LA CONDITION DE? JUIFS
Déjà à l'époque des Césars et dans Rome même, où ils étaient nombreux, les Juifs vivaient isolés; partout ils constituaient
spontanément <'e petites patries, et partout l'hostilité du peuple les reléguait davantage encore; cette condition qu'ils avaient au milieu du monde paien ne fit que s'aggraver dans le monde chrétien, qui les considéra comme héréditairement responsables de la mort d 1 Sauveur.
Après l'An Mille, quand les terreurs sataniques hantèrent les esprits, on admettait généralement que les Infidèles, sarrasins ou juifs, étaient des incarnations du Diable ; pour venger Dieu, on partit en croisade contre les uns, mais auparavant et sur place on extermina les autres. Ces massacres constituèrent au moyen âge une coutume intermittente ; quand un fléau s'abattait sur les populations, elles accusaient les Juifs d'en être la cause active ou tout au moins morale : on les suspectait tour à tour d'attirer la colère divine, de répandre la peste, la lèpre, d'ensorceler les gens ou les bestiaux, d'empoisonner les fontaines, d'enlever et de manger les enfants, de s'entendre avec les sarrasins et les lépreux pour la destruction des chrétiens. Les cruautés se produisaient par crise, mais les vexations restaient constantes: le jaune étant la couleur des traîtres, les Juifs devaient porter, comme un rappel de la trahison de Judas, deux rouelles jaunes, larges cocardes cousues devant et derrière leur habit; diverses exclusions sociales, qui frappaient les prostituées, leur étaient applicables dans certaines provinces; au Puy, les procès entre Juifs étaient jugés par des enfants de chœur ; à Toulouse, un Juif était souffleté chaque année, à la Passion. (Aujourd'hui encore, le vendredi saint, on peut voir, en Catalogne, les enfants qui procèdent à un symbolique massacre des Juifs : ce jeu consiste à asséner des coups de maillet sur le parvis de l'église.) Cet état de misère sociale n'empêchait pas les Juifs de prospérer ; l'importance de quelques-uns fut grande, même au xme siècle : leurs talents commerciaux les enrichissaient et en faisaient les banquiers du peuple, parfois du souverain. Ils semblent avoir, non pas inventé, mais introduit chez nous la lettre de change, qui vraisemblablement leur fut d'abord, entre coreligionnaires, un moyen de se défendre contre les persécutions fiscales et les expulsions qui les frappaient chroniquement dès la fin du xme siècle. En effet, tandis que la royauté poursuivait la lutte séculaire contre la féodalité (xie-xve siècles), et à mesure qu'elle centralisait le pouvoir, amplifiait sa force, l'argent lui faisait besoin et défaut de plus en plus; des saignées dans la caisse des Juifs et des Lombards, des lois d'expulsion tour à tour
édictées et rapportées, puis édictées encore, s'ajoutaient aux fluctuations monétaires pour procurer au roi des ressources que les impôts réguliers ne pouvaient lui fournir.
La fréquente spoliation des Juifs durant le moyen âge explique l'extrême rareté d'une orfèvrerie hébraïque, antérieure au xvne siècle. Au reste, celle-ci ne présente aucun caractère ethnique; elle n'est jamais qu'une œuvre d'assimilation, un produit de l'art local adapté aux besoins du culte hébraïque.
Hanoukiah (Lampe d'applique à neuf becs pour la fête des Macchabées). Pièce en bronze ajouré, reproduisant le pignon triangulaire d'une église (St-Martin-des-Champs ?). Art français, xive siècle.
Tass (plaques de décoration des rouleaux de la Loi), en argent repoussé et ciselé, bronze doré, filigrane, etc. Art hollandais et art allemand, xvne et xvme siècle.
Boîtes à parfums pour les cérémonies de Sabbat. Orfèvrerie d'argent, xvrie et xvrne siècle.
Anneaux de fiançailles, du xvie au xvme siècle.
Mains indicatrices pour la lecture delà Loi, du xvn8 au xixe siècle.
Coupes et couteaux de circoncision, xvne et xvme siècle.
Devant les fenêtres, en une vitrine Mate :
Boîtes à parfums. Art hollandais, allemand, xvir8 s.
Mesuseh (préservatif de la maison).
Meghiiah (histoire d'Esther). Ce texte biblique, roulé dans un cylindre de bois ou de métal précieux, se trouvait dans la plupart des familles juives, pour leur rappeler que Dieu protège son peuple contre les persécuteurs.
Alphabet hébreu, pierre gravée en relief.
Livres de prières, xvn6 et xvnie siècle.
Dans Vautre vitrine plate :
Tissus divers, à destination cultuelle, en soie, velours
et linon brodés : voiles des rouleaux de la loi, k*nges de circoncision, bonnet, ephod, etc.
Dans les vitrines muralet :
Tabernacle portatif, art allemand, 1707.
Hanoukiah (lampe à neuf becs pour la ièt% des Macchabées), xvne siècle.
Chandelier pour la même fête. Art flamand, xvir» siècle.
Lampes d'applique en bronze et en argent, du xvrr3 au xviiie siècle.
Boîtes à parfums, gobelets de bénédiction, eouron nés des rouleaux de la Loi.
Sépher oriental, en argent ciselé, aumonière, tronc, etc.
Autour de la salle :
Arche Sainte, Pupitre d'officiant, Sepher, Voile de tabernacle à décor d'argent repoussé, contrais de mariage, histoire d'Esther.
Cheminée d'une maison du Mans. Art français. Commencement du xV siècle. La peinture polychrome est moderne.
Salle XIX — Musique
Epinette, par Antonio Baffo. Venise, 1570.
Clavecin par Jean Rukers, d'Anvers, vers 1630.
Clavecin, décor Vernis-Martin. France, fin du xvne s.
Violon, par Nicolas Amati de Crémone. (Nicolas Amati, mort en 1684, fut le maître de Stradivarius et de Guarnerius).
Pochettes de maître à danser, xvne et xvur8 siècle. Psalterion, mandolines, guitares, vielle, etc.
Aux murs :
Tapisseries françaises de la fin du xvie siècle : la ba-
taille de Saint-Denis (1567) et la bataille de Jarnac (1569) [Voir la troisième tenture, couloir XIII.]
Diptyque, peinture sur bois : le Sacre de Louis XII. Art français. Début du xvie siècle. Sur le panneau de gauche, le sacre de David ; sur celui de droite, le sacre de Louis XII assisté des dignitaires prescrits, dans la cathédrale de Reims. Quand ce précieux document fut découvert, sous la couche de peinture qui l'avait protégé, il servait de porte à un poulailler.
Salle XX, dite du Petit Plafond
Plafond peint sur toile. Art français, fin du xvne siècle.
Meubles flamands et hollandais, des xvie et xvne siècles.
Terres vernissées, France, Suisse, Allemagne, des xvi9 et xviie siècles.
Salle XXI, dite chambre François Jer