‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 92 sur 101 · LES SOUVENIRS DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS DU PEUPLE

[A peine Napoléon est-il mort dans la solitude et dans la douleur, que la France attache à son nom une popularité immense, oublieuse des malheurs (/u'elle a subis, par ses fautes, et qu'elle lui pardonne: elle lui est reconnaissante de l'avoir aimée, même à travers la dangereuse ivresse du pouvoir absolu et, elle qui a payé de son sang toutes les victoires impériales^ elle crée le culte de l'Empereur.]

On parlera de sa gloire Sous le chaume bien longtemps.

L'humble toit dans cinquante ans, Ne connaîtra plus d'autre histoire.

Là viendront les villageois, Dire alors à quelque vieille:

Par des récits d'autrefois, Mère, abrégez notre veille.

Bien, dit-on, qu'il nous ait nui, Le peuple encor le révère.

Oui, le révère.

Parlez-nous do lui, grand'mèro;

Parlez-nous de lui (bis).

Mes enfants, dans oe village.

Suivi de rois il passa.

Voilà bien longtemps de ça:

Je venais d'entrer on ménage.

l'idée et la légende napoléoniennes 369

A pied grimpant le coteau Oij pour voir je m'étais mise, Il avait petit chapeau Avec redingote grise.

Près de lui je me troublai ; Il me dit : Bonjour ma chère, Bonjour ma chère.

— Il vous a parlé, grand'mère 1

Il vous a parlé !

L'an d'après, moi, pauvre femme, A Paris étant un jour, Je le vis avec sa Cour :

Il se rendait à Notre-Dame.

Tous les cœurs étaient contents ; On admirait son cortège.

Chacun disait : Quel beau temps !

Le ciel toujours le protège.

Son sourire était bien doux, D'un fils, Dieu le rendait père, Le rendait père.

— Quel beau jour pour vous, grand'mère!

Quel beau jour pour vous !

Mais, quand la pauvre Champagne Fut en proie aux étrangers.

Lui bravant tous les dangers.

Semblait seul tenir la campagne.

Un soir tout comme aujourd'hui, J'entends frapper à la porte.

J'ouvre. Bon Dieu ! c'était lui.

Suivi d'une faible escorte.

Il s'asseoit où me voilà, S'écriant : Oh ! quelle guerre !

Oh ! quelle guerre !

— Il s'est assis là, grand'mère !

Il s'est assis là !

J'ai faim, dit-il, et bien vite Je sers piquette et pain bis ; Puia il sèche ses habits, Même à dormir le feu l'invite.

Au réveil, voyant mes pleurs, Il me dit : Bonne espérance !

Je cours, de tous ses malheurs, Sous Paris, venger la France.

Il part; et, comme un trésor, J'ai depuis gardé son verre.

Gardé son verre.

— Vous l'avez encor, grand'mère 1

Vous l'avez encor !

Le voici. Mais à sa perte Le héros fut entraîné.

Lui, qu'un pape a couronné.

Est mort dans une île déserte.

Longtemps aucun ne l'a cru; On disait : Il va paraître ; Par mer il est accouru ; L'étranger va voir son maître.

Quand d'erreur on nous tira.

Ma douleur fut bien amère !

Fut bien amère !

— Dieu vous bénira, grand'mère;

Dieu vous bénira.

Déranger.

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