U ENTREVUE DE TILSITT
Enfin, le 19 juin, un envoyé de Tempereur de Russie passa le fleuve pour parlementer, il fut présenté au prince Murât, et aussitôt à Napoléon qui répondit de suite, car il donna l'ordre de nous tenir prêts en grande tenue pour le lendemain. Le lendemain, arrive un prince de Russie, et les ordres furent donnés partout de prendre les armes pour recevoir l'empereur de Russie devant toutes les troupes en grande tenue. On dit qu'on allait faire un radeau sur le fleuve et que les deux empereurs allaient se voir pour faire la paix. Dieu, quelle joie pour nous tous l Tout le monde était fou.
Les officiers étaient parmi nous pour que rien ne manque à notre belle tenue : les queues bien faites et bien poudrées, les buffleteries bien blanches ; défense de s'éloigner. Lorsque tout fut prêt, nous eûmes l'ordre de prendre les armes à onze heures pour nous porter sur le fleuve. Là, nous attendait le plus beau spectacle que jamais homme verra sur le Niémen. Sur le milieu du fleuve se trouvait un radeau magnifique, garni de belles tentures très larges, et sur le côté à gauche, une tente. Sur les deux rives une belle barque richement décorée et montée par les marins de la garde. L'Empereur arrive à une heure et se place dans sa barque avec son état-major. Les empereurs partirent au même signal, ils avaient chacun les mêmes degrés à monter et le même trajet à parcourir, mais le nôtre arriva le premier sur le radeau.
On voit ces deux grands hommes s'embrasser commi deux frères revenant de l'exil. Ah ! quels cris de « Vive TEmpereur I » des deux côtés !
Cette entrevue fut longue, et ils se retirèrent cha cun de leur côté... Le lendemain nous recommença mes la même manœuvre, c'était pour recevoir le ro de Prusse ; heureusement que le grand Alexandr était là pour prendre sa défense, il avait l'air d'un victime. Dieu, qu'il était maigre, le vilain souverain mais, aussi, il avait une bien belle reine.
Cette entrevue entre les trois souverains fut courte et il fut convenu que notre Empereur leur donnerai dans la ville le logement et la table, c'était glorieu: après les avoir bien rossés, mais pas de rancunes ! L ville fut donc partagée par moitié, et le lendemai toute la garde sous les armes dans la belle rue d Tilsitt sur trois rangs de chaque côté. Notre Empe reur fut au-devant de l'empereur de Russie au bor du fleuve avec des chevaux de selle pour faire monte l'empereur et les princes, mais le roi de Prusse n' était pas ce jour-là. Quel beau coup d'œil que ce souverains, princes et maréchaux, avec le fier Murs qui ne cédait en rien en beauté à l'empereur de Rus sie, tous dans le plus beau cpstume ! L'empereur d Russie vint devant nous et dit au colonel Frédéric € Vous avez une belle garde, colonel. — Et bonm Sire », dit-il à l'Empereur (jui répondit : « Je le sais.
Le lendemain il les régala d'une belle revue de s garde et du troisième corps commandé par le mare chai Davoust, dans une plaine à une lieue de Tilsitl Ce fut un beau jour, la garde était brillante comra h Paris, et le corps du maréchal ne laissait rien à d< sirer (toute sa troupe on pant.ilons blancs). Après 1 revue de ces trois souverains, on nous fît drlilor p8
l'apogée 171
division ; on commença par le troisième corps, puis les grognards (c'était un rempart mouvant). L'eminreur de Russie, le roi de Prusse et tous leurs généraux saluèrent la garde à chaque division qui passait.
Cahiers du capitaine Coignet.
Hachette, ëdil.
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