‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 22 sur 103 · LE SACRE · texte numérisé non relu

LE SACRE

[Ayant donnée son nouveau trône Véclat des vieilles monarchies et distribué autour de lui les titres d'une cour aux hiérarchies soigneusement réglées, Napoléon^ habitué à frapper les esprits par de grands spectacles, veut étonner la France et le monde par une cérémonie imposante et il obtient du Pape qu'il vienne à Paris le sacrer [2 décembre 1804): au milieu des fastes de Notre-Dame la France voit dans le souverain que couronne le chef de l'Eglise, une sorte de Dieu à qui elle voue toute son admiration. Seuls protestent quelques royalistes irréconciliables.]

Tout se préparait à Paris pour la solennité du sacre...

De cette pompe sempiternelle — car le peuple avait beau crier : « Commencez », rien ne commença qn'h dix ou onze heures, à cause, disait-on, de la toilette de la future Impératrice — de toute cette pompe, il ne reste devant mes yeux que la figure triste et mortifiée du Pape, seul dans sa voiture traînée par huit chevaux blancs et précédée de quatre hérauts d'armes, car il fallait constater qu'il était souverain. Je me rappelle aussi son abbé porte-croix coiffé d'un chapeau à trois cornes et monté sur une petite mule bai-brune. La foule riait de la mule puis s'agenouillait pour le Pape ; car la dévotion redevenait fort à la mode : c'était une manière de renier la Révolution.

Une heure après le cortège du pontife, parut celui de Bonaparte : force troupes, force chevaux, force plumets, force galons bien neufs et resplendissants au soleil ; pas une figure, pas un nom connu, si ce n'est dans les bicoques où ils avaient quitté Tun son tablier, l'autre son alêne pour se masquer en grands seigneurs.

Et toute cette pompe n'était qu'une mascarade où chacun essayait son habit, où personne n'avait encore étudié son rôle depuis ce beau baladin de Murât monté du cabaret de son père au gouvernement de Paris d'où il devait monter sur un trône, depuis les trois sœurs impériales qui avaient quitté le savonnage de leurs chemises à Marseille pour venir empanachées et couvertes de diamants porter la queue de la vieille maîtresse de Barras, depuis cette valetaille de grands officiers installés depuis quinze jours. Montmorency, Cossé, La Trémoïlle etc., jusqu'à la petite culotte de peau du 13 vendémiaire qui figurait dans sa voiture de sacre en dalmatique et manteau blanc... Il partit Premier Consul par la rue Saint-Honoré et revint Empereur par les boulevards dont les allées étaient très agréablement illuminées en guirlande.

Baron de Frémilly. Souvenirs.

l'avènement de l'empereur 117

M'" DE REINIUSAT -

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