LES SOUVENIRS DU PEUPLE
[A peine Napoléon est-il mort dans la solitude et dans la douleur, que la France attache à son nom une popularité immense, oublieuse des malheurs (/u'elle a subis, par ses fautes, et qu'elle lui pardonne: elle lui est reconnaissante de l'avoir aimée, même à travers la dangereuse ivresse du pouvoir absolu et, elle qui a payé de son sang toutes les victoires impériales^ elle crée le culte de l'Empereur.]
On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps.
L'humble toit dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.
Là viendront les villageois, Dire alors à quelque vieille:
Par des récits d'autrefois, Mère, abrégez notre veille.
Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère.
Oui, le révère.
Parlez-nous do lui, grand'mèro;
Parlez-nous de lui (bis).
Mes enfants, dans oe village.
Suivi de rois il passa.
Voilà bien longtemps de ça:
Je venais d'entrer on ménage.
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A pied grimpant le coteau Oij pour voir je m'étais mise, Il avait petit chapeau Avec redingote grise.
Près de lui je me troublai ; Il me dit : Bonjour ma chère, Bonjour ma chère.
— Il vous a parlé, grand'mère 1
Il vous a parlé !
L'an d'après, moi, pauvre femme, A Paris étant un jour, Je le vis avec sa Cour :
Il se rendait à Notre-Dame.
Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège.
Chacun disait : Quel beau temps !
Le ciel toujours le protège.
Son sourire était bien doux, D'un fils, Dieu le rendait père, Le rendait père.
— Quel beau jour pour vous, grand'mère!
Quel beau jour pour vous !
Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers.
Lui bravant tous les dangers.
Semblait seul tenir la campagne.
Un soir tout comme aujourd'hui, J'entends frapper à la porte.
J'ouvre. Bon Dieu ! c'était lui.
Suivi d'une faible escorte.
Il s'asseoit où me voilà, S'écriant : Oh ! quelle guerre !
Oh ! quelle guerre !
— Il s'est assis là, grand'mère !
Il s'est assis là !
J'ai faim, dit-il, et bien vite Je sers piquette et pain bis ; Puia il sèche ses habits, Même à dormir le feu l'invite.
Au réveil, voyant mes pleurs, Il me dit : Bonne espérance !
Je cours, de tous ses malheurs, Sous Paris, venger la France.
Il part; et, comme un trésor, J'ai depuis gardé son verre.
Gardé son verre.
— Vous l'avez encor, grand'mère 1
Vous l'avez encor !
Le voici. Mais à sa perte Le héros fut entraîné.
Lui, qu'un pape a couronné.
Est mort dans une île déserte.
Longtemps aucun ne l'a cru; On disait : Il va paraître ; Par mer il est accouru ; L'étranger va voir son maître.
Quand d'erreur on nous tira.
Ma douleur fut bien amère !
Fut bien amère !
— Dieu vous bénira, grand'mère;
Dieu vous bénira.
Déranger.
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