LE LENDEMAIN D'IÉNA
[Le traité de Près bourg a clos la campagne d'Auslerlitz et consacré V Empire : mais à peine Napoléon a-t-il constitué la confédération du Bhin ffue la Prusse s'allie à la Russie, V Empereur détruit cette quatrième coalition avec la même rapidité que la précédente. Le :^6 septembre iS06, il part de Paris, met la grande armée en mouvement le 8 octobre et, le i4, remporte les deux victoires de léna et d'Auerstœdt, puis se lance à la poursuite des Prussiens en désordre.]
[Napoléon] était alors en route pour Berlin: en passant le 18 [octobre 1806J sur le champ de bataille de Rosbach, il fît déboulonner le monument coramémoratif de notre défaite. Il vengeait les fleurs de lys abaissées. Cependant, il affectait d'exalter la mémoire du grand Frédéric, pour en mieux écraser ses petitsneveux ; il faisait saluer par le général Lejeune en son nom la vieille duchesse de Brunswick, sœur du grand Roi ; lui-même, après s'être, à Potsdam, installé avec une émotion manifeste, dans les meubles de Frédéric, entendit faire à sa tombe un pèlerinage à la fois hautain et pieux ; devant le cénotaphe où reposait le vainqueur de Rosbach, il resta « près de dix minutes immobile, silencieux et comme absorbé dans une méditation profonde », mais il s'empara des reliques du grand homme, de son épée, de son ceinturon, de son cordon de l'Aigle Noir, pour les envoyer à l'Hôtel des Inva-
lides. < Les vieux invalides de l'armée de Hanovre, écrira-t-il, accueilleront avec un respect religieux tout ce qui a appartenu à un des premiers capitaines dont l'histoire conservera le souvenir. » Il revint à plusieurs reprises sur Frédéric II : « Son génie, son esprit et ses vœux étaient pour la nation qu'il a tant estimée et dont il disait que, s'il en était le roi, il ne se tirerait pas un coup de canon sans sa permission. » Avec une incroyable audace, il tournait contre les Hohenzollern dégénérés l'ombre du plus grand d'entre eux et presque s'incorporait Frédéric II, avant que de disloquer le trône de Frédéric-Guillaume et d'occuper sa capitale. Le 27, il allait, en effet, faire à Berlin, une entrée solennelle.
H. HoussAYE. léna et la. campagne de 1806, publ. par L. Madelin.
Perrin, édit.
COIGNET