XXIII
Couloir.
Passerelle
des faïences françaises.
Passerelle des faïences italiennes.
Passerelle des faïences orientales et hispano- moresques.
Emaux.
Collect. hébraïque.
Musique.
Salle dite du Petit Plafond.
Chambre dite François Ier.
Chambre dite de la Reine blanche.
Chapelle.
Salle XXIV — Ivoires.
• XXV — Verrerie.
» XXVI — Dite des Couronnes.
Tissus, broderies et dentelles.
Salle XXVII — Vêtements sacerdotaux et broderie.
» XXVIII —Vêtements civils et broderie.
» XXIX— Dentelles.
» XXX — Tissus de soie.
» XXXI — Lingerie.
PALAIS DES THERMES — n
l'invasion barbare, l'installation balnéaire avait perdu son utilité pratique ; mais le solide bâtiment restait debout. En 885, les Normands l'incendièrent pendant qu'ils assiégeaient Paris; des pierres calcinées subsistent encore aux voûtes du Tepidarium. Maintes habitations suburbaines s'accrochèrent aux murs romains, dans lesquels nous voyons des niches creusées pour recevoir les poutrelles des planchers ou des toits. Néanmoins le terrain et les ruines continuaient à faire partie du domaine royal ; Philippe- Auguste les aliéna en 1215; au siècle suivant, nous les trouvons aux mains des Bénédictins de Cluny.
Cette puissante congrégation existait alors depuis trois siècles : en 909, Guillaume, duc d'Aquitaine, avait donné à un pauvre moine bénédictin, pour y établir son couvent, le domaine et le village bourguignons de Cluny « affranchis de toute puissance séculière, fût-ce royale, et de toute puissance ecclésiastique, sauf celle du pape». Ces Clunisiens devinrent promptement fort riches et enclins au faste. Cent cinquante ans après la fondation de l'Ordre, saint Bernard leur reprochait déjà le luxe princier de leur vie, les soixante chevaux de l'abbé, son escorte d'honneur, ses bâtiments superbes ; ils allaient tout à l'heure héberger dans leurs murs des papes, des rois, des ern;pereurs. Alors, par réaction, la maison rivale de Cîteaux s'éleva en face de la leur, et celle-ci, pour mieux contraster avec eux, s'imposa, en naissant, une règle sévère; ces rigueurs furent vite aloucies, sans que pourtant cessât l'animosité vivace des deux collèges, bénédictins noirs de Cluny, bénédictins blancs de Cîteaux ; au bout de vingt années, ces derniers étaient à leur tour devenus si puissants et si riches qu'ils possédaient dix-huit cents maisons d'hommes, quatorze cents maisons de femmes; de nouveau l'austère pasteur des Croisades s'épouvantait d'une telle prospérité, comme il s'était naguère indigné des pompes clunisiennes.
En 1340, les moines de Cluny venaient d'acquérir à Paris l'antique monument des Thermes. Sur l'emplacement de cet édifice, le vingt et unième abbé de l'Ordre, Pierre de Chalus, fit construire, non pas un couvent, mais une de-
meure abbatiale, dénommée la «Maison des Thermes». Cent ans plus tard, ses successeurs possédaient, dans le voisinage, rue de la Harpe, deux autres hôtels, l'un à l'enseigne de I'aEscu de Bretaigne» (car, les maisons, alors, ne portaient pas de numéro, mais un emblème distinctif, souvent sculpté ou forgé). Sous Louis XI, Jean III de Bourbon, quarante-deuxième abbé, entreprit là des travaux dont on ignore la nature exacte, et qui, sans doute, furent une amorce de ceux que son successeur allait reprendre et terminer; la demeure actuelle ne fut bâtie que sous le règne de Charles VIII, par Jacques d'Amboise; la preuve nous en est fournie sculpturalement par un chapiteau de la loge construite sous la chapelle, où nous voyons les insignes et l'écu de l'abbé Jacques, juxtaposés au chiffre du roi Charles, un «K» gothique surmonté d'une couronne royale ; or, l'abbatiat de l'un ayant commencé en 1485, et le règne de l'autre ayant fini en 1498, l'érection de l'hôtel se situe entre ces deux dates. L'abbé Jacques d'Amboise était le frère du cardinal Georges d'Amboise, ministre de Louis XII, et, peu d'années après que l'un des deux frères eût édifié l'hôtel de Cluny, le second frère édifiait à son tour, non loin de Louviers, l'admirable château de Gaillon; tout comme Jacques avait consacré aux travaux de Cluny une part des cinquante mille angelots payés par l'Angleterre, Georges affectait aux travaux de Gaillon les deniers provenant de l'amende versée au roi de France par la ville de Gênes, et que le souverain avait concédés à son ministre ; aussi bien que le château de Gaillon allait tantôt servir de maison de plaisance aux archevêques de Rouen, l'hôtel Cluny devait être le pied-à-terre destiné à recevoir les abbés de l'Ordre et leurs hôtes.
Car les hauts personnages et les puissantes familles, dont la résidence ordinaire était en leur château, avaient auprès du roi une demeure dont ils usaient, à l'occasion, pour eux et leurs amis. Il faut voir dans cette coutume l'étymologie du mot «hôtel», maison de l'hôte. D'ailleurs l'hospitalité qu'on offrait ainsi n'était pas toujours désintéressée; les mœurs du xive siècle permettaient que ces hôtels sei-
gneuriaux de Paris fussent une source de revenus pour leurs propriétaires, qui les louaient. Cet usage semble avoir persisté assez longtemps, mais il tomba plus tard en discrédit. Le premier des personnages qui sont mentionnés comme ayant reçu ici une hospitalité gratuite ou payante est la reine Marie, soeur du roi Henri VIII d'Angleterre, et troisième femme de Louis XII.
Vingt ans plus tard, François Ier accueillait en ce même hôtel le roi d'Ecosse Jacques V, fiancé de sa fille. Rabelais, au chapitre XVIII de « Pantagruel », nous montre l'Anglais Thaumaste qui, étant de passage à Paris, se fait servir à boire par le « concierge de l'hostel de Cluny, auquel il était logé ». Ce texte nous induit à croire que l'ancienne coutume des locations n'était pas encore abolie au milieu du XVIe. D'ailleurs nous retrouvons, en 1584, une preuve plus directe : Claude de Guise étant abbé de Cluny, une partie de l'hôtel se trouvait louée à une troupe de comédiens, et ceuxci, dans l'une des salles, installaient leur théâtre; les scandales qui se produisaient nécessitèrent bientôt un arrêt du Parlement, qui dispersa la troupe.
De 1600 à 1681, l'hôtel de Cluny sert de résidence aux nonces du Pape ; Mazarin y habita donc avant d'être premier ministre. A ces prélats, des hôtes inconnus succèdent pendant un demi-siècle ; puis, en 1748, un astronome, Delisles; en 1768, un procureur; en 1771, un imprimeur.
A cette époque, la chapelle est coupée en deux étages par un plancher qui, probablement, repose sur les consoles. Pourtant les abbés de Cluny, s'ils ont depuis longtemps renoncé à cette demeure, en sont encore propriétaires : un bail emphytéotique en fait foi, daté de 1789.
Pendant la Révolution un comité tient ici ses séances ; les statues sont brisées, les écussons martelés; les artistiques boiseries de la chapelle fournissent un feu de joie, dans la cour même. L'immeuble devient propriété nationale, mais il est bientôt revendu (92 000 francs) et passe de main en main ; la chapelle est transformée en salle de dissection ; en d'autres corps du logis, on trouve un libraire, une blanchis-
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chisseuse, et, dans les Thermes, un tonnelier; au sommet de la tour, qui est devenu un observatoire loué à la Marine, l'astronome Messier étudie le ciel pendant (un demi-siècle et découvre de là vingt et une planètes nouvelles.
Enfin, en 1833, l'architecte Albert Lenoir (fils d'Alexandre Lenoir, fondateur du musée des Antiquités Nationales), conçoit le projet de réunir trois bâtiments voisins, le Palais des Thermes, l'Hôtel de Cluny et le Couvent des Mathurins (actuellement détruit), pour en faire un vaste musée de notre histoire. Le projet ne se réalisa qu'après dix ans d'efforts. En 1843, l'Etat rachetait pour 390 000 francs l'Hôtel de Cluny, et la Ville lui offrait le Palais des Thermes. La collection de M. Alexandre du Sommerard, également achetée à cette époque, contenait quatorze cents objets; ils constituèrent le premier fonds du Musée, qui fut inauguré le 16 mars 1844, et dont les inventaires comportent aujourd'hui plus de vingt mille numéros.