‹ L'histoire de Sandford et MertonChapitre 8 sur 12 · L'ENFANT DE MAUVAIS NATUREL · texte numérisé non relu

L'ENFANT DE MAUVAIS NATUREL

Il y avait une fois un petit garçon, nommé Roberts, dont le père, malheureusement trop occupé du travail de plusieurs champs qu'il tenait à ferme, avait négligé de veiller à son éducation, et de le corriger de ses défauts. Par un triste effet de cette négligence, Roberts, qui, avec des soins attentifs, aurait pu devenir un enfant aimable et intéressant, devint au contraire hargneux, querelleur, et insupportable à tout le rnonde. Il lui arriva plus d'une fois d'être rudement battu pour ses impertinences, par des enfans plus grands que lui, souvent même par d'autres qui n'étaient pas si grands. Car, quoiqu'il fût toujours prêt à faire des malices, sa poltronnerie lui ôtait la moitié de ses forces; et son grand principe était qu'il ne fallait pas tant se confier à ses poings qu'à ses talons.

Il avait élevé un jeune dogue, qui lui retraçait l'image parfaite de son caractère. Léopard, c'était son nom, était bien l'animal le plus brouillon et le plus turbulent dont on puisse avoir l'idée. Il ne courait point de cheval à son côté, qu'il ne se jetât entre ses jambes, aboyant après lui, jusqu'à perdre haleine. Il se plaisait à porter le trouble au milieu des troupeaux qu'il rencontrait sur le route; et il ne tenait qu'aux pauvres brebis de le prendre pour un loup, aux violentes morsures qu'elles en recevaient. Pour les voisins, ils aimaient mieux prendre un détour que de passer devant la maison. Je vous laisse maintenant à juger vous-mêmes si tous ces procédés de la bête et de l'enfant étaient capables de bien disposer en leur faveur les honnêtes habitans du village.

Le père de Roberts était un jour sorti de bonne heure, pour aller travailler jusqu'au soir dans une pièce de terre assez éloignée. Il avait bien recommandé à son fils de ne pas s'écarter de la maison. Mais il en était à peine sorti, que ' Roberts imagina de profiter de son absence, pour faire une de ses escapades ordinaires. Il prit un morceau de viande froide et du pain, et, ayant appelé son dogue Léopard, ils se mirent tous deux en campagne. Au bout d'une demi-heure de marche, il trouva un petit berger qui poussait un troupeau de moutons vers une porte oîi il voulait les faire entrer. Mon ami, lui cria le petit berger, arrêtez un moment, je vous prie,

et retenez votre chien auprès de vous, de peur d'effaroucher mes moutons. Oh, oui, vraiment! lui répondit Roberts, j'ai bien le temps d'attendre ici toute, la matinée, jusqu'à ce que tes bêtes et toi, vous ayez défilé. Ne t'en mets pas en peine, je saurai bien me faire mon chemin, je n'ai besoin que d'un seul mot: Pille, pille, Léopard. Léopard, à ce cri de guerre, se précipita tout au travers de la troupe effarée, aboyant à plein gosier, et mordant impitoyablement à droite et à gauche les tristes moutons, qui se dispersèrent de tous côtés, en poussant des bêlemens lamentables. Excité de plus en plus par son maître, Léopard trouvait un cruel plaisir à redoubler ce désordre: mais son triomphe ne fut pas de longue durée. S'étant avisé d'attaquer un vieux bélier, qui avait à lui seul plus de courage que tout le reste ensemble de la troupe, celui-ci, au lieu de s'enfuir, soutint bravement l'attaque, et donna un coup de tête si violent à son ennemi, qu'il le renversa les quatre jambes en l'air: puis, se jetant aussitôt sur lui, et le travaillant vigoureusement de ses cornes, il l'obligea d s'enfuir à demi éreinté. Le mauvais petit garçon, qui ii'était capable d'aimer rien au monde, s'était bien diverti de la frayeur du troupeau; mais la mésaventure de son chien lui sembla plus plaisante encore. Il en aurait ri plus longtemps, si le petit berger, perdant à la fin patience, n'eût pris un caillou, qu'il lui lança rudement à la poitrine. Roberts se mit alors à crier presque aussi fort que Léopard. Cependant, voyant venir à lui un homme qu'il imagina être le propriétaire du troupeau, il crut qu'il était de la prudence de suspendre ses clameurs, pour s'esquiver à toutes jambes à travers un taillis fourré.

Il ne se fut pas plus tôt mis en sûreté, que la douleur du coup qu'il avait reçu, s'étant un peu calmée, mille dispositions malicieuses se réveillèrent à la fois dans son esprit; et il ne songea plus qu'à les satisfaire à la première occasion. Elle ne tarda pas long-temps à se présenter. En sortant du bois, il aperçut une petite fille assise sur une pierre, avec un grand pot de lait à ses pieds. Ah! vous venez bien à propos, lui cria-t-elle, en le voyant. Aidez-moi, je vous prie, à charger ce pot sur ma tête. Ma mère m'a envoyée chercher du lait à un mille d'ici ; et je me suis sentie si fatiguée qu'il a fallu m'arrêter un moment pour me reposer. Mais il commence à se faire tard. Si je ne retourne au plus tôt à la maison,

ma mère sera fôchée contre moi ; et de plus nous courons le risque de n'avoir pas de gâteau au riz à notre diner.

Roberts. — Oh ! ce serait dommage. Vous aimez donc bien le gâteau au riz, mamselle?

La Petite Fille. — Ah, si je l'aime! Vous me faites venir l'eau à la bouche, rien que de m'en parler. Et puis ce n'est pas pour moi seule que je m'en réjouis.

Roberts. — Et pour qui donc encore, s'il vous plaît?

La Petite Fille. — C'est que mon grand-père Arthur, et mon oncle Williams doivent venir diner à la maison, avec toute leur famille ; et je serai bien aise de régaler mes petits cousins.

Roberts. — Voilà un repas qui promet d'être fort joyeux.

La Petite Fille. — Oh! je vous en réponds. Nous allons tous nous divertir comme des gens de noces. Mais le temps presse. Aidez-moi, je vous prie, à charger mon pot au lait : je vous en serai bien obligée. Voulez-vous, mon petit ami ?

Roberts. — C'est de tout mon cœur. J'aime que les peuies demoiselles se réjouissent.

11 prit aussitôt le pot au lait par les deux anses, et le mit sur la tête de la petite fille, au-dessus du coussinet qu'elle avait fait avec son mouchoir. Mais, au moment oii elle levait une de ses mains pour le tenir, il fit comme si une pierre l'eût fait trébucher; et donnant une secousse à la pauvre enfant, il lui fit perdre l'équilibre; et le pot au lait tomba à ses pieds. Elle se mit à crier et à verser un torrent de larmes ; mais le méchant petit garçon s'en alla, riant à gorge déployée, en lui disant: Adieu, mamselle; mes complimens, je vous prie, à votre grand-pere Arthur, et à votre oncle Williams. N'oubliez pas surtout de donner du gâteau au riz à vos petits cogsins.

Encouragé par le succès de cette odieuse malice, faite si lâchement à une petite fille, qui n'était pas en éiat de lui résister, il marcha vers une pelouse, oii il voyait de loin de petits garçon s'amuser à pousser une balle. C'était moins pour se divertir dans leur société, que pour leur jouer quelque mauvais tour. Il les pria d'une manière hypocrite de le mettre de leur partie. Ceux-ci ne demandaient pas mieux que d'avoir un nouveau compagnon, et ils le reçurent volontiers. Il joua d'abord de bonne intelligence avec eux. Mais quand ce fut à lui de pousser la balle, au lieu de la jeter du côté qu'il fallait, il l'envoya comme par maladresse dans un

fossé bourbeux, qui était à quelque distance. Les petits garçons y coururent avec empressement pour savoir ce qu'elle était devenue. Roberts attendit qu'ils fussent tous sur le bord du fossé. Alors, passant en cachette derrière eux, il en poussa, un violemment contre son voisin, qui se renversa sur un autre, et celui-ci sur le reste de la troupe qui était immédiatement sur le bord; en sorte qu'en voulant se retenir les uns les autres ils tombèrent tous ensemble dans le fossé. Ce ne fut pas sans beaucoup de peines qu'ils vinrent à bout d'en sortir, couverts de fange des pieds jusqu'à la tête. Leur premier mouvement fut de se réunir contre leur ennemi commun, pour le punir de son indigne conduite. Mais L'^opard, se mettant devant son maître, leur montra les dents avec tant de furie, qu'ils furent obligés de renoncer à leur juste vengeance; et Roberts fit ainsi retraite, avec la cruelle joie d'avoir commis impunément une nouvelle méchanceté.

Le premier objet qu'il rencontra ensuite sur sa route fut un pauvre âne, qui paissait fort tranquillement dans une prairie. Roberts vo3'^ant qu'il n'y avait personne pour prendre sa défense, résolut d'en faire une victime de son mauvais cœur. Il alla couper un gros paquet d'épines, qu'il attacha sous la queue du paisible animal ; et, détachant aussitôt Léopard à ses trousses, il l'anima de la voix à le poursuivre. Léopard n'avait pas besoin cfe ces encouragemens pour mal faire. Il courait de toutes ses forces, aboyant après le pauvre animal, lorsque celui-ci, qui sentait sur ses jambes de derrière la chaleur de la gueule fumante de son ennemi, lui détacha si à propos une ruade au milieu du front, qu'il fut renversé raide mort sur la place. Roberts n'avait d'autre attachement pour son chien que celui qu'un méchant peut avoir pour le complice de ses méchancetés. Ainsi il ne fut pas fort sensible à cette perte; et il se remit en marche pour s'en retourner chez lui, avec le dessein de tenter, chemin faisant, d'autres expéditions.

11 se présenta bientôt à ses regards un verger, oii l'on voyait les arbres plier sous le poids des plus beaux fruits. Ils n'étaient défendus des insultes des passans que par une haie, qui aurait paru trop fourrée à un autre, mais que Roberts ne désespéra pas de pénétrer. Il fit tant avec les pieds et les mains, qu'il vint à bout de se pratiquer une ouverture assez grande pour s'y glisser en rampant. Après avoir ainsi

fait son entree dans la place, il mesurait déjà des jseux le plus bel arbre pour l'escalader, lorsqu'il entendit venir à lui un gros chien, qui remplissait l'air d'aboiemens effroyables. La frayeur lui fit regagner précipitamment le trou qu'il venait de s'ouvrir. 11 y avait heureusement passé la moitié de son corps; mais le chien qui survint aussitôt le saisit à belles dents par le pan de son habit, et le tint ainsi en arrêt, accroupi et pelotonné sur lui-même, jusqu'à l'arrivée du fermier. Ha, c'est toi, petit voleur! lui cria celui-ci; te voilà donc pris à la fin ! Tu croyais pouvoir venir tous les jours me voler mes pommes sans être découvert! Q,u'en penses-tu maintenant? Tu vas me payer une fois pour toutes. Il fit alors lâcher prise à son chien, qui n'en voulait guère démordre ; mais, retenant son voleur par le pied, et, le trouvant dans la posture la plus favorable à ses vues, il se mit à le frapper rudement avec un fouet qu'il tenait à la main. Roberts eut beau demander grace, en protestant que c'était pour la première fois; le fermier, qui prenait cette excuse pour un mensonge, n'en fut que plus vivement irrité, et lui demanda comment il s'appelait, et oii demeurait son père. Il fallut bien dire son nom; et lorsque le fermier l'entendit: Q,uoi ! s'éc^ia-t-il, tu es ce coquin qui fait des malices à tout le pa)'^s ! Ne serait-ce pas toi qui as eflarouché ce matin mon troupeau, malgré les prières de mon fils, ce qui nous a donné tant de peine pour le rassembler? Voyons, voyons ta scélérate figure. Oui, effectivement, je te reconnais. Tu m'as échappé tout à l'heure, mais je te tiens bien à présent. En disant ces mots, il recommença à le battre encore plus fort qu'auparavant, en dépit de tous ses cris. Enfin, lorsqu'il crut l'avoir assez puni, il le fit repasser à coups de pied par son trou, et lui dit qu'il revînt encore effrayer ses moutons et voler ses pommes, s'il trouvait la récompense de son goût. Roberts s'en alla poussant des cris de rage, et versant des larmes de désespoir. Il sentit alors qu'il ne faut pas se flatter d'offenser long-temps les autres impunément. Cette dure leçon lui fit prendre le parti de s'en retourner tranquillement chez lui; mais il n'avait pas encore reçu la peine de toutes ses mauvaises actions de la journée. Au moment où il tournait le coin d'un petit sentier qui allait aboutir à une prairie, il se trouva tout à coup au milieu de cette troupe d'enfans avec lesquels il en avait si mal agi sur le bord du fossé. Ils pous-

sèrent tous un cri de joie en voyant leur ennemi livré à leur vengeance sans le secours de son chien. Ils commencèrent à le persécuter du raille différentes manières. L'un lui tirait les cheveux, un autre lui pinçait les oreilles, celui-ci lui houspillait les jambes avec son mouchoir, celui-là lui jetait au visage des poignées de boue. En vain Roberts voulut prendre son recours ordinaire dans la fuite; ils le suivaient en l'accablant de huées et d'une grêle de cailloux. Au milieu de ce cruel embarras, il vint à passer auprès du pauvre âne qu'il avait tourmenté si méchamment, et qui portait encore sous sa queue le paquet d'épines. Roberts, dans l'espérance de se dérober plus promptement à ses ennemis, s'élança lestement sur son dos. Il n'eut pas besoin de presser sa course. Effrayé des cris des enfans, l'âne se mit à trotter de toutes ses jambes; et Roberts se vit bientôt hors de la portée de ses persécuteurs. Mais il n'eut pas beaucoup de sujet de se féliciter dans sa fuite: car, lorsqu'il voulut arrêter son coursier, le pauvre animal, qui se sentait toujours aiguillonné par les épines, ne fit que redoubler de vitesse, emportant Roberts à travers les ronces et les branches qui lui déchiraient le visage. Enfin il ne s'arrêta que devant la porte de son écurie; et il se mit alors à bondir et à ruer avec tant de furie, que Roberts fut jeté à terre, et se cassa la jambe dans sa chute. Ses cris désespérés firent aussitôt accourir tous les habitants d'une maison voisine, parmi lesquels se trouvait la petite fille dont il avait cassé le pot au lait.

Heureusement pour lui, elle était d'un aussi bon naturel que le sien était méchant. Bien loin d'insulter à son infortune, elle et ses petits cousins en prirent pitié; et ils aidèrent leurs parens à le transporter et à le mettre au lit. C'est là que le malheureux Roberts eut tout le loisir de faire reflection sur sa mauvaise conduite, qui, dans l'espace d'un seul jour, venait de lui attirer tant de maux: il se promit bien à luimême que s'il pouvait se rétablir de son accident, il serait aussi empressé de faire le bien, qu'il l'avait été jusqu'alors de commettre toute espèce de méchancetés.

Lorsque l'histoire fut achevée, Tommy dit qu'il était bien singulier de voir combien les deux enfans avaient eu des aventures diverses. Le premier était d'un bon caractère, et tout ce qu'il rencontrait se déclarait son ami et lui faisait du bien. L'autre, qui était d'un méchant naturel, se faisait un ennemi

de tout le monde, et ne trouvait que des disgraces et des malheurs. Personne n'avait eu de pitié pour ses maux, si ce n'est la petite fille qui l'avait assisté à la fin ; ce qui était fort humain de sa part, après le tour indigne qu'il venait de lui jouer. Votre observation est très-juste, dit M. Barlow: on ne se fait point aimer, sans aimer les autres; et l'on n'est point heureux, sans leur fait du bien. En montrant une aflection sincère à ceux qui nous entourent, nous jutons, dans leur amitié, le plaisir le plus cher à un cœur sensible; et, en les obligeant, nous travaillons à notre propre bonheur; car nous pouvons avoir aussi besoin de leurs services. Cela est vrai, dans quelque situation brillante que l'on soit, et quelque solide qu'elle paraisse. On voit tous les jours des hommes précipités par la fortune des rangs les plus élevés, réduits à la merci de ceux qui se trouvaient à une distance infinie au-dessous d'eux. Je pourrais vous faire part d'une histoire à ce sujet. Mais vous avez assez lu pour aujourd'hui. 11 est temps que vous alliez faire un peu d'exercice.

Tommy. — Oh, monsieur, encore cette histoire, je vous prie. Il me semble maintenant que je pourrais lire toute la journée sans m'ennuyer.

M. Barlow.— Non, s'il vous plaît, mon ami. Chaque chose doit avoir son tour. Il faut maintenant aller travailler dans le jardin.

Tommy. — En ce cas-là, monsieur, puis-je vous demander une grace ?

M. Barlow. — Voyons. De quoi s'agit-il? Si je puis vous l'accorder, j'en aurai autant de plaisir que vous-même.

Tommy. — Ne pensez-vous pas qu'un homme devrait savoir faire tout ce qui peut lui servir un jour?

M. Barlow. — Sans doute. Plus il acquiert de connaissances, et plus il se ménage de ressources contre les malheurs.

Tommy. — Eh bien, monsieur, Henri et moi, nous avons imaginé de bâtir une maison.

M. Barlow. — A la bonne heure. Mais avez-vous rassemblé tous les matériaux qui vous sont nécessaires, comme des briques et du mortier?

Tommy, en souriant. — Oh ! nous saurons bien nous bâtir une maison sans mortier ni briques.

M. Barlow. — Et de quoi voulez- vous donc la faire? De cartes?

Tommy. — Quoi ! monsieur, est-ce que vous nous croyez encore assez enfans pour nous amuser à bâtir des châteaux de cartes? Oh, que non! Nous voulons élever une maison véritable, où nous puissions habiter. S'il nous arrive quelque jour d'être jetés sur une côte déserte, comme ces pauvres gens dont nous avons lu l'histoire, au moins serons-nous en état de nous procurer les choses les plus nécessaires à la vie, jusqu'à ce qu'il vienne un vaisseau pour nous prendre, et même de nous en passer, s'il n'en venait pas.

M. Barlow. — Je crois qu'il est fort sage de se préparer contre tout événement, car on ne sait pas ce qui peut arriver dans le cours de la vie. Mais revenons à votre maison. Q,ue vous faut-il pour la construire?

'J'oMMY. — La première chose dont nous ayons besoin, c'est du bois, et une hache pour le tailler.

M. Barlow, — Vous aurez tout le bois qui vous sera nécessaire. Mais pour la hache, avez-vous jamais appris à vous en servir?

Tommy. — Non, monsieur.

M. Barlow. — En ce cas, je crains de vous en donner une, parce que c'est un outil fort dangereux, et que, si vous n'avez pas l'habitude de le manier, vous pourriez vous blesser cruellement. Mais il y a un parti à prendre. Vous n'aurez qu'à me dire ce que vous voudrez faire; et moi, qui ai plus de force que vous, et qui m'entends mieux à faire usage de cet instrument, je le ferai à votre place.

Tommy. — Je vous remercie, monsieur. Vous avez bien de la bonté.

M. Barlow. — Je n'y mets qu'une condition, c'est que vous ne me demanderez mes avis sur rien. Je suivrai vos mstructions, à la lettre, même quand je verrais que vous me faites aller tout de travers. Je veux voir comment vous vous y prendrez.

Tommy. — Eh bien, soit, monsieur! Nous prenons sur nous seuls la conduite de l'édifice. Nous aurons ou l'honneur ou la honte de l'ouvrage.

M. Barlow alla prendre une hache; et ses deux élèves le menèrent dans un petit taillis, qui s'élevait au bout du jardin. Ils choisirent eux-mêmes les arbres les plus droits, qui pou-

vaienDeur donner des perches de huit pieds de hauteur.' M. Barlow eut la bonté de les abattre, et de les aiguiser ensuite par un bout, pour qu'ils pussent être fichés dans la terre. A mesure qu'ils étaient taillés, Henri et son camarade les transportaient dans le jardin. Tommy, oubliant absolument qu'il était gentilhomme, ne mettait plus son orgueil que dans le travail.

Après avoir choisi leur emplacement au pied d'une petite colline, pour que leur habitation fût plus chaude et mieux abritée, ils en tracèrent d'abord l'enceinte, qui pouvait avoir à peu près dix pieds de long, et huit pieds en largeur. Ils creusèrent ensuite des trous, où ils établirent, de leur mieux, les piquets à un pied de distance l'un de l'autre, avec la précaution de laisser un espace vide au milieu, pour y placer la

porte. Leurs piquets une fois établis, ils rassemblèrent toutes les menues branches qu'on avait séparées de la tige des arbres, et ils les entrelacèrent adroitement, de manière à former une espèce de claie, aussi serrée qu'il leur fut possible de le faire. Ce travail, comme on l'imagine aisément, leur colàta plusieurs jours. Mais, comme ils voyaient à chaque instant le progrès de leur ouvrage, leur ardeur ne se ralentit point; et Tommy, en le voyant achevé, en eut autant de joie que s'il fût parvenu à fonder un grand empire.

Le succès de son établissement ne lui fit pas oublier l'histoire que lui avait promise M. Barlow; et la voici telle qu'ils la lurent ensemble le lendemain.

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