NAPOLÉON FIANCÉ
[Le mariage de Napoléon avec Joséphine est resté stérile et l'Empereur trouve^ dans la prétendue nécessité de laisser des successeurs issus de son sang, les raisons suffisantes pour rompre les liens qui Vunissent à elle, depuis quatorze ans. Il croit alors enchaîner l'Autriche à sa fortune par un mariage et contracte une nouvelle union avec l'archiduchesse Marie-Louise ( J'^'' avril 1810)]
... Le 8 mars, il y eut grande réunion à la cour pour la cérémonie de la demande en mariage. L'empereur [François P""], entouré de tous ses hauts dignitaires, reçut l'ambassadeur extraordinaire qui lui adressa cette demande. Elle se terminait par ces mots: «Cette princesse, appelée sur un grand trône, y fera le bonheur d'un grand peuple et celui d'un grand homme. » L'empereur répondit des mots affectueux, et termina par ceux-ci: « J'accorde la main de ma fille à l'empereur des Français. »
L'impératrice arriva ensuite, amenant la jeune archiduchesse, à laquelle l'ambassadeur adressa des paroles gracieuses, en y ajoutant ces mots : « Des considérations politiques peuvent avoir influé sur la détermination des deux souverains ; mais c'est surtout de votre cœur, Madame, que l'empereur Napoléon veut vous obtenir. » L'archiduchesse répondit ; « La volonté de mon père a été constamment la
mienne. Je consens, avec la permission de mon père, à mon union avec l'empereur Napoléon. »
... Nous arrivâmes à Compiègne, où l'Empereur attendait sa nouvelle épouse. L'Empereur m'emmena dans son cabinet.
Là, il perdit son air majestueux, et se livrant à la gaieté la plus vive, il me fît raconter toutes les fêtes de Vienne, de Munich, de Stuttgart. Il se fît apporter le portrait de l'Impératrice et me questionna sur toutes les parties de la ressemblance. Je lui montrai alors le profil que j'avais dessiné et, de suite, il s'écria : « Ah ! c'est bien la lèvre autrichienne des Habsbourg », dont il me montra les médailles ; puis, il me fît placer à côté de lui, et se penchant sur la table où était la lampe, il se prit à examiner ce portrait dont il paraissait être amoureux. Il me demanda si je le trouvais ressemblant, s'il n'était pas flatté ? « Et les yeux sont-ils comme cela ?...de quel bleu ?...le nez n'est-il pas plus petit? » Il répéta : « C'est bien la lèvre autrichienne, n'est-ce pas ? » en avançant lui-même un peu les lèvres. « Plaît-elle au premier abord, son sourire est-il spirituel? est-elle bien grande comme cela?» en portant la main à sa hauteur ;... a-t-elle de cela ? et de cela ? dites, dites, dites tout... — Mais oui. Sire », etc., etc. Alors, après s'être frotté les mains, comme un homme heureux... « Gomment étaient les fêtes de Vienne ? J'espère que celles que nous lui donnerons lui plairont davantage... Ce sera neuf pour elle. Nous avons de quoi la surprendre. Ah ! il n'y a que la France pour le bon goût... Et le roi de Wurtemberg a donc fait de belles choses ? Il est grand dans ses manières ; il fait le petit Louis XIV. Il se ruinera. Le mariage paraît donc leur faire grand plaisir en Allemagne?» Sa Majesté était d'une humeur charmante
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et se plaisait à me fairo beaucoup d'autres questions, qui annonçaient son impatience de voir l'Impératrice...
Quelques jours après les vœux de l'Empereur furent comblés ;... il fît plusieurs lieues à cheval, sans escorte, pour aller au devant d'elle. D'aussi loin qu'il aperçut les voitures, il prit le galop et, sautant à la, portière du carrosse, il se la fit ouvrir, et se précipita dans les bras de son épouse, ce qui causa à la princesse la singulière surprise d'être tendrement caressée, avant qu'on eût pu lui dire quel était le téméraire qui l'embrassait ainsi...
Général Lejeune, Souvenirs.
Prince DE CLAKY