‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 29 sur 101 · VENTRÉE A BERLIN · texte numérisé non relu

VENTRÉE A BERLIN

[Les armées prussiennes battues à léna cl à Auerstœdt sont talonnées par la cavalerie de Murat et rejointes à Prensloin et à Lùheck : toutes les places fortes de V Elbe et de l'Oder sont occupées par nous : la monarchie prussienne s'csi c/Jondrée en moins d'un mois et Najwléon entre A Berlin {27 octobre 1806).]

Le 25, nous arrivâmes à Potsdam, nous eûmes séjour le 20 cît le 27 h Cliarlottenl)()urg, hoau palais di roi de Prusse qui fait face i» Berlin. Cet endroit esl

boisé jusqu'à la porte d'entrée de cette belle capitale, on ne peut rien voir de plus joli. Cette porte est surmontée d'un beau char de triomphe et les rues sont tirées au cordeau. De la porte de Charlottenbourg pour arriver au palais, il y a une allée au milieu et des bancs pour les curieux.

L'Empereur fit son entrée, le 28, à la tête de 20.000 grenadiers et de nos cuirassiers et de toute notre belle garde à pied et à cheval. On peut dire que la tenue était aussi belle qu'aux Tuileries, l'Empereur était fier dans son modeste costume, avec son petit chapeau et sa cocarde d'un sou. Son état-major avait le grand uniforme et c'était curieux pour des étrangers de voir le plus mal habillé maître d'une si belle armée.

Le peuple était aux croisées comme les Parisiens, le jour de notre arrivée d'Austerlitz.G'était magnifique de voir un si beau peuple se porter en foule sur notre passage et nous suivre. On nous forma en bataille devant le palais qui est isolé devant et derrière par de belles places et un beau carré d'arbres où le grand Frédéric est sur un piédestal avec ses petites guêtres.

Nous fûmes logés chez les habitants et nourris à leurs frais, avec une bouteille de vin par jour. C'était terrible pour les bourgeois, car le vin valait trois francs la bouteille. Ils nous prièrent, ne pouvant pas se procurer de vin, de prendre de la bière en cruchons. A l'appel, tous les grenadiers en parlèrent à nos officiers, qui nous dirent de ne pas les contraindre à donner du vin, que la bière était excellente. Nous portâmes la consolation dans toute la ville, et la bière en cruchon ne fut pas épargnée (il n'est pas possible d'en boire de meilleure). La paix et la bonne harmonie régnaient partout ;il n'était pas possible d'être mieux et tous les bourgeois venaient avec leurs domestiques nous appor-

ter notre repas, et bien servi. La discipline était sévère ; le comte Hulin était gouverneur de Berlin ; le service était rigoureux.

L'Empereur passa la revue de sa garde devant le palais, du côté de la statue du grand Frédéric, auprès de beaux tilleuls : derrière la statue sont trois rangées de bornes de cinq pieds de haut, avec barres de fer enclavées. Nous étions en bataille devant le palais ; l'Empereur arrive, fait porter les armes, croiser la baïonnette (notre colonel répétait le coramandenent). Il commande ; Demi-tour ! (le colonel répète) puis : « En avant, pas accéléré, marche ! » Et nous voilà arrêtés contre les bornes de cinq pieds de haut.

L'Empereur nous voyant arrêtés, dit : « Pourquoi ne marches-tu pas ?» Le colonel répond : « On ne peut pas passer. — Comment t'appelles-tu? — Frédéric. »

L'Empereur avec un ton sévère lui dit : « Pauvre Frédéric I Commande : En avant f » Et nous voilà sautant par-dessus les bornes et les barres de fer ; il fallait nous voir escalader !

Cahiers du capilaine Coignet.

Hachetlc, édit.

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