‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 71 sur 101 · NAPOLÉON, HOMME DE GUERRE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON, HOMME DE GUERRE

\ Le génie du plus grand capitaine de Vhistoir jugé par celui qui en a le plus sûrement appli que la doctrine eh montrant, à son tour, pa ses victoires éclatantes que les principes napo léoniens n'étaient pas seulement faits pour ut temps et pour une circonstance donnée^ mai peuvent s'appliquer à toutes les guerres ]

Briser la volonté de l'ennemi, tel est donc le premier principe... la briser par un coup inattendu d'un« vigueur suprême, telle est la première conséquence de ce principe.

Mais ce coup suprême est d'une vigueur inattendue il n'est pas nécessaire de le porter sur toute l'armée ennemie. Elle est un être animé et organisé. Or qui dit organisme dit un ensemble d'organes dont la santé et le bon état sont nécessaires à la vie de l'individu, dont la perte, ne fût-ce que d'un seul, amène la mort.

Pour battre un adversaire, il est inutile de lui couper à la fois les bras, les jambes, la tête et en mémo temps de lui trouer la poitrine et de lui crever le ventre. Un coup d'épée au cœur ou un coup de massue sur la tête garantit le résultat. De même, renverser dans une armée une aile, le centre, une partie importante de son tout, sora suffisant pour avoir le résultat.

L'armée, d'ailleurs, est un être délicat qui ne vit

que de discipline. « La discipline est la force principale des armées », mais elle est aussi la première condition de leur existence ; seule, grâce à l'organisation hiérarchique, à la transmission et à l'exécution des ordres qui en résultent, elle permet au chef de diriger une action quelconque.

Mais alors, rompre la chaîne, c'est arrêter le fonctionnement de la hiérarchie, c'est transformer les unités tactiques en masses d'hommes informes, c'est rendre impossible l'exécution dès ordres, c'est anéantir la volonté du commandement, empêcher toute action. Et il suffit, pour la rompre, de répandre le désordre moral ou le désordre matériel, de renverser l'organisation en un point du système.

Tout ceci nous conduit donc à l'application à'un coup suprême sur un point, ce que Napoléon a formulé, en disant qu'il faut et qu'il suffit, pour être victorieux « d'être le plus fort sur un point donné, à un moment donné ». Ce qu'il a surabondamment prouvé par la conduite de sa bataille : « Qu'on déchire en effet ou simplement qu'on soulève le voile qui, dans les batailles de Napoléon, recouvre toutes ces longueurs irréparables d'une première orientation ou nécessaires à l'arrivée d'un corps voisin, à l'exécution d'un mouvement, et l'on verra toujours l'attaque décisive des masses entrer en scène avec toute sa furie et toutes ses allures tragiques. » (Clausew^itz.)

C'est, du reste, ce qu'il expliquait quand il écrivait au maréchal Gouvion-Saint-Gyr : « 11 ne faut accorder la préférence à aucun genre d'attaque et agir selon les circonstances. Il faut aborder l'ennemi avec le plus de moyens possible. Après avoir engagé les coups les plus à proximité de l'ennemi, on doit les laisser faire, sans trop s'inquiéter de leurs bonnes ou de

leurs mauvaises chances. Seulement, il faut avoir bien soin de ne pas céder trop facilement aux demandes de secours de la part de leurs chefs. » — « Il ajoutait, dit le maréchal, que ce n'était que vers la fin de la journée, quand il s'apercevait que l'ennemi fatigué avait mis en jeu la plus grande partie de ses moyens, qu'il ramassait ce qu'il avait pu conserver en réserve, pour lancer sur le champ de bataille une forte masse d'infanterie, de cavalerie, d'artillerie ; que l'ennemi, ne l'ayanl pas prévu, il faisait ce qu'il appelait un événement et que, par ce moyen, il avait presque toujours obtenu la victoire. »

Retenons de ce qui précède la notion en laquelle se résume la bataille-manœuvre, visant, pour finir : l'action voulue^ résolue, soudaine et énergique des masses sur un point choisi.

C'est cette notion que l'on voit encore se traduire dans les batailles de la fin de l'Empire, en ces lourdes, massives, informes colonnes des troupes de Mucdonal à Wagram, du général d'Erlon à Waterloo, qui sont incontestablement la négative de la tactique de détail, de l'art d'employer au mieux une quantité déterminée de troupes, de leur faire produire tous les effets dont elles sont capables avec les armes dont elles disposent, mais qui n'en restent pas moins, dans l'esprit do l'Empereur, l'idée do l'événement poussée à son paroxysme ; brutalité sublime de cette guerre à coups d'hommes, si l'on n'envisage (jue le principe ;... idée do surprise... poussée à ses dernières limites. Ceci est tellement vrai que lorsque l'arcliiduc Charles sur le champ do bataille de Wagram, voit paraître co formidable engin d'attaque qui s'appelle la colonne Macdonald, il a le sentiment qu'il ne pourra parer l'ciTort et ordonne immédiatement lu retraite.

Oui, Napoléon sait très bien qu'on ne démoralise pas, qu'on ne renverse pas un adversaire sérieux avec un ordre mince, avec des tirailleurs, avec des lignes, même par une attaque générale.

I Pour avoir raison de lui, l'amener à s'avouer i vaincu, c'est un effort inattendu^ d'une violence inconnue, inédite en quelque sorte, qu'il présente ; il le demande à la masse, aux masses, et pour être sûr de [l'effet, c'est en colonne qu'il a mis la masse. ' La guerre est comme les autres activités humaines : ! en présence de difficultés nouvelles, d'obstacles de i plus en plus sérieux, elle remonte à ses origines, à sa nature primitive, toute faite de violence ; elle y cherche I le moyen de mieux suspendre pour mieux renverser, pour mieux briser le moral de l'adversaire. Dans cet I ordre d'idées. Napoléon force de plus en plus la simplicité, la brutalité, la vigueur de ses attaques.

L'attaque décisive, tel est l'argument suprême de la bataille moderne, lutte de nations combattant pour leur existence, leur indépendance ou quelque intérêt moins noble, combattant en tout cas avec tous leurs moyens, avec toutes leurs passions, masses d'hommes et de passions qu'il s'agit par suite d'ébranler et de renverser.

Maréchal Focii.

Des principes de la guerre.

Berger-Levraolt, édit-

H. HOUSSAYE

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