‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 32 sur 101 · GÉNÉRAL GOURGAUD · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL GOURGAUD

UEMPERKUR AUX ARMÉES

[Cette année de campagne {i 806-1 SO:) murque non seulement Vèpoiiuc la plus brillante de rEmpire^ mais aussi l'apogée de la gloire militaire de Napoléon : jamais conquérant n'en recueillit davantage ni en moins de temps. Si son épée moissonne sans arrêt des lauriers c'est parce qu'il déploie, en campagne, une activité prodigieuse et que ses triomphes ne sont qu'en proportion de ses efforts.]

La vie active qu'il menait dans les camps était subordonnée aux opérations militaires. Ilahituellomcnt, il marchait à ciicval avec l'armée (juand elle était ù la suite et près de l'ennemi. Lorsqu'elle était en grandes manœuvres et que les opérations avaient

LA GLOIRE \Qi

lieu à fortes distances, il attendait que les corps qui étaient en marche fussent près d'être rendus dans les positions qu'il avait indiquées ; il restait alors à son quartier général. Là, il recevait les rapports qui lui étaient adressés directement, ou au major général, par les commandants des différents corps. Dans les intervalles, il donnait ses soins à l'administration intérieure de la France ; il répondait aux rapports qui lui étaient envoyés de Paris par les ministres, qui avaient l'habitude de lui écrire tous les jours, et à ceux des ministres réunis en conseil, qui lui étaient apportés chaque semaine par un auditeur du Conseil d'Etat, lequel était mis à la disposition de l'intendant général de l'armée, qui l'employait à différentes missions ; il gouvernait ainsi l'empire en même temps qu'il dirigeait l'armée. Econome de son temps, il calculait l'époque de son départ de manière à se trouver à la tête de ses corps au moment où sa présence y devenait nécessaire ; il s'y transportait alors rapidement en voiture ; mais, pendant ce trajet même, il ne restait pas oisif : il s'occupait à lire ses dépêches ; le plus souvent, il recevait les rapports de ses généraux et expédiait à l'instant les réponses. Des estafettes apportant des dépêches de Paris, renfermées dans un portefeuille fermant à clef, lui étaient quelquefois remises en même temps. Une lumière, disposée dans le fond de sa voiture, l'éclairait pendant les voyages de nuit et lui permettait de travailler comme s'il eût été dans son cabinet. Le major général voyageait habituellement avec lui. Aux portières marchaient toujours ses aides de camp et ses officiers d'ordonnance, et une brigade de ses chevaux de selle suivait avec l'escorte.

Telle était l'organisation privilégiée de cet homme

extraordinaire en tout, qu'il pouvait dormir une heure, être réveillé par un ordre à donner, se rendormir, être réveillé de nouveau, sans que son repos ni sa santé en souffrissent. Six heures de sommeil lui suffisaient, soit qu'il les prît de suite, soit qu'il dormît à divers intervalles durant vingt-quatre heures. Les jours qui précédaient ime grande bataille, il était constamment à cheval pour reconnaître la force et la position de l'ennemi, étudier son champ de bataille, parcourir les bivacs de son corps d'armée. La nuit même, il visitait la ligne pour s'assurer encore de la force de l'ennemi par le nombre de ses feux, et, en quelques heures, il fatiguait plusieurs chevaux. Le jour de la bataille, il se plaçait sur un point central d'où il pouvait voir tout ce qui se passait. 11 avait près de lui ses aides de camp et ses officiers d'ordonnance ; il les envoyait porter ses ordres sur tous les points. A quelque distance en arrière de lui, étaient quatre escadrons de la garde, un de chaque arme ; mais, lorsqu'il quittait cette position, il ne prenait pour escorte qu'un peloton. Il indiquait ordinairement le lieu qu'il avait choisi à ses maréchaux, afin d'être facilement trouvé par les officiers qu'ils lui enverraient. Aussitôt ({ue sa présence devenait nécessaire c|uel(jue part, il s'y portait au galop.

GouRGAUu. Examen critique de Pouvraijc du comte de Ségur.

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