‹ L'histoire de SavoieChapitre 3 sur 7 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je n*di ni l^érudiiion ni les documents nécessaires pour vérifier dans leur ensemble rexaclitude historique des trois volumes publiés par M. de Saint-Genis.

Je laisse donc à d'autres plus compétents que moi la tâche de le suivre avec un esprit de sage critique dans ses récits des événements antérieurs au commencement du IQ** siècle : mais je puis juger de la véracité de Thistorien quand il raconte les faits contemporains qui se sont passés sous mes yeux et dont j'ai été quelquefois un des acteurs (1).

Ce n*est qu'après avoir lu avec la plus scrupuleuse attention le 3® volume presqu entièrement consacré à cette période de notre histoire nationale que je me suis décidé, au nom de la vérité, au nom de la dignité et de

(i) L'auteur de ces obserTatîons est né le i*^ feTricr i79H

rhonneur de ma chère Savoie, à prolesler contre de nombreuses erreurs de faits et d'appréciations : L'auleur a trop souvent oublié que le courage, le bon sens, la modération et la bonté sont les qualités distinctives du caractère savoisien.

Je le déclare ici, en prenant la défense d«ma patrie méconnue, j'éprouve le regret d'adresser mes reproches h M. de Saint-Genis dont j'ai élé le collègue, avec lequel j'ai toujours eu d'affectueux rapports et dont jai pu, dans des relations de plusieurs années, apprécier les excellentes qualités.

Je suis persuadé que ses intentions ont élé loyales ; mais il a eu le malheur d'écrire trop rapidement l'histoire d'un pays qu'il ne connaissait pas et de puiser une grande partie de ses renseignements à des sources suspectes : en étudiant plus sérieusement et plus impartialement les personnes et les choses de la Savoie dont il voulait devenir l'historien, il n'aurait pas commis toutes ces erreurs qui peuvent compromettre l'avenir de son

ouvrage.

Si ses volumes avaient le caractère d'une œuvre éphémère, j*aurais laissé au temps et à l'oubli le soin de faire justice de ce qu'il y a d'injurieux pour nous dans quelques unes des pages que je viens de parcourir; mais, l'histoire! C'est presque les vertus et les vices des nations gravés sur le bronze : j'ai donc voulu protester avec ma faible plume contre des inexactitudes (que je pourrais qualifier plus sévèrement) blessantes non-seulement pour nous, mais encore pour le pays dont la Savoie a partagé les destinées pendant plusieurs siècles : j'ai une trop haute idée du

goavcrnenienl italien pour supposer qu'il puisse répudier sa solidarité avec le gouvernement sarde, et, à ce tilre, je suis sûr que les éloges du présent ne rempôcheronl pas de ressentir les injustices de l'auteur dans ses appréciations de Taction du cabinet de Turin sur la Savoie.

Presqu'au début de son ouvrage, page G9 du 1" vol., M. de Saint-Genis a eu la malheureuse pensée de vouloir changer la dénomination consacrée par le temps de notre nationalité.

Il appuyé sa prétention sur quelques anciens documents, tout en convenant que le mot Savoyen qu'il veut nous imposer a été quelquefois employé, mais est bientôt tombé en désuétude.

L'auteur aurait dû comprendre qu'il y avait quelque inconvenance ù prendre la responsabilité d'un changement de nom, qui était à Tégard du passé un démenti que l'avenir ne sanctionnerait pas.

J'aurais compris qu'il eût hésité entre les dénominations de Savoisien ou de Savoyard, car sous cette dernière désignation nous avons des annales trop honorables pour la répudier aujour'hui, malgré l'espèce de ridicule que l'esprit français, trop exclusif, et trop enclin à la moquerie, a voulu jeter sur ce mot.

Puisque la dénomination de Savoisien, plus douce à l'oreille, a prévalu, M. de Saint-Genis, en la conservant, ne se serait pas exposé à être accusé d'un abus vaniteux d'érudilion (1\

(0 Voir U note I.

Il ne s*es^ pas contenté de travestir le mot consacré de nôtre nationalité, il a encore attaqué nos gloires nationales les plus dignes de respect, sanctionnées par la postérité à qui Elles ont légué des œuvres impérissables.

C*est on face du monument que la reconnaissance d'une cité et d'un peuple intelligent a élevé devant le sanctuaire de la justice, qu'il a tenté de renverser de son piédesftal la statue du président Favre, comme il s*est efforcé aussi d'arracher quelques fleurons à une couronne qui, heureusement, est à l'abri des vicissitudes terrestres (1).

Dans les temps anciens, ainsi que de nos jours, les hommes supérieurs ont élé calomniés par l'envie et la jalousie. En faisant de quelques documents d une aulhenlicité douteuse, d'une origine peut-être plus suspecte encore, et de quelques fragments de correspondances privées, un corps d'accusation, M. de Saint-Genis aurait dû craindre de n'être que l'écho des calomnies d'un autre âge.

Il ne faut pas blesser une nation dans ses sentiments les plus honorables : son culte pour les grands hommes qui. Tout illustrée est un de ceux qu'on doit surtout respecter.

J'ai cru devoir fa^ire ces observations générales avant de remplir la mission que je me suij donnée de suivre l'auteur dans ses récits contemporains. Je rendrai avec empressement hommage à l'exaclilude historique toutes les fois que je la rencontrerai : mais je rétablirai, au

(I) Voir la noie 2.

mÊmmm^^^^^ss^agrs^

besoin, la vérité avec modéralion et fermeté, sans me laisser éblouir par le prestige du style et par des tableaux souvent trop poétiques pour que Timàgination n y ait pas joué un grand rôle.

Page 1