AVERTISSEMENT
Quant aux frêles débris qu'on appelle, un peu dédaigneusement, des « bibelots », ils ne sont guère moins vénérables. En dehors de toute valeur esthétique, même quand celle-ci est médiocre et même quand elle est nulle, ils sont nos souvenirs de famille. Plus leur caractère est intime, plus sera forte leur puissance d'évocation, si nous savons apprécier ce qui s'incarne en eux. Une histoire vivante se dégage de ces choses mortes. On les a aimées en leur temps, et qui donc les aima P Ceux dont nous sommes nés et qui nous ont frayé la route. Elles furent à la fois V œuvre de nos aïeux, l'aide de leur travail, la compagnie de leur intimité; dans la même demeure où jadis elles tenaient leur place et jouaient leur rôle, nous étions en germe auprès d'elles; presque nous pourrions dire que les mains qui les ont touchées étaient nos propres mains dans un âge ou nous n'étions pas.
Elles en frémissent encore ; la somme de labeur qu'il a fallu fournir, le total des misères qu'il a fallu subir, de siècle en siècle, pour nous acheminer jusqu'au point ou nous sommes, elles l'ont emmagasiné, jour par jour. Elles sont les reliques de notre passé, et la maison qui les rassemble est le sanctuaire d'un peuple. Côte à côte elles marquent les stades séculaires d'une famille en marche vers son but.
But ignoré, marche inlassable. Aucune époque n'a jamais discerné le terme auquel doivent atteindre celles qui montent derrière elle. Le meilleur moyen de deviner où l'on va serait peut-être d'examiner d'où l'on vient ? Car la ligne est constante et la race homogène : les générations se suivent et se paussent, dissemblables en leurs aspects, identiques en leur essence, mues par la même force qui est leur âme héréditaire .