‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 56 sur 101 · DEVANT MOSCOU · texte numérisé non relu

DEVANT MOSCOU

[Wilna, Oslroxuo, Wilebsk, Smolensk, Borodino, viennent d'être premières étapes de lacampagne de Bussie, les théâtres d'une lutte furieuse (fui a laissé des champs de bataille à l'armée française victorieuse, mais ne lui a pas permis de détruire les troupes russes. Dix jours après la mêlée sanglante de la Moskoiva, Napoléon arrive devant Moscou [14 septembre i813).]

Ce jour même (le 14 septembre), Napoléon, enfin persuadé que Kutusof ne s'était pas jeté sur son flanc droit rejoignit son avant-garde. Il monta à cheval ^ quelques lieues de Moscou. Il marchait lentement, avec précaution, faisant sonder devant lui les bois et les ravins, et gagner le sommet de toutes les hauteurs pour découvrir l'armée ennemie. On s'attendait h une bataille ; le terrain s'y prêtait, des ouvrages étaient ébauchés, mais tout avait été abandonné et l'on n'éprouvait pas la moindre résistance.

Enfin, une dernière hauteur reste h passer ; elle touche i\ Moscou qti'elle domine, c'est le Monl du Soliil. n s'appelle ainsi parce que de son sommet, ?i l'aspect de leur ville sainte, les habitants se découvrent et se prosternent. Nos éclaireurs l'eurent bientôt couronné. Il était deux heures ; le soleil faisait étinceler les mille couleurs de cette grande cité. A ce spectacle, frappés d'étonnoment, ils s'arrêtent, ils crient : « Moscou ! Moscou 1 » Chacun alors presse sa marche ; on accourt en désordre, et l'armée entière battant des

mains, répète avec transport : « Moscou ! Moscou ! » comme les marins crient : « Terre 1 Terre !» à la fin d'une longue et pénible navigation. A la vue de cette ville dorée, de ce nœud brillant de l'Asie et de l'Europe, de ce majestueux rendez-vous où s'unissaient le luxe, les usages et les arts des deux plus belles parties du monde, nous nous arrêtâmes, saisis d'une orgueilleuse contemplation. Quel jour de gloire était arrivé ! Comme il allait devenir le plus grand, le plus éclatant souvenir de notre vie entière ! Nous sentions qu'en ce moment toutes nos actions devaient fixer les yeux de l'univers surpris, et que chacun de nos moindres mouvements serait historique...

...Napoléon lui-même était accouru. Il s'arrêta transporté ; une exclamation de bonheur lui échappa. Depuis la grande bataille, les maréchaux mécontents s'étaient éloignés de lui ; mais à la vue de Moscou prisonnière, à la nouvelle de l'arrivée d'un parlementaire, frappés d'un si grand résultat, enivrés de tout l'enthousiasme de la gloire, ils oublièrent leurs griefs. On les vit tous se presser autour de l'Empereur, rendant hommage à sa fortune et déjà tentés d'attribuer à la prévoyance de son génie le peu de soin qu'il s'était donné le 7, pour compléter sa victoire. Mais chez Napoléon les premiers mouvements étaient courts. Il avait trop à penser pour se livrer longtemps à ses sensations. Son premier cri avait été : « La voilà donc enfin, cette ville fameuse ! » Et le second fut : « Il était temps ! »

Déjà ses yeux fixés sur cette capitale n'exprimaient plus que de l'impatience : en elle, il croyait voir tout l'empire russe. Ces murs renfermaient tout son espoir : la paix, les frais de la guerre, une gloire immortelle ; aussi ses avides regards s'attachaient-ils sur toutes

les issues. Quand donc ses portes s'ouvriront-elles ; quand on verra-t-il sortir cette députation qui lui soumettra ses richesses, sa population, son sénat et la principale noblesse russe ? Dès lors cette entreprise où il s'était si témérairement engagé, terminée heureusement et à force d'audace, sera le fruit dune haute combinaison, son imprudence sera sa grandeur ; dès lors sa victoire de la Moskowa si incomplète, deviendra son plus beau fait d'armes. Ainsi, tout ce qui pourrait tourner à sa perte tournerait à sa gloire ; cette journée allait commencer à décider s'il était le plus grand homme du monde ou le plus téméraire ; enfin s'il s'était élevé un autel ou creusé un tombeau.

Sbgur. Campagne de Bussie.

Serpent ROTTRGOGNE

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