DÛ JEUNE ROI. IL EST DÉLIVRÉ
a votre fils devait beaucoup d'argent. J'en serais quitte pour « cent marcs. » Le roi appela Joubert de Pressigni * , qui avait sur lui beaucoup d'influence, et lui ordonna d'aller trouver Sanche et de lui dire d'accorder un répit au Maréchal. Jouberl s'y rendit avec le Maréchal. Celui-ci cependant était soucieux. Joubert lui en demanda la cause. « J'ai bien raison d'être sou- « cieux, » répondit le Maréchal, « tant à cause de la mort de mon 0 seigneur que pour cette dette que je ne suis pas en état de « payer. — Maréchal, celui qui vous délivrerait de cette dette, a lui en sauriez-vous gré? — Bien certainement, si c'était pos- « sible. — Remettez- vous-en à moi , » reprit Joubert. « Du « moment que vous n'avez pas reçu cet argent, il n'est pas juste a de vous le faire payer. Laissez-moi arranger l'affaire. » Joubert dit à Sanche que le roi prenait la dette sur lui. « Très « bien, » dit Sanche. « Me dites-vous cela de la part du roi ? — « Oui certes. — Eh bien, c'est convenu » [7^ 22]. Quelque temps après, Sanche se présenta au roi et lui demanda ses cent marcs. Le roi crut que c'était une erreur. « Quels cent marcs ? » dit-il. a Ceux que vous vous êtes engagé à me rendre pour le Maré- « chai. — On vous a trompé, » dit le roi 5 « je n'ai rien dit de « tel; j^ai seulement demandé un répit. « Sanche, contrarié, rapporta les paroles de Joubert. On fit venir Joubert. Celui-ci prétendit avoir compris que le roi avait consenti à se charger de la dette. « Soit! » dit le roi, « je l'accorde. Mon fils m'en a a coûté bien d'autres, et plût à Dieu qu'il me coûtât encore ! » Et les larmes lui coulaient des yeux [7^55].
En se rendant à Rouen, le cortège s'arrêta au Mans. Les chanoines de l'église ^ s'emparèrent du corps et Tenterrèrent dans leur église. Ceux de Rouen eurent grand'peine à en obtenir la
1. Il y a deux Pressigni dans Indre-et-Loire et un dans les Deux- Sèvres. Ce Joubert est témoin à un acte de Richard, comte de Poitiers, qui parait être de 1175 (Teulet, Layettes du Trésor des chartes, n" 280), et à un acte de Henri II que Teulet [Layettes du Trésor des chartes, n" 35G) date à tout hasard de 1189, et qui doit ôtre des environs de Pâques 1181, époque où Henri H était à Chinon (Eyton, p. 23*J).
2. Saint-Julien. Cette tentative A l'effet d'accaparer le corps du jouno roi est mentionnée par les historiens; voy. Rob. de Tor., éd. Dciisic, 11, 121; le Ohron. Rothomag. (Labbe, Bibl., 1, 369; Bouquet, XVIIÎ, 357 de); Ben. Pelerb., I, 303.