LE ROI DE HOME
\Au .26^ coup de canon annonçant que le Roi de France vient de naître {SO mars 181 /), Paris montre sa joie avec des transports de délire : il n'a de pensées et de regards que pour VEmpe~ reur et pour cet héritier qui soutiendra la renommée de la dynastie et de VEmpire et Vétendra encore. Et, en le contemplant dans son berceau, Napoléon se reprend à croire à i éternité de son Empire.]
Le Roi de Rome fut baptisé le 9 juin, on nous donna des fêtes et de^ feux d'artifices. Cet enfant chéri était toujours accompagné du gouverneur du palais, lorsqu'il sortait pour se promener avec sa belle nourrice et une dame qui le portait. Me trouvant un jour dans le château deSaint-Gloud,le maréchal Duroc qui m'accompagnait, me fit signe de m'approcher, et ce cher enfant tendait ses petites mains pour prendre mon plumet, je me penche et le voilà qui déchire mes plumes. Le maréchal me dit : « Laissez-le faire. » L'enfant éclatait de joie, mais le plumet fut sacrifié. Je de-
meurai un peu sot. Le maréchal me dit : « Donnez-le lui, je vous le ferai remplacer. » La dame d'honneur et la nourrice se firent une pinte de bon sang.
Le maréchal dit à la dame : « Donnez le prince à ce sergent, qu'il le porte sur ses bras ! » Dieux ! j'allonge les bras pour recevoir le précieux fardeau. Tout le monde vient autour de moi : « Eh bien ! me dit Duroc, est-il lourd ? — Oui, mon général — Allons, marchez avec, vous êtes assez fort pour le porter. »
Je fis un petit tour sur la terrasse ; l'enfant arrachait mes plumes et ne faisait pas attention à moi. Ses draperies tombaient très bas et j'avais peur de tomber, mais j'étais heureux de porter un tel enfant. Je le remis à la dame qui me remercia et le maréchal me dit : « Vous viendrez chez, moi dans une heure. »
Je parais donc devant le maréchal qui me donne un bon pour aller choisir un beau plumet chez le fabricant : « Vous n'avez que celui-là ? » dit-il. — Oui, ; général. — Je vais vous faire un bon pour deux. — Je vous remercie, général. — Allez, mon brave, vous en aurez un pour les dimanches. »
Arrivé près de mes chefs, ils me dirent : « Mais vous n'avez plus de plumet. — C'est le roi de Rome qui me l'a pris. — C'est plaisant ce que vous dites \h. — Voyez ce bon du maréchal Duroc. Au lieu d'un plumet, je vais en avoir deux, et j'ai porté le Roi de Rome sur mes bras près d'un ((uart d'heure ; il a déchiré mon plumet. — Mortel heureux, me dirent-ils, do pareils souvenirs ne s'oublient jamais. »
Les Cahiers du capitaine Coignet.
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l'apogée 213