‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 64 sur 103 · LE DÉCLIN DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LE DÉCLIN DE L'EMPEREUR

[Les mauvais jours succèdent aux mauvais jours. Après la désastreuse campagne de Russie, celle d'Allemagne va s'ouvrir. La grande levée des Marie-Louise épuise les dernières forces de la France. UEmpirc est ébranlé dans ses fondements.]

J'ai vu l'Empereur pour la dernière fois, le lendemain, en prenant la route de Francfort. Il avait son chapeau sous le bras. L'air relevait les quelques che-

LE DÉCLIN ; LA RUSSIE lo'-i

veux qui lui' restent de sa mèche, et qu'il applique d'habitude contre le front... Ils flottaient, tout droits en haut de son énorme crâne pâle et nu, pendant qu'il se frottait les mains devant le feu de bivouac allumé au bord du champ... Quel spectacle! Le maître du monde, tassé, vieilli, trop large dans sa redingote étroite... et ruminant la fureur aiguë qui le forçait, par dérision, à siffler... Il n'avait plus que l'allure d'un bourgeois engoncé... Il battait le sol de la semelle, son chapeau sous le bras... Il sifflait l'air : « Bon voyage, M. Dumollet I » comme s'il se moquait de luimême en s'appliquant les paroles de la chanson. Ma chaise s'était arrêtée dans un embarras d'artillerie. Je restai une bonne demi-heure à la même place. Toute la garde défilait à gauche de la route. Lui la regardait avec l'intelligence profonde de son œil ; et il se frottait encore les mains ; et il haussait les épaules ; et il sifflait... Le prince de Wagram, ni le duc de Bassano, qui s'entretenaient à quelques pas, n'osèrent lui parler... Je me rappellerai ça... Et la garde piétinant, ses uniformes enduits de boue, ses tambours au dos, ses aigles à l'épaule, les blessés grognons, les sergents sévères, les têtes grises des vétérans salis de poudre et de crotte. Et lui, lui qui sifflait, qui sifflait tout le temps : « Bon voyage, M. Dumollet ! » J'ai encore les notes dans les oreilles... J'ai encore devant moi ses quatre cheveux qui flottaient en haut de son front.

Paul Adam. L'Enfant d'Auslerlitz.

Flnnimarion, édit.

Baron FAIN

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