‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 85 sur 101 · V. HriGO · texte numérisé non relu

V. HriGO

[Peut-être a-l-il mieux valu, pour (a gloire de l'Empereur, yue ses ennemis se soient montrés, à son égard d'une si révoltante dureté, Sainle-IJéiène a autant fait pour sa gloire que ses plus éclatantes victoires.]

Il croula. Dieu changea la chaîne de l'Europe.

Il est au fond des mers que la brume enveloppe,

Un roc hideux, débris des antiques volcans.

Le Destin prit des clous, un marteau, des carcans.

Saisit, pâle et vivant, ce voleur du tonnerre,

Et, joyeux, s'en alla sur le pic centenaire

Se clouer, excitant par son rire moqueur

Le vautour Angleterre à lui ronger le coeur.

1 évanouissement d'une splendeur immense !

Du soleil qui se lève à la nuit qui commence.

Toujours l'isolement, l'abandon, la prison ;

Un soldat rouge au seuil, la mer à l'horizon !

Des rochers nus, des bois affreux, l'ennui, l'espace.

Des voiles s'enfuyant comme l'espoir qui passe.

Toujours le bruit des flots, toujours le bruit des venta !

Adieu, tente de pourpre aux panaches mouvants, Adieu, le cheval blanc que César éperonne ! Plus de tambours battant aux champs, plus de couronne, Plus de rois prosternés dans l'ombre avec terreur. Plus de manteau traînant sur eux, plus d'empereur!

Napoléon était retombé Bonaparte.

Comme un Romain blessé par la flèche du Parthe,

Saignant, morne, il songeait à Moscou qui brûla.

Un caporal anglais lui disait : « Halte-là ! »

Son fils aux mains des rois, sa femme aux bras d'un autre !

Plus vil que le pourceau qui dans l'égout se vautre.

Son sénat, qui l'avait adoré, l'insultait.

Aux bords des mers, à l'heure où la brise se tait,

Sur les escarpements croulant en noirs décombres,

Il marchait, seul, rêveur, captif des vagues sombres.

Sur les monts, sur les flots, sur les cieux, triste et fier.

L'œil encore ébloui des batailles d'hier.

Il laissait sa pensée errer à l'aventure,

Grandeur, gloire, ô néant ! calme de la nature !

Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas.

Des rois, ses guichetiers, avaient pris un compas

Et l'avaient enfermé dans un cercle inflexible.

Il expirait. La mort de plus en plus visible

Se levait dans sa nuit et croissait à ses yeux

Comme le froid matin d'un jour mystérieux.

Son âme palpitait, déjà presque échappée.

Un jour enfin il mit sur son lit son épée.

Et se coucha près d'elle, et dit : « C'est aujourd'hui ! »

On jeta le manteau de Marengo sur lui.

Ses batailles du Nil, du Danube, du Tibre,

Se penchaient sur son front ; il dit : « Me voici libre !

Je suis vainqueur ! je vois mes aigles accourir ! »

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