‹ L'histoire de la France expliqueée au Musée de ClunyChapitre 61 sur 92 · COURONNES DES ROIS GOTHS · texte numérisé non relu

COURONNES DES ROIS GOTHS

(VIIe siècle.)

qu'à travers la chaîne et le suit mécaniquement, comme s'il le décalquait. La haute lisse donne donc une reproduction directe du tableau original, et la basse lisse une reproduction inverse. La seconde manière est beaucoup plus rapide et moins coûteuse que l'autre ; elle produit aussi des œuvres d'art moins parfaites ; mais il est, techniquement, à peu près impossible de distinguer les premières des secondes. Le tissage se commence par le bas. Dans nos ateliers des Gobelins, le travail quotidien d'un homme ne produit guère qu'un mètre carré par an. Les tapisseries, qui furent un des luxes du moyen âge, représentaient donc une dépense considérable.

La haute lisse était connue de l'Antiquité ; des peintures égyptiennes, datant de trois mille ans avant notre ère, et des décorations de vases grecs en font foi ; les tapisseries coptes des 111e et ive siècles sont nombreuses. Au xne siècle, les procédés de la haute lisse tendaient à se répandre dans tout 1 Occident, mais la renaissance de cet art ne se manifeste véritablement qu'au xme siècle. Paris devient alors un centre de production qui, au xive siècle, rivalise avec celui des Flandres ; Charles V et ses frères, les trois ducs terribles et magnifiques, donnèrent à cet art, ainsi qu'à tous les arts de luxe, un élan que suivit Charles VI, le roi dément. Pendant ce règne, Nicolas Bataille, de Paris, commença l'admirable Apocalypse d'Angers, qui ne fut terminée qu'au bout de cent quatorze ans, sous Charles VIII. Les tapisseries d'Arras étaient les plus célèbres, à tel point que leur nom devint un terme générique, servant à désigner tous les ouvrages de haute lisse, quel qu'en fût le pays d'origine ; en 1386, Jean sans Peur, que Bajazet a fait prisonnier à Nicopolis , se rachète moyennant une rançon d'Arrazzi. Jusqu'au xve siècle, la décoration des tapisseries s'inspire uniquement de thèmes religieux ; le xve leur adjoint des sujets profanes; en même temps, le paysage apparaît. La tapisserie gagne en ingéniosité, perd en simplicité grandiose ; des fils d'or et d'argent enrichissent la trame. Cependant l'Allemagne et le midi de la France ont des ateliers éminents ; Bruxelles exécute des chefs-d'œuvre. L'Italie, qui a fait venir des ouvriers de Flandre, vient de s'initier à leur art et s'attache à reproduire les œuvres de ses peintres ; Raphaël dessine des cartons. Sous cette influence, les tapisseries deviennent de véritables tableaux, et ce caractère ne fera plus que s'accentuer désormais. Vers 1535, François Ier établit à Fontainebleau la première fabrique royale, sous la direction de Babou de la

Bourdaisière ; en 1397, Henri IV installe des métiers rue Saint- Antoine et bientôt dans le Louvre même ; Louis XIV, en 1662, fonde les Gobelins, et presque aussitôt la Savonnerie ; deux ans plus tard, Beauvais. Aujourd'hui, les métiers de basse Jisse, en France, sont la spécialité de Beauvais et d'Aubusson, comme ceux de haute lisse sont en usage aux Gobelins.

Nos tapissiers anciens, et notamment ceux du xme siècle, n'employaient guère qu'une vingtaine de tons ; aujourd'hui le cercle chromatique comporte 14.400 nuances, pour un résultat moins heureux.

Au-dessous des tentures, à hauteur de siège :

Miséricordes de stalles, provenant d'une église de Picardie. Art français, vers 1500.

Au fond de la salle :

Cheminée monumentale, en pierre sculptée et peinte, décorée de grotesques et de bas-reliefs représentant la légende de la Santa Casa. Sur les deux panneaux de face, les deux scènes principales ; à gauche, premier épisode : la maison où naquit la Vierge est enlevée par les anges qui, par-dessus la mer, l'apportent en Italie ; à droite, quatrième et dernier épisode : elle est définitivement érigée près de Lorette, où les pèlerins viennent la visiter. Sur les panneaux latéraux, deux scènes intermédiaires; côté droit, deuxième épisode : la Santa Casa est dans la montagne des brigands, deux routiers assaillent un piéton qu'ils renversent, un autre arrête un cavalier; côté gauche, troisième épisode : la Santa Casa est sur le champ des deux frères qui, à l'aide d'escortes armées, s« disputent le terrain, tandis que, au premier plan du même tableau, ils gisent blessés et mourants.

Cette cheminée provient de la rue Croix-de-Fer, à Rouen. Art franco-italien, premier quart du xvie siècle.

Un plafond et deux portes de même époque et de même provenance.

Décorant la wsrrière, de gauche à droite :

Vitrail de saint Timothée, art rhénan, xne siècle. Provient de Re*tYiller (Alsace).

LïïS VITRAUX

Le verre fut longtemps une matière trop précieuse et trop rare pour qu'on s'avisât de l'employer à la clôture des fenêtres. Les Anciens se servaient de lamelles de mica, dites pierres spéculaires. Quand on imagina de leur substituer des feuilles de verre, ce luxe fut exceptionnel, et bien évidemment le vitrail parut avant la vitre. En effet, les gouttes ou les plaques de verre étaient de dimensions restreintes; il fallut donc procéder par assemblage, dès qu'on voulut couvrir une surface relativement importante, et ridée s'imposa d'agencer ces morceaux disparates de telle sorte que leur ensemble constituât un dessin ; de plus, ils étaient souvent teintés, à l'imitation des gemmes qu'ils remplaçaient dans la joaillerie, et tout naturellement on en combina les couleurs, de façon à obtenir un décor polychrome. Les fleurs stylisées et les symboles du culte ont probablement fourni les premiers modèles. L'apparition de ces mosaïques transparentes fut saluée comme une merveille. Au milieu du ve siècle, un poète chante la splendeur et la joie que les verrières de Sainte-Sophie versent dans la basilique byzantine. Un peu plus tard, à Rome, quelques églises possèdent aussi des vitraux. Puis, au vie siècle, l'évêque Grégoire en décore Saint- Martin de Tours ; au vne, ils apparaissent au cloître de Jumièges ; au vme, nous les trouvons en Angleterre; au ixe, l'évêque de Reims, Hincmar, en donne à sa cathédrale neuve.

Dès cette époque, un art est né; des praticiens écrivent des traités ; des artistes acquièrent un renom ; les compositions décoratives s'amplifient. A la fin du xe siècle, on cite dans les Ardennes, à Saint-Hubert, des vitraux où se voient des griffons parmi des entrelacs ; au xie, l'église Si int-Remi, de Reims, montre des scènes historiques. En 1134, Saint Bernard, abbé, ennemi du faste, prescrit aux moines de Cluny de n'employer dans leur monastère que les vitres « blanches, sans croix, sans couleur ». C'est donc que l'usage des vitraux multicolores, tout somptuaire qu'il fût, tendait à se généraliser. Vers ce même temps, une école se manifesta aux bords du Rhin.

Également est né l'art de peindre sur verre, qu'il ne faut pas confondre avec l'art de combiner par juxtaposition des verres préalablement teintés.

En fait, le développement du vitrail fut une œuvre chrétienne ; les dates le prouvent et la logique corrobore le fait : cette innovation et ses progrès répondent à un besoin spirituel.

Le mysticisme du moyen âge devait cultiver avec ferveur un art qui l'aidait à s'épanouir. En ces portes radieuses qu'il perçait dans la pierre entre le ciel des bienheureux et la terre des miséreux, il a mis tout son rêve et toute sa foi, ses légendes, une beauté morale exprimée par une splendeur réelle. Miracle et féerie, joie des yeux et des âmes, fleur de lumière éclose dans le jardin ombreux des cathédrales, parmi les troncs des colonnes feuillues, soupirail aux couleurs d'arc-en-ciel par où les détresses humaines s'exhalent en prière, trou de clarté par où la foi s'élance vers le ciel invisible, peut-être inaccessible ! Le vitrail est l'énorme fleur dont le calice flamboie au-dessus des têtes penchées, et que l'œil des fidèles, quand il se relève vers Dieu, rencontre comme une promesse des éblouissements paradisiaques ; de ces pétales, l'espoir tombe en rayons ; c'est une pluie d'espoir qu'ils versent sur le peuple. Le vitrail des chrétiens est deux fois symbolique : chemin par où Dieu leur envoie une magnificence du ciel, chemin par où leurs vœux gravissent l'infini. Dieu sait si le moyen âge, en son interminable détresse, eut besoin d'espérer: la chanson du vitrail est son chant d'espérance.

Dix-huit vitraux provenant de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris. Art français, milieu du xnr5 siècle.

Un vitrail civil. Art français, XIVe siècle. Vitraux divers. Art français et allemand, xve et XVIe siècles.

Traversant la passerelle des faïences hispano-moresques , le visiteur trouve à l'angle S.-E. une porte par laquelle il accède à la

Salle XVI 11 — Collection hébraïque

Au milieu delà salle, en une vitrine plate :

Presque tous les objets exposés dans cette vitrine et dans les autres se réfèrent au culte hébraïque.

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