LES CARTES A JOUER ET L'IMPRIMERIE
Les cartes à jouer nous ont valu l'invention de l'imprimerie ; en 1392, le roi Charles VI était devenu fou ; on essaya de le distraire avec des cartes, auxquelles il prit goût; aussitôt la fantaisie publique, par imitation, se passionna pour cet amusement ; mais les cartes peintes coûtaient fort cher ; on eut alors l'idée de graver les images sur des planches de bois qu'on noircissait d'encre et qu'on appliquait ensuite sur le velin. Pour un être privé de pensée, on venait, sans le savoir, d'inventer l'art qui allait tout à l'heure propager la pensée. (Il faut noter cependant que cette impression tabellaire était connue des Chinois depuis neuf cents ans.) Bientôt après on utilisa ce procédé pour composer les «Bibles de Pauvres», recueils d'images saintes, moins coûteux que les manuscrits enluminés. De lents progrès se firent alors dans cet art des « tailleurs de Moules », pendant la première moitié du xve siècle, tant en France qu'en Allemagne ; mais les difficultés multiples ne furent enfin résolues que par Gutenberg, dont le Psautier, premier livre imprimé en caractères mobiles de fonte, parut en 1457, à Mayence : ses ouvriers prêtaient serment de ne point révéler le secret de ses procédés. Mais les Allemands, en 1462, saccagèrent Mayence; les ateliers se dispersèrent; un ouvrier français, Nicolas Jenson, que Charles VII avait envoyé à Mayence pour y étudier Fart de Gutenberg, mais que l'hostilité du nouveau roi tenait éloigné de la France, s'installa à Venise, en 1479 : les livres imprimés en cette ville comptent parmi les plus admirables. Vers la même époque, quelques ouvriers allemands se réfugiaient à Paris, dans la vieille Sorbonne, sous la protection de Louis XI ; la population parisienne les accueillit si bien qu'en manière de gratitude ils crurent devoir dédier leur premier ouvrage à la ville, qu'ils saluaient du nom de « Ville Lumière » ; cette appellation est donc un hommage allemand.
La fermentation des esprits, qui s'indiquait depuis longtemps, fut prodigieusement accélérée par l'imprimerie. La Réforme éclata. Pour endiguer le mal, François Ier, surnommé le Père des