LE MARÉCHAL EST SAISI POUR UNE DETTE
raflliction que celui-ci éprouva, il n'est pas besoin de parler. Cœur ne peut mentir S la nature s'y oppose. Quand le corps fut embaumé, oint et enseveli, on le conduisit hors du château^ [6999].
Sur ces entrefaites, il arriva que Sanche', un riche routier, à qui le jeune roi devait beaucoup d'argent, s'avisa d'une ruse singulière pour se faire payer. U s'approcha du Maréchal et mit la main au frein de son cheval. « Maréchal, » dit-il, « vous êtes « pris. Je vous emmène. — Pourquoi ? » répondit le Maréchal. — « Pourquoi? c'est pour que vous me rendiez Targent que votre a seigneur me devait. Je n'ai pas envie de le perdre; mais toute- « fois je vous ferai une concession, et, pour cent marcs, vous en « serez quitte. — Que dites-vous? Ce serait amer pour moi, qui « suis un pauvre bachelier^, sans un sillon de terre. Certes, je ne « saurais où les trouver. Mais je vous fiancerai loyalement de me « rendre en votre prison le jour que vous m'assignerez » [7037]. Sanche accepta, et le Maréchal, accompagnant le corps du jeune roi, se rendit auprès du père, à qui la nouvelle de la mort de son fils fut amère, car c'était l'être qu'il aimait le plus. Mais il avait une telle énergie que, quelle que fût la nouvelle, son visage ne trahissait point ses impressions. Le Maréchal, plein de tristesse, lui conta la maladie de son fils, son repentir et la résignation avec laquelle il avait accepté ses souffrances. « Dieu « veuille qu'il soit sauvé ! » dit le roi simplement, dissimulant sa douleur. « Que ferai-je? » reprit le Maréchal. « Vous con- « duirez votre seigneur jusqu'à Rouen. — Sire, c'est impossible. « Je me suis engagé à me rendre prisonnier à Sanche, à qui
jeune roi mourut, comme plus tard son père et son frère Geoffroi, d'une fièvre aiguë (febre acuta). Il y a peu à tirer du Sermo de morte et sepultura Henrici régis junioris de Thomas Agnel, archidiacre de Wells, qui est publié à la suite du Chronicon anglicanum de Raoul de Coggesbail, éd. Stevenson (colL du Maître des rôles), p. 265-72.
1. C'est un proverbe; voy. Le Roux de Lincy, Livre des prov.f II, 474,
2. Le château de Martel, d'où le corps, l'auteur vient de le dire, fut porté au père. Celui-ci se trouvait encore à Limoges au moment de la mort du jeune roi.
3. Probablement le c Sanctus de Salvaniaco » que mentionne ie prieur du Vigeois (Bouquet, XVllI, 214 b).