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états successifs qui tous, même les plus élémentaires et les plus lointains, sont représentés, sans que nous le sachions, dans les plus secrètes profondeurs de notre être, par des sentiments, par des croyances et par des habitudes que n'expliquent pas le régime et le train de la civilisation actuelle. Or, sans même remonter jusqu'à l'époque quaternaire et à rhomme des cavernes, il est maints de ces états qui se déroberaient toujours aux curiosités de Thistorien, s'il ne devait tenir compte que des témoignages écrits. Nous ne prendrons qu^un exemple, entre tant que nous pourrions choisir.
On a tout au moins entendu parler de ces découvertes de Schliemann qui ont exhumé Troie, Mycènes et Tirynthe, arraché à l'oubli une Grèce primitive dont les Grecs eux-mêmes n'avaient conservé qu'un faible souvenir et refait ainsi à l'épopée homérique un arrièreplan de plusieurs siècles. Or cette Grèce contemporaine des Toutmès et des Ramsès, cette Grèce antérieure à l'histoire et même à la légende ne savait pas écrire ; mais elle savait travailler et appareiller la pierre, équarrir le
bois et en faire des charpentes, modeler et cuire l'arg-ile, fondre et battre le plomb et le bronze, Tor et l'arg-ent, ciseler l'ivoire. Toute portion de matière qui a été façonnée par l'outil de ces artisans a la valeur d'un document authentique. Gomment ces sociétés étaient constituées et quelle vie elles menaient, comment elles se figuraient le lendemain de la mort, c'estce que révèlent toutes les empreintes que la main de Thomme a laissées sur les choses qu'elle a touchées, les murailles colossales de Tirynthe et les majestueuses coupoles funéraires de Mycènes, la disposition des demeures royales dont le plan se lit encore sur le sol et celle des sépultures qui étaient cachées en terre, aussi bien que les armes, les instruments, les vases et les bijoux qui ont été recueillis épars dans les décombres des édifices ou ensevelis dans la tombe. Grâce à tous ces monuments, dont les uns nous étonnent par leur ampleur tandis qu'il en est d'autres que nous étudions à la loupe, nous commençons à distinguer, dans une ombre qui, d'année en année, s'illumine de lueurs plus vives, les traits qui caractérisent ce monde des
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héros achéens dont Timag-e, transformée par la tradition orale, tout à la fois mutilée par ses défaillances de mémoire et singulièrement àg-randie par sa puissance d'invention, se reflète dans l'Iliade et dans l'Odyssée, comme celle de Gharlemagne et de ses preux dans nos Chansons de gestes du douzième et du treizième siècle.
De ces âges obscurs et reculés^ transportonsnous en plein âge classique, dans la Grèce de Pisistrate, de Périclès et d'Alexandre. Les maîtres de la jeunesse lui disent quelles pertes nous avons faites, quelle faible part de Toeuvre littéraire du g-énie grec se trouve avoir échappé au grand naufrag-e de l'antiquité ; ne conviendrait-il pas qu'ils lui indiquassent tout au moins où chercher un supplément précieux d'informations, qui vienne combler les lacunes de la tradition écrite ? Il y a bien des formes, bien des variantes de mythes importants qui, à peine indiquées et rappelées par un mot qu'un abréviateur de basse époque a jeté en passant, ont fourni aux artistes et particulièrement aux peintres céramistes le sujet de nombreux tableaux et nous font ainsi con-
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naître des épisodes et des personnages dont il n'y a presque pas trace chez les auteurs. D'ailleurs, nous aurions les poètes cycliques qui ont tous péri, nous aurions les lyriques dont un seul, Pindare, a survécu, avec ce Bacchylide dont les fragments font aujourd'hui la joie des hellénistes, nous aurions toute la tragédie dont nous ne possédons que des débris, nous aurions toute la comédie qui n'est plus représentée que par le seul Aristophane, la comédie ancienne, la moyenne et la nouvelle avecce Ménandre qui,depuislaRenaissance,est Téternel regret des délicats, que toute cette poésie, remplît-elle une bibliothèque^ ne suffirait pas, à épuiser la fécondité multiple, la prodigieuse richesse de l'imagination qui l'a créée. Si la malchance avait voulu que tous les ouvrages de la plastique grecque disparussent, nous serions condamnés à toujours ignorer certains aspects et ce que l'on peut appeler certains modes de l'âme grecque. Est-il rien, dans la littérature, qui vaille les figurines de terre cuite, les Tanagre, comme on dit,pour faire comprendre combien la Grèce a senti et goûté la beauté féminine, non pas seulement dans ses types les