‹ L'histoire de TèviéChapitre 15 sur 15 · TÈVIÉ S’EN VA AU PAYS D'ISROËL . 231 LE · texte numérisé non relu

TÈVIÉ S’EN VA AU PAYS D'ISROËL . 231 LE

… que c’est un cheval, ça, chez-vous ? » qu’ils me font. à « Est-ce que c’est peut-être un lustre ? » que je leur réponds. « Non, qu’ils font, c’est, sûr, un des trente 20 six justes qui mènent le monde! » — « Pourquoi? » que je fais. « Pourquoi ? qu'ils font Parce qu’il est trente-six fois vieux, et qu'il n’a plus une dent, et qu'il a une grande barbe, avec des côtes qui tremblent, comme une vieille Yidenë, le soir de schabess, quand il fait froid! » Qu'est-ce que vous dites de ça, Reb Scholem Aleï’hem ? Un charretier reste un charretier !

Et j'aurais pu jurer que mon petit cheval, nèbisch, comprenait tout, comme c’est écrit chez nous dans

…. Je possug : « Yoda schor konéou », le cheval sait

À quand on le vend !... Et un signe que c'est vrai, c'est

qu'après, quand je l’ai vendu à un conducteur d’eau,

et que j'ai dit au conducteur : « Bemazel oube-

—. vro’hè », qu’il te porte chance et bénédiction! il

—. s’est tourné vers moi, mon petit cheval, avec son

joli vieux museau, nébisch, et il a regardé sur moi, avec ses yeux muets, comme pour dire :

« Zé ’helki mikol amoli ? » Est-ce que c’est ça mon

… lot pour toute ma peine? Est-ce que c'est ça ton 4

- merci, pour tout mon service?» -

TS

Yidené, juive. F9.

Sechabéss, sabbat. RUE Nébisch, le pauvre! Ed Possug, verset. #

on SE

Et moi aussi, une dernière fois, j'ai regardé sur lui, quand le conducteur d’eau le prenait et l’'emmenait au dur travail. Et je suis resté seul, et je me

suis pensé : « Ribono schel olom », Seigneur,

Maître du monde, comme tu conduis ton monde avec intelligence! Voilà que tu as créé un Tèvié, et voilà que tu as créé un cheval : et ils ont, les deux, un même sort sur le monde. La seule différence, c'est que l’homme a une bouche pour dire sa misère, et que le cheval, sa langue est muette; comme c’est écrit chez nous dans le possuq : « Oumôssar hoodom min habeheimè ? », l’homme, qu'est-ce qu'il a de plus que la bête ? Rien, car tout est vanité ! »

Vous regardez sur moi, Reb Scholem Aleï’hem, et sur les larmes qui sont posées dans mes yeux; et, sûr, vous vous pensez : « Ça a l’air que ce Tèvié a le temps long après son cheval! » Pourquoi seulement après mon cheval? Chaque chose me fait de la peine, et après chaque chose, j'aurai le temps long : après mon cheval et après mon village, après le starots et après le gendarme, et après les riches de Boïberik et après les riches de Yéhoupetz, et . même après Éfroïm. le schad’hen ! Parce qu’à lafin des fins, si on veut tout bien regarder au fond, qu’estce que c'est, cet Éfroïm ? Un pauvre Yid comme moi, qui veut gagner son pain!

Et quand, si Dieu donne, j'arrive en paix là-bas, je ne sais pas encore moi-même qu'est-ce que je

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veux commencer. Seulement une chose pour moi est claire comme le jour : c’est que je vais d’abord primo chez notre mère Rachel sur sa tombe; et là, je prie pour mes enfants, que je ne dois plus voir ; et pour Éfroïm, le schad’hen aussi je prie, et pour vous aussi, et pour Kol Isroël, oui, pourtout Israël!

Voilà... Et maintenant, nous voulons serrer la main, Reb Scholem Aleïhem... Allez en santé, et restez en santé. Et à chacun, dites bien le bonjour.

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