XI* SIÈCLE
A l'ordinaire, les siècles ne constituent que des démarcations assez conventionnelles; il serait surprenant que l'arrivée chronique d'un nombre coïncidât exactement avec une modification des faits ou des idées. Le xie siècle est le seul qui fasse exception : on peut considérer, il est vrai, qu'il commence à l'avènement des Capétiens (987), mais on peut dire aussi que, psychologiquement, il commence au lendemain même de l'An Mille, et qu'à cette date précise s'ouvre une ère nouvelle.
En effet, à l'An Mille le monde devait finir : une fausse interprétation de l'Apocalypse avait accrédité ce pronostic. Un élan de gratitude vers Dieu transporte la chrétienté que son Sauveur n'a pas détruite. Elle ose désormais élever des temples durables, qu'elle n'eût pas construits quand tout allait périr. Mais son esprit reste impressionné des terreurs natales : de naissance, ce monde est visionnaire; des effrois le hantent; il ne rêve que de l'enfer, et partout il voit l'ennemi, qui est le démon. Pour le combattre en servant Dieu, il va inventer les Croisades, car les païens ne sont que des diables incarnés : la couleur de leur peau est une preuve voulue par le Créateur, qui les tolère, mais qui en souffre et qui attend.
Pourtant, vers le milieu du siècle, la morbide inquiétude des âmes commence à se détendre : les païens de l'Antiquité, démons aussi, inspirent déjà moins d'épouvante; on ose lire leurs œuvres, craintivement, en expurgeant les textes, qu'on rogne « comme des ongles », et qu'on falsifie, sans hésiter ni pouvoir supposer qu'on agit mal ; pendant quatre siècles au moins, on n'agira guère autrement. N'importe, dans cette fréquentation des hommes de génie, une éducation de la pensée se fait peu à peu ; au contact du monde antique, un phénomène analogue à
celui qui s'accomplira dans quatre cents ans essaie de se produire et avorte en partie. L'esprit général n est pas mûr encore, mais philosophiquement, littérairement aussi, et artistiquement, une première Renaissance se dessine à la fin du xie siècle ; l'anarchie s'atténue; une petite France s'agglomère et travaille à se constituer, émancipée enfin de la tutelle d'outre-Rhin. Pour la première fois, elle prend conscience d'elle-même, de son homogénéité : notion bien vague encore mais cependant très sensible dans les Chansons de geste, dont l'apparition remonte à cette époque. De même, par-delà la Manche, une Angleterre nouvelle se crée avec Guillaume le Conquérant (1066 .
En même temps, l'Eglise, empoisonnée d'éléments étrangers à elle, va se reconquérir : nous avons assisté tantôt à la déchéance que lui procure la reconstitution de l'Empire Germanique (962); le désordre a duré cent ans; des bandits ont obtenu la mitre, l'ont achetée, conquise ou volée dans l'unique dessein de pressurer leur peuple, et tous les vices sont mitres; le Saint- Siège a eu un pape de onze ans (Benoît IX en 1033). Cette crise touche à sa fin.
Au milieu du xie siècle tout se réforme, et d'un coup : les mœurs se purifient, l'ordre se rétablit, et l'œuvre de civilisation recommence. Le mouvement est parti des couvents ; la papauté, soutenue par les moines, récupère son indépendance, et presque aussitôt son pouvoir (1058). Les évêques seront désormais choisis parmi les prêtres et nommés par le Souverain Pontife ; le Pape lui-même sera élu par les cardinaux.
La tâche interrompue, il y a un siècle, est reprise et ne sera plus lâchée. Pour occuper les forces et discipliner les esprits, pour unifier l'Occident et l'agglomérer par la foi, mieux que Charlemagne n'a pu le faire par la victoire, un pape français, Urbain II, lance la première Croisade '1095).
Un autre, Hildebrand, moine de génie, et Clunisien, sous le nom de Grégoire VII, soutient hautement la lutte contre l'Empereur allemand, et Rome devient la véritable inspiratrice du monde chrétien ; son influence bienfaisante est incontestable.
Cependant l'empire d'Orient est tombé en décrépitude, et la France naissante, dont la renommée grandit, se prépare à être, politiquement, au xne siècle, la première des nations chrétiennes.
Contre le mur sud de la Salle des Thermes : Douze chapiteaux décorés de personnages, d'animaux
et de feuillage. Proviennent des piliers de la nef de l'église abbatiale de Saint-Germain des Prés, à Paris.
Quatorze chapiteaux et corbeaux décorés de masques humains, d'ondes, de volutes et de bâtons rompus (Pierre). Proviennent de l'église de Deuil (Seine-et-Oise).