LE ROI PREND PARTI POUR RICHARD, [H
et lecomle GeofTroi firent à leur père des observations au sujet de la conduite de Richard. « Que nous importe? » leur répondit le roi. « Je lui ai donné la terre de tous ceux qui lui feront « la guerre. Je ne puis que l'approuver s'il réussit à rabaisser « leur orgueil. — Ils ont été longtemps mes hommes, » reprit le jeune roi, « et je ne puis Souffrir qu'ils soient maltraités. « 11 est droit que je leur vienne en aide. — Aidez-les donc, » dit le père, « je vous le permets ^ » C'est dans ces termes qu'ils se séparèrent [6346].
Ses fils se rendirent à Limoges*, où ils rassemblèrent des troupes, chevaliers, sergents, routiers. Les hauts barons du pays, qui détestaient le comte de Poitiers, y affluèrent, désireux de le combattre et d'abaisser son orgueil. Le père, voyant la guerre commencer entre les frères, se hâta de rassembler une armée, à la tête de laquelle il chevaucha vers Limoges^. Mais, avant qu'il arrivât, le jeune roi avait eu le temps de mander son frère le comte de Bretagne^, qui avait une bonne compa-
tance du roi Henri II, le jeune roi, à son tour, avait refusé de le recevoir. Il est d'ailleurs exact que les seigneurs poitevins avaient oflfert leur hommage au jeune roi, ayant gravement à se plaindre de Richard : « Dicebant enim quod nullo modo amplius terrara de Ricardo tenere volec bant, imponentes ei quod ipse malus erat omnibus, suis pejor, pessic mus sibi. Mulieres namque et filias et cognatas liberorum hominum c suorum vi rapiebat et concubinas illas faciebat; et, postquam in eis c libidinis suae ardorem extinierat, tradebat eas militibus suis ad mere- « tricanduro. His et multis aliis injuriis populum suum affîciebat » (Ben. Peterb., I, 292).
1. Cf. Ben. Peterb., I, 293 : « Dominus vero rex pater eorum per aliquantum temporis spatium permisit eos inter se dimicare. t
2. Le jeune roi se rendit en effet en Poitou et à Limoges, mais Geoffroi alla en Bretagne, où il rassembla des troupes, notamment des Brabançons (Ben. Peterb., I, 292-3). Du reste, le poète se rectifiera quelques vers plus loin.
3. Henri II arriva devant Limoges en février 1183 avec peu de monde : < cum paucis admodum Lemovicas venit » (Gaufr. Vos., Bouquet, XVIII, 213 d). Mais, bientôt après, vers le i*' mars, il réunit une armée suffisante pour assiéger la ville (ibid., 215 d). Toutefois il n'y séjourna pas, car le 8 mars il était à Poitiers. C'est seulement le 17 avril qu'on le retrouve devant Limoges (Eyton, p. 250).
4. Il ne s'était donc pas rendu à Limoges avec le jeune roi. D'après Jaufré du Vigeois, il arriva à Limoges peu après le 25 mars 1183 (Bouquet, xyuij 213 g).