Ms. martyre
1 1 ioo Tel chose qui ne fait a dire ;
Quer nuls qui de trover volt vivre
Ne deit * chose mètre en son livre
Qui de dreite raison ne veinge 1 1 104 N'a sa matyre 2 n'apartienge.
Ces mots qui de trover volt vivre indiquent manifestement que l'auteur est un trouvère de profession, un homme qui vit de sa plume, comme Wace, comme Benoit, comme tant d'autres, en Angleterre surtout, et cet homme ne pouvait être Jean d'Erlée. D'ailleurs nous verrons tout à l'heure qu'il y a dans le poème même mainte indication qui ne se peut accorder qu'avec l'hypothèse d'après laquelle Jean d'Erlée aurait fourni une matière déjà rédigée, mais en prose. Pour le présent, parlons de Jean d'Erlée, à qui, en toute hypothèse, une grande part doit être attribuée dans la composition de l'œuvre. Il serait facile, à l'aide du poème et à l'aide des documents d'archives publiés par le gouvernement anglais, d'écrire de ce personnage une biographie détaillée. Je me bornerai ici à extraire du poème les mentions d'où peut se déduire la notion des rapports qui existaient entre Jean d'Erlée et le Maréchal. Jean d'Erlée est nommé pour la première fois au commencement de l'année 1 189, dans le récit d'une expédition faite par le Maréchal contre Montmirail 3 par ordre du roi d'Angleterre, qui se tenait alors à Chinon, déjà souffrant de la maladie qui devait l'emporter quelques mois plus tard. On entre dans la ville : le Maréchal, averti par sire Ricart de Cliffort que la lutte est engagée dans les rues, demande son écu :
7948 E Joha.n d'Erlée li porte Isnelement et volentiers, Qui lors esteit sis escuiers.
A partir de ce moment, Jean d'Erlée paraît très fréquemment, ou comme acteur, ou comme témoin. Ainsi, dans le combat qui eut lieu devant le Mans entre Henri II et Philippe-Auguste, Guillaume le Maréchal fit deux prisonniers, qui toutefois lui échappèrent, lui laissant dans la main les freins de leurs chevaux ; le poète dit alors :
8692 Testemoingne Johan d'Erlée
A qui, cuit, li frein baillié furent.
Quant cil le dient quis rechurent
Corne d'oïe et de veûe, 8696 Dune deit la chose estre creûe,