‹ L'histoire de SavoieChapitre 4 sur 7 · TEXTE ET REMARQUES · texte numérisé non relu

TEXTE ET REMARQUES

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Texte de l'ouvraye de M. de Sainl-Genis.

Page 489. — Le Préfet Saussay ne ménage pas, dans ses rapports, la vérité au gouvernement, etc.

Observations.

M. Sausay et non Saussay, le premier préfet de la portion de Savoie devenue département du Mont-Blanc, était un excellent homme qui a su se faire aimer. Il n'était pas doué de grands talents administratifs, mais il avait des collaborateurs intelligents et laborieux dans les personnes de M. Palluel, secrétaire général, père du député que la mort vient d'enlever trop tôt à son pays, de MM. Garbilion, Rosseï et Velal, chefs de division, tous de Chambéry. C'est à eux qu*on doit attribuer les actes principaux do la courte administration de M. Sausay, car ce fonctionnaire a été élu député au corps législatif peu de temps après son arrivée à Chambéry, et il est allô ensuite remplir à Chartres l'emploi d'entreposeur principal de tabacs.

Page ^93. — A Chambéry en -1802 il y avait encore quatrevingt-un anciens émigrés en surveillance. A Annecy lo mauvais esprit était favorisé par des fonctionnaires du

pflyc, dont les attaches et l'intérêt les rendaient secrètement hostiles à la prompte assimilation des pays annexés.

Je ne crois pas que les émigrés en surveillance à Chambéry aient été, en rentrant sur le sol natal, un obstacle à la prompte assimilation de la Savoie à la France : sans doute ils ne pouvaient avoir de la sympathie pour une révolution qui les frappait dans leur influence, leur position et leur fortune. La loi de confiscation avait été appliquée à plusieurs d'entre eux contre tout principe de justice; on les traitait comme émigrés quoi qu'ils fussent militaires en activité de service dans les régiments dont ils faisaient partie ; on avait méconnu à leur égard cette loi des nations : Pour un militaire la patrie est là où est le drapeau.

A l'époque dont je parle, les émigrés abattus par le malheur étaient loin d'être des conspirateurs et des frondeurs; ils apportaient au contraire le plus grand soin à se mettre le moins possible en évidence.

Trop jeune pour avoir pu alors juger la situation de mon pays, j'ai eu plus lard sous les yeux la correspondance confidentielle de mon père, successivement commissaire du gouvernement et sous-préfet à Moùtiers, sa ville natale : il y rendait hommage à la conduite digne et sage des émigrés rentrés, et invoquait en leur faveur la bienveillance réparatrice du gouvernement.

M. de Saint-Gcnis parle du mauvais esprit des fonctionnaires indigènes d'Annecy et du danger qu'il y a à confier des fondions à des gens dn pays, surtout aux épo-

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ques de transi lion. Je lui répondrai : peut-être a-t-on oublié alors que, pour qu'une assimilation de deux nationalités nouvellement réunies s'opère, il faut des deux côtés un concert d'indulgente et aiïectueuse bienveillance ; qu'on doit bien se garder de traiter avec hauteur la population qui vient de s'unir à une plus grande nation ; qu'il ne faut pas la blesser par des prétentions à une supériorité quelquefois contestable ; qu'il est inconvenant de jeter le dédain et la dérision sur ses mœurs et ses usages, dont le seul tort est de n'être pas les mêmes que ceux qu'on lui apporte; qu'on ne doit pas enfin se présenter dans un pays qui a aussi ses glorieuses annales, comme la lumière civilisatrice qui vient éclairer une tribu déshéritée : Les peuples bien plus que les Individus ont leur amour propre, et on pardonne moins les outrages faits à la patrie que ceu\ qui sont personnels.

La responsabilité de ces difficultés de fusionnement est toujours un peu réciproque : avec moins de raideur et de susceptibilité d'un côté, cl plus de fraternelle bonhomie de l'autre, l'unité se consolide; mais, en attendant, on doit s'abstenir de s'accuser mutuellement, avant d'avoir fait un lovai examen de conscience.

N'allons donc pas chercher dans les intrigues des émigrés ou la déloyauté des fonctionnaires, les causes d'un fait que les mêmes circonstances reproduiront toujours.

Les annexions les plus sympathiques ressemblent un peu à ce qu'on appelle les mariages d'amour, souvent dépoélisés par des déceptions, mais, qui sous l'influence d'une réciproque indulgence et d'une communauté d'in-

(érôls, retrouvent bientôt la paisk et le bonheur du ménage (i).

La nation Française a tant de nobles et brillantes qualités, qu'il est bien permis de lui reprocher son dédain moqueur pour tout usage, qui n'est pas le sien : c'est peut-éire dans ce travers gaulois qu'il faut trouver la cause des difficultés que la France rencontre toujours dans ses essais de colonisation.

Le dernier alinéa de la page 193, auquel je fais allusion, soulève encore une autre question, celle de la convenance de placer ou de ne pas placer les fonctionnaires dans le pays qui les a vus naître.

Je suis sous ce rapport d*un avis contraire à celui de l'auteur : je crois qu'à l'exception d'un très petit nombre d'emplois, il vaut mieux faire un bon choix parmi les indigènes qu'un meilleur à l'étranger; car Thonnôte homme remplira tout aussi bien et peut-être mieux qu'ailleurs sa mission officielle dans son déparlement ou sa ville natale qu'il a appris à aimer dés son enfance, et où il y a déjà enlre lui et ses administrés-un lien de confiance et d'estime réciproque.

Pour le fonctionnaire placé dans son pays, le soin des affaires privées n'exige ni les congés ni les correspondances, qui dérobent aux affaires publiques un temps précieux.

La connaissance intelligente que cet administrateur a des personnes et des choses est un excellent guide, et son indulgence paternelle sans faiblesse, sera bien plus profi-

(I) Voir la noie 3.

lable au gouvernement et au pays que les fréquents cbangemenis, qui viennent trop souvent enlever à un département ou à un arrondissement leurs fonctionnaires an moment où ils commencent à être appréciés et aimés et où le bien leur devient plus facile à faire.

Avec le système d'employés étrangers, tous sont agités de la fièvre du changement et de favancement, conseillère quelquefois peu loyale et peu fraternelle : il fait aus^i de la masse des employés une espèce de population cosmopolite chez laquelle se perd insensiblement Tamour fécondateur du sol natal.

Dans des temps d'agitation, le fonctionnaire placé près du lieu de sa naissance présentera bien plus de garanties en faveur de Tordre ; car, en défendant le gouvernement dont il est le représentant, il protégera .en même temps sa famille et ses compatriotes.

Peut-être y a-t-il aussi quelque danger à habituer les populations à l'instabilité dans le personnel des dépositaires du pouvoir.

Il est d'ailleurs évident que le vœu que je viens d'exprimer ne peut se réaliser d'une manière absolue.

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