‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 47 sur 103 · UNE ANECDOTE DE LA GUERBE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

UNE ANECDOTE DE LA GUERBE D'ESPAGNE

[Vavenlure d'Espagne est le premier faux-pas où trébuche la fortune de Napoléon. L'Espagne est aux mains de Charles IV de Bourbon qui, pas plus que son fils Ferdinand, n^est à la hauteur de sa tâche. L'Empereur rêve dans la péninsule un royaume vassal. Il obtient en mai i 808, à Bayonne, l'abdication des souverains espagnols, et fait acclamer roi son frère Joseph. Reste le royaume à conquérir, car Madrid où Napoléon est venu en personne ne suffit pas. Le pays entier se soulève, appuyé par les Anglais. Nos troupes ont à subir la terrible « guérilla ».

Malgré la valeur de nos armées, l'expédition d'Espagne n'aboutit à aucun résultat positif, et faisant voir que l'Empereur peut être tenu en échec, rend confiance à nos ennemis.]

Pendant la courte campagne que fit l'Empereur en Espagne, en 1808, il passa deux jours à Tordesillas, dans un bâtiment dépendant du monastère de

Sainte-Claire, qui était réservé pour Fliabitation de l'évêque, lorsqu'il venait visiter le couvent.

... Voici ce que m'a raconté à ce sujet M. le comte d'Hédouville, frère du général, qui faisait les fonctions d'officier d'ordonnance de l'Empereur en Espagne et lui servait d'interprète.

L'Empereur étant à dîner, chargea cet officier de lui amener la Supérieure du couvent. Cette religieuse, née en Espagne, était entrée en religion à l'âge de six ans. Elle refusa d'abord de suivre M. d'Hédouville, alléguant qu'il ne lui était pas permis de violer sa clôture et de franchir les grilles du cloître. Elle se rendit à l'observation que l'ordre d'un souverain lui servait de dispense. Elle prit avec hésitation le bras de son conducteur. Arrivée à la grille, elle fut saisie d'un tremblement qui ne lui permit pas d'avancer. 11 fallut que M. d'Hédouville la soutînt. Elle lui dit qu'il y avait plus de soixante ans qu'elle était entrée au couvent par cette grille et que depuis elle ne l'avait pas repassée. Introduite auprès de l'Empereur, son premier mouvement fut de s'agenouiller devant lui. Sur un signe qu'il fit, elle fut retenue par M. d'Hédouville. Ce qui frappait le plus la pauvre et simple religieuse, c'était la plaque et les décorations de l'Empereur, vers lesquelles elle ne pouvait s'empêcher d'étendre la main. M. d'Hédouville la retenait, en lui faisant remarquer l'indiscrétion de ce mouvement de curiosité. L'Empereur lui fit plusieurs questions. Il commença par lui demander si elle était l'abbesse du couvent. Elle répondit qu'elle n'y occupait que la seconde place, et ajouta : « Heureusement pour moi ! » L'Empereur voulant savoir pourquoi, elle dit qu'elle aimait mieux obéir que commander, que c'était plus méritoire, et que sa conscience était

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plus en repos. L'Empereur ne put s'empêcher de sourire de l'ingénuité de cette réponse. Il lui demanda ensuite si Jeanne, la Folle, mère de Charles-Quint, morte à Tordesillas, était enterrée dans le couvent. Elle resta un moment pensive, et finit par répondre ^u'il y avait des reines et des princes enterrés dans ies caveaux, mais qu'elle ignorait leurs noms. Interrogée si elle n'avait pas quelque connaissance de l'histoire d'Espagne, elle dit qu'elle ne connaissait que ses livres de liturgie, et les passages de la Bible, dont 5on confesseur lui permettait la lecture. L'Empereur lUi trouvant l'œil vif, malgré son âge, voulut savoir ;i elle avait été jolie. Elle répondit naïvement qu'elle e croyait, mais qu'elle n'avait point eu de miroir et jue personne ne le lui avait dit. La conversation se îoutint pendant quelque temps sur ce ton ; et les ré- Donses de la nonne annonçaient de l'esprit habituel. L'Empereur, satisfait de son innocence et de son ingénuité, dit qu'il voulait lui accorder une grâce et ju'elle pouvait demander ce qu'elle désirait. Avant de 'épondre, la religieuse voulut savoir si on lui accorlerait tout ce qu'elle demanderait ; on lui dit que 'Empereur ne promettait pas en vain ; alors elle denanda la grâce du directeur du couvent qui avait été )ris, marchant à la tête de bandes armées, un cru- ;ifix à la main. L'Empereur l'accorda, puisqu'il l'avait )romis ; ajoutant que ce moine devait éviter de reomber dans la même faute, parce qu'il n'aurait plus e pouvoir de lui pardonner. La nonne promit qu'elle lurait soin qu'il ne quittât pas le couvent, et répondit le lui. L'Empereur dit ensuite qu'il avait, à sa consi- [ération, accordé une grâce à quelqu'un qui était tranger à sa famille, mais que c'était pour elle peronnellement qu'il voulait faire quelque chose. Comme

elle hésitait à répondre, il lui fit demander si elle avait des parents. Elle répondit qu'elle avait un frère dans les ordres. « Veut-elle que je le fasse évêque ? » dit l'Empereur. Elle se mit à genoux pour le remercier de cette faveur inespérée ; mais la bonne volonté de Napoléon ne put être remplie ; ce religieux était enfermé dans Saragosse. Avant que la prieuse rentrât dans son cloître, l'Empereur lui fit offrir du café. Elle ne le trouva pas bon : elle n'en avait jamais goûté et ne connaissait que ïe chocolat. La pauvre religieuse, après avoir remercié de nouveau l'Empereur à genoux de la bienveillance avec laquelle il l'avait accueillie, et lui avoir baisé la main, fut reconduite par M.d'Hédouville dans son cloître, émue et reconnaissante.

Baron de Méneval.

Souvenirs historiques sur V empereur Napoléon.

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GÉNÉnAL LEJEUNE

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