FRIEDLAND
[D^ A lie magne y où il vient de promulguer le fameux décret du blocus continental {91 novembre i 806)y Napoléon se décide à faire un pas de plus el à marcher sur la \'islute pour fermer les côtes de la liussie au commerce anglais après lui avoir fermé celles de la Prusse. Après une dure campagne d'hirer qui est marc/uée par la .sanglante hataille dlùflau (.'< février I S07), la grande armée fait une campagne d'été courte ei décisive : et, le 11 juin, jour anniversaire de Marengo, elle inflige au général russe Benningsen la défaite de Friedland.]
Nopoléon avait enfin rencontré l'occasion si longtemps attendue de ressaisir pleinement l'avantage. Les UuHSes Tavuncèrent de quelques jours en tentant poui
a seconde fois un mouvement offensif. La belle conenance du maréchal Ney lui en imposa presque ausitôt et les fît reculer, mais l'Empereur avait eu le emps de concentrer ses forces : il fondit sur l'enlemi, le combattit à plusieurs reprises, cherchant touours à le tourner et à l'envelopper ; il le surprit enfin e 14 juin à Friedland, entassé dans un ravin, acculé
l'Aile. Friedland, ce fut Eylau réussi, la victoire accablante que Napoléon poursuivait depuis trois mois it qui deux fois lui avait échappé. Aucune ombre ne ;ernit Téclat de cette belle journée, date claire et lumineuse de notre histoire : la fortune de Napoléon se dégageait des nuages qui l'avaient un instant obscurcie et de nouveau resplendissait. Les résultats furent immenses : 30.000 Russes avaient été tués, blessés ou pris : une nombreuse artillerie tomba entre nos mains; Kœnigsberg, la place d'armes de la coalition, ouvrit ses portes ; le roi de Prusse s'enfuit à Memel : de ses états, il ne lui restait qu'une ville. En même temps, l'Autriche était déjouée dans ses desseins hostiles, l'Allemagne contenue, le midi raffermi dans l'obéissance, la France rassurée ; l'Europe tout entière, après quelques doutes, recommençait de croire à la continuité fatale de ses succès et dans Napoléon reconnaissait l'invincible.
L'armée russe fuyait dans le plus grand désordre, emportée par le torrent de la défaite. Toutes les positions derrière lesquelles elle eût pu se reformer et reprendre pied lui échappèrent successivement ; après la ligne de l'Aile, celle de la Fregel, celle du Niémen. Près de Tilsit, situé au bord du Niémen et sur la rive gauche, le prince Murât et notre avant-garde eurent un singulier spectacle : une horde de barbares à la face asiatique, Kalmouks et Sibériens, sans fusils.
s'entourant d'un nuage de flèches, tourbillonnait dans la plaine et nous opposait un vain épouvantail : c'était Tarmée de réserve annoncée par la Russie et amenée par le prince Lobanof. Une division de cuirassiers se déploya, chargea et Tavant-garde de l'Asie s'évanouit. Nos troupes entrèrent à Tilsit et l'armée ennemie disparut derrière le fleuve, se masquant d'un rideau de cavalerie légère.
A. Vandal. Napoléon et Alexandre.
Pion, édit.