TOUTES LES VOIX
Vive VEmpereuï
LE DUC, tombant à genoux.
Ah 1 oui I c'est le pardon à cause de la gloire !
(Il dit doucement et tristement à la plain(
Merci.
(Et se rclevan
Moi j'ai compris. Je suis expiatoire.
Tout n'était pas payé. Je complète le prix. Oui, je devais venir dans ce champ. J'ai compris. 11 fallait qu'au-dessus de ces morts je devinsse Cette longue blancheur, toujours, toujours plus mine Qui renonçant, priant, demandant î^ souffrir, S'allonge pour se tendre, et mincit pour s'offrir! Et lorsque entre le ciel et le champ de bataille. Là, de toute mon âme et de toute ma taille, Je me dresse, je sens (juo je monte, je sens Qu'exhalant ses brouillards comme un énorme ence Toute la plaine monte afin de mieux me tendre Au grand ciel apaisé qui connnence h descendre, Et je sens qu'il est juste et providentiel. Que le champ de bataille ainsi me tende au ciel,
l'apogée 193
\ Et m'offre, pour pouvoir, après cet Offertoire, Porter plus purement son titre de victoire I
(11 se dresse en haut du tertre, tout petit dans l'immense plaine, et se détachant les bras en croix, sur le ciel.)
Prends-moi ! prends-moi,Wagram I et rançon de jadis, Fils qui s'offre en échange, hélas, de tant de fils, Au-dessus de la brume effrayante où tu bouges, Elève-moi, tout blanc, Wagram, dans tes mains rouges ! 11 le faut, je le sais, je le sens, je le veux, Puisqu'un souffle a passé ce soir dans mes cheveux, Puisque par des frissons mon âme est avertie, Et puisque mon costume est blanc comme une hostie !
(11 murmure comme si quelqu'un seulement devait l'entendre.) Père ! à tant de malheur que peut-on reprocher? Chutl... J'ajoute tout bas Schœnbrunn à ton rocher!... (Il reste un moment les yeux fermés, et dit :) ^... C'est fait!...
(L'aube commence à poindre... Il reprend d'une voix forte :)
Mais à l'instant où l'aiglon se résigne A la mort innocente et ployante d'un cygne. Comme cloué dans l'ombre à quelque haut portail. Il devient le sublime et doux épouvantail Qui chasse les corbeaux et ramène les aigles ! ' Vous n avez plus le droit de crier, champs de seigles I Plus d'affreux rampements sous ces bas arbrisseaux : J'ai nettoyé le vent et lavé les ruisseaux ! I II ne doit plus rester, plaine, dans tes rafales, I Que les bruits de la Gloire et les voix triomphales !
(Tout se dore. Le vent chante.)
Oui ! j'ai bien mérité d'entendre maintenant Ce qui fut gémissant devenir clairouvant !
(De vagues trompettes sonnent. Une rumeur fière s'élève. Les Voix qui gémissaient tout à l'heure, lancent maintenant des appels, des ordres ardents,)
De voir ce qui traînait de triste au ras des chaumes S'enlever tout d'un coup en galops de fantômes!...
(Des brumes qui s'envolent semblent galoper. On enten( un bruit de chevauchée.)
LES VOIX, au loin.
En avant f
LE DUC
Maintenant le côté glorieux !
La poudre que la charge, en passant, jette aux yeux !..