‹ L'histoire de la France expliqueée au Musée de ClunyChapitre 81 sur 92 · LA SOIE · texte numérisé non relu

LA SOIE

Bien qu'elle fût connue déjà au temps d'Homère, la soie ne semble avoir été introduite en Europe que par Alexandre le Grand (ive siècle avant J.-C). Ses noms chinois, sse, sîr, et son nom grec, sêr, indiquent en même temps son origine et sa voie de pénétration : les pays de race jaune étaient désignés, par les Anciens, sous un nom générique, 0 Pays des Sères », ce qui, en somme, signifiait pour eux : « Pays de la Soie. » Ainsi, notre mot même de soie apparaîtrait comme un synonyme de Chine. D'abord très rare, infiniment coûteux puisqu'on l'allait chercher par terre au prix de mille dangers, ce tissu ne tendit à s'accréditer sur notre continent que lorsque les mœurs de Rome commencèrent à s'efféminer, c'està-dire au moment même où le Christ prêchait en Judée : l'empereur Tibère, par un édit, interdisait aux hommes les vêtements de soie ; parmi tous les crimes dHéliogabale, sa robe de soie lui fut reprochée comme une infamie. Mais Byzance ne manqua point d'adopter ce tissu ; les Byzantins qui, dès le ve siècle, poussaient si loin l'art oriental de teindre les étoffes, usèrent largement de la soie, mais ils continuaient à la recevoir d'Asie, notamment de Perse ; on peut supposer que leur production indigène ne date que de Justinien (vie siècle). Néanmoins les tissus d'Orient et leurs décors conservaient la vogue ; des ouvriers chrétiens, établis à Byzance ou en Syrie, introduisaient dans les motifs païens les emblèmes de leur propre culte, que les Orientaux reproduisaient à leur tour ; c'est ainsi que

i;o - MUSÉE DE CLUNY

nous trouvons, tissés ensemble dans une même étoffe, les symboles des religions ennemies. Dès les premières Croisades, ces productions nous émerveillèrent ; on les rapporta en grand nombre et l'Église les adopta : on put voir des évêques célébrer des offices dans un vêtement orné des versets du Coran ou autres sentences païennes (voir les vitrines plates, contre la cloison de la salle, côté est).

Entre les deux mondes hostiles, la Sicile était indiquée, par sa situation géographique aussi bien que par ses origines à demi orientales, pour devenir le premier centre de fabrication européenne : Païenne produisit des œuvres admirables, dont les plus anciennes paraissent remonter au xne siècle. Presque immédiatement l'Espagne suivit, et l'art hispano-mauresque de Grenade, de Séville, d'Almeria, se fit florissant du xme au xvc siècle. Quand les Arabes furent définitivement chassés d'Espagne (14Q2), leur art remonta la péninsule; Murcie, Valence, Tolède, instaurèrent leurs fabriques. En même temps, une montée parallèle s'était faite en Italie, où les industries de la soie, entrées par Lucques et par Venise, gagnaient Gênes, Florence, Milan, etc. : déjà prospères au commencement du xive siècle, elles tissaient dans la soie les fils d'or et d'argent, ourdissaient des brocarts et des brocatelles, s'ingéniaient à des velours ciselés ou bouclés que toute la chrétienté rechercha ; également, on rebrodait ces tissus ; les artistes de la Renaissance dessinaient pour eux d'innombrables modèles qui nous influencent encore. La Flandre aussi, éduquée par l'invasion espagnole et par l'importation italienne, produisait, à Bruges, des satins, des velours frisés, des brocarts. Quant à la France, qui avait rapporté des Croisades le goût des richesses orientales, elle s'essayait, depuis le xme siècle, à des draps de soie et à des velouyaux dont saint Louis encourageait la fabrication parisienne. Au milieu du xve, Louis XI créait les ateliers de Lyon, de Tours; son fils Charles VIII, à la fin du même siècle (1494), interdisait les importations étrangères ; puis François Ier attirait des dessinateurs italiens, et Lyon gagnait sa préséance : ses taffetas étaient uniques. Mais bientôt les guerres religieuses allaient porter à cette région un coup funeste dont elle se releva glorieusement sous Colbert, pour produire des merveilles ; alors, d'un coup, la Révocation de l'édit de Nantes (1685) fait le désert autour de nos métiers et les ruine : il faudra tout l'effort du xvin8 siècle, et l'invention du Lyonnais Jacquard (1800), pour réparer partiellement ce désastre d'une

industrie nationale qui grandissait depuis quatre cents ans, et qu'un trait de plume avait tuée.

Fragment de chaussure épiscopale, en tissu de soie oriental, brodée d'or, XIIe siècle.

Chausse en soie brochée, d'Arnaud de Via, archevêque de Bayonne (f 1333) • Art oriental, xive siècle.

Deuxième vitrine :

Restes de vêtements sacerdotaux. Art oriental, Xe siècle. Trouvés dans le tombeau de Morard, abbé de Saint-Germain des Prés (990-1014).

Troisième vitrine :

Tissu de soie. Art hispano-mauresque, xive siècle.

Tissu de soie tramé d'inscriptions koraniques, art oriental, xvie siècle.

En une vitrine haute, à proximité :

Saint Jean l'Évangéliste, broderie de soie sur tissu de lin. Art allemand (?), XIIe siècle.

Un apôtre, broderie de soie et or de Chypre, sur tissu de soie. Art français, xme siècle.

fils d'or

Les fils d'or et d'argent, très employés au xve siècle dans la décoration des tissus, des vêtements, étaient dits « de Chypre » . En réalité ils se fabriquaient à Gênes.

Fragment d'orfroi, broderie de soie et or de Chypre. Art italien, XIVe siècle.

Tissu brodé de soie et or de Chypre, dédié à la Vierge, saint Vivent et saint Pierre. Art français, xive siècle.

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