C. Arcades de îa Cour d'honneur. XVIe et XVIIe siècles
D. Passage voûté de la Cour d'honneur. xvieetxvnes.
E. Jardin. Époques diverses.
Dans la salle des Thermes sont exposées les œuvres sculpturales de l'époque gallo-romaine, de la période romane et de l'art gothique jusqu'à la fin du XIV* siècle.
ÉPOQUE GALLO-ROMAINE (du Ier au IVe siècle)
La situation géographique de la France la prédestinait, comme un carrefour, au passage des migrations venues du Nord, de l'Est ou du Midi, au mélange des races. Cette condition devait normalement influer sur lame du peuple qui, peu à peu, se formerait de tous ces apports successifs. La science moderne travaille à démontrer que des avantages et des vices spéciaux sont inhérents au métissage chez les plantes, les bêtes, les hommes. D'ailleurs il est aisé encore de retrouver aujourd'hui,
dans nos provinces, les survivances ethniques ou morales des atavismes disparates qui prédominent ici ou là, et l'on peut croire que cette variété de nos éléments constitutifs, si riche en humanité, fut cause tout à la fois de notre génie et de nos dissensions.
Quels furent les premiers occupants du sol ? Nos monuments mégalithiques sont-ils l'œuvre des Celtes ou de peuplades autochtones plus anciennes encore ? Les opinions se discutent ; les plus lointains souvenirs ne remontent qu'à quinze siècles avant J.-C.
A cette époque, une branche de la famille aryenne, les Gaëls (ou Galates, Gaulois\habitait le pays; maintes fois on vit ses tribus aventureuses se jeter par-dessus les Alpes et les Pyrénées, conquérant la moitié de l'Espagne, domptant et prenant Rome, traversant l'Italie, ravageant la Grèce, gagnant la Macédoine et la Thrace, terrorisant l'Asie Mineure, fondant la Galatie. — Les Gaulois étaient grands et blancs, vaillants et loyaux, beaux parleurs et présomptueux, d'intelligence vive et assimilatrice, avides de nouvelles ; ils aimaient la parure et les joyaux, mais ils combattaient nus, par orgueil, et méprisaient la mort, ayant foi dans l'immortalité de l'âme. Six cents ans avant notre ère, Aristote et Pythagore les citaient au premier rang des hommes, pour leurs vertus morales et leurs concepts philosophiques; ils étaient gouvernés et instruits par leurs prêtres, les druides, et ils n'avaient ni livres, ni temples, ni idoles ; ils adoraient leurs dieux dans les forêts sacrées.
Mais cette Gaule indépendante et vierge, qui promettait d'être féconde, se déchirait de guerres intestines, comme la Grèce ; elle en mourut comme elle, par l'étranger, et l'individualité de ce beau peuple périt avant d'avoir donné sa mesure. Déjà les colons phocéens avaient fondé Marseille (600 ans avant J.-C), et même les Romains avaient tenté une incursion vengeresse au pays des Sénons ; de nouveau, en 129 avant J.-C, les légions passèrent les Alpes et sur le sol conquis installèrent leur première province, qui gagna ainsi le nom de « Provence ». Enfin Jules César apparut et monta vers le nord (59-51). La civilisation romaine s'implanta aisément et vite chez un peuple épris de nouveauté, de luxe, enclin aux arts ; une Gaule nouvelle s'inprovisa et devint superbe ; elle se couvrit de monuments et de villas, de ponts et de routes, de sculptures, œuvres d'un art purement romain où le génie indigène ne mettait pas sa marque ; les dieux de l'Olympe se marièrent aux divinités
locales, les cultes se confondirent; les légendes de l'Occident et du Nord se bigarraient d'images et d'idées venues de l'Orient. Dès le milieu du ive siècle, la Gaule était si bien romanisée que l'empereur Julien put concevoir le double rêve de transporter à Lutèce le siège officiel d'un Empire, et d'y restaurer le paganisme (361). En même temps, un dieu nouveau montait vers nous ; saint Martin prêchait le christianisme en 372. Mais déjà, en face de cette invasion spirituelle, une autre plus terrible se faisait imminente.
Les Barbares d'Outre-Rhin guettaient comme une proie cette prospérité des Gaules, si tentante par sa richesse, par son climat, st qui est minée deux fois, par l'abus des plaisirs et l'excès des impôts. Une formidable ruée marque le début du Ve siècle. D'un coup il n'y a plus de Gaule. Les vainqueurs s'installent ; d'autres éléments viendront encore s'adjoindre par la suite, mais d'ores et déjà les trois facteurs essentiels, gaulois, romain et franc, vont s'unir pour faire une nation nouvelle.
Long travail, et si douloureux ! Le monde gallo-romain a duré quatre siècles ; il en faudra cinq pour ressusciter le désert que les hordes laissent sur leur passage : les forêts repoussent et se peuplent de fauves.
Au milieu de la salle :
Quatre autels gallo-romains, en pierre, trouvés en 1710 dans l'île de la Cité, sous le chœur de Notre-Dame de Paris :
Autel dit de la Dédicace. Assise supérieure d'an monument votif, représentant la cérémonie de l'hommage rendu par lesNautes Parisiens à l'empereur Tibère (14-37 de notre ère), qui les reçoit, assis, couronné de lauriers, et assisté de deux dignitaires romains. Sur l'une des faces, l'inscription : TIB. CAESARE. AVG. 10 VI. OPTVM (o) MAXSVMO. V... NAVTAE. PARISIACI. PVBLICE. POSIERVN (t).
Autel dit de Jupiter. Massif rectangulaire formé de deux assises superposées et dont les quatre faces sont décorées de bas-reliefs qui, attestant la fusion du culte iadigène et du culte importé, représentent Jupiter (iovis), Vulcain, Esus, et un Taureau chargé de trois échassiers (tavros
TRIGARANVS).
Autel dit des Quatre Dieux. Assise supérieure. Sur les
îo - MUSÉE DE CLUNY
quatre faces, en bas-relief, les bustes de quatre divinités, surmontés d'inscriptions qui les désignent : CERNUNNOS, castor, pollux, et une quatrième figure non déterminée fs... Ri...)» homme armé d'une massue dont il va frapper un serpent.
Autel dit des Huit Dieux. Partie supérieure de l'autel, dont la base manque. Bustes en bas-relief de huit divinités (deux sur chaque face) ; sur la marge, quelques fragments d'inscription subsistent encore : ... ERV... for... (minerva, fortuna).
Autel dit de Saint -Landry. Trois des faces sont creusées en niches et décorées de figures en haut-relief : Déesse tenant une torche ; dieu barbu, casqué, vêtu d'une tunique ; dieu imberbe, armé d'une cuirasse, tenant une lance, et coiffé d'un mufle de lion ; sur la quatrième face, des feuilles d'eau imbriquées. Provient des fouilles faites en 1829 sous l'église de Saint-Landry, dans la Cité.
Chasse au lièvre, bas-relief. Même provenance.
Un taureau, haut-relief. Trouvé en 1806 dans le soubassement du clocher de l'église Saint-Marcel, à Paris.
Trois fûts de colonnes et un chapiteau (Marbre). Proviennent des fouilles du parvis Notre-Dame en 1847.
Chapiteau (marbre) provenant d'un temple païen qui s'élevait sur la co'line de Montmartre ; avait été réemployé dans la maçonnerie de l'église Saint-Fierre ; trouvé en 1843. Un temple de Mercure s'élevait sur cette colline, d'où le nom de Mont-Mercre qui, par déformation, devint Montmartre.
Au sol de la piscine :
Fragment d'un pavage en mosaïque, découvert en 1S36 à Lunery (Cher).
Au-dessus de la piscine :
Deux retombées de voûte, en forme d'une nef qui symbolise la Cité de Lutèce ou les Nautes Parisiens.
ÉPOQUE MÉROVINGIENNE (du Ve au VIIIe siècle)
Un chaos. Les Huns ont passé (451). Clodion, Mérovée, Childéric ont produit Clovis, qui écrase les derniers Romains, triomphe des Saxons, desBurgondes, desWisigoths, se fait baptiser et fonde un empire qui ne durera pas (511). Car rien ne peut durer : c'est l'âge atroce et ténébreux ; l'histoire n'y montre qu'un grouillement de brutes secouées dans le hasard. On tue partout; le meurtre est la seule logique; dans les villes ou dans les campagnes, chaque fois que des hommes arrivent chez des hommes, ils égorgent; dans les familles princières, les rivalités d'intérêt se résolvent par le poignard. Vainqueurs et vaincus, les maîtres sont des bêtes sauvages et les serfs, des bêtes de somme. Tout le ve siècle est tel, et le vie peut-être pire, et le vne continue. En vain l'Église, par ses évêques, essaye d'humaniser ces animaux féroces ; en vain Dagobert (628) montre de la grandeur et de la fermeté ; pour quiconque possède une âme humaine, il n'est d'asile que dans les cloîtres, mais cet asile n'est qu'un exil, et de sécurité précaire. Les Rois fainéants dorment dans leur palais, jusqu'au milieu du viue siècle : un grand choc les réveille et ils en meurent.
Cette fois, c'est l'Arabie qui vient de monter vers nous : Mahomet est né à la Mecque en 571 et, sous le Koran, les tribus fanatisées s'agglomèrent, s'unifient, partent en conquêtes pour la Syrie, la Perse, l'Egypte, l'Afrique du Nord, l'Espagne, la France; à Poitiers, le Frank et le Musulman, la croix et le croissant se trouvent face à face pour la première fois (732); ils se battront depuis Charles-Martel jusqu'à François Ier, et peutêtre faut-il considérer que cette journée de Poitiers, où deux races se heurtent, chacune ayant son dieu, est mémorable par ce fait qu'elle atteste une religion occidentale, et l'unité d'esprit qui en résultera.
Dans une salle voûtée, au com sud-est de la grande Salle des Thermes :
Sept chapiteaux (marbre). Très vraisemblablement exécutés en Orient, importés en France, et employés dans la basilique mérovingienne de Saint-Denis.
ÉPOQUE CAROLINGIENNE (IX* et X« siècle)
Le fils de Pépin le Bref va donner corps et vie à cette larve monstrueuse qui se tord depuis près de quatre cents ans : pour une telle œuvre, il lui faudra tout d'abord la force, car le droit du plus fort, en ce temps-là, n'est pas seulement le meilleur, il est le seul. C'est par les armes que l'agglomération va se faire. Pour étayer son monument, Charlemagne l'appuiera sur deux autorités morales, l'une défunte mais dont le prestige subsiste et peut ressusciter, l'autre naissante et qui saura régenter les masses : l'Empire de Rome et l'Évangile du Christ, des lois humaines et une loi divine. Il restaure celles-là et instaure celle-ci. L'effort inlassable des Évêques qui travaillent depuis Tolbiac (496) à civiliser ce monde neuf aboutit en 800 à sacrer dans Rome un Empereur chrétien.
Sous son glaive, il a rassemblé les peuples, depuis Rome jusqu'à la Baltique, depuis la Bohême jusqu'aux Pyrénées : les subdivisions d'un si vaste domaine reproduisent sensiblement les anciennes provinces des Césars ; l'administration en est confiée à des ducs {dux, général), à des comtes {cornes, compagnon), à des marquis (marches, provinces frontières), et c'est ici l'embryon de la Féodalité. Ces gouvernements provinciaux sont surveillés par les Envoyés du Maître {Mis si Dominici), un clerc et un laïc. Ce maître s'entoure de conseillers, mais les ducs, évêques, comtes, abbés, délibèrent seuls dans les Conseils, et c'est ainsi une hiérarchie qui s'établit au détriment de l'égalité ancienne, car la coutume était naguère, chez les Franks, que tout homme libre eût part aux délibérations. Il règle le service militaire, oblige les prêtres à la piété, à la charité, à l'étude; il réforme la discipline des monastères, crée la dîme (un dixième) au profit des paroisses, fonde des écoles, encourage les lettres, jette des ponts, érige des basiliques et dicte ses Décrétales. Il a le génie de l'ordre, et il l'impose. Il peut croire, en mourant, qu'il a fondé un monde (814).
Il n'a cependant édifié qu'un système : pendant mille années après lui, le souvenir de son colossal effort inspirera tous ceux qui rêveront, comme lui, d'unifier l'Occident sous la main d'un seul maître : tâche toujours précaire, dont l'ambition trop vaste se heurte à l'irréductible hostilité des races trop disparates. Dès que le grand empereur fut dans sa tombe, la dislocation commença.
Avec Louis le Débonnaire, c'est le principe d'autorité qui s'écroule; avec ses fils, c'est l'unité de l'Etat qui se démembre en trois, France, Allemagne, Italie. Déjà la France elle-même se morcelle et se subdivise : l'hérédité du fief crée les autonomies territoriales, et l'hérédité des offices désarme le pouvoir central.
L'intégrité du sol n'est plus même défendue ; les pirates Normands viennent assiéger Paris (885) ; ils exigent une province et s'y installent, en lui donnant leur nom (911).
Dès ce début du xe siècle, le roi n'est même plus le maître éans son propre domaine ; exactement comme les derniers Mérovingiens furent en tutelle sous les maires du palais, les Carolingiens qui s'éteignent sont dans la main des Ducs de France. Ni terres ni deniers : Louis d'Outremer, en 946, ne possède plus qu'une ville forte, Laon, et on la lui prend ; à son secours il appelle l'étranger, et par cela il devient l'étranger. Encore deux générations brèves, et la race est finie (987).
Mais une autre va commencer, et elle bénéficiera de cette éducation de discipline que Charlemagne a su donner aux peuples : l'idée impériale va renaître en idée royaLe, et la tâche des Capétiens sera de réaliser, en France, cette unité que l'ambition de Charlemagne prétendit mettre dans l'Occident ; nous passons du grand au petit, mais de la chimère nous passons au possible. Toute réduite qu'elle soit, la besogne sera rude et longue, pour nos rois, puisqu'elle est entreprise en 987 pour aboutir seulement en 1477.
Dès l'avènement de Hugues Capet, les deux forces sont en présence et se jettent le défi : royauté contre féodalité posent la question d'une France qu'il s'agit d'unifier pour la rendre puissante, ou de diviser pour la maintenir dans l'impuissance. Sera-t-elle une nation, avec un chef, ou une juxtaposition de provinces, avec des centaines de maîtres ? Formera-t-elle un peuple, ou des héritages, des dots ? La question est vitale ; le duel durera cinq siècles.
Mais un autre problème est à résoudre, plus urgent encore et plus grave : avant de constituer un peuple, il faudrait façonner des hommes qui fussent dignes de ce titre, et progressivement leur donner l'éducation intellectuelle, morale. Or, il n'y a, pour l'heure, d'intelligence et de morale que dans l'Église, unique asile où puissent vivre les êtres d'exception qui vont être les civilisateurs.
Pour comprendre et juger le drame psychologique de cette époque, il importe de se représenter les deux éléments adverses :
d'une part, le monde des laïcs, avide de batailles, sorte de campement barbare, où les chefs comptent seuls, et où la force règne seule, où le transfert de la propriété ne comporte que deux modes, l'héritage et le crime, où des appétits forcenés s'entre-tuent en foulant la niasse innommable des serfs; d'autre part, le monde des clercs, république homogène et disciplinée, avide de paix, où les tâches de l'esprit sont en honneur, où les privilèges de la naissance ne comptent pas ou comptent peu, où les titres et les pouvoirs se confèrent aux plus méritants, par voie d'élection, et dans laquelle un homme de génie, fût-il îe fils d'un serf, pourra s'élever aux destinées les plus hautes, le pied sur le front des rois et des empereurs.
Comment ces intellectuels pourront-ils, en petit nombre et sans épée, s'imposera ces brutes et s'en faire les guides? Par quel prestige l'évêque, qui, parmi les glaives et les haches, se présente avec un bâton pastoral, agenouillera-t-il la force, qui prime le droit, et par où introduira-t-on, dans cette sauvagerie, un idéal qui la spiritualise ? Le pur enseignement d'une doctrine serait mal compris ; le niveau des âmes ne permet pas d'espérer que des principes moralisateurs s'accréditeront par eux-mêmes et parviendront à constituer un frein; laforce nesera intimidée que par l'appréhension d'une force supérieure, par la crainte d'un châtiment. Il faut donc que le châtiment apparaisse comme inéluctable; mais si la menace, par surcroît, s'enveloppe de mystère, elle se fera d'autant plus inquiétante et plus efficace. Ces générations enfantines sont superstitieuses plutôt que vraiment chrétiennes ; l'Église ne leur imposera quelque vertu que si elle les endigue entre deux épouvantes, entre deux damnations, l'une future, mais éternelle, l'autre immédiate et non moins formidable : l'Enfer pour les morts, l'Excommunication pour les vivants. L'Excommunié n'aura plus ni bien ni âme, ni famille, ni amis ; retranché de toute société humaine, il est réduit au rang d'une bête traquée, et souille l'air qu'il respire ; il est la peste, et rien que de l'apercevoir au loin, on a peur.
Grâce à ces deux armes, l'Église devient toute -puissante ; même elle est, à vrai dire, l'unique puissance incontestable du ixe siècle, la seule qui se fasse obéir sans conteste. Les évoques imposent à tous, sans distinction, l'autorité de leurs jugements, et des pénitences, des amendes. Or, ces amendes, innombrables comme les forfaits, vont l'enrichir avec une rapidité vertigineuse, et Elle seule possédera sans péril, ou presque, car Elle
a soin de mettre ses richesses sous la protection des Saints : tout ce qu'elle exige pour le rachat des fautes sera offert, non point à des hommes périssables et qu'on pourrait dépouiller, mais au tombeau de quelque Saint qui consacre ce trésor et qui saura le défendre. Chaque mourant fait son legs expiatoire aux Reliques d'un protecteur céleste dont il achète ainsi l'intercession, si bien que ces reliques ne tardent guère à posséder le tiers du pays; nul héritier n'oserait revendiquer quoi que ce fût d'un patrimoine que protègent l'excommunication et l'enfer. Par-dessus tous, le Pape monte. L'Église peut moraliser désormais.
Pourtant cette ingénieuse victoire de l'esprit sur la matière ne portera pas tous ses fruits : une faute va la compromettre et en retarder le bienfait. Au milieu du xe siècle, un pape reconstitue l'empire germanique {962). Dès lors les princes de l'Église ne seront plus que les créatures de ce pouvoir ressuscité ; l'Empereur nommera le Pape; les évêchés et les abbayes étant les seuls fiefs non-héréditaires, l'investiture des évêques et des abbés passera aux suzerains laïcs, qui les attribueront en récompense ou les vendront au plus offrant, sans même considérer si le titulaire a reçu les ordres ou non ; des brigands se feront mitrer.
Une recrudescence de sauvagerie caractérise cette fin de siècle, qu'on croit être la fin du monde. Car l'An Mille approche: à cette date, Dieu doit détruire la terre. Une hâte de jouir et une terreur du Jugement dernier se mêlent pour affoler ces temps. L'œuvre de civilisation, tentée par les évêques du ixe siècle, avorte au xe, comme celle de Charlemagne a avorté tantôt; une troisième tentative, au milieu du siècle prochain, émanera des couvents, qui essayeront de sauver le monde. Provisoirement, l'ombre laborieuse des monastères est le dernier refuge de la pensée humaine.
Quel art pourraient avoir de semblables époques ? Charlemagne a voulu bâtir pour la durée : ses rares monuments attestent la force massive et sans idéal. Pour le surplus, cette sauvagerie ne saurait concevoir, comme élégance, que le luxe ; son orfèvrerie est barbare autant qu'elle ; l'âme est encore absente. Attendons que la France, de superstitieuse qu'elle est, soit vraiment devenue chrétienne, et sa foi dégagera son âme.
Elle a déjà une langue embryonnaire : le serment de Strasbourg, en 842, a marqué l'apparition de l'idiome bâtard qui deviendra la langue française.
Au pied de l'escalier :
Soubassement (?) décoré de cratères godronnés et de rinceaux.
Dans la petite salle voûtée :
Sarcophages en pierre, d'époques gallo-romaine, mérovingienne et carolingienne. Proviennent pour la plupart de fouilles faites à Paris.