‹ L'histoire de Napoléon racontée par les grands écrivainsChapitre 93 sur 101 · LES GRENADIERS · texte numérisé non relu

LES GRENADIERS

Vers la France s'acheminaient deux grenadiers, ils avaient été pris en Russie. Et lorsqu'ils arrivèrent dans nos contrées d'Allemagne, ils baissèrent douloureusement la tête.

Ici, ils venaient d'apprendre que la France avait succombé, que la Grande Armée était vaincue et taillée en pièces, et que lui, l'Empereur, était prisonnier.

A cette lamentable nouvelle les grenadiers se mirent à pleurer. L'un dit : « Que je souffre I Que ma vieille blessure me brûle 1 »

Et l'autre dit : « C'est fini de chanter ! Et moi aussi je voudrais mourir avec toi. Mais j'ai là-bas femme et enfant qui périront sans moi ?

« Que m'importe femme et enfant 1 J'ai bien d'autres soucis I qu'ils aillent mendier, s'ils ont faim 1 Lui, l'Empereur, l'Empereur est prisonnier 1

« Camarade, écoute ma demande : si je meurs ici, einporte mon corps avec toi, et ensevelis-moi dans la terre de France.

« La croix d'honneur avec son ruban rouge, tu me la placeras sur le cœur ; tu me mettras le fusil à la main et tu me ceindras l'épée au côté.

C'est ainsi que je veux rester, écoutant en silence, comme une sentinelle couchée en sa tombe, jusqu'au jour où j'entendrai le grondement du canon et le galop des chevaux hennissants.

« Alors l'Empereur passera à cheval sur mon tombeau, au milieu des éclairs et du cliquetis des sabres ; et moi, je sortirai tout armé du tombeau pour le défendre, lui, l'Empereur, l'Empereur 1 »

Henri Heine. Bach der Lieder,

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