I. — NOTICE
. Les manuscrits réunis à la fin du xvi e siècle et au commencement du xvn e par divers membres de la famille Savile, et mis en vente publique à Londres le 6 février 1861, formaient assurément l'une des collections les plus précieuses qui aient été mises aux enchères en ce siècle. On n'y voyait figurer aucun de ces livres richement enluminés qui de tout temps ont fait la gloire des cabinets d'amateurs, mais il s'y trouvait de bons textes de chroniques latines ; il y avait aussi neuf mss. français de valeur très diverse, mais dont aucun n'était sans importance pour l'histoire de notre ancienne littérature.
1 J'assistais à la vente du 6 février 1861, à laquelle j'avais été envoyé
L par l'administration de la Bibliothèque impériale. Ce fut mon premier
* voyage en Angleterre. C'est alors que je conçus l'idée d'une exploration complète des bibliothèques du Royaume-Uni, idée que depuis vingt ans
£ je poursuis méthodiquement et patiemment. L'administration de la
. Bibliothèque m'avait particulièrement signalé trois mss. qu'elle désirait
* acquérir et sur lesquels le catalogue de vente ne donnait pas de rensei- ' k gnements suffisants. Ces mss. contenaient, l'un (n° 16) deux chansons
de la geste de Guillaume au court nez, les deux autres (n 08 26 et 27) deux textes complets de VAspremont. Prévoyant (et mes prévisions furent justifiées par l'événement) que le prix de chacun de ces volumes dépasserait le crédit qui m'était alloué, j'employai les quelques heures pendant lesquelles il me fut possible d'examiner les mss., la veille de la vente, à étudier les trois livres que je n'espérais pas rapporter avec moi
à Paris '. Quant aux autres mss. français, j'eus à peine le loisir de les feuilleter rapidement pendant la vente. Entre ces mss. il en est un qui avait excité vivement ma curiosité et que le catalogue de vente décrivait ainsi :
5 1 Norman-French Chronicle of English Affaire (in Verse) concluding with
Ci fini del conte lestorie
Et dex en perdurable glorie
Vont que la sue ame seit mise
Et entre ses Angles assise, Amen.
Manuscript on vellum written by an Anglo-Norman scribe. sjec. XIII.
Je reproduisis cette courte description dans ma notice sur la vente Savile a , et j'ajoutai : « Ce ms., dont la première feuille a été arrachée, « est du xm e siècle. Il contient une chronique originale qui semble se « rapporter aux troubles qu'excita en Angleterre l'avènement au trône « d'Etienne, neveu de Henri I er , après la mort de ce dernier. Poussé « jusqu'à 200 1. par le libraire du Musée britannique, jusqu'à 250 1. par a sir Fr. Madden ?, cet ouvrage a été enfin adjugé au prix énorme de a 380 1. (9,500 fr.). » C'est par suite de quelque confusion dans mes notes ou dans mes souvenirs que j'ai supposé au commencement du volume une lacune : le ms. est parfaitement complet. Quant aux indications sommaires que je donnais sur le sujet de l'ouvrage, elles ne sont qu'en partie exactes. Il est probable (mes souvenirs ne sauraient être bien précis après un si long intervalle) que mon examen aura été limité aux premières pages du ms. ; quoi qu'il en soit, on verra que l'histoire de la guerre pour la succession au trône d'Angleterre ne tient dans l'ouvrage que bien peu de place.
J'avais cherché à savoir, le jour de la vente, quels étaient les acquéreurs des mss. qui m'intéressaient le plus particulièrement, et des renseignements que j'avais obtenus résultait la certitude presque complète que le ms. 5 1 avait été acquis par sir Thomas Phillipps. Sir Thomas avait coutume d'imprimer, dans sa petite imprimerie de Middlehill, le catalogue de ses manuscrits, par feuillets isolés, au fur et à mesure des accroissements de sa collection. Cette publication, tirée à très petit nombre, fut commencée en 1837 et paraît s'être poursuivie jusqu'à la mort de sir Thomas, en février 1872. Dans son état complet, elle forme un volume in-folio de 436 pages à deux colonnes. Le dernier ms. décrit porte le n° 23837. J'ai eu bien des fois entre les mains, en Angleterre,
1. C'est d'après mes notes que M. Guessard a pu décrire en détail le n° 16 de la vente Savile dans la préface à'Aliscans, pp. xciij-xcvj.