceux même qui n'aimaient pas le Maréchal, et fit raconter au jeune valet ce qu'il avait vu. Survint alors un chevalier qui avait assisté au tournoi et qui confirma de tout point le dire du jeune homme et le compléta. Il conta les propositions qui avaient été faites au Maréchal, disant notamment que l'avoué de Béthune lui avait offert mille livres de rente et sa fille en mariage ^ Baudouin dit alors : « Dieu ! a quel honneur c'eût été pour ma sœur de l'avoir pour mari ! « Puisse Dieu, qui protège les bons, le venger de ceux qui lui oc ont fait un mal immérité ! » Ces paroles ne firent point plaisir aux ennemis du Maréchal, qui craignaient de le voir revenir en honneur et en puissance grâce à son sens et à sa prouesse [6298].

Le Maréchal passa ensuite quelque temps en France, les hauts hommes du pays s'estimant heureux quand ils pouvaient l'avoir avec eux. Le carême suivant, la brouille se mit entre les trois frères. Le jeune roi et Geofi*roi de Bretagne se séparèrent de leur père mécontents. Ils étaient irrités de le voir soutenir leur frère le comte de Poitiers, qui maltraitait les plus hauts hommes de la terre. Ceux-ci s'en plaignirent au jeune roi, déclarant qu'ils aimaient mieux être avec lui qu'avec le comte Richard , qui était pour eux un mauvais seigneur ^ [6328]. Le jeune roi

1. Le poète n'est point d'accord avec lui-même, à moins qu'il y ait quelque faute de texte; voy. page précédente et la note des v. 6164-5.

2. Le dissentiment entre le jeune roi et Richard se manifesta d'abord A la cour de Caen, décrite plus haut. Richard avait commencé par refuser de faire hommage à son frère aine; et, lorsqu'il s'y était décidé, sur l'insis-

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