‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 50 sur 103 · L APOGÉE · texte numérisé non relu

L APOGÉE

' La cérémonie et la musique furent aussi longues que belles ; les costumes magnifiques ; l'Impératrice fort en beauté et de très bonne contenance, son manteau d'un fier velours pourpre et d'une fière broderie, sa couronne en diamants et son collier les plus belles choses du monde et du meilleur goût .

Pendant la messe, l'Empereur et l'Impératrice étaient assis au beau milieu de la chapelle, et lorsqu'ils allaient à l'autel, ce qui est arrivé trois ou quatre fois, le manteau de l'Impératrice était porté par les reines et les princesses ^ Chacune de ces « portemanteau » avait une traîne de six aulnes portée par son chevalier d'honneur. Représentez-vous cette machine se mettant en mouvement. L'Empereur avait l'air d'une humeur de chien pendant tout le temps de la cérémonie. C'est que, le matin encore, il y avait eu des scènes incroyables dans l'intérieur. Reines et princesses, diton, avaient fait le diable pour ne pas porter le manteau : larmes, prières, évanouissements, refus absolu, on prétend qu'elles essayèrent en vain de tout cela. Le maître furieux les traita de Turc à Maure, et un bel et bon «je veux .♦ termina l'affaire. Celle qui avait le plus fait la revèche était la dinde de Westphalie, qui est d'une fierté inouïe. Aussi, rien n'était plus comique que de voir la manière dont elles s'acquittaient de leur corvée : l'une faisait la moue, l'autre, son flacon sous le nez, menaçait de se trouver mal, la troisième laissait tomber le manteau et c'était bien pire car il fallait le ramasser. Les deux sœurs, dont l'une

1. C'est.-à-dire les reines d'Espagne, de Hollande et de Westphalie, belles-sœurs de Napoléon, et ses sœurs, Elisa, grande-duchesse de Toscane, et Pauline mariée au général Bacciochi, princesse Borghèse.

est grosse * et l'autre d'une santé vraiment affreuse % avaient beau jeu. La seule qui fit bonne mine à mauvais jeu et y mit de la dignité, était la reine de Hollande, parce qu'elle a de l'esprit et du tact ; et puis « ma cousine Julie " » a aussi fort bien porté le manteau, mais elle est si souillon que je lui aurais conseillé de faire autrement. Enfin, je n'aurais pas donné ce spectacle pour beaucoup. On prétend que l'une des porteuses ayant laissé tomber sa part de traîne ou n'étant pas à son poste, l'Impératrice lui jeta un regard très impératif qui disait : « Eh bien !» — Je ne l'ai pas vu.

Il y avait dans les rues la plus grande tranquillité, le plus grand ordre, mais aussi pas l'ombre de joie ou d'enthousiasme. Même le matin, à l'entrée de l'Empereur et de l'Impératrice, il n'y avait eu que des acclamations de commande, avec beaucoup de lacunes de silence. Ce mariage semble aussi indifférent au peuple que celui du Grand Mogol, quoi qu'en disent les- gazettes, mais il est vraiment curieux de voir tout ce qu'on nous fait croire à nous autres Parisiens. Le laquais de je ne sais plus qui, auquel on demandait comment il avait trouvé l'Impératrice, répondit tranquillement :

« Oh ! c'est une belle princesse, bien belle ! Et puis, c'était si touchant de la voir en voiture avec sa vieille gouvernante 1 »

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