‹ L'histoire des Provinces-Unies, des Pais-Bas. PublChapitre 2 sur 61 · L. Ed. Lknting · texte numérisé non relu

L. Ed. Lknting

Abraham de Wicquefort naquit à Amsterdam, le 24 Décembre 1606. Son père Gaspard de Wicquefort, homme de grande probité ', était venu d'Anvers s'établir à Amsterdam, où il s'acheta le droit de bourgeoisie (poorterschap) en 1603 *•

Parmi ses frères le plus connu fut Joachim, chevalier de St. Michel, Conseiller d'Amélie, Landgrave de Hesse, et son Résident à la Haye. Sa correspondance avec le célèbre Barlée, dont il était l'ami intime, nous le fait connaître comme une personne de grand mérite. Homme d'état habile, et zélé partisan de la liberté de conscience, il voua ses talents diplomatiques à la cause du protestantisme. Parent de P. C. Hooft, bailli de Muyden, et de Constantyn Huygens par son mariage avec Mademoiselle Wilhem, et lié en outre à ces hommes distingués par son amour des sciences, son nom s'attache au souvenir

« #Bon citoyen .... il a vécu religieusement, chastement et sobrement." Mires de M. Gasp. Barlée à M. Joachim de Wicquefort, 20 Dec. 1634.

8 Certain Jean de Wicquefort s'était déjà auparavant, le 8 Févr. 1590, acheté le droit de bourgeoisie. On lit dans la préface du mémoire intitulé: Korle dedudie van de/i Hetr A. van Wicquefort , 1675, qui parut après sa condamnation: #Sijne familic van de deftigste van Nederlandt, uyt de Walsche Provintien, in de Spacnschc troubeltydt overgeset in Hollandt."

du cercle littéraire que réunissait souvent dans ses murs l'antique château de Muyden f.

Les autres frères d'Abraham étaient Gaspard, Samuel et Jean *. Il paraît n'avoir eu qu'une sœur, nommée Elisabeth.

Aucun auteur ne s'est occupé d'écrire les détails de la jeunesse d'Abrabam de Wicquefort. Nous pouvons cependant être assurés qu'il reçut une éducation soignée 9. Il possédait sans contredit des connaissances étendues, et joignait un jugement solide à beaucoup d'esprit et de finesse, bien qu'il lui manquât les qualités morales qui l'auraient mis au rang des hommes éminents.

Il commença ses études à l'université de Leyde en 1621, où il obtint le titre de Docteur en droit avec les plus grands honneurs, le 19 Novembre 1627 4. Il est probable qu'il se rendit plus tard à Paris, où il paraît avoir mené une vie fort dissolue; l'on dit même qu'il y commit des vols 8. Il est bien difficile de prouver la vérité de cette

1 #.... Tout le monde sçait assez qu'il (M. JoacbimdeWicquefort) a esté un personnage non moins illustre par son esprit que par ses emplois ; qu'il a esté le refuge des personnes doctes ; un exemplaire parfait d'honnesteté et qu'il a entretenu une amitié estroite avec de très grands hommes, comme Mess. G rôti us, Hoofd, Huygens, van der Mylc, Vossius, Barlée etc." Voir Lettres de M. J. de Wicquefort, Avis an Lecteur.

1 Le marchand Vicquevoort, qui fournit quatre pièces de canon à la Heine d'Angleterre et dont parle la lettre de M. Hccnvliet du 23 Juin 1G42 {Archives de la Maison <POranget 2« Série, T. IV. p. 10) est probablement un des frères d'Abraham.

3 On lit dans le Korte deductie: , Sijn vader zalr. hccft hem in allô studien en wctcnschappen aengevoert, wacrin sijn ongehoorde progressen ecn yder der grooten in verwondering trock."

* Acta Scnatus Acad. Lugd. Batav. 1027. Die Novcmbr. 19. „Visum est Rcctori et Scnatui D. Abrahcmium a Wickcvoort dignum esse cui summus in Jure gradus conférât ur, cumque ci publiée confert D. Lindershuysius."

5 Cette inculpation et plusieurs autres for meut le sujet d'un pamphlet intitulé: *IIel Ilaegkte vcer-j>rae'jct tttbschcn ecn Uagctaer, Am-

veut contenter de ce que mes frères ont dit et escript contre moy. Et certes si ie n'eusse veu mesmes en la présence d'Àrnout Mecquins (?) une bonne partie des lettres adressées à M. le Collonel, ie n'eusse pu croire que vous m'eussiez voulu assez de mal, non pour ne m'advancer point, mais aussy pour empescher ma fortune, mais de procurer mon malheur à dessein, ainsy que le Collonel me veut faire veoir et dire par les dits - secrétaire et major. C'est chose que ie n'ay mérité ny de vous, ny d'aucun de mes frères. Toutesfois si cela est, ie l'attribue à mon malheur plustost qu'à aucune mauvaise volonté en vous, de laquelle ie me promettray tous jours tout ce qui se peut espérer d'un bon frère. Sur cette espérance ie vous escrivis il y a trois semaines; ie vous priay de me faire tenir ce qui est deub à mes enfans. Si vous le faittes, et que ie puis espérer d'en estre payé tous les ans en cette ville et que ie puis avoir mes livres, ie tacheray de gagner ma vie en cette ville, si non ie retourneray à ma prattique le plustost que ie pourray, car les affaires que i'ay avec le collonel Ransau se vuideront dans un mois ou six semaines au plustard. Ma femme * et mes trois enfans se recommandent à vos bonnes grâces, comme ie fays et demeure

Monsieur mon frère Votre très humble serviteur et frère A. Wicquefort. f De Paris ce 19 Décembre 1636.

t Marie Bouliou, qu'il épousa à Paris, était selon le témoignage de ses enfants une dame de bonne famille (Korte deduelie\ et selon l'auteur du pamphlet Haegiche veetyraeije, une femme de basse extraction et d'une conduite très équivoque.

* Cette lettre, que nous devons à l'obligeance de M. D. Yeegens, Greffier de la Seconde Chambre des États-Généraux à la Haye, est adressée à , Monsieur Joachim de Wicquefort à Amsterdam." M. Yeegens a eu la bonté de nous communiquer en outre quelques observations provenant de ses recherches sur de Wicquefort.

Cette lettre ne nous donne point d'idée avantageuse de la conduite de M. de Wicquefort. Bien qu'il tâche de se justifier, quant à son affaire avec M. Rantzau, il semble pourtant que le rôle qu'il y joua, ne fut pas des plus honorables. La lettre paraît en outre contenir une menace à son frère de retourner à la vie déréglée qu'il avait menée auparavant, si M. Joachim refusait de l'aider de sa bourse, supposé cependant que l'expression: ma prattique se rapporte à ses menées d'autrefois.

De son mariage avec Marie Bouliou naquirent! si nos données sont exactes, un fils, Abraham, qui fut dans la suite secrétaire des Commandements de S. A. Ser"* le Duc de Brunswic-Lunebourg, et trois filles, Jeanne-Elisabeth, Anne et Anne-Dorothée.

Belativement aux événements qui lui sont survenus ensuite, et les divers emplois qu'il a exercés à Paris ou ailleurs, nous n'avons d'autres renseignements que ceux qui ont été compulsés par ses enfants. Il est difficile de décider, si ces rapporta sont dignes de foi. Pour peu qu'on veuille y croire, il entra en qualilé de gentilhomme au service du Duc de Weimar. Nous ignorons la date précise. D est aisé de supposer que ses talents diplomatiques précoces et la protection de son frère Joachim, qui était dans ce temps-là intendant de l'armée du Duc, lui procurèrent cet emploi. Il paraît avoir rempli pour ce Duc de temps à autre une mission en France et en Angleterre. Il fut renvoyé de ce service par suite d'une action honteuse. On l'accusa d'avoir volé pendant la nuit les bijoux, l'argent et les lettres du Duc, s'il faut en croire l'auteur du pamphlet Haegtche Feerpraetje, et il aurait été mis à mort sans l'intercession de son frère et de quelques autres Seigneurs. Après sa démission de ce service, il entra probablement à celui de l'ambassadeur des Provinces-Unies, le Sieur van Liere d'Oosterwick, et on prétend aussi qu'il a rendu de bons offices aux ambassadeurs des Provinces-Unies, pendant les négociations de la paix de Mun-

ster, tandis que le Cardinal de Eichelieu a profité de ses connaissances des langues étrangères, en lui faisant traduire des dépêches f. H remplit depuis à Paris les fonctions de Résident de l'Electeur de Brandebourg \

M. de Wic que fort s'occupa en outre d'écrire des nouvelles détaillées de ce qui se passait à la cour de France. Il les vendait aux Princes étrangers pour des sommes considérables* Peut-être eut-il recours à ces moyens pour subvenir à ses besoins. Il continua même cette correspondance après être entré au service de l'Electeur de Brandebourg. Sa manière extravagante de vivre et le peu d'appointements que lui accordait l'Electeur *, l'auront peut-être obligé d'augmenter ainsi ses revenus.

Il n'observa pas toujours assez de prudence dans ses communications des intrigues de la cour de France, et s'attira la colère de Mazarin, en rapportant les amours de Louis XTV et les échappées des nièces du Cardinal 4, qui

1 , .... engagieerde sigh in d'affaires van staet en intrigues der Hoveu, waerin sijn talent onvergelyckelick is, soo Béer dat hij .... soo nootsakelyck wiert aan de Hoofdministers van Vranchrijck, dat sij aen hem betrouwden aile Hoogh- en Nederduitache Depesches." Korte deductie.

« U raconte qu'il à réussit à obtenir du Roi de France le titre de frère pour les Electeurs de l'Empire. Voir L'Ambassadeur et ses fonctions (éd. in 4°.). Part. I. p. 356: *Je ne me donnerai pas trop de vanité, quand je dirai que la négociation .... est mon ouvrage et que M. l'Electeur de Brandebourg en est obligé à mon zèle et aux habitudes que j'avais à la Cour de France."

1 11 dit lui-même dans le livre xxiv de son Histoire des Provinces- Unies : * qu'il aurait de la peine de subsister à la Cour, parce qu'il n'etoit pas payé de ses appointements de celle de Berlin." En l'an 16G6 M. de Wicquefort présenta une requête aux États de Hollande pour les prier d'intercéder à la Cour de Brandebourg pour qu'on lui payât ses arrérages.

4 Basnage, Préface des Annales. Voir sur les nièces de Mazarin: Amédéc René, les nièces de Mazarin. Paris 1858. — Paquot suppose que son trop grand attachement au parti de Condé déplut à Mazarin, et fut la cause de son bannissement.

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nonseulement le bannit de la France! mais le fit même mettre à la Bastille, jusqu'au moment de son départ pour l'Angleterre. On pourrait s'étonner que l'Électeur de Brandebourg ne s'offensât point de cette infraction au droit des gens; mais comme il avait un autre Résident à la cour de France, il est à présumer qu'il lui avait retiré sa protection '. Il paraît que Mazarin offrit plus tard à M. de Wicquefort de retourner en France, mais celui-ci refusa1.

• Voir ce qu'en dit M. Àitzema, Saken van Staet en Oorlogh (éd. in fol.). T. IV. p. 483 : y .... De Keur-Brandenburgsche Heer Résident Wickefort tôt Parijs ontfangende voor eenighen tijdt ordre van weghen den Koninck om sich te retireren uyt sijn Rijck, seyde te sijn een minister van sijn Keur-Vorstelijcke Doorluchtigheyt ende dat hy sulex eerst moest schrijven, ende van sijn Keur-Vorstelijcke Doorluchtighejt ordre ontfangen, weygerende alsoo des Konincx bevel te pareren. Daerop gehoort een ander by den Koninck sijnde Keur-Brandenburghs gesant, ghenaemt Brant, ende verstaen dat hy Heer Résident gheen Minister meer vas van sijn Keur-Vorstelijcke Doorluchtigheyt, en dat hij in ses jaer niet voor sijn Keur-Vorstelijckheyt hadde gedaen, so is hij Résident gebracht in de Bastille. Eenigen tijt daerna heeft echter de Keur-Vorst geschreven, ende hem geavoyeert, .... werdende bij de Fransche gesustineert dat de nieuwe Keur-Vorstelijcke Brief van adveu was gefabriceert, ende niet konde opereren .... In aile geval was waer, dat de Keurvorst noyt hadde gherevoceert, het welcke noodigh was om sijn character te vernietighen."

1 0 Je me retirai en Hollande, ma patrie, et bien que la feue Reine de Pologne, qui m'honnoroit de sa bienveillance, et le premier Ministre me conviassent à y retourner, je préférai la douceur que j'espérois de goûter en Hollande aux grands avantages que l'un et l'autre m'offroient, et je ne me pus défendre de l'amitié que me témoignoit celui qui se

trouvoit à la tête des affaires des Provinces-Unies (de Witt)

C'est pourquoy voulant bien în'attacher au mérite d'un ministre à qui 1er Etats de Hollande .... avoient donné toute leur estime, je n'eus point de peine à me résoudre de demeurer à la Haye, et de servir leurs illustres et grandes puissances du petit talent que Dieu m'a donné." Réflexions sur P emprisonnement et le procès' de M. de Wicquefort avec des remarques sur la sentence. MS. f. 4. Ces Réflexions écrites après sa fuite, portent la date: , Zell, ce 11 février 1689, jour anniversaire de ma liberté." Il ne faut pas confondre ces Réflexions avec celles qui ont été imprimées en 1676, et offertes par le fils de

M. de Wicquefort au congrès de Nymèguc.

Néanmoins, il jouissait d'une pension de mille écus qui lui fut payée aussi longtemps que les intérêts de la France étaient d'accord avec ceux des Provinces-Unies f. Peut-être que cette pension était en même temps une rémunération pour les communications que M. de Wicquefort envoyait de la Haye f.

Il n'est pas douteux que M. de Witt n'ait profité de ses communications, et, comme M. de Wicquefort était né en Hollande, il n'est pas étonnant qu'après son éloignement de la France, il retournât dans sa patrie où il arriva en 1659, et où il trouva un protecteur puissant dans le Conseiller Pensionnaire *. Là, on se servit de sa plume pour la traduction des pièces officielles, sans que nous ayons trouvé des preuves directes de sa nomination comme translateur.

Au commencement les États-Généraux semblent avoir été fort contents de M. de Wicquefort, qui de son côté paraît leur avoir rendu de grands services, surtout par rapport à la Triple-Alliance. Depuis l'an 1667 à 1669, il jouit annuellement d'une rémunération de 1200 flor.; de 1670 à 1674 cette somme monta à 1600 flor., et pendant ces années les Résolutions des Etats-Généraux font chaque fois

1 Voir Mémoire* touchant les ambassadeurs et les ministres publics, p. 292, et Bas nage, Préface des Annales.

f M. le professeur Tydeman à Leyde possède un manuscrit, contenant la copie des lettres que M. de Wicquefort écrivait à diverses personnes. 11 contient entPautres des lettres au Roi de France traitant des affaires de l'État.

* Basnage, 1.1. # ... il arriva à la Haie en 1659 et y trouva un puissant protecteur dans la personne de M. de Wit, dont il avoit été la victime, puisqu'il entretenoit une correspondance sécrète avec lui." Basnage raconte qu'on conservait à la Haye cinq ou six volumes in 4°, des lettres de M. de Wicquefort. On ne les a pas retrouvées. M. Grothe à Utrecht possède encore un volume in 4°. et un in fol. contenant des lettres écrites de Paris depuis la fin de 1645 jusqu'à la fin de 1647, et l'autre collection du 26 Août 1651 jusqu'au 18 Juillet

mention des services rendus par lui à la Triple- Alliance '. Il remplit encore à la Haye les fonctions d'Envoyé extraordinaire de Jean-Casimir! Roi de Pologne *, et en même temps celles de Ministre Résident des Ducs de Brunswic-Lunebourg George-Guillaume et Ernest-Augus-

* Voir p. e. la Résolution des États-Généraux du 17 Janvier 1673. ,Sijndc ter vergadering voorgedragen dat aen den Heerc van Wi tique fort een recognitie soude behooren te werden toegevoecht voor sjne gedane diensten, soo in saecken raeckende de Triple- Alliantie, als andersints; is naer voorgaende deliberatie ende in achtinge genomen synde, dat den voorn. heerevan Wicquefort geen mindere diensten in 't Toorleden jaer 1672, als in 't daervoorgaende jaer 1671, soo in saecken raeckende de Triple-AUiantie als andersints heeft toegebracht, goetgevonden en verstaen dat aen gemelten Heere van Wicquefort, ter saecke als vooren, voor den jare 1672 toegeleyt sal werden .... de somma van sestien hondert caroli gulden" Voir les Résolutions du 18 Janv. 1668, 30 Janv. 1669, 30 Janv. 1670, 4 Mars 1671, 13 Janv. 1672, 16 Janv. 1674 et 10 Janv. 1675. Il parait que depuis 1659 les États-Généraux mirent sa plume à profit. Voir entPaùtres la Résolution des États de Hollande de 22 Juillet 1662: *is andermael in omTraage gebragt de requeste by of van weegen Abraham Vicquefort aan h. Ho. Mo. gepresenteert .... houdende in effecte, dat hy suppliant sich seedert den jare 1659, ten dienste van den Staet hebtende laten gebruiken in het coucheercn en translateeren van brieven en andere stukken in de fransche en andere taalen, tôt nog toe daer- *oor niet hadde genooten," etc. M. de Wicquefort dit à ce sujet dans ses Réflexions: * J'avoue que j'ai servi Mrs. les Etats de Hollande de la mmêe façon, que j'ai servi Mrs. les Etats-Généraux, et Jc puis dire sans vanité que les uns et les autres ne se sont jamais si bien expliqués en francois, que pendant que je leur ai prêté ma plume et mes pensées." pag. 64.

1 Résolution des États-Génér. du 24 Mars 1665. A cette occasion on fc dispensa de faire des traductions pour les États-Gcncranx : » des wert denselven van nu af aen geêxcuseert van voortaen eenige translaten ten behoeve van haere Ho. Mo. te doen." Les États de Hollande en le reconnaissant comme Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne, s'étaient réservé le droit de jurisdiction sur sa personne et sa famille. Voir Résolution du 13 Mars 1665. Il paraît cependant qu'ils avoient négligé de prendre la même mesure, quand il fut reconnu par les États-Généraux comme Résident des Ducs de Brunswic-Lunebourg.

te. D fat reconnu comme tel à la Haye en 1665. Après l'abdication de Casimir, Roi de Pologne, il semble n'avoir point reçu de nouvelles lettres de créance '.

Par l'influence de M. de Witt, M. de Wicqucfort fut chargé d'écrire une histoire des Provinces-Unies depuis la paix de Munster jusqu'à la paix de Breda *; mais c'est

« * Depuis le decés de la Reine et l'abdication du Roy Casimir je n'ai point eu d'autre maître que son Altesse Serenissime." Réflexions, p. 7.

* Bas nage, 1. 1. ,11 auroit été difficile de choisir un homme plus capable." Voir Réflexion». , Les derniers (les États de Hollande) .... voulurent bien par une resolution formelle députer feu Messieurs Wimmenum et de Wit pour me requérir d'écrire l'histoire du pays, depuis le traité de Munster jusque* à celui qui fat conclu à Breda en 1667. Elle s'imprime présentement (le 11 février 1680)." p. 6. — #11 y avoit plusieurs années que Mrs. les Gecommitteerde Raden .~ m'employoient pour leur service, lorsque pour me donner une marque de la satisfaction qu'ils y trouvoient, ils voulurent bien me témoigner qu'ils deeiroient que j'écrivisse l'histoire du pals. Pour m'y disposer ils m'en firent requérir par une deputation solemnelle, composée des deux premiers personnages de la Province, Mrs. de Wimmenum et de Wit. Mrs. les Etats de Hollande avoient donné, pendant plusieurs années, une pension réglée à un très savant personnage, qui a un grand talent, mais qui n'en a point pour l'Histoire, et qui n'a pas seulement commencé à y travailler (Vossius)" p. 70. sv. — Voir Résolution des Conseillers députés (Gecommitteerde Raden) des États de Hollande du 6 Janvier 1667. #ls naer deliberatie goetgevonden mite desen te versoecken ende te authoriseren deu Heer van Wimmenum, ten eynde Syn Ed. de moeyte wildenemen vau te spreecken met deu Hcore Abraham Wickefort, ende denselven inde beste manière doenelijck disponeeren, om in de Franschc taie te beschrijven de Saecken in ende omtrent de Verccnigude Nedcrlanden voorgevallen, gepasseert ende verhandelt, aanvangh nemeude met den uitgang vanden oorloge met den Coningh van Spangien, met belofte aen denselven in den naeme vau Haer Ed. Mo. te doen, vau dat hem van den arbeyt en de moeyte dienaengaende aan te wenden, belooninge sal werden gedaen naer advenant van twaelff houdert caroli gui. in het loopende jaer, des dat hy aennemen ende presteeren sal beschrijvingc ten minste over twee achtcreenvolgende gepasseerde jae-

à tort qu'on a prétendu qu'il fut nommé historiographe des Etats de Hollande; car M. Yossius occupait alors cette charge.

ren in desen loopende jaere, ende soo successivelijcken te adimpleercn, cnde dat hy tôt genoegen van Haer Ed. Mo. vande beschreven caternen van tijt tôt tijt visie ende communîcatie geven sal aen den welgemelten Heere van Wimmenum ende den Raetpensionaris." Voir aussi la Résol. des Conseillers Députés du 3 Févr. 1667: #is naer deliberatie goetgevonden, ten eynde de Heere Vickefort haer Ed. Mog. gœde meyninge in 't beschrijven van de saeckon der Ycreenigde Nederlandon, achtervolgende 't resolveerde van don vim der voorleden maendt, ten besten moogc opvolgcn, dat door den Heere Ractpensionaris ende den Secretaris van Beaumont aen denselven overgegeven sullen mogen worden aile soodanige stucken ende resolutien als bij hem snllen werden gerequireert." — Voir Résol. des Conseillers Députés du 13 Juin 1668: *Op het rapport vanden Ed. Heere van Wimmenum is nae deliberatie goetgevonden, dat ten behoeve van den Heer Wicquefort, kebbende te ttocede maele geacheveert ttoee volgende jaere» vande aengenomene te schrijven historié deser landen, sal werden gedepescheert eene acte op de secreete diensten ter somma van twaclff homlert guld." Plus tard on lui accorda un plus grand salaire, puisque les États de Hollande le chargèrent d'ajouter à son Histoire les preuves ou pièces justificatives traduites en français. Voir Résolution des États de Hollande du 21 Août 1671: #dat naederhandt raedsaem geoordeelt sijnde, dat hij tôt verificatie van de voorschr. sijne historié in aparté vo« lumen soude produceeren en appliceeren de stucken ende munimenten daertoe dienende, soo indc origiuele, alsmede inde Fransche taie getrans*

latccrt, hy Heere Wickcfort voorn haddc laten blijken, dat de

voorsz. translatie was een groot ende penibel werck, dacrover hij .... in redelijckhcyt ende billijckheyt ooek geproportioneerde récompense was wachtende." Voir Résol. des Conseillers Députés du 2 Avril 1672: »is .... geresolveert dat aen den voorn. Heere Wicquefort over het geene voor de voorsa. preuven by hem al bercyts is op Jt papier, ende onder de pers gebraght, lopende en sich streckendo tôt den jare xvje een en vijftigh int cluys op acte van secreete diensten oens en voorall sal worden toegeleyt een somma van drio duisent een hondert en vijftigh gulden, offte wel duysent silvere ducatons in specie; dat hem voorsz. op den voet van het schrijven van de voorsz. Historié voor yder twee jaercn preuven, die by hem ten minstc in elex loopende jaer compleet sullen mocten werden opgelevcrt, cnde aen h. Ed. Gr. Mo. vertoonende, op acte van secreete diensten als voorcn botaclt sal

werden duysent guldens."

„Cet ouvrage m'a attiré tous les malheurs/9 dit-il luimême dans ses Réflexions, et il est plus que vraisemblable qu'en effet ses travaux historiques ont amené les persécutions qu'il a souffertes. Sa liaison avec M. de Witt fut cause, qu'après la fin déplorable de celui-ci, et le changement de gouvernement qui s'ensuivit, on le regarda avec méfiance. Connaissant ses idées politiques et sa sympathie pour ce grand homme d'état, ennemi de Guillaume III, on craignit probablement que l'histoire des événements contemporains, tracée par la plume acerbe de M. de Wicquefort, ne mît au jour des vérités qui pussent influencer sur l'appréciation de quelques personnes encore en vie '. Une correspondance secrète et préjudiciable à l'État qu'il avait entretenue avec la veuve von Huebner, M. William s on et d'autres f, offrit aux Etats de Hollande

1 , L'on s'étonnoit de ce que l'Etat se servoit encore de moy qui, étant ami de M. de Witt, avoit toujours été dans des intérêts opposés à ceux de S. A. On m'avertit qu'on n'était point du tout satisfait de mon histoire, qui lui (S. A.) avoit été communiquée par une des premières personnes de la Province qui avait désiré de l'avoir; parce qu'il craignait d'y trouver un caractère qui défigurait toute sa famille et sa postérité. On me marqua le mécontentement du Prince qui y avait vu ce qui s'étoit passé en l'an 1650 et qui avoit sujet de croire qu'elle diroit quelque chose de plus fort de 1672." Réflexions, p. 10.

1 La minute de la sentence, comme on la trouve dans le dossier de sa procédure, conservée aux Archives du Royaume, prouve l'étendue de sa correspondance. Nous insérons ici cette partie de la sentence, puisque l'arrêt prononcé n'en fait mention qu'en passant: *dat hy .... bekent van tydt tôt tydt corrcspondentie gehouden en overgesohrevcn te hebben de secreten van den Staet, niet alleen aan die Princcn en Vorsten, van dewelcke hy hadde een publycken character, maer oock met ende aen persoonen van allerhande condition in aile quartieren van Europa eu particulierlyck met en aen Ministers ofte persoonen van qualiteyt, in de hoven van Coningen en Princen, met dewelcke desen Staet dede negotieren, en wyders niet alleen met ende aen diegccne dewelcke ncutrael waercn, als Vranckryck tôt 't jaer 1667; Coninginne Christina; den grooten llertogh van Toscanen; den Coningh van Denemarckcn ; Baron van Rondcck; grave van Al-

une raison plausible de donner à la Cour Provinciale Tordre d'instruire son procès; mais il est certain que le traitement qu'on lui fit subir à cette occasion et après la sentence, justifie la supposition que leur manière d'agir contre lui avait une cause plus profonde que le sentiment de justice envers l'Envoyé d'une puissance étrangère, qui s'était permis une correspondance politique avec une dame de Clèves et un secrétaire d'État anglais f.

senburgh; Goslin van Bockwal, Vorst van Oostvrieslant ; Finardt tôt Brussel, aen hem geaddresseert door den Couraulier Castelcyn; Prins van Aenhalt; d'Heer Temple in Engelunt; met een Ariste, gewesen Coramijs van Mons. de Brie ne Secrétaire d'Estat, van 1659 tôt in *t begin van 1672; met eenen Priandi, voor deaen Résident van den Hartock van Mantoua, aen 't hoff van Vranckrijck tôt het begin van 1672 ; met eenen Jus tel, Secrétaire du Roy ; .... noch met de duchesse van Trimouillie; met Monsr. d'Estrades tôt february off uytterlijck Maert 1672; met Mons. Messery tôt in *% begin 1672; met syn broeder tôt Riga; nemaer ooek verder met soodanige die hem met reden verdaght hadden behooren te syn; correspondeerende onder anderen met seeckere Sara Lodewycx Wed. Huebner in syn leven Raet aen het Cheurvorstel. Hoff van Brandenburch tôt Cleeff," etc. — Il paraît que déjà en 1672 l'on soupçonna que M. de Wicquefort tenait une correspondance illicite. Voir Résol. des États de Hollande du 4 Août 1672: *dat door de Heeren Wicquefort Vader ende zoon .... seer naedeelige adviesen in het reguard van de constitutie van desen Staet derwaerts (aux Ducs de Brunswic-Lunebourg) overghesondeu werden." Il réussit cependant à se disculper de ce soupçon. Voir Résol. du 9 Août 1672.

1 Lors de son arrestation, on trouva sur lui une satire en vers écrite de sa main, que M. Everwyn a publiée à la fin de sa dissertation. M. de Wicquefort en dit dans ses Réflexions, p. 138: w Apres qu'on m'eut arrêté dans ma maison, le Fiscal prit dans ma poche un brouillon de deux feuilles de papier, qui était rature en plusieurs endroits et contenait plusieurs pensées imparfaites, qui ont pourtant fait mon véritable crime, quoiqu'on n'eut pas voulu ny osé en dire un seul mot dans la sentence .... C'était une espèce de satire qui parlait de plusieurs Tartuffes, dont le nombre n'est que trop grand en Hollande, de quelques personnes que M. le Prince d'Orange approche de sa personne, quoyque leur vie ne soit qu'uue cloaque de toutes sortes d'ordures et

Nous ne voulons pas entreprendre ici l'examen de la légalité de la procédure et de l'arrêt; mais nous nous contentons de remarquer, que le double caractère de M. de Wicquefort qu'on prétendait être au service des États- Généraux, tandis qu'il se trouvait en même temps à celui d'une puissance étrangère, fut cause d'une confusion d'idées qui servit à embrouiller cette affaire. lia qualité d'ambassadeur, même du second rang, donne la faculté d'invoquer le droit d'exterritorialité. Malgré le serment qu'il prêta le 15 Décembre 1666 ', malgré la condition que les États d'une seule province, ceux de Hollande, avaient faite en le reconnaissant, de se réserver le droit de juridiction sur sa personne, comme né dans leur province, malgré les services qu'il rendit comme translateur, mais dont on l'avait déchargé depuis 1665, il restait toujours revêtu d'un caractère diplomatique, et cette qualité prédominait toutes les autres.

M. de Wicquefort fut arrêté le 25 Mars 1675, à l'âge de soixante-neuf ans, et le 20 Novembre de la même année il fut condamné à une détention perpétuelle.

L'on sera encore mieux convaincu de la dureté de la punition qu'on lui infligea, en considérant que le délit dont il s'était rendu coupable, était fréquent en ce temps-là dans les Provinces Unies; qu'il était fort difficile de garder secrètes les délibérations des États-Généraux; qu'enfin M. de Wicquefort n'était pas le premier qui se fût rendu coupable de cette faute, et ne serait probablement pas le dernier.

de yiolence J'y parlois de ce qui s'était passé en Gueldxe au

commencement de la même année et de la part que Conrad le Clerc *, Secrétaire des Etats de la Province, avoit eue dans les in* trigues qui etoient si préjudiciables à l'Estat et à sa liberté .... hinc Mac lacrimae?

1 Voir la dissertation de M. Everwyn, p. 278.

' |l tlait bruti-frtr* du Concilier PeuioMuiiv Gaspard F»| cl.

Peut-être crut-on plaire au Prince et au Conseiller Pensionnaire Fagel en humiliant un homme, qui avait été le confident de M. de Witt, et que d'ailleurs on n'estimait pas assez pour qu'on eût de grands égards pour sa personne. Ses papiers furent saisis, et l'on vendit ses équipages et sa précieuse bibliothèque f. Un moment même on eut l'idée de lui faire subir sa peine dans une maison de correction à Amsterdam *; mais les députés de cette ville s'y opposèrent, et on résolut alors de le conduire au château de Loevestein. Provisoirement on l'enferma dans un cachot qu'on avait bâti exprès dans un coin du grenier de la prison.

„J'y demeurai," dit-il, „dans une solitude effroyable huit mois jusque» au 10 Mars 1677, sans autre compagnie que celle des hiboux, de la famille du geôlier et d'une bonne quantité de rats et de chauve-souris, qui étaient assez familières, mais aussi assez incommodes." •

On sait que M. de Wicquefort, aidé de sa fille et d'une servante, parvint à s'évader de sa prison, le 11 février 1679, après une captivité de quatre ans. Il se rendit à Zell chez les Ducs de Brunswic, où il mourut enfin en 1682 4.

1 Dans les documents relatifs à son procès, nous avons trouvé des comptes de libraires qui donnent en quelque sorte une idée du contenu de sa bibliothèque. Us nous montrent que, pendant les années 1673 et 1674, il devait aux libraires 428 flor. La vente de sa bibliothèque rapporta 5756 flor., somme en effet considérable pour ces temps-là.

* Voir Résolution de la Cour de Hollande du 23 Janvier 1676: r dat hij behoorde te werden geconfineert in ecne plaats, dat een intermcdiair was tusschen het kasteel van Louvesteyn endc een tugthuys, slaende tôt dien eynde voor Jan-Roimpoorts-toren tôt Amsterdam ofte een ander plaats van gelycke soort»" (M.S. Archives du Royaume).

* Réflexions, p. 169. Une de ses filles semble avoir obtenu plus tard la permission de lui tenir compagnie dans la prison.

* Son héritage paraît avoir été répudié par son fils et une de ses filles; les deux autres filles l'acceptèrent sous bénéfice d'inventaire. Ses créanciers reçurent 25 °/0. Voir Chronique de la Société d'Histoire à Utrechi, 1856, p. 213. Parmi les documents relatifs à son procès on trouve un inventaire des comptes trouves dans sa maison, qui

M. de "Wicquefort était un de ces hommes que l'adversité ne saurait abattre. Malgré tous ses défauts, il était doué de cette énergie et de cette force d'esprit, qui lui firent relever la tête le lendemain de ses revers et surmonter tous les obstacles. Il combattit jusqu'au dernier jour avec un courage inaltérable, avec la même persévérance. Accusé de crime de lèse-majesté, enfermé dans une sombre prison, où on le tourmenta de mille manières jusqu'à lui refuser pendant quelque temps de l'encre, des plumes, du papier, des livres et même les journaux, il fit preuve d'une grande fermeté morale en conservant à son âge avancé

prouvent évidemment qu'il était criblé de dettes. — Ses trois filles reçurent plus tard une pension de 1500 flor., à condition qu'elles délivreraient le manuscrit de l'histoire écrite par leur père. Voir RésoL des Cons. Députés du 19 Novembre 1705: ,.... is goetgevonden ende verstaen, dat aen de drie kinderen * van den Heere Abraham van Wicquefort toegevoegt ende geaccordeert sal werden .... een pensioen van vijffthien honderd guld. jaerlykx, in te gaen soo haest als deselve kinderen ten behoeve van bet gemeyne land ende ten genoegen van h. Ed. Mog. sullen hebben overgegeven aile de nog resterende sebriften, ende daertoe specterende documenten van de historié deser landen, door den voorn. heere van Wickefort beschreven; dat de gem. overleveringh van de voorschreeve historié ende documenten behoorlyck gepresteert synde bet voorsz. pensioen betaelt sal werden van halff tôt halff jaer soo langh ecn van deselve kinderen in het leven sal zyn." — La remise du M.S. a eu lieu l'année suivante. Voir Résol/d. Cons. Dép. du 9 Juillet 1706. Dans la Késol. du 19 Nov. 1705 les Conseillers Dép. résolurent aussi de payer les dettes de M. de Wicquefort: #dat daerenboven ooek door ofte van vegen het gemeyne Land, aen de crediteuren van den voorn. heere van Wicquefort voldaen ende betaelt sal werden soodaenigen So\ van penn. als deselve agtervolgens seecker praeallable accord uyt den boedcl van den meergem. heere van Wicquefort ofte van Daniel Steuckcr, als den voorsz. boedel geadministreert hebbende, te prête nderen hebben, des dat de voorgen. crediteuren gevergt ende geobligeert sullen werden behoorlycke cessie van actie ten behoeve van h. £d. Mog. tôt laste van den voorn. Daniel Steucker te geven.

* Nous prtaiiuoai qu'ici M>nt dénign^'i set Iroî» lillci, parce que ton fiU avait prob^bkinenl pur son emploi de quoi subvenir à »e* besoiu».

l'amour du travail et le désir de s'occuper de travaux littéraires •. Non-seulement il écrit durant sa captivité la continuation de son Histoire des Provinces- Unies et ses Mémoi* m touchant les ambassadeurs et les ministres publics ■ ; mais encore l'ouvrage qui Ta rendu célèbre comme auteur diplomatique : I/atnbassadeur et ses fonctions, fut composé dans ces jours d'adversité •. Et si l'on se rappelle qu'il travaillait dépourvu de livres, on s'étonnera encore davantage de sa mémoire et de ses connaissances. Hormis une prolixité, si commune en ces temps-là, le style de ses écrits est si

! Basnage, 1. 1. #11 trouva quelque soulagement à sa douleur dans le travail, et dans ces lieux où l'on se livre ordinairement au chagrin, il sut cliarmer le sien en continuant son ouvrage."

On trouve dans la seconde partie du volume II (pièce justif. n.xxxiv) de l'ouvrage du Prof. Vreede Inleiding tôt eene gesch. der Neâerl. Diplomatie le portrait de M. deWicquefort tracé par la plume du Commissaire Suédois M. Appelbom. #Le Résident de la Landgrave de Hesse, Mr. Wickforth, passe pour un homme bon et habile, courant, odorant et pénétrant les affaires; mais il est très endetté et embrouillé par suam polypragmosunam."

» L'auteur ne se fait connaître sur le titre que par les lettres L. M. P. ^Le Ministre prisonnier). Il parut une seconde édition de cet ouvrage en 2 vol. eu 1730.

1 Parmi les documents du procès de M. de Wicqucfort, ou trouve une requête des Sieurs Jeau et Daniel Stcucker qui peu de temps après la fuite du prisonnier demandèrent la restitution du second volume de l'ouvrage L9 ambassadeur et ses fonctions, sur lequel on avait apposé les scellés ainsi que sur ses autres papiers. Ceci prouve que la première édition fut publiée par ces libraires. Voir la dédicace dans l'édition in 4°. (à Cologne chez Pierre Marteau, 1690): #À peine avais-je formé le premier projet de la seconde partie, que l'on m'osta le moyen de l'achever et mêmes de la continuer. Depuis que vostre Altesse Ser. m'a permis de me retirer dans sa cour, j'ay esté obligé .... de m'appliquer à la continuation d'un travail de plus giande estendue, que l'on a autrefois désiré de moy (Y Histoire des Provinces-Unies F) .... et neantmoins afin do ne point faire tort h l'imprimeur je n'ay pas voulu l'empescher de le donner au publie." Cet ouvrage est traduit en allemand par le docteur J ca n-L c o n a r d S a n t o r (Leipzig 1682. 4°.) et en anglais par M. Digby (Londres 1717. fol. . Voir Paquot, 31 moires pour servir à V histoire littéraire des Pui/s- Bat, I p. S9.

lucide et l'exposition des faits si claire, qu'on oublie eu les lisant le grand âge de l'auteur \

* Voici la liste de ses autres ouvrages comme on la trouve chez Paquot, I. 89.

I. Relation du Voyage de Moscovie, de Tartarie et de Perte, fait à Poecation (Tune ambauade envoyée au Or and Duc de Motcovie et au Boy de Perte par le Due de Holstein, depuis Pan 1633 jusques en Pan 1039, traduite de l'allemand du Sieur Olearius, Secrétaire de la dite ambassade, par L. R. D. B. (i. e. le Résident de, Brandenburg). Paris 1656 in 4°. En 1659 parut une nouvelle édition, augmentée de plus d'un tiers, particulièrement d'une 2« partie contenant le voyage de Jean-Albert de Mandeslo aux Indes-Orientales. 2 vol. Une antre édition est de 1666. En 1719 il en parut encore une à Lcyde sous le titre: Voyages célèbres et remarquables faits de Perse aux Indes Orientales par le Sieur Jean-Albert de Mandeslo, gentilhomme du duc de Uolstein en Moscovie et Perte etc., mis en ordre et publiés après la mort de l'illustre voyageur par le Sieur Adam Olearius, et traduits de l'original par le Sieur A. de Wicquefort Conseiller des Conseils d'État et privé du Duc de Brunswic et Lunebourg Zell, etc. Résident de l'Electeur de Brandenbonrg. Enfin il en parut une édition à Amsterdam en 1729.

II. Discourt historique de P Election de P Empereur et des Electeurt de P Empire, par le Résident de Brandenbourg. Paris 1658. 4°. une seconde édition, Rouen, 1711. 12°.

III. Relation du voyage de Perte et des Indes Orientales fait en 1626 et 27, traduite de PAnglais de Thomas Holbcrt, par M. de Wicquefort, avec une relation des révolutions arrivées au Royaume de Siam en 1647, traduite du Flamand de Jcrémie van Vliet. Paris, 1663. 4°.

IV. L'ambassade de Don G ar cias de S il va Y ig ucro zen Perse, contenant la politique de ce grand Empire, les mœurs du Roy Se ha Abbes et une relation exacte de tous les lieux de Perse et des Indes où cet Ambassadeur a été, etc. traduite de l'Espagnol par A. de Wicquefort. Paris, Louis Billainc, 1667. 4°.

M. Paquot fait en outre mention d'un livre qu'il attribue à M. de Wicquefort, intitulé: Thuanus reslitutus S. SyUoge locorum variorum in Hisioria Jacobi Augusti Thuani desideratorum ; item Francise i Guicciardini paralipomena quae in ipsius historiarum libris III, IV et V non leguntur. Latine, Italice et Gallicc édita, Amsterdam 1663. 12°.

Nous ajoutons encore que c'est M. de Wicquefort qui a traduit en français les Remarques sur P Estât des Provinces-Unies par le Chevalier Temple. 11 est assez connu de plus qu'il fut l'auteur d'un livre in-

Le revenu "que lui valaient ses travaux historiques cessa dès son arrestation. Après son évasion, il fit des démarches pour se faire payer la somme comme auparavant; il s'adressa à cet effet en 1682 aux. Conseillers Députés de Hollande. Non seulement il demanda les honoraires qui lui revenaient pour son Histoire des Province*- Unies, mais encore pour la composition de son Advis fidèle aux véritables Hollandais et de quelques remarques sur un mémoire de M. de Gremonville. Les Conseillers Députés résolurent de lui faire payer une somme de 6600 flor. pour son Histoire des années 1659 jusqu'à 1670, avec la promesse de lui al* louer dans la suite 600 flor. pour chaque année d'Histoire et 500 flor. pour les preuves (pièces justificatives) de cette année. Il reçut encore 1600 flor. pour son Advis fidèle aux véritables Hollandais et pour tous les autres services qu'il avait rendus aux États-Généraux. Cette somme paraît n'avoir été payée que l'année suivante à ses héritiers '•

Le 10 Mars 1669, M. de Wicquefort obtint du Soi de France le privilège pour l'impression de son Histoire des Provinces-Unies, et le 24» Mars 1670 celui des États de Hollande pour quinze ans B. Le 29 Novembre 1669, il céda par contrat ses droits et son privilège aux Sieurs Jean et Daniel Steucker '.

titulé: Advis fidèle aux véritables Hollandais. Ce livre parut en 1672, pendant la guerre contre la France, et fut distribué dans le but d'indisposer les habitans des Provinces-Unies contre cet État.

1 Voir la Résolution des Conseillers Députés du 17 Août 1682 et celles du 14 et 27 Septembre 1683.

1 Ce privilège fut renouvelé le 20 Mars 1697.

» Le contenu de ce contrat nous est inconnu. On conserve à la bibliothèque de l'université de Leyde un mémoire touchant V impression de V Histoire de Wicquefort. C'est un extrait d'une requête qui probablement fut présentée en 1717 aux États de Hollande par un des héritiers de Daniel Steucker nommé Etienne Chrcstien van Kerckhoven, afin d'obtenir une restitution pour les pertes occasionnées par l'interruption de l'impression. Cette notice nous a fourni les détails que nous donnons.

Son arrestation et la saisie de ses papiers fat cause que Timpression fut interrompue. Après la condamnation, les Sieurs Steucker tâchèrent de se faire rendre le manuscrit de l'Histoire des Provinces- Unies, et quoique en effet les Conseillers Députés de Hollande donnassent le 9 Mai 1676 l'autorisation pour la restitution des papiers, leur Résolution paraît n'avoir pas eu de suite ' ; car deux ans plus tard les éditeurs s'adressèrent à la Cour de Hollande qui autorisa à son tour, le 9 Mai 1678, le Procureur-Général à rendre le manuscrit. Les papiers de M. de Wicquefort étaient cependant dans un si grand désordre, qu'il était impossible de trouver ceux qui avaient rapport à Y Histoire des Provinces'Unies. C'est pourquoi les éditeurs demandèrent la permission d'examiner ces papiers chez eux, et promirent de ne rien publier sans en faire part à la Cour B. Quoi qu'il en [soit, en 1680 ils obtinrent des États de Hollande de nouveau l'autorisation de continuer l'ouvrage1. U paraît

■ Ils se plaignirent dans cette requête: #dat sy daertoe (c'est-àdire pour imprimer l'ouvrage) seer groote oncosten gedaen, veele duysende bedragende, en al een goet gedeelte van voors. Historié en documenten van dien gedruckt hebben .... dat sy ingevolge van de sententie aile de goedercn van deuselven Wicquefort tôt noch loe gesaiseert en by cen bcwaert warcn geweest ; .... dat daeronder souden syn ecnige schriftcn eu papiereu totte voorsz. Historié behoorende, die .... baer supplianten scer noodigh souden syn ; dat deselve mettertyt gedispargeert cude tôt liaer suppl. groote nadeel, schaede en totale totale ruyne vermist souden werden." La Résolution des Conseillers Déput. du 9 Mai 1676 porte # wel te mogen lyden ende mede wel te kunnen acnsien dat de voorsz. boecken, stucken en papieren soowel gesclirevcn als gedruckt, voor soo veel die totte voorsz. Historié specteeren cude onder de gesaiseerde goedercn van voorsz. Abr. Wicquefort gevonden werden, aen den voorsz. Johannes en Daniel Steucker (souden werden uitgereikt) behoudens dat daerinne niet gevonden werden saecken, die van sonderlinge aenstotelyckheyt syn."

1 Documents du Procès.

* #Op versoeck van Johan eu Daniel Steucker den 27 febr. laetsledcn mede bij reqle gedaan, hebben h. Ed. Gr. Mog. naer ingenomen consideratie en advis van de Hecren gedep. der Steden Lcyden

XX Vil

cependant que diverses circonstances, qui nous sont entièrement inconnues, ont empêché l'exécution de cette résolution; car au commencement de Tan 1682 le manuscrit n'était pas encore restitué, et il paraît que les Conseillers Députés avaient changé d'opinion et n'étaient plus portés à le rendre *.

Jean Steucker étant mort, son héritage donnait des craintes fondées à ses créanciers; ils mirent la main tant sur la partie imprimée que sur la partie inédite de l'œuvre de M. de Wicquefort. Les Conseillers Députés déclarèrent le 28 Mars 1687 cette saisie illégale; peut-être cette sentence était-elle basée but la circonstance que cette histoire avait été écrite par ordre des Etats, et que de Wicquefort avait reçu le salaire de son travail V

Amsterdam en Alcmaer de suppl'en toegestaen het verdrucken en voltrecken van de historié deser landen beschreven by Abraham Wicquefort ende dat haer sullen mogen worden gegeven ende ter handea gestelt soodanige documenteu ende bewysen als daertoe noodigh sullen syn ende gelyck het voors. werck begonnen is," etc. (Extract vit het bœk der Appoinctementen ende andere dispositie* der Staten van Holland 23 Mars 1680.)

« Yoir Résolution des Cons. Députés du 19 Mars 1682: *is naer voorgaeude deliberatie goetgevonden eude geresolveert dat de boecken, manuscripten ende papieren van de historié van dese landen, beschreven ende ingestelt door Abr. van Wicquefort soodanich als die jegeuwoordich onder den Heere van Blocklandt, haer Ed. Mog. medebroeder in Raede, berusten, sullen werden gelevert onder den Secrctaris van Beau m ont, ende dat de voorn. Secretaris van Beau mont deselve boecken ende papieren sonder h. Ed. Mog. praealable spéciale ordre aen niemant wederom overlevercn ofte demanueeren sal." — 11 y a eu dans les Archives du Royaume deux caisses remplies de papiers de M. de Wicquefort; ces caisses ont disparu ; mais on en garde encore les clefs.

» Voir Résol. d. Cons. Dép. du 28 Mars 1687: # Op betgeen de Heer Raetpens. Fagel h. Ed. Mo. voorgedragen heeft, over ende ten aensien van de pretentie, die bij de crediteuren van wijlen Johan Steucker soude gemaeckt werden, op de werken ofte historié, dieop ordre ende authoruatie, tnitsg. onder de beîoonende (sic?) van h. Ed. Mo.

ixvui

Il paraît que Daniel Steucker demanda aux États de Hollande une somme considérable en dédommagement de l'interruption qne le procès de M. de Wicquefort avait occasionnée. Cette demande lui fat refusée et tous ces différends, tout en lui fusant négliger ses autres affaires, empêchèrent la poursuite de l'impression '. Enfin il mou-

geschreten is bij wylen Abraham van Wicquefort, is naer voorgaende deliberatie goetgevonden ende verstaen te verklaren .... dat de voorsz. crediteuren op de voorss. historié soo gedruckt als ongedruckt geen regt ofte actie syn hebbende, ende dat aile deselve onder Da* niel Steucker sullcn syn, blyven ende gelaten werden.

« Voir Résol. des Cons. Dcput. du 14 Juin 1700, 12 Oct 1702, 15 Juil. 1704, 6 Jauv. 1705, 29 Oct. 1708, 13 Nov. 1708, 19 Dec. 1714, 20 Mars 1716 et 11 Jan. 1717; 17 Dec. 1718. Voir aussi laRés. du 18 Dec 1718: ,„.. dat naerdien den voorn. Daniel Steucker tôt laste van het gemeine land vermeinde te pretenderen te hebben, uyt hoofde yan het drucken van de Histoire de F Estai et des affaires des Prociucet-Unies des Pays-bas depuis la paix de Munster jusques à présent par Abraham de Wicquefort ingevolge van h. Ed. Gr. Mog. octroy in dato 24» Maert des jaers 1670, mitsgaders derselver daerop gevolgde Résolutie van den 23 Maert 1680, dienaengaende genomen, dat de voorsz. praeteutie sig extendeerde tôt de somme van 63552 guld; ende daerop H seedert den jaere 1700 tôt 1717 by h. £. Mog. aen den voorn. Steucker in verschcyden posten, te saemen monteerende ter somme van 12329 guld was betaeld, sulex dat de voorsz. praeteutie nog verbleeff ter somme van 51223 guld." Les Cons. Députes stipulèrent un prix plus modique. Voir Rés. du 30 Dec. 1718. L'héritier M. E. C. Kerekhoven renonça aux droits que le testateur avait obtenus autrefois par le privilège de 1670 et l'autorisation des États de Hollande du 23 Mars 1680 d'imprimer l'ouvrage de M. de Wicquefort. Les Cons. Députés accordèrent par la Résolution du 18 Dec. 1718 l'autorisation de vendre l'édition déjà imprimée; mais décidèrent que le M. S. et les documents qui en faisaient partie resteraient en leur possession #cnde dat hij Kerckhooven onder hem soude mogen behouden, debiteeren ende verkoopen de voorsz. historié van den voorn. Wicquefort, soo veel die was afgedruckt, mitsgaeders de preuves daertoe behoorende, ende die daervan ooek bereyts afgedruckt souden mogen syn, soo ras als hij dit contract in aile deelen .... naergekomen souden hebben; maer dat de papieren ende manuscripten

rat dans un état voisin de la pauvreté en 1717 '.

Après la mort de Daniel Steucker, le Sieur Thomas Johnson, libraire à la Haye, devint propriétaire du droit de publication. En 1719 les quatre premiers livres furent enfin publiés *; mais alors l'impression fut derechef interrompue, et ce ne fat que vingt-quatre ans plus tard, en 1743, qu'Alexandre Johnson publia le second volume, contenant les pièces justificatives des trois premiers livres sous le titre à9 Histoire des Provinces- Unies, confirmée et éclaircie par des preuves authentiques, ou recueil très-ample et très-exact de traités, actes, édite, mémoires, résolutions et autres pièces authentiques pour servir de preuves à l'Histoire des Provinces- Unies des Pats-Bas ■• Le même éditeur publia la même année le cinquième et le sixième livre, et deux ans après, en 1745, les quatre autres livres.

Voilà tout ce qui a paru de l'ouvrage de M. de Wicq nef or t. Il est vraisemblable que les événements politiques, iurvenu8 peu de temps après, en ont empêché la continuation.

Comme nous venons de le voir, M. deWicquefort s'était chargé d'écrire une Histoire des Provinces-Unies depuis la paix de Munster jusqu'à la paix de Bréda 4.

?an den voorn. Wicquefort souden blyven onder ende ter disposée Tan h. £d. Mog. sonder dat den voorn. Kerckhooven ofte iemant anders daerop eenige verdere pretentie soud vermogcn te maekea" etc.

« Voir l'avertissement de Johnson, à la tête du premier volume.

* M. Johnson les dédia au Roi d'Angleterre.

1 L'année de la publication du second volume est douteuse. Quelques exemplaires portent la date de 1745 sur le titre du second et du trobième volume, contenant les preuves des cinq premiers livres. Dans d'autres exemplaires le second volume, contenant les preuves des trois premiers livres, porte la date de 1743, tandis que le troisième volume, contenant les preuves du quatrième et du cinquième livre, porte celle de 1745.

4 Voir livre I pag 2 : * mais mon intention est de parler do ce qui

Les seize premiers livres contiennent cette histoire jusqu'à la paix d'Aix-la-Chapelle, et repondent par conséquent à la tâche qu'il s'était proposée. Ensuite il a commencé une seconde partie traitant de l'histoire des années suivantes jusqu'à la paix de Nymègue •• Le tout se compose de trente et un ou trente deux livres. Après la mort de M. de Wicquefort, les États de Hollande contractèrent avec M. Jacques Basnage pour continuer l'ouvrage de cet auteur f. Mais pour

s'est passé dans les Provinces-Unies et dans leur voisinage, depuis la paix de Munster jusques au traité de Breda qui vient de mettre fin à la guerre de cet estât avec l'Angleterre, presqu'au mesme temps que je commence à escrire; ou bien si Dieu me le permet jusques à la paix d'Aix-la-Chapelle où je pourrai m'arrester comme à la plus illustre période d'un ouvrage de cette nature.'*

1 11 commence le xvn livre par les mots suivants : # Le traité d'Aixla-Chapelle a fait la fin de la première partie de cette histoire, les suites d'une paix dont la France était aussi peu satisfaite que l'Espagne feront le commencement de l'autre." — La Résolution des Conseillers Déput. du 17 Août 1682 prouve qu'il n'avait alors offert que vingt-deux livres: #.... als hebbende denselve Wicquefort 22 jaeren van de voorsz. historié geabsolveert." Probablement ses héritiers ont présenté plus tard les huit autres livres.

* Voir Résolution des Conseillers Députés du 10 Oct. 1718: *aen h. Ed. Mog. gerapporteert synde, dat op den 16 Jauuary 1715 gemaeckt was cen contract met Jacques Basnage voor den tjd van drie jaeren, omme te schrijven ende te vervolgen de Historié deser landen begonnen door Abraham de Wicquefort, welckers manuscripten dienaengaende tôt dien eynde aen hem Basnage waren ter hand gestelt; dat het gemeld contract met den jare 1718 was komen te expireren ende dat de voorsz. historié tôt den jare 1668 geschreven ende afgedrukt was; is naer voorgaende deiiberatie goedgevonden .... dat den voorn. Jacques Basnage met het schrvven ende vervolgen van de voorsz. historié deser landen tôt den tyd van den vreede tôt Utregt in den jare 1713 sal continuèrent dat hy voor syne moeyte daeromtrent te adhiberen jaerlijkx den tyd van vyf ofte ses jaeren geduerende genieten sal een duysent gulden, ten waere de voorsz. historié tôt de gcmelde vreede van Utregt eerder mogt weesen afgeschreeven, in welck geval hem pro rato sal werden betaeld." Nous n'avons pu retrouver ce contrat.

xxxn

net, toit par mépriae, aott à deaaein, et les radit an Hbanïre Levier à la Haye. Apm k mort de ce dernier, aa font mit en rente k droit de pnblkation de qpelqnes nmmmrili et tout le fond» de «on mari, k 23 Jmn 1733. Le mitarit des danse derniers lhrw de l'Histoire de IL de Wieqnefort paraît en aroir fah partie, et fnt acheté par Sir Treror, alots amhawadenr d'Angleterre a la Haye, par ordre de 8ir Bichard Blljs à Spaldinç en Angleterre fl.

eri/iame nva qae tris-pea iTnapmiaBee. Voir flm.>f * J* Mâr f Histoire k l'trerit 1&56, pag. 196. Voir an n\ Rmoiatîaui dm Conseillers Dép, du 14 Janvier 1724: ,door dem H'. lUetpeaâoaaris aeo II Ed. Jlog. Toorgedngeu srnde, dal des Dracfcer Tarn de Historié geachrerea door Jacques Basaage — art dea macm va» de tooto. weduwe raa Basaage, aea htm Hcere lUedpcnsMamris hadfe overgegevea eea exempber raa bel bock, dat oaderaaadm is, raa de historié deser Taadcn, vacrraa de besearTringe ara gravide Predîkaai Basnage door k. Ed. Mog. i» gedemandeert eade het amavseript raa het Terdere .. il « goedgevonden ^. dal dea ToomoenMlea

Hêtre Baedpensionaris ail vexden Tersogt, oaime de nmerte op

hem te vflknt nemea Tan aeo geaieide veduwe raa Basaage ta gelasten, dat sy de Historié ran Wicquefort atanede aBe de papteren, stuckea eade memoriea tôt de voorschreven historié behooreade ende onder haer berustende tea eente sal latea brengra oader hem Baedpeasion., vordende roorts dea meergemeldea Heere Baedp. versogt om raa deselve papieren te doea formeoea eea lijstr, de paplerea tàïïs by provisie oader hem te nemea en te brraeren tôt dat dieaaengaende nader by h. Ed. Mog. sal syn gere9olreert.,'

• Excepté le mémoire touchant Vmprtssiem de F Histoire de lTi rouefort, Ton conserve encore à la bibliothèque de l'Université de Lejde de la main de Frosper Marchand une , Liste des copies et mauuscrits appartenant à Mademoiselle la tente Levier" L'on y trouve entr'autres noté:

g I' Paquet. Histoire des Provinces Unies des Païs-Bas par A, de Wicquefort jusque et compris le xxxn qui tiendra lieu du xxxi que je ne trouve point, en deux volumes in folio cousus et couverts de papier marbré numérotez I* et 1*.

g N.B. le xxt est double et en son rang (?). En cas de l'impression il faudrait choisir le meilleur. Les lirres paraissent avoir été mal nombres. Peut-être le xxxn est-il effectivement le xxxi.

, Remarque* tant générales que particulières de Mr. Lestevenon

jusqu'au livre XXIV inclusivement et le livre XXIX. Le livre XVI est tout-&-fait incomplet; ce ne sont que des fouilles détachées que Ton a probablement négligemment jointes les unes aux autres f.

Nous croyons que cet exemplaire fut le brouillon que M. d e Wicquefort gardait pour lui-môme. Probablement offraitil aux Conseillers Députés une copie au net des travaux qu'il soumettait à leur examen, et ce fut cette copie que Bas nage reçut d'eux pour son usage. Il nous est impossible de retrouver les traces de la partie rendue plus tard par la veuve de lias nage f.

Selon toute apparence plusieurs villes, et peut-être aussi Tordre des Nobles, se sont procuré des copies de l'ouvrage de M. de Wicquefort. De là tous les différents exemplaires que nous allons énumérer ici.

1. LVxemplairo de la Bibliothèque Royale à la Haye. Il se compose do sept volumes; les trois premiers contiennent lu texte des dix livres imprimés et les preuves des cinq premiers livres. Les volumes IV, V et VI contiennent le M8, des livres V jusqu'à XX. Dans le volume VII se trouvent /evr Mémoire* sur la guerre en 1672 faits d'après l'original „do mot en mot" en 1739 •.

* LVxempIniro est fort mal relié ; car après le livre xxt suit la copie d'uni* partit* eontidérnhl» de sos Mémoires sur la guerre faite aux Prort«<vx*r«i># m tannât 1072. qui est ostensiblement corrigée par M. de \V i c q u c f o r t lui-même.

* On trouve noté (Uns l'nncicn iufentairs d*uue armoire, connue sous le nom do I<oit4l**4 llolfand aux Archives du Royaume, »allerlei papieren die schyneu pediend te hebben voor de historié meest voor 1671 eu 1679" ci ail leur* 'divers* pakketten waerop staet Preuves Tan 1649 eu xulpcude tud» dit door Wicqucfort schyneu geschieren te syn aU hiatoriesohrjver/* Malheureusement ces documents sont perdus. Nous avons vu dans U note 4 à la page \\i que ses enfants furent oblige* de rendr* le manuscrit de liiiskùre aux Conseillers Députés, et qu'en 1706 U remise fut effectue*.

* tYs .If**:*** sont jmWk^ uaus les oeuvra» d* 1a Société d'Uistoiw » Itrtv!:

tout en copiant il aura commencé à faire quelques corrections; quant aux quatre derniers livres (XXI jusqu'à XXIV) ils sont copiés fort négligemment '•

A cet exemplaire appartient encore un tome contenant les sommaires des vingt livres, une table des matières pour les mêmes livres, des Extraits notables et importants de l'histoire manuscrite dPAbr. de Wicquefort, Livres V— XXII, et enfin les Mémoires sur la guerre faite aux Provinces-Unies en 1672, copié sur Voriginal en 1789. .

3. La ville de Delft possède un exemplaire du MS. Il se compose de sept volumes"; les trois premiers contiennent les dix livres imprimés avec les preuves pour les livres I jusqu'à Y. Les quatre autres volumes contiennent le MS. du livre V jusqu'au livre XX. Il manque quelques feuilles au livre V.

4. L'exemplaire du MS. appartenant à M. Luzac. Il commence par le livre XI, et va jusqu'au livre XXIV. On remarque dans les quatre derniers livres la même négligence dans la copie, que dans l'exemplaire de M. Grothe. On trouve à la fin de l'exemplaire de M. Luzac les Réflexion* sur V emprisonnement et le procès de M. de Wicquefort, avec des remarques sur la sentence, dont nous avons déjà fait mention, et qui nous ont fourni quelques particularités sur la vie de M. de Wicquefort.

5. Enfin nous mentionnons deux exemplaires que nous ne connaissons que de renommée. Le premier appartient à M. H. W. Ty de man à Leyde. D'après ce qu'il nous a dit,

suis non seulement autorisé, mais même chargé de retoucher l'ouvrage suivant le programme dont j'ai parlé dans les préliminaires de cet Essai ; je tâcherai de m'en acquitter du mieux qu'il me sera possible ...." p. 277 Adverlistement pour le livre V.

1 Le Copiste a par exemple oublié deux pages du texte dans le livre xxi ; douze dans le livre xxn; dans le livre xxm cinquautcdeux pages au milieu, et trois à la fin. Nous nous sommes aperçus au premier abord de ces négligences. Probablement que nous en trouverions encore davantage après un examen plus minutieux.

xxxvm

IX et X il dit qu'il a fait quelques corrections, et qu'il a fait réimprimer les pages fautives qu'il désigne '• Il est plus que vraisemblable que quelques exemplaires étaient déjà distribués ou vendus avant la saisie des papiers de M. de Wicquefort, et que ce fut pour les possesseurs de ces exemplaires que cet avertissement fut écrit Comme le lecteur le verra, nous avons noté au bas des pages les variantes que nous avons trouvées dans le texte des quatre premiers livres, contenus dans ce volume.

M. de Wicquefort écrivit la première partie dç son histoire presque sous les yeux des Etats de Hollande *.

f "Comme il s'est glissé quelques fautes grossières dans diverses pages, on a ou soin d'y remédier en faisant imprimer des carions pour ces pages fautives. Ceux qui collationneront ce volume sont advertis que ces cartons sont au nombre de six, savoir les signatures qui tiennent à la feuille Ppp, Il h h 3 et Sss 3 fout ensemble une feuille qui est à la place de l'îihh. Rrr et Rrr 3 en font une à la place de le Itrr. Les feuilles dont on a coupé les pages fautives, sav. Hhh, Hhh 2, Sss 2, Rrr 2 et Rrr 4 sont à leurs places dans les difierens cahiers." Nous lisons dans le même avertissement: * on travaille encore à la suit e et on se propose de donner de tems en tems quelques livres de l'Histoire pour faire voir combien l'impression en est avancée. Ces livres se donneront toujours sans les preuves, lesquelles ne s'imprimeront que lorsque l'Histoire sera achevée et cela pour pouvoir mieux les ajuster à l'ouvrage quand il sera divisé en volumes, ce qui ne pourra pas bien se faire avant la Cn."

• 11 était obligé de soumettre son ouvrage au jugement des Conseillers Députés. Voir cutr'autres leur Résolution du 16 Avril 1670: *is naer deliberatic goetgevonden ende gcrcsolvccrt by desen te versoecken ende committeercn den Ed. Ueer van Asperen ende de Heeren de Wit, Hooft ende Mr. Symon van Bcaumout, ommedcmoeytc te willcn nemen van de historié deser landen, itigestclt by den Heere Wicquefort, te lesen, résumerai, ende haer bedenckingen daerop nen Huer Ed. Mo. te rapj>ortceren, teu eynde in bet gcdaen versoeck van approbatic op de inuchouden van de voorsz. historié daerop soo-

Comme nous l'avons vu ci-dessus, on lui fournit tous les matériaux nécessaires. Selon MM. F. Johnson etBasnage, M. de Witt se donna aussi la peine d'examiner l'ouvrage à mesure qu'il s'avançait, et de le corriger '. Cette particularité suffirait à en justifier la publication; mais cette publication est encore importante sous plusieurs autres points de vue. M. de Wicquefort avait été témoin oculaire des événements qu'il raconte. Sa correspondance sur les affaires de l'État avec plusieurs personnes de qualité à l'étranger l'obligeait à aller au fond des secrets politiques. Son habileté incontestable, ses talents variés, et sa mémoire prodigieuse, sa connaissance du droit public si compliqué des Provinces-Unies, dont les premières pages de son ouvrage présentent des preuves irrécusables, nous garantissent qu'il a raconté bien l'histoire de son temps *.

danige reflectie te werden gemaeckt, als bevonden sal worden te behooren etc. Voir aussi la Résol. du 1 Dec. 1671.

1 Voir l'avertissement de Johnson et la préface des Annales des Provinces-Unies par M. Bas nage et le même Remarques sur V Histoire des Provinces-Unies de Wicquefort disposées selon les différents sujets auxquels se rapportent (T. VII de l'exemplaire de la Bibliothèque Royale pag. lxxxviii). — Les principaux ouvrages que M.deWicquefort semble avoir consultés, sont de vanAiteema Saecken tan Slaet en Oorlogh, Nederlantsche Vredehandelingh et Herstelde Leev.

* Basnage. Remarques disposées (pag. lxxxviii). #11 n'y a personne qui ait mieux connu le gouvernement intérieur de cette république que M. de Wicquefort; .... il démêle les différents intérêts des Provinces et des États Généraux et les motifs qu'on a eu de

faire des alliances avec les Princes voisins #11 remarque les puis-

sans efforts que l'État a fait pour se tirer des périls dont il était menacé ou déjà accablé. Il découvre les moiens que la République a employé pour maintenir sa liberté et la balance de l'Europe et les remèdes dont elle s'est servie pour pacifier certains troubles qui naissaient dans son sein entre les villes et les provinces. Ccst pourquoi cette histoire est importante et peut-être utile non seulement aux étrangers qui ne connaissent ni l'intérêt» ni le gouvernement de oct État, mais à ceux mêmes qui le gouvernent, parce qu'ils trouveront dans cette histoire uu grand nombre de choses dont la connaissance

M. Bas nage et plusieurs autres avec lui, condamnent surtout de Wicquefort à cause de la partialité qu'il a montrée au sujet du Prince Guillaume HE. Pouvait-on donc supposer que de Wicquefort fftt partisan du Prince d'Orange? N'était-il pas l'ami de M. de Witt, à qui il devait sa fortune? Et n'y aurait-il pas lieu de s'étonner s'il n'avait pas partagé ses idées politiques? Certes, il était partisan de de Witt de cœur et d'âme, et son style piquant, ses durs reproches, et son amour marqué pour le gouvernement anti-stadhoudérien nous frappent surtout lorsqu'il traite du nouvel ordre de choses, après que Guillaume III fut revêtu des dignités de son père, et des temps suivants jusqu'à la paix de Nymègue. Il est vrai que sa plume ne fut pas uniquement guidée par la vénération de la mémoire de son ami et protecteur et par sa prédilection pour le gouvernement anti-stadhoudérien. La haine et l'animosité contre les personnes qui l'avaient fait souffrir y occupent quelque place. L'on y retrouve souvent le style du pamphlétaire.

Nous nous permettons de observer ici que l'accusation de partialité n'est pas applicable à la première partie. Nous croyons pouvoir avancer, que M. de Wicquefort n'était pas trop partial dans son jugement sur Frédéric-Henri, sur Guillaume H, sur Amalia de Solms, ou aucun autre personnage principal de ces temps-là '. Nous avons

est nécessaire et desquelles on ne découvrirait la vérité qu'en feuilletant avec beaucoup de peine et de tems les Registres de l'État. L'auteur est d'autant plus exact que commençant son histoire à la paix de Munster et la finissant à celle de Nimègue, il a vécu dans les tems où les événements qu'il rapporte sont arrivés et il en a été en quelque manière témoiu oculaire."

f L'accusation de partialité portée par M. Bas nage est mal fondée. Il se plaint entr*autres de ce que M. de Wicquefort dit (à la page 90 de ce volume): «Le prince d'Orange soit qu'il voulust donner un advis désintéressé à ses maistres à la tin de ses jours, ou que sentant sa santé altérée et sa mémoire affaiblie, il ne pust souffrir que de son vivant les emplois passassent eu d'autres mains, son fils même lui dounant ombrage, pria .... etc." M. Bas nage lui- même ne nie pas la jalousie de

compare son jugement, par rapport à ces personnages, à celui des autres contemporains, qui nous est connu des Archives de la Maison d? Orange, 2« série, publiées par les soins de M. Groen van Prinsterer. Ces diverses opinions nous les avons notées au bas des pages, ou à la fin de ce volume dans les Additions et Corrections. Or, le résultat de nos investigations a été que M. deWicquefort a presque toujours bien jugé. Dans la première et principale partie de son histoire (Livre I — XVI) M. de Wicquefort tâche bien de faire ressortir le mérite de M. de Witt, dans sa manière d'envisager les événements, mais sa partialité n'a rien 4e blessant. Tout partisan de ce grand homme d'état aurait écrit de même.

Quant à la seconde partie, nous avouons que l'auteur s'est rendu coupable de partialité. C'est surtout dans

Frédéric- Heuri envers son fils, bien qu'il en adoucisse la cause. 'Sa jalousie contre son fils était l'effet de la faiblesse que causaient ses attaques de paralisie" pag. 6L. Il se plaint en outre que de Wicquefort accuse le Prince de préférer la continuation de la guerre à la paix de Munster (page 115 de ce volume). Voir notre annotation dans les Additions et Corrections à celte page. M. Bas nage avoue que le Prince était belliqueux. "Guillaume II ne pouvant vivre dans un repos insupportable aux âmes ambitieuses et qui tendait à l'anéantissement de sou autorité" etc. p. 189. Par rapport au récit que M. de Wicquefort fait de l'emprisonnement des six membres des États de Hollande et de l'entreprise contre Amsterdam il s'exprime aiûSi »il (M. de Wicquefort) ne dit pas beaucoup de bien de ce pnnee .... mais il faut retrancher quantité d'expressions dures et un détail trop odieux" {Remarques disposées p. en). Il faut comparer ce jugement avec ses propres paroles. » Malgré l'attachement que tous ta députés (des États-Généraux) avaient pour le Prince, l'étonneaicnt ne laissa pas d'être général» car on ne s'attendait pas que Pemprisounement de six députés et le siège d'Amsterdam dussent être le coinmenlaire des paroles vagues et générales dans lesquelles la Hésolution «lait couchée, tant il est nécessaire de borucr exactement le pouvoir de ceux qui peuvent en abuser et dangereux de leur confier sans en prévoir les suites." Ceci suffira pour prouver l'injustice des remarques de Basnage.

le livre XX et les suivants qu'il traite durement le nouvel ordre de choses. C'est là qu'il prend le style d*un pamphlétaire. Mais cette manière d'envisager l'histoire peut-elle nuire? Nous sommes habitués à une trop grande vénération pour Guillaume III, et il nous paraît injuste qu'on condamne son gouvernement. Avec l'élévation du Prince au Stadhoudérat, se releva le parti qui tâchait de donner aux affaires une tendance plus monarchique, et Guillaume EU, favorisé par les circonstances, exerçait un pouvoir beaucoup plus étendu que ses prédécesseurs. Loin de nous l'idée de voir dans ce Prince le despote qui foulait aux pieds les droits de la nation, ou bien de ne pas apprécier les talents militaires de celui qui sut résister à l'orgueil de Louis XIV, et maintenir par sa politique habile l'équilibre de l'Europe; mais d'après notre opinion il est toujours intéressant d'entendre parler un homme qui, ennemi de la politique de ces jours-là, appartenait au parti de l'opposition et nous donne une esquisse caractéristique de tous les hommes qui changèrent de parti avec l'avènement du Prince, et devenus courtisans et serviteurs fidèles de Guillaume HT, jouèrent un rôle important, et quoique ces portraits soient quelquefois exagérés, il est utile de les étudier. La vérité n'en ressortira que plus sûrement»

Le premier volume de Y Histoire des Province»' Unies par M. de Wicquefort traite des années 1648 jusqu'à 1650, c'est-à-dire depuis la paix de Munster jusqu'à la mort du Prince Guillaume II.

La paix de Munster mit fin à la lutte sanglante que les Provinces-Unies, assistées par la France, soutinrent pendant quatre-vingts années contre l'Espagne, et à la guerre civile, qui pendant trente ans divisa l'Allemagne catholique et l'Allemagne protestante. Cette paix glorieuse garantit aux Provinces-Unies leur intégrité et la liberté de conscience pour laquelle nos pères avaient sacrifié leurs biens, leur sang et leur vie. Un autre principe triompha encore à cette oc-

séquence logique des événements qui avait amené la dissolution de cette alliance, puisque la cause de la guerre n'existait plus ? La souveraineté des Pays-Bas était reconnue par l'Espagne et par toutes les autres puissances dont le» diplomates assistaient à ce Congrès, Le nouvel État allait être libre et indépendant et occuper un rang parmi les États de l'Europe. — La France avait-elle droit d'exiger que les États-Généraux continuassent la guerre, uniquement pour lui procurer l'occasion d'augmenter ses conquêtes dans les Pays- Bas Espagnols. La France se livrait alors à la même politique d'annexion qui de nos jours inquiète l'Europe entière, et c'est justement cette politique qui engageait les États- Généraux à pousser la conclusion d'une paix, sans laquelle ils n'auraient pas manqué d'être voisins d'une nation belliqueuse et avide de conquêtes. Les Pays-Bas méridionaux étaient destinés à servir de barrière entre la France et les Pays-Bas, et cette politique fut toujours la règle constante de conduite pour nos hommes d'état les plus éminents.

La conclusion de la paix de Munster fut presque immédiatement suivie par les dissensions entre le Prince Guillaume et les États de Hollande. L'Histoire de ces événements forme le contenu des deux derniers livres de ce volume; selon notre opinion M. de Wicquefort est fort modéré et impartial dans la manière dont il les envisage.

„ Distingué au sortir de l'enfance par sa bonne mine, par la dignité et l'élégance de sou maintien, par ses talents et son intelligence précoce, Guillaume H montrait déjà avec beaucoup de prudence, beaucoup d'énergie et de fermeté" ' .

1 Archiva de la Maison d'Orange t T. IV, introduction, p.xxix. En voici le portrait traoé par M. de Wicquefort pag. 329: * en effect c'est oit un prince, qui avoit fait connoistre en l'aage de vingt quatre ans, qu'il possedoit d'aussy grandes qualités que celle qui ont élevé les Princes ses prédécesseurs à une gloire et réputation immortelle .... 11 estoit jeune, infatigable, quoy qu'un j>eu use par les exercices continuels et trop violents, vaillant, entreprenant, civil et libéral mais avec excès jusques à en estre incommodé en ses affaires; qualités illustres etémi-

Ce portrait, tracé par la main habile de M. G ro en van Prinsterer, nous semble un peu flatte. Vaillant et d'un courage presque exemplaire, le Prince promettait d'égaler sou père et son oncle en talents militaires; avide de gloire, il cherchait l'occasion de se couvrir de lauriers, et souffrait de ce que la paix de Munster lui en ôtait les moyens '. Ambitieux du pouvoir, il haïssait le régime qui prévalait alors. Il avait l'esprit plus monarchique qu'il ne convenait à sa qualité de Stathouder; partisan de la France et dévoué à Mazarin qui flattait ses penchants, il se promettait de ce côté-là de grands secours tant pour lui-même que pour son beau-frère Charles II. L'alliance conclue avec la France lui semblait le moyen de vaincre la fermeté des Etats de Hollande, qui avaient obligé les autres provinces à ratifier la paix de Munster. Sa position vis-à-vis des Etats des différentes prorinces était d'une nature subalterne, tandis que le gouvernement en France était entièrement absolu. L'Angleterre lui offrait l'exemple d'un parlement qui avait fait périr son

nentes certes, mais qui lui est oient communs avec plusieurs grands personnages, qui les avoient employées à la ruine de la liberté de leur patrie, et qui estaient plus capables de le faire craindre que de le to aimer dans une Republique libre." Voir le jugement de M. Appelbom dans l'ouvrage de M. Vreede: *le Prince d'Orange P88^ pour poursuivre préférablemcnt ses délices et ses plaisirs, aimer plus d'une femme, mais pourtant être d'un bon naturel, généreux, sage et courtois. .. C'est un homme longanimus, indulgent et doux, le conformant aussi peu à peu aux humeurs des Hollandais.... Ses créatures et ses artisans le poussent plus loin, qu'il n'irait d'ailleurs en l'irritant spécialement contre ceux de Hollande." — Voir aussi Aitzema, 11 1 p. 553.

1 'Mais comme la paix le mettoit tout à fait hors de fonction de cei charges, aussy avoit-il employé tout ce qu'il avoit d'amis et de moyens, pour en empescher la conclusion" p. 117. — "Je voudrois P°uvoir rompre le col à tous les coquins qui ont fait la paix." Lettre du Priuce, du li Août 16*9. — (Archives de la Maison d'Orange T. IV p 3U>

roi sur l'échafaud. Il était naturel, qu'avec son caractère ardent et intrépide, il ne souffrît qu'impatiemment les liens qui le condamnaient à n'être que le premier serviteur des Etats, et qu'il cherchât avidement les moyens d'étendre les bornes de son autorité.

Les Etats de Hollande, que le Prince aurait voulu de gouverner selon son bon plaisir, comme il en agissait à l'égard des Etats-Généraux, comptaient parmi leurs membres plusieurs hommes d'état, rompus aux affaires, chez qui le souvenir des sacrifices que leur avait coûtés l'amour de la liberté était encore vivant, et qui étaient résolus à défendre l'indépendance de leur province contre tout oppresseur, fûtce le Prince d'Orange lui-même. Ce furent surtout des hommes comme de Witt et les frères Bicker, qui donnèrent à leurs collègues l'exemple d'une noble résistance. Jacques de Witt était bourgmestre de la ville de Dordrecht: magistrat intrépide, respecté, indépendant, il devait la popularité dont il jouissait, malgré l'austérité de ses mœurs, aux services que sa famille avait rendus autrefois à la cause de la liberté, cette popularité s'accrut encore lorsque plus tard il fut persécuté pour avoir osé résister au Prince.

Plus que d'autres, Corneille et André B i c k e r étaient en butte aux médisances et aux calomnies d'un parti, qui ne leur pardonnait pas de s'être opposé à ce que le Prince rompît de nouveau avee l'Espagne. On répandait le bruit, qu'ils avaient traité avec Cromwell à Finsu des Etats- Généraux et pour les rendre plus odieux au peuple on les accusait de s'être vendus à l'Espagne.

Corneille Bicker est le type d'un magistrat de ces temps: fier et hautain, il n'avait jamais courbé la tète avec bassesse pour plaire au Prince; défendant avec ardeur les privilèges de la ville où il exerçait la haute fonction de Bourguemestre, il aimait à défendre en même temps la souveraineté de sa province; considéré comme oracle dans les Etats de Hollande, on suivait volontiers ses avis; lui et

XLVU

son frère, hommes graves, incorruptibles, aimant la liberté, ne purent jamais être traîtres à leur patrie l.

Les Etats de Hollande s'empressèrent après la ratification de la paix de Munster de vouer tous leurs soins aux finances de leur province, qui se trouvaient dans un état déplorable. Les dépenses énormes, occasionnées par les campagnes du Prince Frédéric-Henri, avaient augmenté la dette publique *. La Hollande, étant la plus riche, des provinces, avait le plus contribué aux frais nécessités par la guerre, et les autres provinces lui devaient des sommes considérables, et comme il était à prévoir que la liquidation des dettes se ferait attendre encore bien longtemps, la Hollande proposa de réduire raroiée> et de la mettre sur le pied de paix, afin de rétablir par cette mesure les finances de l'Etat.

Le Prince supposa vivement à cette réduction* Il espérait d'abord, que l'état politique de l'Europe obligerait les Provinces-Unies à reprendre les armes. Toutes les autres puissances avaient leurs années sur pied de guerre, et la moindre étinoelle pouvait rallumer la guerre. La France et ne n'étaient pas disposées à mettre bas les armes, l'opinion du Prince, l'alliance aveo la France imposait aux Provinces-Unies l'obligation de ne pas abandonner cet état, que l'on avait déjà offensé par la paix de Munster. En outre, l'intérêt personnel de Guillaume II lui faisait dé-

1 Dans les dépêches de M. Servie», Corneille Bickcr est pint presque comme un sauvage, du moins comme un homme de ma* mères brusques, rudes, d'une humeur inflexible et bizarre. Voir Ar- «to* de la Maison iïOrange, T. IV p. 205 et 228.

1 '1*8 puissantes armées que Ton avoit esté obligé de mettre en campagne .... avoient tellement épuisé ses finances, qu'au commencement de l'année 1649, la Hollande seule devoit aux gens de guerre toi» millions, six cens soixante mille, cent seize livres dixhuit sols, »w ce qu'elle devoit à l'Admirauté et à la Compagnie des Indes Occidentales et sans les sommes immenses qu'elle devoit à des particuliers pw obligations ou constitutions dont elle payoit les interests et les rentes rachettables ou viagères", de Wicqucfort page 217.

siier une nouvelle rupture avec l'Espagne. Les traites conclus en 1634» et 1635 avec la France, faisaient mention d'un partage des Pays-Bas Espagnols. De plus, le Prince avait les yeux fixés sur le Marquisat d'Anvers. Peut-être l'espoir d'aider son beau-frère à reconquérir le trône de son père, entrait-il pour quelque chose dans les projets du Prince. Il lui importait donc que l'armée fût prête à entrer en campagne à la première occasion.

Peut-être le Prince avait-il d'autres motifs encore pour ne pas se destituer d'une armée qui, comptant dans ses rangs des régiments étrangers, pouvait lui être nécessaire en diverses occurrences. Le zèle avec lequel les Etats de Hollande continuaient d'exiger de licenciement de ces troupes étrangères, nous fait soupçonner qu'ils n'étaient pas entièrement sans défiance à l'égard des intentions du Prince. N'est-il pas possible que le Prince, flatté par des courtisans serviles et excité par le premier ministre de France à se rendre plus indépendant des Etats, se soit préparé à toutes les éventualités, ait refusé surtout de licencier ces régiments qui indifférents à la liberté plus ou moins grande des habitants des Provinces-Unies, auraient consenti à lui obéir en toute circonstance.

On a quelquefois accusé les Etats de Hollande d'avoir eu l'intention de se détacher de l'union pour former un état séparé. Mais cette accusation est peu raisonnable. Où se seraient-ils procuré des moyens de maintenir leur indépendance? Et cette petite république, quoique la plus riche et la plus florissante de toutes, ne serait-elle pas bien vite devenue la proie, soit des autres provinces, soit d'une puissance étraugère '. — Cepen-

< »Soo willen wy nict twyffelen, dat onse sincère iutentie by U Ed. Mo. ons sal guarandeeren van aile sinistré impression, vaa dat wy niet genegen souden zyn onverbrcekelyk te verblyven by de Unie, die wy heiliglijk protest ecren met lyf en goct ecuwiglyk te willen en sullen vasthouden en mainteneeren op het scrieuste, om de liefde tôt ons lief

naire, comprenaient que le motif de la guerre n'existait plus, depuis que l'Espagne avait reconnu la souveraineté des Provinces-Unies, et qu'il n'y avait aucune raison de reprendre les armes, uniquement pour plaire au Prince. Il n'entrait pas dans les vues des Etats d'agrandir le territoire de la Néerlande; l'annexion d'Anvers menaçait de détruire le commerce d'Amsterdam, et les intérêts commerciaux en général conseillaient en outre d'éviter une rupture avec le Parlement Anglais.

„Mais les esprits estoient trop ulcérés et une certaine fatalité les entraisnoit insensiblement à des extrémités inévitables." ».

Il est à regretter que dans cette affaire les passions vinrent comme d'ordinaire embrouiller la question, qui au fond n'était pas d'une si grande importance *, car le différend ne portait que sur une petite partie de l'armée. Mais ni le Prince ni les États de Hollande ne voulurent céder. La crise augmentait de jour en jour 8, une réconciliation semblait impossible, lorsque les Etats Généraux résolurent dans leur séance du 5 Juin un vidcant Confies ne qnid detrimenii copiât respMiea.

Cette résolution détermina le Prince à se mettre à la tête d'une députation qui se rendit en plusieurs villes de la Hollande.

Une pareille députation ne s'accordait pas avec le droit public usité des Provinces-Unies. Les Etats Généraux n'exerçaient aucune juridiction dans les affaires domestiqnes

1 De Wicqucfort, pag. 241.

1 'La vérité est que tout le différent entre les Estats de Hollande d'un costé et le Prince avec le Conseil d'Estat et les députés des six provinces de l'autre n'estoit pas de si grande importance qu'on ne l'eust pu ajuster sans peine, si la contestation inopiniastrée de part et d'autre n'eust rendu les esprits presque irréconciliables", d e W i c q u e f o r t, p. 248.

* #De hevigheyt ende verbitteringhe wierdt van dage tôt daghe grooter, soo dat men wel sach datter extremiteytcu voorhanden waeren." Aitzema, III p. 428.

LU

illégale ; car une mesure semblable ue pouvait avoir lieu que par ordre des États de Hollande.

Ce n'était pas uniquement la fougue de la jeunesse qui faisait agir le Prince. La cause de sa conduite était plus profonde; c'était le désir secret de s'emparer de la souveraineté f.

Le Prince se défendit en alléguant les circonstances exceptionnelles qui exigeaient des expédients exceptionnels 9. Comme si les circonstances exceptionnelles ne sont pas ordinairement créées par celui qui désire en tirer parti.

Comme nous avons vu, les rapports entre la France et l'Espagne étaient si mauvais, qu'une guerre entre ces deux puissances semblait inévitable. L'occasion était trop belle pour ne pas en profiter. L'emprisonnement des six membres causa une profonde sensation. L'opposition était vaincue et

1 *De booggemelte Staten van Hollandt, als ook andere provincien voeren in hun wapen een souveraine kroon, tôt bewys van elckx souverain vermogen .... Heeft men onlangs Holland dese kroon van 't hooft zoecken te stooten, het is een teken van geweld en niet van recht." Het tuwede deel van 't Holiandts praatje.

1 ' Want gelycker wijs als men een periculeusen brandt siende opgaen ailes aenwent om denselven te slissen, daer aen men audershits niet en soude willendcncken, als daer issomwijlen de ruijne endespoedige demolitie van eenige huysen, om een gansche straet, ende daer door een gansche stadt te salveeren, dat wij .... ziende onder de Provincien een vlamme opgaen, die by voortganck ende continuatie aile deselve gesacmentlijck in koolen en assche soude bebben gelcyt, ende in de handt hebbende de middelen om daertegens te versien verstaen soude moeten worden dat wy onse commissie, cere, cedt ende conscientie niet gequeten .... souden hebben, ten waerc wy met allen spoet ende y ver tegens dat rijsende vuyr waere ingeloopen, ende het selve betracht badden te weder houden ende te dempeu in voegen als in desen is geschiet." Motifs pour l'arrestation des députés des États de Hollande etc. Voir pièce justifîcat. N. xxix. #„.. zyn eyudelyck genootsaeckt gheworden op ongehoorde tocvallen in dese regieriugho te gebruyeken extraordinaris remedien." Het recht der Soucerainiieyt van llollant ende daerteghens de tcclijhe/undecrdc redenen by .... S, Hoocheyl bygcbracfil.

uv

Il nous a paru indispensable en publiant l'œuvre de M. de Wicquefort de commencer par la partie imprimée. Bien que nous eussions autrefois l'idée de ne pas faire imprimer cette partie, et de nous borner au MS., en commençant par le cinquième livre, nous avons de concert avec la Direction de la Société d'Histoire à Utrecht trouvé plus convenable de publier de nouveau les quatre premiers livres. Sans ces livres l'ouvrage ne serait pas complet. Ce volume est le moins intéressant, nous l'avouons volontiers, parce que les quatre livres qu'il renferme sont assez connus, mais il nous a paru injuste de ne pas suivre dès le commencement l'auteur de Y Histoire des Provinces- Unie*.

Comme nous avons déjà remarqué plus haut, M. de Wicquefort ajoute à ses cinq premiers livres une foule de pièces justificatives *. Nous avons cru pouvoir nous permettre de n'eu choisir que les principales, et de ne faire mention des autres que par des extraits dans les notes. Nous avons ajouté ça et là aux pièces justificatives d'autres documents qui nous ont semblé assez intéressants.

A l'exemple de plusieurs autres auteurs, nous avons conservé textuellement les citations des Résolutions des Etats- Généraux, de ceux de Hollande et celles des autres écrivains Néerlandais, puisqu'une traduction de ces passages diminuerait l'originalité des expressions souvent caractéristiques, tant des Etats, que de van Aitzema, van der Capcllen

• II n'y a pas moins de quarante trois preuves ou pièces justificatives du premier livre; le second en a cent- trente-six; le troisième livre centtrente-cinq ; le quatrième quatre-vingt-dix-huit et le cinquième cent-vingt. Nous avons marque d'une lettre (a, 6, c, etc.) les notes que nous avons empruntées aux preuves, tandis que les nôtres sont marquées d'un chiffre. Lorsque nous avons ajouté quelque chose aux notes de M. de Wicquefort, nous l'avons placé en parenthèse ([]). Nous en avons agi de même par rapport aux pièces justificatives; celles que nous y avons jointes sont marquées d'un L. Nous avons corrigé les fautes désignées dans l'exemplaire imprimé et celles qui sont visiblement des fautes d'impression.

2 Le dessein de F Auteur.

tion est de parler de ce qui s'est passé dans les Provinces Unies» et dans leur voisinage, depuis la paix de Munster, jusques au traitté de Breda, qui vient de mettre fin à la guerre de cet Estât avec l'Angleterre, presque au mesme temps que je commence à escrire; ou bien, si Dieu me le permet, jusques à la paix d'Aix la Chapelle, où je pourray m'arrester comme au plus illustre période d'un ouvrage de cette nature.

Je sçay bien que mon entreprise n'est pas petite, et je connois assez, que l'exécution en sera très-difficile, parce que c'est une chose tres-delicate que d'escrire les affaires du vivant de ceux qui les ont maniées, et de suivre la conduite de la justice et de la vérité, à travers de tant d'interests différents, et de tant de passions si directement opposées, sans que quelqu'un ne s'en tienne offensé, et ne s'imagine, que j'ay eu tout autre dessein que celuy de satisfaire à mon devoir. Je tascheray neantmoins de conduire ma plume si régulièrement, que ceux, qui liront mon livre avec le mesme esprit que j'y ay travaillé, reconnoistront, que je ne dis rien, que ce que je ne puis pas taire, sans manquer à la fidélité, que doit au public et à la postérité celuy qui se mcsle d'escrire l'histoire.

En effect, je n'avance rien, que je ne puisse vérifier par des preuves tirées des archives, des registres et des mémoires, dont l'autorité ne peut pas estre révoquée en doute, et j'escris dans un temps, où ceux, qui peuvent avoir esté témoins des actions dont je parle, seront aussy juges des vérités que j'escris. Je ne croy pas devoir porter mon jugement sur les choses: j'en feray le récit aussy simple que sincère, et sans louer ny blasmer les personnes, je me contenteray de parler des actions, qui condamneront ou couronneront la mémoire de ceux qui les ont faites.

Il est vray, que si l'on considère le petit nombre d'années que j'ay à traitter, l'on trouvera, que mon travail a peu d'cstendiïe, aussy bien que le Pais, qui en fournit la matière; mais si l'on considère, de l'autre costé, l'importance des mouvements qui y sont arrivés, la grandeur des affaires, que les Provinces Unies ont eu à\ démcsler avec lcuvs voisins, et les merveilleux événements, qui s'en sont ensuivis, je m'asseure, qu'il n'y aura personne, qui n'advoûc, que cette histoire pourra estre mise en paralellc avec les plus belles histoires des siècles passés.

Devant que d'entrer en matière, il sera nécessaire de donner quelque connoissaucc de cet Estât; tant parce que tous les estrangers, et j'ose dire, la plu spart de ses habitants, se le représentent

Philippe», Duc de Bourgogne. — Philippe» le Bon. 3

tout antre qu'il n'est en efFect, que parce que, sans cela, la connoissance, que je pretens donner de ses affaires, seroit confuse et imparfaite.

Philippes, surnommé le Hardy, Duc de Bourgogne, fils de Jean, Boy de France, épousa Marguerite, fille unique de Louis le Maie, Comte de Flandre et d'Artois, et succéda en ces deux Comtés après la mort de Louis, qui deceda en l'an 1383. Antoine de Bourgogne, second fils de Philippes, succéda en 1406 aux Duchés de Brabant et de Limbourg, et au Marquisat du St. Empire, à Jeanne, sa grand'tanta paternelle, fille de Jean III, Duc de Brabant, et soeur de Marguerite, qui estoit femme de Louis le Maie. Il laissa deux fils, Jean IV, qui mourut le 17 Avril 1426, et Philippes, qui deceda le 4 Àoust 1430; l'un et l'autre sans enfants. Apres le decés du dernier, Philippes le Bon, Duc de Bourgogne, leur Cousin germain, se mit en possession des Duchés, comme il avoit fait en l'an 1429 de la Comté de Namur, qu'il avoit achettée de Thierry, dernier Comte de Namur, en luy laissant le tiltre et l'usufruit de la Comté jusques à la mort. Jean, père de Philippes le Bon, avoitepousé Marguerite, fille d'Albert de Bavière, Comte d'Hollande, et soeur de Guillaume, qui estoit père de Jacobe ouJaqueline de Bavière, Comtesse de Hainault, d'Hollande et de Zeelande, et Dame de Frise, laquelle n'ayant point d'enfants des quatre maris, qu'elle avoit épousés, Philippes le Bon, son Cousin, luy succéda en l'an 1436 en tous ses Estats, dont elle aroit esté obligée de luy céder l'administration et le gouvernement quelques années auparavant. Le incsmc Philippes se saisit, en l'an 1443, de la Duché de Luxembourg, après en avoir chassé Guillaume, Duc de Brunsiiic, qui l'avoit usurpée sur Elisabeth, veufve d'Anthoine, Duc de Brabant, fille de Jean de Luxembourg, Duc de Gorlitz, qui estoit frère de Wcnceslas et de Sigismond, Empereurs. Charles, fils de Philippes le Bon, achetta en l'an 1472 la Duché de Gueldre et la Comté de Zutphen d'Arnoul d'Egmont, père d'Adolfc, qui estoit prisonnier à Courtray; mais Charles ayant esté tué au siège de Nancy le 6 Janvier 1477, Catherine, soeur d'Adolfc, reprit la Gueldre pour Charles d'Egmont, son neveu. Marie, fille unique et héritière de Charles, en épousant Maximilian d'A us triche, fils de Frideric III, Empereur, luy apporta en dot les Duchés de Brabant, de Limbourg et de Luxembourg (Louis XI, Roy de France ayant rcùny la Duché de Bourgogne

4 Philippe* d'Autriche. — Charles F.

à la Couronne), les Comtés de Flandre, de Bourgogne, Hainault, Hollande, Zeelande, Artois et Namur, et la Seigneurie de Frise. Philippes d'Austrichc, fils de Maxirailian et de Marie, épousa Jeanne, fille de Ferdinand, Roy d'Aragon, et d'Isabelle, Reine de Castille, et par ce moyen il laissa Charles, son fils, héritier, non seulement de presque toute l'Espagne, et de cette vaste estendûe de pais, que Ton avoit découvert dans les Indes Occidentales/ mais aussy de ces belles Provinces des Païsbas, en considération desquelles il fut éleu Empereur, et préféré^ en l'aage de dixncuf ans, à François, Roy de France. Charles y joignit, vers la fin de Tannée 1527, le Temporel de l'Evesché d'Utrecht, tant deçà que delà l'Yssel, dont Henry de Bavière, fils de Philippes, Electeur Palatin, ennuyé des rebellions continuelles des habitants, traitta avec l'Empereur. En 1536 il acquit de Charles d'Egmont l'espéra nco de la succession de la Duché de Gucldre et de la Comté de Zutphen, en cas que Charles viust à décéder sans enfants. En la même année la ville de Groningue luy fit le serment de fidélité, et en Pan 1543 il mit garnison dans la ville de Cambray, et y fit bastir une cittadellc, achevant, par ce moyen, de former le Corps des dixsept Provinces des Païs-bas. Charles, ayant uny toutes ces belles Provinces comme en un corps, voulut qu'à l'avenir elles demeurassent dans une mesme masse, sous un seul Prince, et qu'elles no fussent point démembrées ny séparées, pour quelque cause que ce fust. Pour cet effect il ordonna, par sa Pragmatique du mois de Novembre 1549, comme par une loy perpétuelle et irrévocable, tant en qualité d'Empereur, que comme Prince Souverain de ces Pais, du consentement et à la réquisition des Estats de toutes les Provinces, qu'à l'avenir la représentation y auroit lieu, à l'égard de la succession du Prince, ou de la Princesse de ces Pais, tant en ligne directe que collatérale, jusques à l'infini; nonobstant toutes les coustumes locales à ce contraires (1). Et c'est ce qui

(1) Mr.de Wicqucf or t nous donne dans les pièces justificatives l'acte entier de la sanction pragmatique de l'Empereur Charles V. Comme il nous semble assez généralement connu, nous avons pris la liberté de le supprimer dans notre édition. Nous en citons seulement la partie suivante, qui nous parait assez intéressante: *Nous avons considéré qu'il importoit grandement à nosdits Pays, pour l'entière seureté et establissement d'iceux, que pour l'advenir ils demeurassent tousjours sous un mesme Prince, pour les tenir en une masse ; bien connoissant que venans à tomber en diverses mains, par droit de succession héréditaire, ce seroit

Philippe* II, fils de Charles. 5

y a esté inviolablement observé, jusques aux révolutions, dont il sera parlé à la fin de la deuxième partie de cette histoire.

Philippes et Charles, qui estoient nés, et qui avoient esté âerès dans le pais, avoient eu pour ces Provinces la tendresse, que les hommes ont naturellement pour le lieu de leur naissance, et jugeant de l'humeur et des inclinations des habitants par la leur, ils avoient eu grand soin de leur conserver les privilèges et les libertés, que les Princes, leurs prédécesseurs, leur avoient octroyés, et souffroient sans répugnance, que les Estats du Pais, qui en estoient les conservateurs, partageassent par ce moyen, en quelque façon, la Souveraineté avec eux. Philippes II, fils de Charles, qui estoit né en Espagne, et d'une mère Portugaise, n'ayoit pas la mesme inclination, ny aussy les sentiments, que le père avoit tasché de luy inspirer pour ces peuples. Au contraire il ne consideroit que l'Espagne, et il negligeoit tellement les Provinces des Païs-bas, qu'en se retirant d'icy, il les abandonna à la foiblesse du gouvernement d'une femme, à la conduite de l'esprit orgueilleux et insupportable du Cardinal de Granvelle, et à l'ambition déréglée de quelques Seigneurs du Païs, qui faisant leur profit des imprudences continuelles du Conseil d'Espagne, trouaient leur interest particulier dans le desordre, qu'elles dévoient

^évidente éversion et ruine d'iceux, dautant qu'ils se trouveroient démembrez et séparez les uns des autres, et par conséquent leurs forces affoiblies et diminuées, dont leurs voisins pourroient estre tant plus animez de les molester. A quoy seroit obvie, moyennant que nosdits Pays fussent tousjours possédez par un seul Prince, et tenus en une masse. Ce que pour les respects susdits, et plusieurs autres, avons trouvé grandement convenir au bien de tous nosdits Pays. L'ayant ainsy fait proposer aux Estats d'iceux, et jointement leur déclarer, que pour introduire ce que dessus, il seroit requis de rendre uniformes les coustumes parlans et disposans diversement du droit de représentation: Laquelle comme entendons n'auroit lieu en aucuns de nosdits Pays, si comme Flandres, Artois, Haynau, et aucuns autres, et statuer pour loy et décret irrévocable, que d'oresenavant représentation auroit lieu en tous nosdits Pays, en ce que attouche la succession du Prince. Requérant auxdits Estats de le vouloir consentir; à quoy iceux Estats, après plusieurs assemblées et communications sur ce tenues, chacun en son endroit, se sont unanimement et volontairement condescendus, mesmes ont fait instance devers nous, que voulussions introduire ladite Loy et Pragmatique, sans par ce attoucher à ce que concerne la succession des particuliers sujets de pardeça, et demeurans quand à iccux les coustumes des Pays chacun en droit soy en leur entier."

6 La PaHfieatom de Garni. — L'Umom fUrteèt.

nécessairement produire. Philippes, au lieu des lenitifs, dont ses prédécesseurs s'estoient si utilement servis, comme plus propres aux humeurs de ces peuples, y voulut appliquer des caustiques, qui, bien loin de guérir le mal, l'aigrirent si fort, qu'il en devint incurable. Les Espagnols, qu'il y envoyoit, nourris et élevés dans une monarchie despotique, jaloux de la liberté, et envieux des richesses de ces peuples, violoient leurs privilèges, et les traittant presque de la mesme façon, qu'ils avoient traitté les habitants de leurs nouvelles et injustes conquestes dans les Indes, ils jctterent les peuples dans le desespoir, et les Estats du Pais dans une nécessité indispensable d'une juste et légitime défense.

Les Provinces d'Hollande et de Zeelande, qui depuis plusiers siècles ne reconnoissoient qu'un mesme Prince, et qui avoient joûy sous luy d'une plus grande liberté que la pluspart des autres, furent les premières à s'unir contre ces violences, par une alliance particulière qu'ils firent en l'an 1576 (l). Leur exemple obligea plusieurs autres Provinces voisines à s'unir entr "elles, et en suitte avec ces deux Provinces, par un traitté, qui fut conclu au mois de Novembre de la mesme année, et nommé, du lieu ou il fut signé, la Pacification de Gand. Toutefois ce traitté n'ayant pas produit l'effet que l'on s'en estoit promis, parce que quelques uns des alliés rentrèrent dans les interests d'Espagne; les uns y estant forcés par les armes, et les autres ayant esté débauchés par l'entremise de certaine sorte de gens, dont la race n'est pas encore esteinte, qui sacrifioient la liberté du Paîs aux désirs du Prince, pour leur interest particulier, les Estats d'Hollande et de Zeelande, avec ceux de Gueldre, d'Utrecht et de Frise, et du Pais qui est entre les rivières d'Ems et de Lauwcr, firent le 23 Janvier 1579, une plus estroitte Alliance et Union entr'eux dans la ville d'Utrecht, et jetterent par ce traitté, les premiers fondements de la grandeur, à laquelle on voit l'Estat des Provinces Unies élevés présentement.

Les armes des Allies ne furent employées d'abord que contre les instruments de la tirannic et ils eurent de la peine à se résoudre à perdre le respect, et à manquer à la soumission, qu'ils avoient jusqu'alors rendue au Prince ; mais considérant enfin, que

(1) Signée a Delft le 25 Avril 1570. Le texte de cette Union se trouvait dans les preuves de Mr. de Wicquefort, ainsi que celui de l'Union d'Utrecht dont il est question un peu plus loin. Nous les avons supprimés.

V Union fUtrecht. 7

pour guérir le mal il estoit nécessaire de porter la main jusques à la racine, pour l'arracher, et ne pouvant plus espérer de soulagement de celuy, qui estoit la véritable cause de leur perte, ils résolurent de secouer le joug d'une domination insupportable, et déclarèrent solennellement en Tan 1581, que Phi lippe s, second de ce nom, Boy d'Espagne, s'estoit rendu indigne et incapable de gouYerner des peuples libres, et qu'en violant les privilèges qu'il avoit juré de leur conserver, il estoit décheu de la propriété de ces Provinces, aussy bien que de la Souveraineté, et de tous les autres droits qu'il y avoit(l). L'on peut dire, que c'est par cette

(1) L'édit par lequel les Etats Généraux ont déclaré le Roi d'Espagne déchu de la Souveraineté des Pays-Bas, est assez connu. Il nous parait superflu de Pinserrer dans les pièces justificatives, comme a fait Mr. de Wicquefort. Nous nous permettons cependant d'en citer les passages suivants, dans notre langue maternelle, puisque morne la traduction de Mr. de Wicquefort nous parait ne pas les reproduire dans toute leur

» Alsoo een yegelijck kennelijck is, dat een Prince van de lande, van Gode gestelt, is hooft over sijne ondersaten, om de sclve te bewaren ende beschermen van aile ongelijck, overlast endc gewelt, gelijck een berder tôt bewarenissc van sijn schapen : ende dat d'ondersaten niet en fijn van Gode geschapen tôt behoef van den Prince, om hem in ailes ▼at hij beveelt, weder het goddelijck oft ongoddelijck, recht ofte onrecot is, onderdanigh te wesen, ende als slaven te dienen: maer den Prince om d'ondersaten wille, sonder dewelcke hij geen Prince en is, om de selve met recht ende redene te regeren, voor te staan ende lief te hebben als een vader sijne kinderen en een herder sijne schapen, ait sijn lijf ende leven set om de selve te bewaren: endc soo wanneer hij sulex nict en doet, maer in stede van sijne ondersaten te beschermen, de selve soeckt te verdrucken, t'overlasten, heure oude vrijheydt, privilegien, ende oude herkomeu te benemen, endc heur te gebieden ende gebruyeken als slaven, moet gehouden worden niet als Prince, maer als een tyran, ende voor sulex nae recht ende redene magli ten minste van sijne ondersaten, besondere bij deliberatie van de Staten van de Lande, voor geen Prince meer bckent, maer vcrlatcn, ende een ander in syn stede, tôt beschermenisse van hcn-licdcn, voor overhooft, sonder misbruyeken, gekosen werden: te meer, soo wanneer d'ondersaten, met ootmoedighe verthooninge, niet en hebben heur en voorsz. Prince konnen vermorwen, noch van sijn tyrannigh opset gekeeren: Endc alsoo egeen anJcr middel en hebben om heure eygenc, heurer huys-vrouwcn, kinderen endc nakomelingen aengeboren vrijheyt (daer sij nac de wet der nature, goet ende bloet schuldigh zijn voor op te setten) te bewaren ende beschermen ; gelijck tôt diversche reysen, uy t gelijckc oorsaecken, in diversche landen, ende tôt diversche tijden geschiet, ende d'exempelen genogh bekent zijn, 't welck principalijck in dese voorsz. landen

S Les sept Province* Urnes.

action, que ces Provinces se sont acquis la pretieuse liberté dont elles jouissent encore; mais il y faut èjouster, qu'il seroit bien difficile de juger, si elles en sont plus obligées à leur courage et à leur conduite, ou bien à leur bonne fortune. Il est certain, qu'elles connoissoient si peu le prix inestimable de ce trésor, qu'elles venoient d'acquérir, et d'ailleurs l'Estat de leurs affaires estoit si déplorable, que quelques unes des Provinces renoncèrent volontairement à leur liberté, en faveur d'un Prince estranger, et les autres la prostituèrent au premier venu; de sorte que Ton est obligé d'âvoûer, que c'est par la seule providence de Dieu, et comme par miracle, qu'elles se la sont conservée entière jusques icy.

Les Provinces, qui ont esté assez heureuses, pour en considérer et estimer le prix, après la retraitte et la mort de ceux, entre les bras desquels elles s'estoient desja jettées, ou estoient sur le point de se jetter, sont, la Gueldre avec la Comté de Zutphcn, la Hollande et Wcst-Frise, Ze clan de, Utrecht, Frise, 0 veryssel et Groninguc avec le Païs Circonvoisin, que nous appellerons, du nom ordinaire, Ommelandes. Ce sont elles qui forment aujourdhuy ce que l'on appelle l'Estat des Provinces Unies des Païsbas. Non comme la Picardie, la Champagne, la Bourgogne, la Normandie et les autres provinces de France, tant deçà que delà la Loire, composent le corps du Eoiaume de France; ou comme la Castille, F Aragon, la Catalogne etc. font la Monarchie d'Espagne; mais en la mesme manière que les treize Cantons et les Ligues Grises font la Eepubliquc des Suisses, et en quelque façon comme les Princes et villes libres d'Allemagne forment le corps de l'Empire. Je dis, en quelque façon; parce que ces Princes et villes sont aucunement obligés, par des devoirs de vassallage, à l'Empire et à l'Empereur, qui représente le Souverain en plusieurs rencontres. Ce qu'il faut nécessairement remarquer: parce que toutes ces Provinces, bien que tres-estroitement alliées et unies en tr 'elles, sont indépendantes, absolues et Souveraines, les Estats de chaque Province ne reconnoissant point de supérieur, non pas mesmes le

behoort plactsc te hebben, ende stede te grijpen, die van aile tijdcn zijn geregeert gewerst, en hebben ooek moeten geregeert worden, naevolgende den Eedt bij heure Prinoen t'heuren acnkomen gcdaen, nac uytwijsen heurer privilcgien, coustuymen ende oude herkomen: hebben ooek meest aile de voorsz. landen harre Princen ontfangeu op conditien, contracten ende aeeorden; de wclkc brekende, ooek nacr recht den Prince vande hcerscliappijc vande landen is vervallen."

Les sept Provinces Unies. 9

corps de toutes les Provinces Unies ensemble (a). Ou, pour parler plus clairement, Ton peut dire, qu'en cet Estât il n'y a point de Souveraineté abstraite, qui réside ailleurs, hors des mesmes Provinces: tant s'en faut que l'on puisse reconnoistre pour Souveraine l'assemblée de ceux que l'on appelle communément les Estais Généraux ; veu qu'ils ne sont en effect que des Députés des Estats de toutes les Provinces Unies, et que ceux qui la composent ne prennent point d'autre qualité. Il n'y a personne, qui ait tant soit peu de connoissance de la constitution de cet Estât, qui ne sçache cette vérité très -constante, que de ces sept Provinces Unies il n'y en a pas une, qui ne possède de la Souveraineté, avec toutes ses dépendances, au mes me, sinon en un plus haut degré, que les puissants Monarques de l'Europe la possèdent. Car il n'y a point de Boy Chrestien, quelque absolu qu'il soit, qui a son advenement à la Couronne, ne soit tenu de jurer, qu'il régnera selon les loix, et selon les maximes fondamentales du Eoiaume, et qui ne partage son autorité et sa puissance avec ses Estats; au heu que les Estats des Provinces ne font serment à personne, parce qu'ils sont en effect les Souverains et la Souveraineté mesme. C'est dont toutes les Provinces sont d'accord, et c'est ce que pas on de leurs habitants ne peut révoquer en doute, à moins de se rendre coulpable du crime de lèse Majesté au premier chef. Sur ce supposé, comme sur une chose constante et indubitable, nous dirons, qu'il est certain, qu'il n'y a point d'autre Souveraineté en cet Estât que celle qui réside dans les Provinces, dont il est composé, parce que s'il y avoit encore un autre Souverain dans TEstat, avec, ou au dessus des Estats des Provinces, il s'en ensuivroit nécessairement, ou que ceuxey ne scroient pas Souverains, ou qu'il y auroit deux Souverains dans un mesme Estât: 06 qui formeroit un monstre en la politique aussy bien qu'en la nature, qui dans l'ordre ordinaire de son économie ne souffre pas qu'un corps ait deux testes. Il est constant aussy, que si les Estats Généraux estoient Souverains, ce seroient proprement les Es-

fa) H u g. Grotii Apoleget. C. 1. * Summum imperium non pênes "tos esse lefjatos nationum, qui Foederati procercs dicuntur, sed pênes eum«jqUe nationis primores, quae quidera nationcs ad opem mutuo focdere connectuntur, ita ut in foederatorum proccrum potestate ea sint omnia, quac ad eommunem defensionem pertinent, aut quae nominatiin ex foederis formula aut consensu peculiari ad eum cornent um deferentttf: manentibus rébus caeteris pencs singularum nation um primores," etc.

10 Les Estais Généraux.

tats de toutes les Provinces Unies, en cas qu'on les assemblast tous en corps, ce qui est moralement impossible, et non leurs Députés, dont le pouvoir est précaire, puis que leur commission peut-estre révoquée. Mais je dis de plus, que quand mesmes Ton pourroit convoquer les Estats de toutes les Provinces en un mesme lieu, ils ne seroient pas pour cela tous ensemble Souverains de l'Estat de toutes les Provinces conjointement-. Car comme les Bois de France, d'Espagne et d'Angleterre, s'ils estoient assembles dans une des villes des trois Boiaumes, ou bien dans un lieu qui leur appartinst à tous en commun, hors de l'estendùc de leurs Estats, ne seroient -pas Bois et Souverains de tous les trois Boiaumes indistinctement; estant très-certain, que le Boy de France ne seroit pas pour cela Souverain d'Espagne; non plus que le Boy d'Espagne Souverain de France et d'Angleterre, ny aussy le Boy d'Angleterre Souverain de France et d'Espagne, posé que ces trois Bois fussent aussy estroitement alliés entr'eux, que ces Provinces le sont entr'elles : ainsy les Estats de Gueldre, non plus que ceux de Hollande, Zeelande etc. ne peuvent pas estendre leur Souveraineté sur les autres Provinces. Cela ne peut pas estre contesté. De sorte que sur cette position l'on peut conclurre infalliblement, que puis que ces trois Bois, ainsy unis et alliés ne seroient pas Souverains de tous les trois Boiaumes indistinctement, leurs Ambassadeurs, qui seroient assemblés en quelque endroit de ces trois Boiaumes, pour les affaires communes de leur maistres, ou pour l'intcrest de l'Alliance, pourroient bien moins prétendre la Souveraineté, ou y exercer territoire ny jurisdiction, puis qu'ils n'en ont point mesme dans les Estats de celuy des Bois qu'ils représentent. C'est une très auguste Assemblée que celle des Estats Généraux, estant composée d'Ambassadeurs Plénipotentiaires d'autant de Souverains qu'il y a de Provinces Unies, et d'un grand nombre de personnages graves, qui sçavent, qu'ils sont députés avec plein pouvoir, limité pourtant par cette instruction, expresse ou tacite, de ne point souffrir, que l'on donne la moindre atteinte à la Souveraineté de la Province, qui les a députés ; ce qui estant tresjuste, et tresconforme à l'intention de ceux qui les ont députés, ils ne peuvent, et ne voudroient pas mesmes, entreprendre sur la Souveraineté des autres. Ce n'est pas que l'assemblée des Estats Généraux n'ait une grande autorité en l'exécution de l'alliance perpétuelle et indissoluble, qui unit les Provinces, et qu'à l'égard des estrangers elle ne représente, en quelque façon, la Souveraineté de l'Estat. H faut avouer aussy, que les estrangers, qui n'en regar-

12 Estât particulier des Provîntes. — De la Gueldre.

de déclarer la guerre et de faire la paix, de faire les Magistrats, de créer des offices et d'en disposer. Ce sont eux qui font juger en dernier ressort toutes les causes, civiles et criminelles, en leur nom, qui donnent les grâces, les remissions et abolitions, qui imposent et lèvent des droits et des contributions, qui battent monnoye, qui règlent la discipline ecclésiastique, qui fondent du canon, qui font faire des fortifications, et en un mot qui agissent avec un pouvoir souverain et absolu en toutes les choses, aussy bien que les plus grands Bois de la terre. J'ose dire mesme, que les Estats des Provinces Unies ont quelque chose de plus absolu que les Rois; parce que c'est en eux que réside proprement, naturellement et au dernier degré, la Souveraineté, et ce à l'exclusion de tous les autres, sans qu'ils en puissent estre empesché* ny contrôlas, ny par les autres Provinces, ny par les Estats Généraux, au lieu que les Bois et Princes ne possèdent les droits de Souveraineté absolue, que parce qu'ils les ont usurpés par force, ou bien parce que le peuple les leur a cédés, à de certaines conditions, qui servent de bride à leur pouvoir, et de loy fondamentale à leurs Estats et à leurs Boiaumes. Il est vray que ces Provinces ont bien voulu s'imposer la nécessité de demeurer dans les termes de l'alliance, qu'elles ont avec leurs voisins, mais c'est ce qu'elles ont aussy de commun avec tous les autres Souverains du monde.

J'ai dit, que ce sont les Nobles et les Magistrats des villes, qui font la Souveraineté des Provinces, et je n'ay nommé que ces deux membres, parce qu'à la reserve de quelque petite différence, qui se trouve en quelques unes, ainsy que je remarqueray bien-tost, presque toutes les Provinces sont gouvernées d'une mesme façon.

(c) Celle de Gueldre est composée de trois quartiers: sçavoir de celuy de Nimmcguc, de ecluy de la Comté de Zutphen, et de celuy d'Arnhcm ou de la Vcluwc; le quatriesme, que l'on appelle le haut quartier, où sont les villes de Gueldre, Venlo et Buermondc etc. estant demeuré au Boy d'Espagne. Au premier quartier sont les trois villes, Nimmegue, Tiel et Bommel; au second Zutphen, Docsbourg, Doeteclicni, Lochcm et Grollc, et au troisiesme Arnhcm, Hardcrwic, Wagueningucn, Hattem et Elburg, qui envoyent toutes

post id exortum usa ministerio armatorum hominum, et utendi jus habuisse, Annales et acta nos docent resque ipsa in recenti multorum memoria est,

(c) Jo. 1s. Pont anus, Uist. Geld. 1. 1.

14 De la Hollande.

Magistrat y est perpétuel et à vie, bien que les fonctions n'en soient pas perpétuelles, et Ton y admet aussy les Gentils-hommes, ce qui n'est pas un petit advantage pour eux, La Noblesse de Gueldre a aussy celuy de partager également la Souveraineté de la Province avec les Magistrats des villes : toutes les villes de chaque quartier ne forment ensemble qu'une seule voix; de sorte que dans les assemblées générales des Estats de la Province elles n'ont que trois voix, et la Noblesse en a autant. Tous ceux de la Province qui sont d'extraction noble et qui y possèdent des fiefs nobles ont droit de se trouver aux assemblées des Estats de la Province, qui a un fonds, bien qu'il ne soit pas égal en tous les quartiers, affecté aux Députés de la Noblesse pour subvenir à la dépense qu'ils sont obligés d'y faire.

En Hollande, au contraire, il dépend des Nobles, je parle de ceux qui sont dcsja en possession du droit de comparoistre aux Etats de la Province, d'en augmenter le nombre, et d'y convier encore d'autres, en demeurant dans les termes du règlement, qu'ils ont fait pour cela depuis quelques années: dont nous aurons occasion de parler au second volume de cette Histoire. La Noblesse y a la première séance aux Estats de la Province, et la première voix des dix neuf, dont l'assemblée des Estats de Hollande est composée. Elle a encore de très grands advantages d'ailleurs* entr'autres la disposition du revenu de quelques Convents(l), qui luy est affecté, parce que leurs prédécesseurs ont eu bonne part à leurs fondations.

Elle possède les plus belles charges de la Province, tant politiques que militaires, et elle a une place affectée et perpétuelle dans l'assemblée des Estats Généraux , au Conseil d 'Estât des Provinces Unies, au Collège des Conseillers Depute3, et à la Chambre des Comptes de la Province, aux Collèges de l'Admirauté de Kotterdam et d'Amsterdam, et elle a encore deux charges affectées en la Cour de Justice de Hollande, que l'Ordre de la Noblesse prétend devoir estre remplies par les Estats de la Province, à sa nomination, bien que ce droit leur soit contesté par les villes.

Les villes, qui ont droit de députer à l'assemblée des Estats d'Hollande sont, Dordrecht, Hacrlcm, Delft, Leyde, Amsterdam,

(1) Des abbayes de Rhynsburg et de Lecuwenhorst. p. e.

16 Dr la Hollande.

la disposition absolue de tout ce qui la regarde. Il est vray néantmoins qu'il y a des villes, où Ton prend quelquefois les Bourguemaistrcs et les Esche vins du corps des bourgeois qui ne sont pas du Conseil, pour la raison que nous venons de dire. Les Bourguemaistres ont à peu près la mesrae fonction, bien qu'avec une autorité plus cstendùe, que le Prévost des Marchands à Paria, ou le Maire dans plusieurs autres villes de France; c'est à dire la direction des affaires politiques, et les Eschevins ont l'administration de la Justice, tant civile que criminelle. H y a des villes pourtant, où les Eschevins ont aussy, peudant le temps qu'ils sont en fonction, part aux délibérations, qui se font des affaires, où le Souverain doit agir. Le nombre de ceux, que l'on députe aux assemblées des Estats de la Province, n'est pas réglé, et dépend entièrement du Conseil de la ville qui les députe. L'on y envoyé ordinairement un ou deux Bourguemaistres, et quelques uns du Conseil, assistés du Pensionaire, ou du Secrétaire de la ville. Le nombre des Bourguemaistres et des Eschevins est bien réglé en chaque ville, mais non en toutes les villes également; encore que les fonctions de ces deux dignités ne soient qu'annuelles presque en toutes les villes.

Les Estats d'Hollande s'assemblent ordinairement quatre fois l'année, pour remplir les places des offices vacants, tant politiques que militaires, pour renouveller les baux à ferme des Aides (1), et pour consentir à la continuation de la levée des droits et des impositions pour l'année suivante. Ils s'assemblent aussy extraordinairement, quand la nécessité le requiert, et toutes les fois que les Conseillers Députés jugent nécessaire de les convoquer. Le Conseiller Pensionaire y propose les affaires, y va aux opinions et conclut (2).

(1) Ce que nous nommons: Verpachting der middelen.

(2) Mr. le Clerc a fait dans son analyse sur l'oeuvre de Mr. de Wicquefort à propos de la charge du Conseiller Pensionaire, la remarque suivante: * Nôtre auteur ne dit rien de l'importance de cette charge, et du danger qu'elle traîne après elle, lorsqu'il y a un Stadhoudre dans l'Etat, et que ce Stadhoudre vient à se brouiller avec les Etats ou avec quelques uns de leurs membres. Bamcveldt et de Witt en ont été deux exemples terribles. Il y a apparence que ce dernier ne trouva pas à propos, que Mr. de Wicquefort touchât cette matière, car le commencement de cette histoire fut composé pendant sa vie; ou iiu moins que l'auteur se tut là-dessus, après la mort de oe grand hom-

Le Collège des Conseillers Députés. 17

Les Conseillers Députés (1) forment un Collège que Ton pourrait appdler le Conseil d'Estat d'Hollande, puis qu'il l'est en effect. H est composé de dix députés. Le Conseiller Pensionaire de Hollande et West-Frise, et le Secrétaire des Estats de la Province y ont séance aussy, en qualité de JUinistres, dont le premier y a une toîx deliberative, propose les affaires et forme les conclusions, comme dans les assemblées des Estats de la Province. Les Nobles y députent un de leur corps, qui, bien qu'il n'ait sa commission que pour trois ans, a jusque 9 icy esté presque tousjours continué. Les villes de Dordrccht, Hacrlem, Delft, Leyde, Amsterdam, Gronde, Rotterdam et Gorichem y envoyent chacune un depâté, qui changent de trois en trois ans, si on ne les continue par dispense: ce qui se fait quelquefois, mais rarement: (d) et les trois dernières villes de Zuyt- Hollande, sçavoir Schiedam, Schoonaofen et Briele, n'y envoyent toutes ensemble qu'un député, qui change de deux en deux ans, par tour.

Ces Conseillers Députés possèdent, avec la première dignité, la première autorité dans la Province. Us ont l'intendance de la milice et l'administration des finances, et sont exécuteurs des résolutions et des ordonnances des Estats de la Province, avec un pouvoir fort ample. Ce sont eux qui les convoquent, et qui leur envoyent les poincts, sur lesquels l'assemblée doit délibérer, et c'est d'eux que les Estats prennent advis en plusieurs affaires importantes. H y a aussy un Collège de Conseillers Députés en Nort-Hollande (2), composé de députés de toutes les villes de ce quartier là, qui changent de deux en deux ans, et ont un Secrétaire particulier, qui fait aussy la fonction de Commis aux finances.

H y a en Hollande deux Chambres des Comptes, Tune pour le Domaine, composée de quatre Maistres, d'un Fiscal, de deux Audits Résol. des Etats de la Holl. 25 Avril 1648.

me." (Bibl. anc. et mod. Tome XIII. p. 271). Voyez sur la charge des Conseillers Pensionnaires la belle dissertation de Mr. J. G. H. van T et s, ***»• histor. juritpublià continens historiam muneris Consiliarii Pensionarii Hollandiae. Lugd. Batav. 1836. Voyez aussi l'ouvrage remarquable du Professeur G. W. Vreede, Inleiding tôt eene geschiedenis der Nederl. opiomane. T. II.

(1) Gecommitteerdc Raden van de Staten van Ilollancl en "VVest- Vriesland in 't Zuiderkwartier.

t (2) Gecommitteerde Raden van de Staten van Holland en West- >riesland in West-Vriesland en 't Noorderkwartier. I. 2

18 Des Chambre* de» Comptes.

teurs et d'un Greffier. Cette Chambre sert souvent de retraite honorable aux Ministres, qui ont vieilli dans les emplois. Elle a la direction et l'administration du domaine des anciens Comtes de Hollande et en fait rendre compte aux receveurs (1). L'autre Chambre fait la revision des comptes de tous les receveurs pour les aides, ou pour le revenu extraordinaire de la Province, qui est devenu comme ordinaire, parce que Ton n'a pas discontinué de les lever depuis le commencement de la guerre, quoyqu'il faille tous les ans un nouveau consentement unanime de la Noblesse et de toutes les villes, pour en continuer la levée. Dans cette dernière Chambre il y a un Député de la Noblesse, deux Députés d'autant de villes de la Province, par tour, et deux Secrétaires (2).

C'est à la Haye que s'assemblent tous ces Collèges, aussi bien que les deux Cours de Justice, sçavoir la Cour Provinciale, composée d'un Président, de huit Conseillers de Hollande et de trois de Zeclande, de deux Procureurs Généraux, d'un Greffier et de six Secrétaires, et le Haut Conseil, auquel on peut appellcr des sentences de l'autre et qui est composé d'un Président, de six Conseillers de Hollande et de trois de Zeelande, d'un Greffier et d'un Substitut. Le Stadhoudcr ou Gouverneur de la Province, lorsqu'il y en a un, y fait aussi sa demeure ordinaire, et tous les Ambassadeurs et Ministres des Princes étrangers y font aussi leur séjour, à cause que l'assemblée des Estats Généraux s'y est fixée, aussi bien que le Conseil d'Estat et la Chambre des Comptes de la Généralité. L'on y voit aussy un Conseil de Brabant, qui est juge en dernier ressort de tout ce que l'Estat possède en cette Province là, et au

(1) L'auteur parle ici de ce qu'on nommait: de kamer van de rekening tan de graaflijkheids-domeincn in Holland. Selon quelques auteurs cette Chambre de Comptabilité fur érigée par Philippe le Bon en 1428. Il paraît certain qu'elle existait avant 1446. Sous les derniers Comtes de Hollande elle était chargée de l'administration des domaines des Comtes. Les Etats de la Province de Hollande résolurent en 1593 de donner une nouvelle instruction à ce collège, qui se ressentait des changements dans l'état politique (voyez: Qroot Plaecaatboek. Tom. III. p. 710 et Tractaal van de domeynen tan Holland, par Mr. P. Bort. I. p. 10). Comme les domaines furent de temps en temps vendus, le collège devint superflu. Le 17 Mars de l'an 1728 il fut supprimé, et le collège des Conseillers Députés (Gccommittecrde Raden) fut chargé des fonctions de la chambre des comptes. Voyez : Tegenwoord. siaat van de Vereemgde KederL Holland. Tome I. p. 195 et Mr. 18. Capadose, De Algemeene Rekenkamer. La Haye 1856.

(2) Cette chambre se nommait: h de kamer ter auditie" ou bien: *dc kamer tôt het hooren des gemeenen Lands rekeningen'*

De la Zeelande. 19

Pàïs d'Outre-Meuse: à la reserve de la ville de Mastricht, où les Estats Généraux envoyent, de deux en deux ans, deux Députés de leur corps, en qualité de Commissaires Deciseurs, qui jugent, avec ceux de l'Evesque et Prince de Liège, tous les procès, que les habitants Brabançons ont avec les habitants Liégeois, tous instruits, et en estât d'estre jugés devant qu'ils y arrivent. La Cour des Monnoyes réside aussy à la Haye.

La Zeelande n'a eu qu'un mesme Comte avec la Hollande pendant plusieurs siècles, et depuis que ces deux Provinces n'en ont plus, elles ont tousjours fait choix d'un mesme Gouverneur. Elle avoit encore, comme on vient de dire (1), ses Conseillers dans les deux Cours de Justice d'Hollande, où ses habitants plaident en cas d'appel H n'y a pas longtemps (2), qu'une mesme Chambre des Comptes avoit l'administration du Domaine de l'une et de l'autre Province, et mesmes l'on a veu, au commencement des premières guerres civiles, les Estats des deux Provinces s'assembler pendant quelque temps en un mesme corps, comme si elles n'eussent fait qu'une mesme Province. Cette liaison estroite fut serrée d'un noeud indissoluble par l'Union particulière de Tan 1576, devant que celle d'Utrecht fust faite. Les assemblées ordinaires des Estats de cette Province se font deux fois l'année, en Mars et en Septembre, et les extraordinaires toutes les fois que ta Conseillers Députés les convoquent pour les affaires extraordinaires. Les familles nobles de Zeelande sont presque toutes esteintes, au moins il n'y a personne, qui aujourdhuy ait séance dans l'assemblée des Estats à cause de sa naissance, ou en vertu des fiefs nobles qu'il y possède. Guillaume, Prince d'Orange; premier Gouverneur de la Province de cette Maison, estant Marquis de Yere et Seigneur de Vlissinguc et de St. Martcnsdicq, obtint des Estats de Zeelande la qualité de premier Noble, avec une Commission de représenter dans leurs assemblées, ou en personne °u bien par procureur, toute la Noblesse de leur Province (3). Les

(!) On trouve dans un autre exemplaire: „Il n'y a guerre 'plus d'un a* CM cette Province avoit" etc.

(2) C'est à dire en 1594. L'instruction pour la chambre de la comp- Milité de la Zeelande date du 20 Juin 15%.

(3) L'auteur se trompe ici. Ce n'était pas le Prince Guillaume I, ^}l était Seigneur de Maartensdijk, mais son fils aine, le Prince PhihPpe Guillaume, Comte de Buren. En 15GG après k mort de Maxi- ^lien de Bourgogne, Stadhouder de Hollande, Zeelande, Utrecht e de la Frise, qui en sa qualité de Marquis de Vlissingue et de

cre» représentait dans les Etats de Zeelande, comme premier noble

90 De la Zeelande.

Princes Maurice et Henry, ses fils, Guillaume, son petit fils, et Guillaume Henry, son arrière-petit fils, y ont succédé; non comme héritiers et successeurs de l'autre, ny aussy comme Seigneurs des terres qu'ils possedoient en Zcelande, mais par une pure gratification, et en vertu d'une Commission particulière des Estats de Zeelande (<?). C'est aussy en vertu de leurs Commissions, que ceux, que les Princes ont substitués en leur place, sont comparus aux Estats et à la Chambre des Comptes de la Province, et de la part de cellecy aux Estats Généraux. En Zeelande il n'y a que le premier Noble et les six villes, sçavoir Middelbourg, Ziriezee, Goes, Tolen, Vlissingue et Verc, qui sont en possession de députer aux assemblées des Estats. Les quatre premières, qui autrefois estoient immédiatement sujettes au Comte de Zeelande, prétendent quelque avantage sur les deux autres, qui avoient des Seigneurs particuliers, vassaux du Comte, qui comme tels estoient appelles aux assemblées des Estats de la Province; comme encore aujourdhuy le Prince d'Orange, en qualité de Marquis de Vere et de Seigneur dcVlissingue, fait hommage aux Comtés d'Hollande et de Zeelande, bien que la Hollande prétende que ce sont des fiefs

(<?) Voyez la Résolution des Etats de Zeelande du 7 Août 1660, pièce justificative n°. H.

toute la noblesse de la Province, le Prince d'Orange soutenait, que son fils comme Seigneur de Maartensdijk avait droit de session dans les Etats de Zeelande, comme premier noble. Le roi Philippe cependant, ayant acheté le Marquisat de Vlissingue et de Vere, se soucia fort peu du sustenu du Prince, et fit exercer le droit de premier noble en son nom par le Sieur de Wackené. Pendant les troubles le Marquisat de Vlissingue et de Vere ayant été mis en vente par la Cour de justice de la Hollande, Zeelande et West frise, le Prince d'Orange Tacheta. Les conditions de vente portaient entre autres que l'acheteur aurait le droit de représenter comme premier noble toute la noblesse de la Province, (* dat aen den kooper ook zoude volgen die ge~ rechiigheid van overal de Edele van ZeeUuid te repretettteeren, die tweettael van de voorschreven Lande") Depuis ce temps le Marquis de Vlissingue et de Vere représentait la noblesse dans les Etats de la Province, nonobstant que les autres nobles de la Province tâchèrent de temps en temps d'obtenir le droit de session. Leur nombre cependant était petit, parce que la plus grande partie s'en était autrefois rangée du côté du roi d'Espagne. Voyez: Beau fort, Leten van Willem I. Tom. I.p.284sv. Tegenwoord. ztaat' Zeeland. I. p. 35, 58 et II. 141 sv. Te Water, Historié van het Fer bond en de Smeehchriften der Nederl. Edelen. T. I. p. 186 sv. et un article de Mr, J, ab Utrecht Drcsselhuis dans les Bijdragen coor Vaderl Gexch. de Mr. Is. An. Nijhoff, T. I, p. 75.

l'trecht. 21

de sa Province. Le Collège des Conseillers Députés de Zeelande est composé du premier Noble, ou de son substitut, et d'un Député de chacune des six villes. Le Conseiller Pensionaire (l) et le Secrétaire y ont les mesmes fonctions qu'en Hollande. Ce Collège a cela de particulier, que ceux qui le composent sont aussy Députés au Collège de l'Admirauté, et font en cette qualité serment aux Estats Généraux. La constitution de F Estât de cette Province est au reste toute semblable à celle d'Hollande; sinon en ce que Temploy des Conseillers Députés de Zeelande est perpétuel et à vie, ne dépendant que de la volonté absolue des committens, au lieu qu'en Hollande on ne les continue jamais après qu'ils y ont esté trois ans, à la reserve de celuy qui y est de la part des Nobles.

H y a en Zeelande une Cour de Justice, pour les affaires des habitants de cette partie de Flandre, que l'on considère comme une conqueste de TEstat en Général. EUe est composée d'un Président et de huit Conseillers, d'un Procureur General, d'un Greffier et d'un Keceveur des amendes. Les Estats Généraux pourvoient à ces offices; c'est devant eux que les appellations des sentences de cette Cour relèvent, et ce sont eux qui les jugent, sur Fadvis préalable de quelque Cour de Justice, et ordinairement, à cause de la commodité, ils s'addressent pour cela au Grand ou Haut Conseil, qui juge les appellations des deux Provinces à la Haye.

La Province d'Utrecht avoit autrefois son Evesque, qui en estoit aussy Seigneur temporel, aussy bien que du païs, qui est connu sous le nom d'Over-Yssel, pour estre situé au delà de la ririere d'Yssel, qui le sépare d'avec l'Evesché, et le distinguoit anciennement en Diocèse de deçà et de delà la rivière, ou en haut et bas Diocèse, Depuis que l'Empereur Charles V en a fait l'acquisition, la Province a eu fort souvent un mesme Gouverneur avec la Hollande et la Zeelande. Les Estats d'Utrecht sont composés de trois Ordres: du Clergé, de la Noblesse et du Tiers Estât, On tire les JDcputés du Clergé des cinq premiers Chapitres de la ville, qui sont le Dôme, le vieux Moustier, St. Pierre, St. Jean et N. Dame. L'on appelle ces Députés Elcus (2), parce

P) Voyez sur les Conseillers Pensionn. de la Zeelande: M. J. Moens, »pec\m. jurispuùl. bclgic. inaug. de Munere Pensionar. Civitatum, praecipue ^ndicarum. Lugd. Bat. 1739.

(*) Eleus, connus sous le nom de * geeligeerden uit de vijf kapitlelen" . *-** chapitres des cinq Eglises formaient, autrefois le Conseil de FEvc- ^ d'Utrecht, et représentaient le premier ordre des Etats. Pendant

22 Vtrteht.

que lors qu'un d'eux, qui sont au nombre de huit, vient à décéder, le Magistrat de la ville Capitale a le droit de présenter à la Noblesse et aux quatre petites villes, qui sont Amersfort, Rhenen, Wijck et Montfort, deux Chanoines, afin qu'elles en élisent un (1). De ces huit Eleus les quatre sont ordinairement nobles, bien que ce ne soit pas une nécessité, et, qu'il n'y ait point de loy pour cela, et les autres quatre ne le sont pas. Le nombre des Nobles, qui font le second ordre, n'est pas réglé; ceux qui ont l'avantage d'en estre, et qui ont le droit de se trouver aux assemblées des Estats de la Province, le pouvant augmenter, du consentement des deux autres Ordres, et après en avoir donné connoissance aux Députés ordinaires, qui en convoquant les Estats, en font un article, pour en estre délibéré à leur première assemblée (/). Ces Nobles doivent avoir les qualités requises; sçavoir la profession de la religion reformée, la naissance, une terre noble de la valeur de vingt cinq mille livres, l'aage de vingt quatre ans accompli, et poiut de charges, ny militaires, ny politiques. Le tiers Estât se forme des Conseils des cinq villes; encore que la ville d'Utrecht prétende, que les Députés des petites villes n'ont qu'une voix dcliberativc, comme en effect elle peut bien faire conclure sur son advis, sans l'acquiescement des petites villes; mais ccllcscy ne peuvent pas faire considérer le leur sans le consentement de l'autre (2). Le Collège des Conseillers Députés, que l'on y nomme les Députés ordinaires, est composé de quatre Eleus, de quatre Nobles, de deux Députés de la ville d'Utrecht, qui sont les deux Bourguemaistres pendant l'année de leur fonction, d'un

(/) Voyez la Resolution des Etats d'Utrecht du 23 Juillet 1667.

les troubles (1582) ils cessèrent d'être un ordre ecclésiastique, et devinrent un ordre temporel, avec l'obligation de confesser la religion protestante. Voyez: Bor, Nederl. Oorloghen. Livr. XVII.

(1) Selon la décision du Prince Maurice en 1618. Voyez: UirechU Groot Tlaccaatboek. I. p. 193. Le règlement de Guillaume III, en 1674, les réorganisa. Après sa mort le vieux régime fut rétabli, jusqu'en l'an 1747, lorsque avec l'élévation de Guillaum e IV au Stadhouderat l'organisation de 1674 fut de nouveau introduite. Voyez à ce sujet le Tegentcoordige staat der Nederl. Utrecht T. I. p. 164, et Ticee missives over de decanen en capilulairen der vijf Capittelen te UtrecAt, geadresseerd aan de Staten ys Lands van Utrecht. Utrecht 1785.

(2) La ville d'Utrecht seule représentait autrefois le tiers état. Voyez entre autres les extraits des lettres de PEvêque Frédéric de Baden, que Mr. de Wicquefort a ajouté à son ouvrage, et que nous avons reproduits dans la pièce justificative n°. III.

La Frite. 23

de la Tille d'Amersfort, et d'un des trois autres petites villes, qui y enroyent un Député de quatre en quatre mois, par tour.

La Province de Frise est gouvernée d'une façon assez bizarre et extraordinaire (g). Elle comprend quatre quartiers; sçavoir le quartier d'Ostergo, celuy de Westcrgo, celuy de Sevenwolden, et les Villes. Du premier de ces quartiers dépendent unze Grieteues ou Baillages, du second neuf, et du troisiesme dix, et il y a en cette Province unze villes, qui ont droit d'envoyer leurs Dépotés aux assemblées des Estats. Quand les Estats de la Province sont convoqués, chaque Baillage et chaque ville y envoyé deux Députés, qui représentent tous ensemble la souveraineté de la Prorince. Quand les Députés sont arrivés au lieu de rassemblée, ou chaque quartier préside à son tour, ils se séparent en quatre chambres, les trois quartiers ayant chacun la sienne, et toutes les villes ensemble la leur, et chaque Chambre nomme deux Dépotés, qu'ils appellent le petit nombre, auxquels s'adressent toutes les personnes qui ont des affaires, pour lesquelles il faut avoir recours aux Estats de la Province. Ces huit Députés examinent et préparent ensemble toutes les affaires et en font en suitte leur rapport aux Chambres, qui forment sur leur rapport les advis, qui font les resolutions et conclusions des Estats de la Province. D*ns les autres Provinces c'est la Noblesse, et ce sont les Magistrats des villes, qui nomment les Députés qu'ils envoyent aux "semblées des Estats; mais en Frise l'on en use tout autrement. 1*8 Baillis (que l'on y appelle Grietmans, et qui sont les chefs de plusieurs villages, dont les Baillages, ou Grietenies, sont composa, et dont le nombre n'est pas réglé, puis qu'il y en a de trois, et d'autres de quinze, vingt et inesme de vingthuit villages, et sont avec leurs assesseurs, juges, en première instance, de toutes les causes civiles) estant advertis du jour de l'assemblée des Estats, convoquent toutes les personnes, qui possèdent en leurs Tdkges autant d'arpents de terre qu'il en faut pour avoir droit <k se trouver à ces assemblées ; et c'est cette multitude, qui nomme Premièrement deux Députés de chaque village, et ces deux Députa se réduisent à deux Députés de chaque Baillage, qui sont ceux ^ représentent les Estats de la Province. Ce qui est d'une si vaste estendûe, que ceux qui possèdent assez de terre en plusieurs v^agcs se peuvent trouver aussy, en personne ou par procureur, aux assemblées de tous les villages où ils ont cette estendûe de

W U. Emmius, Rer. Frit, hist, 1. I.

24 Over-Ysxl.

terre. Cette deputation se fait ordinairement au commencement du mois de Février, et dans un mesme jour et à une mesme heure par toute la Province; et deux jours après les Baillages nomment, en la présence du Bailly, ou Grietman, de ses Assesseurs et du Secrétaire, les deux Députes Plénipotentiaires, qui se trouvent à toutes les assemblées d'Estats, qui se font en cette année là. La Noblesse ne tient point de rang en cette Province, et il n'y a point de fiefs, toutes les terres y estant tenues en franc aleu. Le Collège des Conseillers Députes, que Ton y appelle Estats Députés, y est composé de neuf personnes ; sçavoir de deux de chacun des trois quartiers, et de trois des villes. Ceux des quartiers changent tous les ans, s'ils ne sont continués par une commission expresse; mais ceux des villes y sont continués trois ans. La Cour de Justice a cela de particulier en cette Province, qu'elle est seule juge de tous les crimes qui se commettent dans la Province, s'ils sont sujets à peine corporelle (1).

Les Députés des Baillages de Zalant, de Twente et de Vollenhoven, avec les trois villes, Campen, Devcnter et Swolle, font les six membres qui représentent les Estats de la Province d'Over- Yssel. Le Bailly, ou Drossart de Zalant, est celuy qui les convoque, sçavoir les Députés de son quartier immédiatement, et ceux de Twcntc et de Vollenhovcn par le moyen de leurs Drossarts ou Baillis. Les gentils-hommes de ces trois Baillages, qui ont droit de s'y trouver, s'ils y possèdent des terres seigneuriales de la valeur de vingtquatre mille livres, pour le moins, et les Magistrats des trois villes font ensemble la Souveraineté de la Province, également partagée entre la Noblesse et les villes. Tellement que si un seul gentil-homme se détache du corps de la Noblesse, et joint son advis au trois villes, il formera avec elles les resolutions, qui se prennent en cette Province là à la pluralité des voix. Seniblablemcnt aussy si la troisiesme partie de la Noblesse se joint, avec un seul gentil-homme, à deux villes; ou si les deux tiers de la Noblesse, avec un gentilhomme, se joignent à une des trois villes, ils feront le mesme cffect(2). Le Bailly de Zalant ne convoque

(1) Voyez la dissertation de Mr. P. Wierdsma Schik, De State* van Friesland voor 1795. Leeuwaardcn 1857, et Tegenw. staat der Nederl Friesland. T. IL

(2) Voyez Du m bar, Verhandeling over het regt van overstemming ter Staattvergadering tan de Provineie van Ovenjssel. Deventcr 1783, et le même, Het regt van overstemming ter Staatsverg. van Overijsscl nader opgchelderd in negen àrieven. Dcv enter 1784.

Groningue. — Ommelanden. 25

pas seulement l'assemblée des Estats, mais il y préside aussy, il y propose les affaires, il va aux opinions, et conclut. Les trois filles, qui ont. esté autrefois de l'Empire, prétendent estre encore souTeraines dans l'enceinte de leurs murailles, et dans l'estcndue de leur banlieue, et soustiennent, que l'on ne peut pas appeller de leurs sentences. Il y a encore dans cette Province un Collège, composé d'un Député de chaque Baillage, et de chacune des trois rilles, pour servir de Conseil d'Estat à la Province, en laquelle il n'y a point de Cour de Justice réglée pour les procès. A la campagne on plaide pardevant les Juges ordinaires, et l'on appelle de leurs sentences au Baillis, qui jugent en dernier ressort, et il n'y a point de remède de droit contre leurs sentences, sinon que de temps en temps, c'est à dire de quatre en quatre, ou de cinq en cinq ans, les Estats de la Province font une assemblée de Députes, que l'on y appelle Klaegen, c'est un espèce de grands jours, où ceux qui se croyent grevés par les premières sentences, peuvent faire revoir les procès par manière de requeste civile, ou, comme l'on dit icy, par revision.

La Province de Groningue est composée de deux membres, scavoir de la ville de Groningue, et du Païs Circonvoisin, ou Omme-landen, qui s'estend entre les rivières d'Ems et de Wwers, ces deux font ensemble une Province Souveraine, Le Magistrat de la ville est composé de huit Bourgucmaistrcs et de dixhuit Conseillers, dont la dignité est perpétuelle et à vie, mais leur fonction n'est qu'annuelle. Il y a tousjours deux Bourguemaistres et douze Conseillers en fonction; parce qu'à la fin de l'année il y a tousjours deux Bourguemaistres et six Conseillers qui sortent de fonction, et n'y peuvent pas rentrer de deux ans, pendant lesquels ils sont employés ailleurs en d'autres charges (1).

I) vLe magistrat de la ville — en oV autres charges" Nous trouvons dans les autres exemplaires, que le conseil de ville consistait de quatre bourguemaitres et de seize conseillers, et qu'au lieu de deux bourguemaitres, il y en aurait eu quatre, qui étaient en fonction, tandis que 'e passage : * qui sortent de fonction, et n'y peuvent pas rentrer de deux aMt, pendant lesquelles ils sont employés" etc., est ainsi conçu: „qui sorb*t àe fonction pour une année, pendant laquelle ils sont" etc. Tout ceci nest pas clair. Apres 1425 le conseil de ville était compose de quatre k^ïguemaitres et de seize conseillers. En 1749 le règlement reformate réduisit le nombre des conseillers à douze. Mr. de Wicquefort P^t avoir confondu les bourguemaitres avec les huit kluflmeesters, et les conseillers avec les dixhuit gildcnmeesters. Voyez sur l'état politique de la Province de Groningue: Tegenw. slaat der Ncderl. Groningen. 11.

20 Ommelanden.

Ceux qui sont en exercice ne disposent pas seulement, avec un pouvoir absolu, de toutes les affaires politiques, mais ils sont aussy Juges Souverains de toutes les causes, civiles et criminelles. Les places, qui viennent à vaquer dans le Magistrat, par mort ou par crime, sont remplies par un autre Collège, composé de vingtquatre personnes, que Ton nomme la Communauté assermentée (1); si ce n'est que quelqu'un du Magistrat vienne à décéder dans le temps de sa fonction; car alors le Sénat, ou le Conseil mesme, en peut disposer; mais il est obligé de remplir la place du defunct dans les premiers dix jours après son enterrement. Et pour conserver ce nombre de seize personnes, sçavoir de quatre Bourguemaistres et de douze Conseillers (2), qui représentent la première moitié de l'Estat de la Province, la Communauté assermentée s'assemble une fois Tan, par un privilège particulier que la ville luy a donné, et ordinairement le 8 Février, pour remplir le Magistrat; ce qui se fait en la manière suivante. Celuy des Bourguemaistres qui préside, met dans son chapeau autant de fèves qu'il y a d'Electeurs, c'est à dire cinq noires et dix huit blanches, et ceux, qui tirent les noires, ont la disposition absolue des charges, et l'élection des personnes, qui doivent remplir les places vacantes.

Le Païs Circonvoisin, ou le plat pais de la Province, que l'on appelle Ommc-Landcn, est divisé en trois quartiers, qui élisent les Députés, qu'ils envoyent à l'assemblée des Estats de la Province, en la mesme manière que ceux de Frise élisent les leurs (3) ; tous ceux qui y possèdent des terres de la valeur de mille livres, monnoyc d'Embdcn, et qui payent tous les ans huit livres à l'Estat, ayant droit d'y comparoistre. Ces trois quartiers, qui sont Husingo, Fivclingo et le quartier du West, ne forment ensemble qu'une voix dans les assemblées des Estats de la Province, et partagent l'autorité Souveraine également avec la Ville. Ces trois quartiers sont sousdivisés chacun en trois autres quartiers; de sorte qu'avec ces six quartiers subalternes, que l'on appelle onder-

(1) Gczworene gemeente, collège d'électeurs.

(2) Voyez la note de la page précédente.

(3) v Qui élisent les députés — les leurs" Ce passage se trouve dans l'exemplaire, que nous avons suivi; il ne se trouve pas dans les autres, que nous avons consultés. Le passage suivant h tous ceux — comparoistre" est ainsi conçu dan3 les autres exemplaires: 0et leur anciennes loix portent que tous ceux qui y possèdent trente arpents de terre, de la valeur de mille livres, monnoye d'Embdcn, et qui payent huit florin* à VEtat à chaque subside qu'on nomme verpondinge, ont droit de comparoistre"

Drenthe. — Souverainité de V Estât. 27

furtiers, ils font neuf quartiers, Par ce moyen Ton ne peut pas prendre une resolution formelle pour les affaires de l'Estat en gênerai, ou pour celles de la Province en particulier, que les fax tiers de ces quartiers subalternes ne soient d'accord avec b TÛle. Dans les dits quartiers (1) il y a plusieurs Jurisdictiona, tant civiles que criminelles, mais Ton appelle de leurs sentences à une Chambre establie dans la ville, composée d'un lieutenant et de quatre Conseillers (2). La ville et le pais Cireonvoisin ont souvent eu de trés-fascheux demeslés ensemble, dont il sera parlé en la suitte de l'histoire.

La pais de D rente, frontière de cet Estât du costé de la Wetualie, en fait aussy une partie, parce qu'il y contribue, et est obligé d'exécuter les resolutions des Estats Généraux, à l'as- •emblée desquels il n'envoyé pas pourtant ses Députés, comme kl autres Provinces; quoyque ce ne soit pas un païs de conquate, dont la Souveraineté dépende de l'Estat en gênerai. Au contraire, à la reserve de ce seul droit, d'envoyer des Députés à l'assemblée des Estats Généraux, bien qu'il est souvent fait instance pour cela, il jouit de tous les avantages, que les autres Provinces possèdent, ayant l'administration absolue de ses finances, et toutes les libertés, que les autres ont acquises par les armes.

Les sept Provinces, dont je viens de parler, forment l'Estat des Provinces Unies des Païs-bas, lequel par ce moyen, à proprement parler, n'est pas un seul Estât, mais un assemblage de plusieurs Estats Souverains, que plusieurs interests communs ont liés ensemble, et obligent de s'assembler en un lieu commode, pour délibérer des moyens de leur conservation mutuelle. Tellement qu'il ne se peut que le tout, dont toutes les parties sont Souveraines, ne soit souverain aussy; surtout à l'égard de toutes les puissances estrangeres, qui considèrent cet Estât, non comme plusieurs Provinces unies et alliées, mais comme un seul corps, et une seule République.

H est Souverain aussy à l'égard des places, qui sont annexées * l'Estat, ou qui ont esté conquises sur le Roy d'Espagne par ta armes communes de tous les Alliés: comme Boisleduc, Breda,

(1) On ht dans les autres exemplaires »dans les trois premiers quartiers" \y Les autres exemplaires ont : * Lieutenant, qui est nommé a lier wbvemtHt par la ville et par les Ommelandes, et de huit assesseurs ou totHillen, dont quatre sont les Bourguemaistres de la ville pour le temps, « h quatre autres sont perpétuels et sont nommés un par la ville, et trois F» b Onimelanden."

28 Souveraineté de tB*UU.

Bcrgues sur Zoom, Grave, Willeinstadt et Mastricht eu Brabant (bien que le Domaine et la Souveraineté de cette dernière place soit possédée par l'Evesque de Liège et par les Estats Généraux, comme Seigneurs de cette partie de la Duché de Brabant, conjointement), le pais d'Outre- Meuse, Hulst, l'Escluse, Aerdenbourg et plusieurs autres places en Flandres. Mais pour ce qui est de l'Estat en soy, toutes les Provinces Unies sont Souveraines, et ne tiennent ensemble, sinon par un lien d'alliance, et non par une obligation de sujettion; c'est à dire par un traitté, qui lie bien les Souverains entr'eux, mais ne les assujettit pas les uns aux autres. Ce qui est tellement véritable, que les Estats d'Hollande, non plus que ceux des autres Provinces, comme Souverains de leur Province, ne souffrent pas que les Estats Généraux y ayent autre j uns diction, ou droit de territoire, que celuy qu'ils leur donnent pour les actions, ou la Souveraineté de l'Estat en General doit paroistre avec éclat. Car encore que les députés de l'assemblée des Estats Généraux ayent cet avantage sur ceux des assemblées particulières des Provinces, que les committents des Députés de celle-là sont Souverains, et ceux de celles cy ne le sont pas; néanmoins les derniers ont le droit de territoire, avec tout ce qui en dépend. La raison de cette différence est, que bien que ny le corps de la Noblesse, ny les Magistrats des villes, dont les Estats des Provinces sont composés, ne soient pas les Souverains, si on les considère comme tels separemment, leurs Députés ne laissent pas de représenter la Souveraineté de la Province dans la Province mesme ; au lieu que les Députés aux Estats Généraux n'y peuvent estre considérés que comme Ambassadeurs de puissances estrangeres, tres-estroitement alliées cntr'clles. Ce qui vient d'estre dit, sçavoir que les Estats Généraux, c'est à dire les Estats de toutes les Provinces, conjointement considérées, sont Souverains des conquestes, que leurs armes communes ont faites en Brabant et en Flandres, est vray; mais avec cette différence, que les places, dont le domaine nppartenoit autrefois au Roy d'Espagne, sont devenues domaine de l'Estat, et celles qui estoient à des Seigneurs particuliers, leur sont demeurées en propre, et n'ont fait que changer de Souverain; parce que les Estats ne peuvent avoir acquis par les armes d'autres droits, que ceux que son ennemy a voit. Ainsy les domaines de Breda et de Bcrgues sur Zoom sont demeurés au Prince d'Orange, et à la Princesse de Hohenzollcren, et la moitié de la ville de Mastricht, tant pour le spirituel que pour le temporel, est demeurée à l'Electeur de Cologne,

La première découverte des Indes. 29

comme Evesque de Liège et Comte de Lo (1); l'Estat ne s'en resemnt que le droit de garnison. Les armes des alliés ont encore pris sur les Espagnols plusieurs autres places, parce que ceuxcy y avoient leurs garnisons, qui incommodoient celles Tic l'Estat, comme Orsoy, Wesel, Buderic, Kees, Emmeric, Guennep, Bhinberg, Meurs, Ravestein etc., qui, à la reserve de la dernière, sont toutes situées hors l'estendûe des Faïs-bas, dans l'Empire, et appartiennent aux Electeurs de Cologne et de Brandenbourg, au Duc de Neubourg, et au Prince d'Orange; qui n'y jouissent pas seulement du revenu de leur domaine, mais y possèdent aussy tous les droits de la Souveraineté. Ce que l'on peut dire aussy du Prince et des Estats d'Ost-Frise, qui sont absolus dans les places de cette Frovince, où les Estats n'ont leurs garnisons, que de peur qu'une puissance voisine ne s'en saisisse. Les Estats Généraux disposent absolument du gouvernement de toutes ces places, et créent les Magistrats en celles, dont le domaine appartient à l'Estat.

La Souveraineté des Estats Généraux, qui sont représentés par l'assemblée de la Haye, s'estend aussy bien avant dans les deux Indes, Orientale et Occidentale, où des marchands particuliers de ces pais ont fait des conquestes fort considérables, sous les auspices de l'Estat: et à cette occasion je me trouve obligé de dire icy un mot du commencement et des progrés de ces deux Compagnies, qui ont fait ces glorieux establissements dans les autres parties du monde.

Henry, troisième fils de Jean I, Boy de Portugal, a esté le premier, qui en l'an 1439 fit équipper quelques vaisseaux pour la découverte de la coste d'Afrique. Il la découvrit jusques à environ cent lieues au delà de Cabo-Verde; mais estant decedé en Tan 1453, ce dessein ne fut pas bien poursuivy par Ferdinand Doc de Viseo, son neveu, à qui Alfonse V, son Frère, avoit fait don des conquestes du defunct. D. Jean II, Roy de Formai, poursuivit ce que son prédécesseur avoit négligé, fit fortifier, par Diego d'Azambuja, la Mina, à qui il fit donner le

(1) Comte de Lo, lisez Comte de Looz, ou comme les écrivains Hollandais le nomment Comte de Loon. Son Comté était situé au ^ord de l'Evêché de Liège. Louis, Comte de Loon, mari d'Ade, Comtesse de la Hollande, le céda en 1212 à l'Evêquc de Liège et le reobtint de lui en fief. Après l'extinction de sa maison en 1330 le Comté fut ajouté à l'Evcché de Liège. Voyez: Mr. G. Mees, Histo- ™che Atlas, la première carte.

30 La Compagnie des Indes Orientales.

nom de St. George, et fit découvrir les Roiaumes de Congo et de Bénin, et en suitte toute la coste jusques au Cap, à qui il donna le nom de Bonesperance, au lieu de celuy de Tormentoso, que les premiers découvreurs luy avoient donné. Mais encore que le Koy Jean fist partage avec le Koy de Castille de ce que de part et d'autre avoit esté, ou seroit découvert à l'avenir, dans les deux Indes, il est certain neantmoins que c'est à E manuel, son successeur, à qui le Eoiaumc de Portugal est principalement obligé de cette conqueste. Ce Prince, jaloux de la puissance du Roy de Castille, pour qui l'on avoit découvert le Pérou, et plusieurs autres Provinces dans les Indes Occidentales, s'appliqua entièrement à celle des Orientales, où les Portugais s'establirent, ou par le moyen du commerce, ou par la force, dans les meilleurs postes de la terre ferme, et des Isles de Sumatra, Ceilon etc. Les richesses, dont ils remplirent l'Europe, donnèrent à quelques marchands de ces Pais l'envie d'en aller prendre leur part, et de chercher un passage par le Nort, qui est sans comparaison plus court, et moins exposé aux périls, que sont contraints d'essuyer ceux, qui passent sous la Ligne, et qui doublent le Cap de Bonesperance. Mais ces voyages n'ayant pas eu le succès, que l'on s'en estoit promis, quelques marchands d'Amsterdam escouterent les ouvertures, que leur fit faire un nommé Corneille Houtman, que l'on avoit mis en prison à Lisbonne, pour avoir voulu s'informer trop particulièrement de TEstat des affaires de ces quartiers là. Sur ses instructions, et sous sa conduite, neuf marchands d'Amsterdam cuvoyerent en l'an 1595 quatre vaisseaux aux Indes, par la route ordinaire des Portugais, le long de la coste d'Afrique, et en doublant le Cap. Au bout de deux ans le nombre des intéressés s'estant augmenté, ils firent un second cquippage, et quelque temps après, des marchands de Rotterdam et de Zeelande équipperent, à l'exemple des premiers, et avec succès. Mais dautant que ce n'estoient que des particuliers, et que les Portugais taschoient de les faire passer pour des gens sans adveu, pour des escumeurs de mer et pour des pirates, et mesmes que ces marchands, qui n 'avoient point d'interest commun, eussent pu ruiner le commerce les uns des autres, les Estats Généraux les disposèrent, en l'an 1602, à former une Compagnie, à qui ils donnèrent un privilège de naviguer, traitter et trafiquer dans les Indes, sous leur nom et autorité, à l'exclusion de tous les autres habitants du Païs, pour vingt et un an. Cette Compagnie est composée de six Chambres, dont la première est à Amsterdam,

La Compagnie des Indes Occidentales. 31

la seconde à Middelbourg en Zcelandc, la troisième et quatrième à Délit et Rotterdam sur la Meuse, et la cinq et sixième à Horn et Enckhuse en Nort- Hollande, ou West-Frise. La première fait la moitié de l'equippage: la deuxième un quart, et celles de la Meuse et de Nort-Hollande toutes ensemble un autre quart. La Chambre d'Amsterdam est composée de vingt Directeurs, celle de Middelbourg de douze, et toutes les autres chacune de sept. De ces quatre Chambres particulières il se fait une Chambre générale, composée de dixsept personnes, qui ne s'assemblent que pour des affaires générales de la Compagnie, et alors la Chambre d'Amsterdam y députe huit Directeurs, celle de Zeelande quatre, et les quatre autres chacune un, et le dixseptiéme est nommé par les cinq dernières Chambres ; chaque Chambre en nommant un à son tour. Le premier fonds de cette Compagnie estoit de six millions, six cens mille livres, mais si Ton pouvoit faire une juste estimation de ce qu'elle possède présentement, en argent, marchandises, nisseaux, maisons, artillerie et places, l'on trouveroit que cela œonteroit à des sommes immenses. Je me contenteray de dire, que dés Tan 1613 le fonds s 'estoit presque triplé, et qu'il y a bien des Princes en Europe, qui n'ont rien d'approchant des establissements considérables, que la Compagnie a dans les Indes. Elle possedoit en Tan 1648, sous la Souveraineté de cet Estât, llsle d'Amboine, avec les autres Islcs qui en dépendent, et qui presque seules fournissent de doux de giroffle tout le reste de l'Univers: les Isles de Banda, qui produisent les noix muscades * le raacis: les Moluques en partie, Manado, à l'extrémité de llsle de Celebcs, Timor, Malacca, dans le Roiaume et sur le détroit du mesme nom, avec les villes de Tanasscrim et Gudjansakng: le fort Gueldria et les villes de Palcacatte et Ulcgapatnam e& la coste de Coromandel, avec la ville de Jacatra ou Batavia, dans Tlsle de Java la grande. Elle a aussy un fort auprès du Cap de Boncsperancc en Afrique, et Tlsle Maurice: à quoy elle a depuis âjousté plusieurs places en la riche Islc de Ccilon, ou Zeilan, et les villes de Couchin, Cranganor, Coulan, Cananor et P°rca, en la coste de Malabar.

La Compagnie des Indes Occidentales, au contraire, est tellement decheûc de ce qu'elle estoit autrefois, que Ton peut dire, ^'il ne luy en reste presque que le nom. Elle fut érigée en Tan 1621 par des personnes, qui avoient dessein, non seulement de trafiquer en la coste Occidentale d'Afrique et dans l'Amérique, mais aussy de faire des conquestes, et d'attaquer le Roy d'Es-

32 V Assemblée des Estais Généraux.

pagne dans les Indes, d'où il tire ses plus grandes richesses, et obtinrent un privilège pour vingtquatre ans. Elle est composée de cinq chambres, dont celle d'Amsterdam à vingt Directeurs, et l'administration des quatre parts, les neuf faisant le tout, du fonds et de l'equippage que la Compagnie fait faire. La chambre de Zcclandc a douze Directeurs et la direction de deux parts, et celles de la Meuse, de Nort-Hollandc et de Groningue, chacune quatorze Directeurs et l'administration d'une neufiéme part La Chambre générale est composée de dixncuf personnes, et Amsterdam y en députe huit : la Zcelande quatre, les trois autres chambres chacune deux, et les Estats Généraux y envoyent un Député de leur corps, qui est le dix neufiéme. Dans les premières années de l'establishment de la Compagnie, elle conquit au Brésil plus de trois cens lieues de pais, à le prendre de delà la Capitainie de Siara, auprès de la Ligne equinoxiale, jusques à la Bahia de Todos los Santos: mais elle n'a pas conservé longtemps ces importantes conqu estes, ainsi que nous verrons en la suitte de cette histoire. Il ne luy reste aujourdhuy que le Chasteau de St. George del Mina, et quelques forts en la coste de Guinée, Cabo Yerde et quelques unes des Isles, à qui les Espagnols ont donné le nom d'Antilles: le fort de Scriname, en la terre ferme de l'Amérique, estant une conques te de l'Estat, auquel il est demeuré par la paix de Breda. L'assemblée des Estats Généraux résout, avec une très grande autorité, toutes les affaires ordinaires, les Députés demeurant toutesfois dans les termes du pouvoir et des ordres, qu'ils ont des Estats de leurs Provinces (1), et en cette sorte d'affaires, qui regardent l'union et la défense commune, les resolutions se forment ordinairement à lu pluralité des voix des Provinces. Mais dautant que presque tons les articles de l'Union d'Utrccht, qui sert de loy fondamentale à l'Estat, sont conceus en des termes négatifs, et pour ainsy dire, prohibitifs, les Estats Généraux ne peuvent presque rien résoudre de ce qui regarde l'essence de l'Alliance, que du consentement unanime de tous les Alliés. Ainsy l'assemblée des Estats Généraux, quand mesme ils y seroient en corps, au lieu qu'elle n'est composée que de Députés, ne peut pas entreprendre une guerre, qui se doit faire aux frais communs de l'Estat, lever des deniers, ny faire une alliance, qui oblige tout

(1) *I)at de Hecren, ter Staten Generaal gezonden, in den eed zijn der particulière Provinciën, ttiet in die der Generaliteit.yf Voyez la Résolution des Etats de la Hollande de 1651, et la Dissertation de Mr. J. Dedel, De ordùdlms generalibus Belgii. Lugd. Bat. 1823.

L'Assemblée des Estais Généraux. 33

l'Estat, c'est à dire toutes les Provinces, si ce n'est de leur consentement exprès et unanime; parce que l'Estat Uny ne' forme pas une Souveraineté particulière et abstraitte de celle des Provinces, mais il n'est Souverain, que parce que les Provinces, dont il est composé, sont Souveraines.

Le nombre des Députés à l'assemblée générale n'est point réglé, ny égal entre toutes les Provinces; parce que n'opinans point de leur chef, mais de la part de leurs Provinces, et ne formant qu'autant de suffrages qu'il y a de Provinces Unies, il n'importe pas combien de députés elles y envoyent, puis qu'aussy bien c'est aux dépens des Provinces qu'ils s'y trouvent. Les trois quartiers de la Province de Gueldre y députent chacun un gentil homme, et chacune des grandes villes un de leur Magistrat. Il s'y trouve aussy souvent de la part de la mesme Province plusieurs députés extraordinaires ; tous les gentils hommes, qui ont droit de se trouver aux Estats de Gueldre, ayant aussy celuy de se faire députer à l'assemblée des Estats Généraux, pourveu qu'ils y viennent à leurs dépens. La Province d'Hollande y députe ordinairement un du corps de la Noblesse, deux ou trois des sept premières villes de Zuyt-Hollande, et un des trois premières villes de Nort- Hollande ou de West-Frise, qui changent au premier jour de May de trois en trois ans. Le Collège des Conseillers Députés envoyé wssy à l'assemblée deux députés, qui y vont par tour et roulent tous les mois, et le Conseiller Pensionaire, qui y peut aller tous les jours, en vertu de sa commission. Les six villes de Zeelande y ont présentement chacune leur Député, et le Prince d'Orange, qui a esté déclaré premier Noble depuis quelque temps, y a aussy le sien. Les premiers sont perpétuels, et leur Commission est àrie, aussy bien que celle des Députés du Clergé et de la Noblesse d'Utrecht, mais celuy de la ville est continué de temps en temps. Les Estats de Frise prennent dans les trois quartiers, et dans les premières villes de leur Province, les personnes qu'ils députent à l'assemblée des Estats Généraux, au nombre de quatre; Ravoir deux de la part des quartiers, et autant de la part des villes. Depuis quelques années il y a un cinquième, qui est extraordinaire, et est nommé par les villes et par les trois quartiers alternativemcnt, de trois en trois ans. Semblablement les trois quartiers et les trois villes d'Over-Yssel, et en la Province de Groningue la ville et le Païs Circonvoisin, qui font ensemble les Souverains de ces Provinces respectivement, ont droit de députer I. 3

34 V Assemblée des Estais Généraux.

une, ou plusieurs personnes, à leur discrétion, et pour le temps qu'ils jugent à propos. Chaque Province préside une semaine, à compter depuis la minuict du Dimanche au Lundy, et à commencer par la Gueldrc, à laquelle on défère cet honneur, comme aussy la préséance clans les Ambassades, députât ion s et conférences, non point parce que c'est la seule de toutes les Provinces Unies, qui ait eu autrefois la dignité de Duché, mais parce qu'elle estoit en possession de cet avantage devant l'Union, qui luy a conserve tous ceux qu'elle avoit auparavant. Le premier Député de la Province préside toute la semaine, et prend sa place dans une chaise à bras, posée au milieu d'une table, qui règne tout du long de la salle de l'assemblée. C'est luy qui propose ordinairement les affaires, bien que tous les Députés des Provinces ayent le droit de proposer ce qu'ils veulent: c'est luy qui va aux opinions, qui conclut, et qui dicte les conclusions au Greffier, et qui signe les resolutions. Le Greffier est au bas bout de la table assis et couvert, sinon pendant que le Président dicte ses conclusions, ou quand il le fait venir derrière sa chaize, pour y lire les lettres, qui s'adressent aux Estats, ou les mémoires et requestes qu'on leur présente. Si le Président refuse de conclurre à la pluralité des voix dans les affaires où la pluralité a lieu, parce que c'est contre l'advis de sa Province ou contre ses sentiments, il fait place au Président de la semaine précédente, qui se met dans la chaize et conclut, et si ecluy cy en fait difficulté aussy, celuy qui l'a précédé s'y met et conclut.

Autrefois cette assemblée n'estoit pas perpétuelle ny sédentaire, comme elle Test aujourdhuy. Les Estats des Provinces n'envoyoient leurs Députés aux assemblées générales, que lors qu'ils y estoient conviés par le Conseil d'Estat, pour les affaires extraordinaires, en la mesme manière que l'on convoque encore aujourdhuy les Estats des Provinces, et après qu'ils les avoient réglées par de bonnes resolutions, l'assemblée se separoit, et en laissoit l'exécution, aussy bien que la disposition des affaires ordinaires et des finances, au Conseil d'Estat. Aussy ne s'assembloient ils pas tousjours en un mesme lieu, ny aussy dans une mesme Province, mais là où la nécessité pressante des affaires les appelloit. Le pouvoir et l'autorité, que le Conseil s'acquit par ce moyen, particulièrement sous le Comte de Licestrc, qui bien qu'Anglois, estoit Gouverneur de ces Provinces, et y avoit scance, aussy bien que l'Ambassadeur d'Anglctterre, donnèrent de l'ombrage aux Estats des

Le Conseil <F Estât. 35

Provinces, qui pour s'opposer à l'autorité, que les Anglois avoient csnrpee, et alloient establir, trouvèrent bon, à ce que Ton croit, de faire continuer l'Assemblée des Estats Généraux. C'est par ce moyen qu'elle est devenue insensiblement perpétuelle et sédentaire à la Haye en la Province d'Hollande, où elle a fixé sa résidence, depuis plusieurs années (1). Pour ce qui est des Députés, il faut qu'ils soient tous politiques, les gens d'espée en estant absolument exclus; bien qu'il n'y ait point de resolution formelle pour cela.

Le Conseil d'Estat, tel qu'il est présentement, n'a esté institué avec son instruction, par les Estats Généraux, qu'en l'an 1588, après la retraitte du Comte de Licestre. C'est un corps fort considérable, estant composé de Députés de toutes les Prorinces, aussy bien que l'assemblée des Estats Généraux, mais d'une autre manière. Car les uns sont Députés, rcpresentans la Souveraineté de leurs Provinces respectivement, qui leur donnent leur Commission, au lieu que les autres sont Conseillers de l'Estat en gênerai, et font serment dans l'assemblée des Estats Généraux, comme c'est d'eux aussy qu'ils reçoivent leur Commission. Le nombre de ces Députés est réglé à peu prés sur le pied des wmmes, que les Provinces contribuent. Je dis à peu prés, parce que bien que la Gueldre ne contribue pas tant que la Province d'Utrecht, ou celle de Groningue, elle ne laisse pas d'y avoir plus de Députés que les deux autres. Car la Gueldre y en a deux (2), la Hollande trois, la Zcelande deux, Utrccht un, la Frise deux, et Ovcr-Yssel et Groningue, y compris le Pais Circonvoisin, chacune un, faisant en tout le nombre de douze. Ce

(1) Depuis le 15 Janvier 1585 il fut décidé que les Etats Généraux & assembleraient à la Haye. Voyez la Résolution des Etats Généraux <h 15 Janvier 1585. Pourtant on ne s'est pas toujours tenu à cette "$k, car de temps en temps les Etats Généraux se réunirent ailleurs, P- e. en 1599 à Gorichem, en 1610, lors des troubles d'Utrecht, à "œrden, en 1629 à Utrccht, etc. Voyez van Me ter en, Historien fa X'Manrlr/i, liv. XXI. p. 411 verso (édition de 1652). Wagenaar, Vaforl. Gesch. t. XI, p. 98, 213 et les Annotation* de Mr. va& Wijn. — Depuis le 15 Juin 1593 l'assemblée fut déclarée perttanente. Voyez Slingeland, Staaikunflige werken, T. II. p. 160 sv-> et P. Paul us, Verklaring tan de Vnie tan Ltrecht. T. III. p. 2' sv. et T. IV. p. 33.

(2) Depuis Tan 1672 la Gueldre n'envoya qu'un Député, tandis que k Province de Groningue et les Ommelandes en avaient deux.

36 Le Conseil <T Estai.

ne sont pas les Provinces qui y président, comme dans rassemblée des Estats Généraux, mais chaque Conseiller y 'préside à son tour, parce qu'il n'advise pas au nom de sa Province, mais de son chef, et dit son ad vis et sentiment particulier, comme Conseiller d 'Estât; et pour la mesme raison le Président du Conseil peut tousjours conclurre, et faire prendre les resolutions à la pluralité des voix, en toutes les affaires dont on leur a laissé la disposition. Ce Collège a la direction des affaires de la guerre, conjointement, mais subordinement , avec les Estats Généraux; et dautant qu'il a aussy la connoissance de l'administration des finances de TEstat en gênerai, et qu'il en est l'ordonnateur, le Trésorier gênerai y a séance aussy, mais avec une voix délibéra* tive seulement, pour dire son advis sur les affaires de cette nature, et le Receveur gênerai s'y trouve, afin que tous les jours le Conseil sçache pertinemment Testât du fonds, qui est entre ses mains. C'est le Trésorier gênerai, qui sous l'autorité du Conseil, dresse tous les ans Testât de la guerre, c'est à dire Testât du fonds nécessaire pour la dépense ordinaire de TEstat; pour la subsistance des gens de guerre qui sont ordinairement entretenus ; pour les gages d'un grand nombre d'Officiers, militaires et politiques ; pour les frais des voyages, que les Députés des Estats Généraux et du Conseil d'Estat font hors du païs, c'est à dire, hors des Provinces et des lieux qui dépendent de la Généralité; pour les appointements et pour les pensions des Ambassadeurs, Résidents et autres Ministres, que TEstat employé dans les Cours estrangeres, et pour le payement des interests des sommes qui sont deiies par TEstat en gênerai, et pour lesquels il n'y a point de fonds affecté dans le païs qui est immédiatement sujet à la Généralité. Pendant la guerre, lors que le fonds ordinaire ne peut pas fournir à la dépense nécessaire, le Conseil demande que les Provinces fassent un fonds pour l'extraordinaire de la guerre, et pour la dépense qu'il faut faire, tant par mer que par terre, et Ton appelle cette demande une Pétition. La charge de Trésorier gênerai donne une grande autorité à celuy qui la possède, quand elle est exercée par une personne de mérite, et qui se puisse recommander par sa capacité; parce que sa fonction estant perpétuelle, au lieu, qu'à la réserve du Député qui y est de la part des Nobles d'Hollande, et ceux de Zeelande, tous les autres Députés n'y sont que pour quelques années, il peut acquérir une connoissance d'affaires, qui le fasse; considérer, et qui le rende

Le regatement financier des Provinces. 37

nécessaire (1). L'on en peut dire autant du Secrétaire, qui est encore un Officier de grande considération ; particulièrement quand fl possède des qualités, qui le fassent considérer comme Ministre de tout l'Estat plustost, que comme Ministre du Conseil. Les Provinces sont obligées de consentir à la levée du fonds pour l'ordinaire de la guerre, devant le dixième jour de May, ou leur silence passe pour consentement. Ce qui a esté- ainsi réglé par les Allies, afin que l'Estat en fut asseuré devant que les Armées allassent en campagne; mais quant à l'extraordinaire, elles y contentent quand il leur plaist; bien entendu qu'il faut nécessaire* ment que le consentement soit tousjours universel et unanime; parce que si une seule Province refusoit de consentir, son refus détrairoit le consentement des six autres» qui ne peuvent jamais obliger celle qui ne consent pas.

Comme toutes les Provinces sont Souverains, aussy se sont elles réservé la disposition de la religion et de leurs finances, chacune dans l'estendiie de sa Province , non seulement pour l'imposition des droits sur les marchandises que Ton y débite, sur les denrées qui s'y consument, et mesme sur les personnes qui y demeurent, mais aussy pour l'emploi des deniers qui en proviennent D est vrai que l'Union d'Utrecht oblige toutes les Provinces d'imposer certains droits par tout également, pour en estre k revenu appliqué aux nécessités communes, et à la conservation de l'Estat en gênerai. C'est sans doute un des principaux articles de l'Alliance perpétuelle, et qui fut jugé tres-necessaire à la subâstence; mais jusqu'icy l'on n'en a pas pu obtenir l'exécution, et il n'y a point d'apparence qu'on l'obtienne jamais. Pour dire k vérité, ce poinct ne fut pas si tost résolu, que l'on jugea, que l'exécution en seroit impossible, ou du moins très difficile; parce que les Provinces, qui ont peu ou point de commerce, ne peuvent P&3 exiger de leurs habitants les mesmes droits, que ceux des ftorinoes, qui ont l'avantage de la navigation et du commerce, peuvent payer sans s'incommoder. C'est pourquoy, bien que par l'Union elles soient obligées de charger les denrées également P*r tout, l'on a souffert, qu'elles se soient taxées elles mesmes *u fonds gênerai, à proportion, ou de leur pouvoir, ou bien selon l'affection et le zèle, avec lequel elles se chnrgeoient d'un fardeau, dont elles esperoient estre déchargées bien tost, et qui neantmoins

(1) Voyez sur la charge du Trésorier General: Yreede, InlekUng M ee*e geschied. der Diplom. I. p. 95—128.

38 La Chambre des comptes.

est devenu perpétuel, et presque insupportable à celles, qui ont esté plus faciles que les autres, à y prester le dos et les espaules. Aussy les Provinces, au lieu de commencer par un regalement juste entre elles, afin que Ton puisse juger par là du fonds, dont l'Estat puisse disposer, ne le font qu'après que le Conseil d'Estat a fait sa pétition, ou demande ; chaque Province se contentant d'y consentir, et en suitte de se servir des moyens, qu'elle juge les plus propres, et les plus commodes, pour lever sur ses sujets la somme, qu'elle est obligée de contribuer aux nécessités de l'Estat. Aujourdhuy la Hollande, qui a tousjours esté la plus chargée, contribue encore seule bien plus que toutes les autres Provinces ensemble. Celles d'Utrecht et de Groningue payent chacune la dixième partie de la quote d'Hollande, et ces deux Provinces payent ensemble autant que la Frise seule. La Zcelandc ne paye qu'environ la sixième partie de la quote d'Hollande, et les Provinces de Gueldre et d'Over-Yssel toutes deux ensemble autant que la Zeelande seule. Par le dernier regalement que les Provinces ont fait entr'clles, chaque Province contribue en la somme de cent livres, et aux autres sommes plus grandes à proportion, en la manière suivante:

Livres. Sols. Deniers.

Gueldre 5 12 3

Hollande 58 6 2f/4

Zcelandc ....... 9 3 8

Utrccht 5 16 7V*

Frise 11 13 23/4

Ovcr-Ysscl 3 11 5

Groningue 5 16 7»/t

Outre cela le petit Païs de Drentc contribue un pour cent au dessus du fonds de toutes les Provinces: en sorte que quand l'Estat fait un fonds d'un million, clic paye dix mille livres, de dix millions cent mille livres etc.

Pour régler les comptes entre les Provinces, et pour oiiir ceux du Receveur gênerai et des Receveurs particuliers, des deniers dont ils ont le maniement, comme aussy du Domaine, qui appartient à l'Estat en General, l'on a estably à la Haye une Chambre des Comptes, composée de Députés de toutes les Provinces, et de deux Secrétaires, qui font aussy les fonctions d'Audi-

U Admirante. 39

tetm et de Correcteurs. (1) Elle examine les comptes des Receveurs des Admirantes, elle voit et règle les cahiers des frais des Députés des Estats Généraux et du Conseil d'Estat, qui font des voyages, et qui exécutent des Commissions pour le service de l'Estat, ceux des dépenses extraordinaires des Ambassadeurs, des Députés Extraordinaires et des autres Ministres, qui sont employés dans les Cours estrangeres, et fait tenir un registre exact de toutes les ordonnances, que le Conseil d'Estat fait expédier. Car outre le compte des deniers des fonds, que les Provinces portent, ou envoyent au bureau du Receveur gênerai directement, ou qui se payent dans les Provinces mesmes, sur des décharges, ou sur des assignations du Beceveur gênerai, vérifiées et enregistrées au Conseil d'Estat, celuy du provenu des aides, du don gratuit et du revenu du Domaine du pais de conqueste, qui est immédiatement sujet à l'Estat en General, des droits d'entrée et de sortie de toutes sortes de marchandises et de denrées, par mer et par terre, en toutes les Provinces, se fait aussy en cette chambre. Mais comme c'est l'Admirauté, qui fait faire la recepte de ces droits, parce que les Provinces consentent tous les ans à se qu'elle les fasse recevoir elle mesme, par provision, pour estre employés à l'équippage des vaisseaux de guerre, qui servent d'escorte ordinaire aux navires marchands, c'est à elle aussy ou à •es Receveurs à en rendre compte à la Chambre. Le nombre de ces vaisseaux n'est réglé que sur le pied du revenu ordinaire de chaque Collège: tellement que lors que la guerre fait diminuer le commerce et augmenter la dépense, il faut que le Conseil d'Estat prie les Estats des Provinces de faire aussy un fonds extraordinaire pour l'Admirauté.

L'Admirauté est encore une assemblée composée de Députés de toutes les Provinces, qui ont la direction des affaires de la Marine, et de ce qui en dépend, au nom de tout l'Estat. Ce qui est la raison pourquoy eux, aussy bien que ceux du Conseil d'Estot, prestent le serment de fidélité entre les mains des Estats Généraux. Elle est divisée en cinq Collèges, dont il y en a trois en Hollande, un à Middclbourg en Zeclande, et le cinquième en Frise. Le premier est celuy de la Meuse, qui est establi à Kot-

(1) Le Conseil d'Etat était chargé par l'instruction de 1586 de l'administration des finances. Lors du départ du comte de Levée ster on songeait déjà à établir une Chambre des comptes, mais il n'est qu'en 1611, qu'on prit une décision à ce sujet. En l'an 1607, le 5 Novembre, la Chambre des comptes fut définitivement réglée.

40 L'Admirante.

tcrdam, par provision, à cause de la commodité de son port, sans doute le plus beau de tout le pais, nonobstant la barre qui est à l'entrée de la rivière, lequel lui donne cet avantage sur les Tilles de Dordrccht et de Delft, qui n'ont point de havre du tout, tellement que les grands vaisseaux n'y peuvent pas aborder (1). Quand le Lieutenant Admirai General est en mer, il mesle les vaisseaux de tous les Collèges, et en forme des escadres, ainsi qu'il le trouve bon, pour estre commandées par les officiers généraux dans leur rang. Il préside dans le Collège de la Meuse qui réside à Rotterdam, quand il est dans la ville, comme aussy en tous les Collèges d'Hollande: mais il ne s'y trouve que rarement, et lors que les affaires et équipages extraordinaires l'y appellent. (2) La Noblesse d'Hollande y a un Député perpétuel (8), mais les Députés des villes de Dordrccht, Delft, Rotterdam, Gorinchcm, Schiedam et Briellc, et ceux que les autres Provinces y envoyent, changent de trois en trois ans. Le second Collège est celuy d'Amsterdam, qui est le plus puissant de tous. Aussy fait il seul une troisième partie de tous les équipages, et prend la troisième partie du fonds extraordinaire, quand les Provinces ont consenti à un équipage extraordinaire. Mais comme les droits d'entrée et de sortie rendent plus en cette ville-là, qu'en tous les autres Collèges ensemble, il a aussy plus de moyen de faire des équipages pour son avantage particulier, sans ceux qu'il fait pour le service^de l'Estat en gênerai. L'Ordre des Nobles d'Hollande y a aussy un Député perpétuel (4). Ceux des villes de Haerlem, Leyde, Amsterdam, Goudc et Edam, et des six autres Provinces changent de trois en trois ans. Le troisième Collège, qui est celui de Nort- Hollande, ou West-Frise, est ambulatoire, et a sa séance à Horn

(1) 0 Lequel lui donne — pas aborder'9 Ce passage manque dans les autres exemplaires.

(2) » Il préside" On lit dans l'exemplaire que nous avons suivi : # il a séance et la première place après le Président" Lorsque les Princes d'Orange étaient investis de la charge d'Amiral Général, ils présidaient les collèges d'amirauté, mais quand cela n'était pas le cas, chaque collège avait son propre président. Les Lieutenants Amiraux n'y avaient pas séance.

(3) On trouve dans les autres exemplaires: »de même que la Province de Zeelandc" et en effet cette Province avait son député dans ce collège, comme dans celui d'Amsterdam.

(4) 0 Aussy bien que la Province de Zeelandc" ajouté dans les autres exemplaires.

Les rapport* des Prov. Unie* avec les attires puissances. 41

ou k Enchuysen, alternativement de trois en trois mois, à commencer par le premier jour de Décembre. Le quatrième Collège est à Middelbourg en Zeelande, et est composé du Député du premier Noble, quand il y en a un, et d'un de chacune des six filles de la Province, qui forment aussy le Collège des Conseil* lers Députés, d'un Député de la Meuse, c'est à dire des villes de Dordrecht, Delft, et Rotterdam, par tour, d'un de la ville d'Amsterdam, et d'un de la Province d'Utrecht (1). Le cinquième Collège est à Harlinguen, en Frise, et est composé de Députés des deux Provinces de Frise et de Groningue; à quoy quelques filtres Provinces joignent aussy les leurs. Ce sont ces Collèges, qui ont la direction de l'équipage et de l'armement qui se fait par mer, le distribuant entr'eux en sorte, que celui d'Amsterdam fournit tousjours deux fois autant de vaisseaux, que chacun des antres Collèges, soit qu'ils fournissent chacun une cinquième, ou bien une sixième part de tout l'équipage (2).

Pour ce qui est de la situation de ces Provinces, il est remarquable, qil la source et à l'emboucheure du Bhin il s'est formé deux puisants Estais libres, composés l'un et l'autre de plusieurs Cantons et Provinces Souveraines. Us se sont tous deux soustraits de la domiutioa delà Maison d'Austriche,et sont tous deux très considérables, tant à cause de Testante union qu'ils ont faites entr'eux, que par ha situation: l'un dans les montagnes, qui séparent l'Italie et la Rance de l'Allemagne, et l'autre sur la mer, à la veùe de la France et de l'Angleterre d'un costé, et de l'Allemagne, et des Boiaumes de Suéde et de Dannemarc de l'autre. Cette assiette, au milieu de toutes les autres puissances de l'Europe, oblige les mesrnes puissances à s'intéresser à la subsistance de l'un et de l'autre, et à contribuer à la conservation de leur liberté, que l'on ne peut pas ruiner ny altérer, que l'une des grandes puissances ne s'en fortifie au préjudice de l'autre. Les Suisses sont les maisons des plus importants passages d'Italie du costé de l'Allemagne, et les Provinces Unies possèdent un coin de terre, qui donneroit ttn avantage incomparable à celui des trois premiers Monarques de la Chrestienté, qui les uniroit à sa Couronne. Il y a cette

(1) Les autres exemplaires suivent un ordre différent et nomment plus justement le collège de Middelbourg le troisième, et celui de Nord-Hollande le quatrième.

(2) ,Scit qu'ils fournissent — équipage." ne se trouve pas ce passage dans les autres exemplaires.

42 La Fïcmce.

différence entre ces deux Estats, que les Cantons n'ont pas tous les mesmes interests, ny les mesmes alliances, comme aussy ils ne font pas tous profession d'une mesme religion. Les Provinces Unies, au contraire, font toutes profession de la religion Reformée, et ont toutes les mesmes interests et les mesmes alliances. D'ailleurs les alliances des Suisses ont pour object le profit de chaque Canton en particulier, qui fait des traittés et des alliances, sans la participation des autres Cantons, et qui loue et preste ses gens à ses alliés particuliers, au lieu que celles des Provinces Unies ont pour object quelque chose de plus relevé, scavoir l'interest commun, et la seule conservation de tout le composé des allies, de laquelle celle des Provinces, dont il est composé, dépend entièrement. C'est cet interest commun, qui a fait subsister cet Estât jusques icy avec tant de réputation et de gloire, qu'il n'y a point de Puissance dans l'Europe, qui n'ait recherché son ami* tié, et qui n'ait trouvé de l'avantage en son alliance. C'est aussy ce qui lie son interest avec celui de ses voisins si estroitement, que l'on ne peut pas escrire l'histoire de l'Estat des Provinces Unies, que l'on ne soit obligé de parler aussy des affaires de son voisinage: de sorte que devant que de la commencer, il sera nécessaire de faire voir en quel Estât se trouvoient celles des Princes et Estats de l'Europe, avec lesquels celui-cy avoit quelque liaison et interest commun, lors que la paix fut faite à Munster. La France et l'Angleterre, jalouses de la puissance formidable du Roy d'Espagne, et de la Maison d'Austriche, qui pou voit avoir quelque pensée pour la Monarchie universelle, lors que ces Provinces prirent les armes contre lui, ont fort aidé à la naissance de cet Estât, qui a le premier découvert la foiblesse de l'Espagne, et a fait voir au monde, qu'elle n'estoit pas en effect ce que ses partisans en vouloient faire accroire: et mesmes l'on peut dire, qu'il s'est rendu si considérable avec le temps, qu'il n'a pas esté inutile aux Couronnes, qui l'avoient protégé incontinent après sa naissance. L'on ne peut pas nier, que la France, laquelle n'a* voit point encore de Ministre, qui s'appliquast particulièrement à l'establissement du commerce, et laquelle ne pouvoit point prendre d'ombrage de cet Estât, a continué de le secourir d'hommes et d'argent, plustost à dessein de divertir et d'occuper les armes d'Espagne, qu'avec intention de faire des conquestes dans les Païs-bas. Le Cardinal de Richelieu, le plus puissant génie, que nostre siècle ait eu pour les affaires, et le plus grand Ministre que l'on ait jamais veu en France, eut des pensées plus relevées, et fit enfin

La France. 43

faire en l'an 1635 arec cet Estât, après plusieurs traittés de secours et de subsides, un traitté d'alliance offensive et défensive, dont Ton ne se promettoit pas moins que l'expulsion entière des Espagnols, et le partage des Provinces des Païs-bas, obéissantes au Boy d'Espagne. La première ville, qui apparemment ne deroit pas soustenir les premières attaques des armées des Alliés, les fit périr ; au moins celle de France, qui estoit la plus belle et la plus nombreuse, que l'on eust veiie en campagne depuis plus d'un siècle, fut entièrement ruinée, ou par la négligence de ses chefs, ou par l'adresse de celui qui commandoit l'armée de ces Prorinces (1). L'on commença à juger dés lors, du succès de la

(1) Mr. de Wicquefort parle du siège de Louvain et accuse le Prince d'Orange de la ruine de l'armée française. Aube ri du Mauricr {Mémoires pour servir à Vhistoire de Hollande, p. 268, éd. 1711) attribuait aussi la ruine de l'année française au désir du Prince de se venger de Richelieu, qui avait tenté en 1628 de lui enlever » principauté d'Orange. Voyez aussi Mr. Henri Martin dans son Hittoire de France, T. XXI, p. 433 sv. Cette accusation est aussi ridicule que fausse. Elle est ridicule parce qu'une telle conduite aurait été entièrement contraire aux vues du Prince, qui avait insisté auprès des Etats Généraux sur la nécessité d'un traité de secours avec la France, dont il se promettait beaucoup. En détruisant l'armée française il aurait anéanti tout espoir de succès. Mais de plus, l'accusation est finisse. Dans les résolutions des Etats de Hollande et des Etats Généraux on peut voir, que l'armée française manquait de vivres, et que la France ne fournissait presque jamais l'argent nécessaire pour l'entretien de son armée, nonobstant que le traité lui en imposait l'obligation. (yDe Fransehe soldaten door faulte van betaaling ende noodig onderhoud van armoede sullen moeten vergaan." Résol. des Etats Gén. 3 Févr. 1636). L'ambassadeur des Provinces Unies à Paris, Mr. Paauw, s'en plaignit officiellement aux ministres de Louis XIII. En Décembre 1636 la solde des troupes françaises était arriérée de cinq mois et leur position était si déplorable, que le Prince d'Orange fot souvent obligé de les secourir avec des vivres de sa propre armée. Cest donc injuste d'imputer au Prince la ruine de l'armée française, »la plus belle et la plus nombreuse, que l'on eust vue en campagne depuis plus d'un siècle." Voyez Wagenaar, T. XI. p. 209 sv. et Tan Wijn. L'unique reproche, qu'on puisse faire au Prince Frédéric Henri, est d'être resté trop longtemps inactif, pendant que les Es- P*gnob étaient découragés par les revers de leurs armes et par la perte de Thienen, et de n'avoir pas profité de la lenteur des troupes, V& l'Allemagne envoyait à leur secours sous le commandement de *iccolimini. Mais que pouvait-il faire avec une armée si dépourvue et dont les chefs n'agissaient pas de concert avec lui? Voyez van Àitzema, T. II. p. 275.

44 La France.

première entreprise, que la conqueste de ces Provinces n'estoit pas l'ouvrage d'une campagne. Il y avoit trop de bonnes Tilles à forcer, et les alliés ne purent pas longtemps dissimuler, que c'estoient des interests bien différents, qui les avoient engagés. Il importait à la France d'estendre ses frontières, et d'élever sur les conquestes des Païs-bas, un boulevart inexpugnable à la ville de Paris ; en sorte que ce seroit alors, qu'on la pourroit, à ce que le Cardinal Mazarin dit depuis, appeller véritablement le coeur de la France, parce qu'elle seroit placée à l'endroit le plus seur de tout le Boiaume. Les Estats n'avoient point d'autre interest, que celui de fortifier leurs frontières contre toutes les puissances voisines, quelles qu'elles fussent. La France faisoit la guerre en attaquant: cet Estât ne la faisoit qu'en défendant. La France venoit de rompre la paix, pour entrer en guerre, et cet Estât ne faisoit la guerre, que pour la finir par une bonne paix. L'une trouvoit chez elle un fonds inépuisable de finances, par le moyen de ses partisans, qui découvraient tous les jours, dans ses riches minières, de nouvelles veines d'or et d'argent, et l'autre soutenait In guerre de la substance de ses peuples, et se chargeoit de tant de frais, que l'on ne pouvoit plus payer du revenu ordinaire de l'Estat les interests des sommes immenses, qu'il avoit esté contraint d'emprunter. Aussy est il certain, qu'il n'y avoit que la France, qui profitait de cette alliance, puis que l'on a veu que Brcda, Guennep, le Sas de Grand et Hulst, ont esté toute la récompense de la profusion de tant de trésors, que cet Estât a consumés, et le fruit de tant de campagnes, qui ont diverti les armes d'Espagne, pour donner à la France le loisir de faire ces belles et importantes conquestes, qui luy sont demeurées par la paix des Pirenées, et qui lui ont donné le moyen d'y joindre celles, qui lui ont esté laissées par le traitté d'Aix la Chapelle.

Depuis l'an 1643 regnoit en France Louis, XIV du nom, sous la Régence d'Anne d'Aust riche, sa Mère, Princesse Espagnole de naissance, mais toute Françoise d'inclination ; particulièrement depuis la mort du Roy, son mary. La Reine Régente se servoit avec succès, sur tout pour ses interests particuliers, du Conseil du Cardinal Jules Mazarin; non seulement en la conduite des affaires du Roiaume, mais aussy à l'éducation du jeune Roy, son fils, qui a acquis sous les soins de ce Ministre, que l'on ne peut pas nier avoir esté un homme extraordinaire, quelque chose de plus grand , que ce qu'il doit à sa naissance, bien que

La France. 45

sans contredit la première de l'Europe. Jules avoit eu cela de commun avec plusieurs autres grands hommes des siècles passés, qui! n'avoit pas eu la naissance fort avantageuse (1), et son éducation, dans la maison du Conncstable Colonne, où il avoit esté page, n'avoit pas si bien effacé la bassesse de son extractions qu'elle ne lui eust laissé des marques, qui défiguroient aucunement ce qu'il avoit de beau et de grand de la nature. H avoit succédé, en la qualité de premier Ministre, au Cardinal de Bichelieu, qui l'avoit introduit dans les affaires de la Cour de France, on parce qu'en effect il l'avoit jugé capable de cet employ, ou parce qu'il espcroit, qu'après sa mort il protegeroit les parents de celui, à qui il devoit toute sa fortune et son avancement. Ceux qui ont counu le Cardinal Mazarin demeurent d'accord, qu'il tToit l'esprit plus fin qu'élevé, et qu'il estoit intéressé et infidelle, nais l'on ne peut pas nier aussy, qu'il n'ait eu de si excellentes parties d'ailleurs, que s'il eust esté un peu plus religieux de sa parole, plus severe aux occasions, et plus juste dispensateur des grâces du Boy, son maistre, il eust sans doute eu de l'avantage or son prédécesseur. Jamais homme n'eut tant d'adresse à démealer les intrigues du Cabinet, et quelque temps après le decés de Louis XIII, il témoigna une si grande fermeté en ses disgrâces, qui estoient capables certes d'estonner l'homme du monde le plus constant, et la resolution la plus déterminée, que bien qu'il fust contraint deux fois de sortir du Roiaumc, et qu'il se vist abandonné de la plus part de ses amis, il relevoit luy mesme le courage abattu de ceux de sa suite, et au lieu de leur demander de la consolation, il leur répondoit du restablissement de sa fortune, comme d'une chose infaillible. Dés que la Reine Régente eust jette les yeux sur lui, pour se servir de ses advis, plusieurs Princes et Seigneurs, à qui l'on donna le nom d' Importants , dont ta Ducs de Vendosme et de Beaufort estoient les chefs, tâchèrent de l'empescher de s'establir dans le Conseil et dans l'esprit de la Reine, et voulurent faire entrer dans le Ministère l'Evesque de Beauvais; mais il dissipa cette faction sans peine, et maintint fe repos du Roiaume et de la Cour, pendant que Henry de Bourbon, Prince de Condé, appuya son crédit de l'autorité

(1) Ce qui est le plus vraisemblable, c'est que le père de Mazarin, A* d'un artisan Sicilien, était venu chercher fortune à Rome, où il deîint cameriere du Connétable Colonn a. Voyez Henri Martin, Hùtoire de France, T. XII. p. 158 note 2.

40 Ija France.

qu'il avoit dans le Conseil. Henry estoit premier Prince du sang, lequel s'estant mis plus d'une fois à la teste des mécontents, sous la Régence de Marie de Medicis, pendant la minorité de Louis XIII, y avoit si mal reûssy, et sa détention au Chastcau de Vinccnnes, pendant plusieurs années, l'en avoit si bien chastié, qu'il estoit devenu le meilleur sujet, et le plus habille et le plus sage Prince de toute la France, où il faisoit respecter et obeïr le Roy et la Reine Régente, non seulement par la prudence de ses conseils, mais aussy par son obéissance et par son exemple. Le Duc d'Enghien, son fils aisné, n 'avoit point d'autre application en ce temps là qu'à la guerre, et n'avoit point d'autre ambition que pour la gloire qu'il y pouvoit acquérir. Il se contentoit du commandement des armées, et ne demandoit qu'à donner des batailles, où il a presque tousjours esté si heureux, que si sa naissance ne lui eust pas donné un si illustre rang en France, il eust pu espérer des services, qu'il a rendus à la Couronne, la dignité la plus approchante de celle de Prince du sang. Mais après la mort du père, qui décoda vers la fin de l'année 1646, en prenant sa place dans le Conseil, il commença aussy à prendre d'autres mesures. Il vouloit gouverner la Cour, et faire dépendre de sa volonté celle du premier Ministre. Le Cardinal y estoit disposé, et se seroit mis en la protection du Prince, si cclui-cy n'eust témoigné du mépris pour son alliance, en rejettant l'ouverture, que le Cardinal luy fit faire, du mariage de M an ci ni. son neveu, avec la fille unique et héritière du Comte d'Aletz (1), qui estoit Cousin germain du Prince, parce que la Duchesse d'Angoulcsmc, mere du Comte, estoit soeur, bien que d'un autre lict, de la Princesse Douairière de Condé, l'une et l'autre filles de Henry de Montmorency, Connectable de France. Cette mauvaise intelligence, qui partagea la Cour, et arresta le progrés des armes de France dans les Païs-bas, et dans les autres parties de l'Europe, jetta le Roiaumc dans l'es-

(1) #Alctz, lisez A lais. C'est une ville du Haut -Languedoc, située au pied des Cevcnncs avec titre de Comté et à dix lieues de Nismes. — Le Comte d'Alnis, dont il est ici question, était Louis E manuel de Valois, Colonel de la cavalerie légère de France et Gouverneur de Provence. — 11 était fils de Charles de Valois, Duc d'Angoulèmc, fils naturel de Charles IX et de Marie Fouchet. Sa fille unique et héritière, dont l'auteur parle, était Françoise Marie de Valois, qui épousa depuis Louis de Lorraine." Note de f Auteur de la Critique. Voyez aussi Bayle, JHct. 'hist. in voce Alau.

L'Angleterre. 47

trange confusion, dont les premiers mouvements commencèrent à paroistre dans le temps, que cet Estât avoit conclu la paix avec le Boy d'Espagne.

Cet Estât avoit aussy tiré des secours très considérables de l'Angleterre, au commencement de son establisscment; mais la Beine Elisabeth, qui y regnoit alors, ne les donnoit qu'en femme, c'est à dire, d'assés mauvaise grâce, et sur de bonnes as- •eurances, de deux ou trois des meilleures places d'Hollande et de Zeelande, où elle mit garnison Angloise. Non pas que son intention fust, en secourant l'Estat, de contribuer à ce qu'il s'erigeast une nouvelle puissance dans son voisinage. Elle ne le fit pas non plus pour l'amour de la religion protestante, dont elle faisoit profession, mais elle y estoit portée par un mouvement de vengeanee contre les Espagnols, qui avoient plus d'une fois fait attenter à sa vie et à sa couronne. Jaques, son Successeur, qui timoit naturellement les plaisirs et le repos, et qui au sortir de rEscosse, vouloit gouster la douceur de l'air de l'Angleterre, et jouir de la vie, se contentoit de demeurer dans les termes d'une amitié presque indifférente, et de vivre en bon voisin avec l'Espagne, aussy bien qu'avec cet Estât. Le Eoy Charles, son fils, TOoloit aussy conserver l'amitié de l'un et de l'autre, quoy que Ton ait tousjours remarqué en ses Ministres un peu plus de pendant vers l'Espagne que vers ces Provinces, jusques là mesmes qu'ils ont pu. rendre le Koy tout à fait insensible à l'affront qu'il receut à Madrid, au voyage, qu'il y fit, n'estant encore que Prince de Galles, le Eoy, son pere s'estant laissé persuader, que la Cour de Madrid n'oseroit pas refuser Tlnfante d'Espagne au Prince de la Grand Bretagne. Il n'eut pas plus de ressentiment de l'outrage* que les Espagnols avoient fait au Roy de Bohême, son bcaufere, sur lequel ils avoient pris le Palatinat, avec tout ce que ce Prince possedoit en Allemagne.

Pour ce qui est de la nation, les Anglois avoient souvent eu des demcslés très fascheux avec les habitants de ces Provinces, à cause du commerce, et particulièrement pour celui des Indes Orientales. Les Hollandois s'y estoient establis les premiers, et «choient d'empescher les Anglois de profiter de leurs establissetoents. Il semble, que les humeurs brusques et intéressées de ceux qui se résolvent à ces grands voyages, en s'éloignant des frontières de la Chresticnté, s'éloignent bien souvent aussy des principes du Christianisme. H faut avouer, que les uns et les autres se sont servis en ces quartiers là de moyens peu légitimes,

48 L'Angleterre.

pour acquérir, et pour se maintenir; ou du moins Ton doit dire, que si ces moyens ont esté innocents, ils n'ont pas paru tels aux yeux do l'univers. Les Hollandois, aussy bien que les Anglois, ont fait passer leurs jalousies et animosités des Indes dans l'Europe, où les habitants de ces Provinces ont un grand avantage dans le commerce sur toutes les autres nations, tant à cause de l'inclination naturelle qu'ils ont au ménage, que parce qu'ils ont trouvé le moyen de faire des voyages avec peu de gens et peu de dépense, au lieu que les Anglois se plaisent à en faire beaucoup, et font gloire de leur manière de vivre, splcndide et délicieuse. Us pretendoient quelque supériorité en la mer, et vouloient, que les Hollandois la reconnussent, non seulement en baissant le pavillon, et en amenant les voiles, sans que les officiers Anglois voulussent s'obliger à répondre à ces civilités, particulièrement dans les mers, qui baignent les costes des trois Roiaumes, mais aussy en payant le droit du dixième hareng de celuy qui se peschc sur leurs costes. La plus part des Princes donnent le nom de droit de régale aux violences et aux usurpations, qu'ils font sur la mer et aillicurs, contre le droit des gens, et mesmes contre celui de la nature. Toutes les nations, intéressées en la liberté du commerce et de la navigation, s'y devraient opposer, et joindre ce qu'elles ont de forces, pour abolir toutes ces vexations illégitimes, et pour tâcher d'en effacer tout à fait la mémoire.

Charles avoit succédé à son père dés l'an 1625, et avoit épousé Henriette, fille de Henry IV, Roy de France et do Navarre, et de Marie de Me d ici s. Cette Princesse se servoit de la facilité du Roy, son mary, en des rencontres, qui pouvoient faire soupçonner, que les sentiments du Koy, en matière de religion, n'estoient pas fort éloignés de ceux que la Heine avoit: et d'ailleurs les Anglois disoient, qu'il estoit trop opiniastrement attaché à des maximes assez ordinaires aux esprits médiocres et foiblcs, mais qui n'estoient pas fort compatibles avec ses véritables interests. Il preferoit la conservation de la dignité Episcopalc, et l'observation des cérémonies de l'Eglise Anglicane, bien qu'indifférentes d'elles mesincs, à la conservation de sa vie, de sa Couronne et de son Estât. Le peuple d'Angleterre, alors presque tout superstitieusement cnnciny des cérémonies de l'Eglise Romaine, murmuroit de tout ce que le Roy faisoit, et le Roy, qui estoit extrêmement bon, voulant donner quelque satisfaction au peuple, avoit convoqué en l'an 1G40 le Parlement, à dessein de

V Angleterre. 49

se servir de ses Conseils contre les desordres, dont le Roiaume estoit menacé, et dont Ton voyoit desja les commencements de ce temps là. Le Parlement ne fut pas sitost assemblé, que le Boy lui resigna une partie de l'autorité Souveraine, en lui permettant de ne se séparer point, tant que les deux Chambres jugeraient la continuation de leur séance nécessaire pour le bien des affaires du Boiaume. L'alliance, qu'il fit en la mesme année avec le Prince d'Orange, par le moyen du mariage de sa fille aisnée avec le fils unique héritier presomtif du Prince, qui avoit esté receu en la survivance des charges du père, ne luy donna pas l'avantage, qu'il pretendoit en tirer, parce que les peuples, préoccupés d'une mauvaise, mais faulse opinion, n'en furent pas plus persuadés de son zèle pour la religion protestante. Aussy ne fut-ce pas par cette considération principalement que le Boy préféra l'alliance de ce Prince à toutes les autres, qu'il eust pu choisir dans la Bcligion Bomaine; puis que les Princesses d'Angleterre ont en mariage, outre leur dot, l'espérance de la sucecsûm de la Couronne; mais à cause du secours, qu'il esperoit tirer fc ces Provinces, où le crédit du Prince d'Orange estoit si grand, fîîl approchoit du pouvoir souverain. Neantmoins il ne l'cstoit pw assez, pour pouvoir obliger les Estats à épouser les interests dn Boy contre le Parlement: au contraire le Prince se rendit «aspect par cette alliance inégale, et ruina ses affaires domestiques, tant par la dépense, qu'il fut contraint de faire pour cette recherche, que par les sommes considérables, dont il fut en suite obligé de secourir les affaires du Boy, et de soulager l'incommodité de la famille royale. De l'autre costé les Ministres de France aidèrent fort aux désordres de ce Boiaume, non seulement à cause de l'affection, que le Conseil de Londres avoit tousjours eue pour l'Espagne, mais aussy par un ressentiment particulier du Cardinal de Richelieu. Ce Ministre avoit envoyé en Angleterre le Colonel Destrades, pour tâcher d'obliger la Beinc, qui gouvernoit le Roy *on mary, de le disposer à entrer dans les interests de la France contre ceux d'Espagne; mais elle parla avec tant de mépris du Cardinal (1), que jamais personne n'offensa impunément, qu'il résolut de s'en venger, et de mortifier la fierté de la Reine. Et de fait A lui fit des affaires, qui ont continué d'affliger ce Roiaume, et

(1) Voyez la lettre d'Estrades du 24 Novembre 1G37 dans 1rs '*Hrf9t Mémoires et Négociations du Comte d'Estrades. T. I. p. 3 (éd. Londres 1743).

60 L'Angleterre.

la maison Royale, longtemps après la mort de ce Ministre, et qui ont, sans doute, fait avancer celle du Boy d'Angleterre. Cependant le Parlement, fortifiant son autorité de la foiblesse du Boy, lui osta ses plus confidents Ministres, en faisant mourir Thomas Wentworth, Comte de Straffort, Viccroy d'Irlande, et Guillaume Laud, Archevesque de Cantorbcry. De sorte que le Boiaume tombant en peu de temps dans une si horrible confusion, que dés la fin de Tan 1642 cet Estât, qui voyoit la Souveraineté du Boy, sinon abattue, du moins fort affoiblie par l'autorité du Parlement, et que les factions alloicnt deschircr tout le Boiaume, déclara, qu'il ne se mcslcroit point des différents des deux partis, mais qu'il demeurcroit dans une parfaite neutralité à l'égard de l'un et de l'autre, et il tâchoit de s'y conserver en effect. Le prétexte de reformer la religion et l'Estat avoit engagé aux interests du Parlement, non seulement ceux qui jugeoient la reformation nécessaire, mais aussy tous les sectaires, fanatiques, et mesme les mécontents et les rebelles, qui firent dégénérer les aigreurs et les animosités en une guerre civile formelle, et en des hostilités déclarées. Le Boy ayant levé une armée pour le secours des Protestants d'Irlande, où sous ce prétexte, le Parlement, à qui ses intentions estoient suspectes, vouloit qu'on lui permist de donner le commandement de ces troupes à une personne, qui ne fust pas dans la dépendance de la Cour. Le refus du Boy, et le dessein qu'il eut, et qu'il tâcha d'exécuter, de faire enlever cinq Députés de la Chambre basse, dans le Parlement mesme, irritèrent si fort toute l'assemblée, qu'il n'y avoit presque plus de reconciliation à espérer. De sorte que le Boy, croyant que sa personne n'estoit plus en scurcté dans la ville de Londres, qui s'estoit déclarée pour le Parlement, en sortit, et en fit sortir les Princes, ses fils, envoya la Beinc en Hollande, déploya son estendart à Nottingam, et donna la bataille au Comte d'Esscx, General du Parlement, laquelle il gagna. Mais ces beaux commencements eurent une tres-nteheusc suite. Car Thomas F air fax, à qui le Comte d'Esscx avoit cédé le commandement de l'armée quelque temps après, repara cette perte par la victoire, qu'il remporta à Nascby, où le Roy, dont l'armée avoit. esté affoiblie au siège de Gloccstcr, perdit, avec son canon, avec son bagage et son cabinet, ce qui lui estoit demeuré de reste de sa bonne fortune, qui lui tourna le dos, et ne lui fut plus favorable depuis ce temps là. Non seulement il ne se pût jamais relever de cette perte, mais il sembloit qu'il s'abandonnast lui

Le Dannemarc. 51

mcsme; veu que Ton remarqua, que depuis cette heure-là il n'y eut plus de resolution dans ses Conseils, plus de prudence en la conduite de ses Ministres, et point de vigueur dans l'exécution.

Le mauvais estât de ses affaires le fit résoudre à se mettre entre les mains des Escossois, qui l'envoyèrent à Neufchastel (1), mais quelque temps après ils en traitterent avec les députés du Parlement d'Angleterre, qui le firent mener au Chasteau de Holmby, d'où il fut tiré par l'armée vers la fin de l'année 1647* et peu de jours devant la conclusion du Traitté de Munster.

La navigation et le commerce avoient rendu l'amitié des deux Bois, de Dannemarc et de Suéde, nécessaire à ces Provinces, et particulièrement à celle d'Hollande, mcsme quelques siècles devant que l'Union d'Utrecht en cust formé ce grand Estât. Elles en avoient obtenu, surtout du Koy de Dannemarc, plusieurs beaux privilèges, en faveur du commerce, et elles en avoient paitiblement joiiy jusqu'au commencement du quinzième siècle, que, Christierne ou Ghrestien II ayant esté chassé par ses sujets, «a Provinces, qui appartenoient alors à l'Empereur Charles V,nét» d'alliance de Christierne, entrèrent en guerre, pour l'amour fclui, avec Frideric, Duc de Holstein, qui avoit esté appelle à h Couronne par les Danois. Cette guerre dura jusques à l'an 1544, et finit par le traitté héréditaire, qui fut fait à Spire, entre Charles, tant pour lui, que pour toute la Maison d'Austriche, «t entre Fridcric, tant pour lui, que pour les Rois de Dannemarc, «8 Successeurs, et par ce moyen les habitants des Païs-bas rentrèrent en la possession et en la première jouissance de leurs anciens privilèges. En ce temps là chaque navire, qui passoit par le destroit du Sond, ue payoit point d'autre péage, sinon un noble à k rose, pour les frais des fares et des feux, que le Koy de Dannemarc estoit obligé de faire allumer et d'entretenir sur les costes de Schone et de Zeelandc, pour la conduite des Mariniers, pendant la nuict, et pour l'adresse des navires en cette mer là. &is dés le commencement des premiers troubles de ces Païs, sous le gouvernement de la Duchesse de Parme, Frideric II, Itoy de Dannemarc, s'avisa de faire payer le péage au Sond, à proportion de la grandeur et de la capacité des vaisseaux qui y passoient. Ce changement s 'estant fait en l'an 1566, le Duc d'Albc, qui succéda à la Duchesse de Parme au Gouvernement des Païsbas, et qui commandoit les armes du Roy d'Espagne, en qualiic

(1) Newcastlc.

62 Le Da*nemarc.

de Capitaine Général, en escrivit au Boy de Dannemarc, et obtint de lui ce qu'il avoit désiré pour l'avantage des Flamcns: mais les divisions et les desordres s'augmentant tous les jours en ces Fois, le Boy de Danncmarc, qui en voulut profiter, recommença à faire exiger les mesmes droits. Chrcstien IV, qui succéda au Boiaume de Dannemarc en Tan 1596, avait d'abord des attachements fort particuliers à la Cour d'Espagne, et prenant plaisir à incommoder le commerce des habitants de ces Provinces, chargea leurs vaisseaux et marchandises au passage du destroit du Sond de droits excessifs, qu'il augmentait selon son caprice, et bien souvent au double, au préjudice du traitté de Spire, qu'il pretendoit avoir fait avec les Princes, et non avec les Estats du Païs. U faisoit aussy lever des droits à Glucstadt, place du Duché du Holstein, qu'il avoit fait fortifier sur la rivière d'Elbe, au dessous de Hambourg, et vivoit d'ailleurs avec cet Estât d'une manière, qui faisoit connoistre, qu'il ne le craignoit pas beaucoup, et qu'il ne l'aimoit point du tout. Pour cette raison, et pour quelques autres considérations, les Estats Généraux avoient fait dés l'an 1614 un traitte* d'alliance avec Gustave Adolfe, Boy de Suéde, qui n'estant aagé que de dixhuit ans, venoit alors de succéder à cette Couronne là, et croyoit n'avoir pas moins de sujet qu'eux de se plaindre du procédé du Boy de Dannemarc. Ce Prince, sans doute, un des plus grands, que l'on ait veus depuis plusieurs siècles, estant sorti glorieusement des guerres, qu'il avoit eues avec le Boy de Pologne, et avec le Moscovite, fut convié en l'an 1630 par la France, et par quelques Princes Protestants de l'Empire, à entrer en Allemagne en faveur de ceux, qui avoient interest de s'opposer à la grandeur formidable de la Maison d'Àustrichc. Cet Estât s'y joignit, et tira un grand avantage de la prospérité, qui accompagna les armes de Suéde dans l'Empire, jusques à la bataille de Lutzen, en la Saxe Electorale, où Gustave fut tué le 16 Novembre 1G32. Quelques années après son decés, la Suéde, incommodée des vexations, que le Boy de Dannemarc faisoit faire aux navires Suédois, non seulement dans le Sond et sur l'Elbe, mais aussy sur le "YVescr, où elle avoit plusieurs places considérables, escouta les ouvertures, que cet Estât lui fit faire, pour le renouvellement des traittés précédents. De sorte que l'an 1640 Ton en fit un avec Christine, fille unique et héritière de Gustave Adolfe, pour la seurcté et liberté de la navigation et du commerce en la mer Baltique, et dans l'Océan jusques au Pas de Calais, contre tous ceux qui le

Le Dannemarc. 53

roudroient troubler ou incommoder (1). Environ ce temps là Ton fit aussy défenses aux navires de ce pais de passer par le Sond, et d'entrer, pendant quelque temps, dans les ports et havres du Boy de Dannemarc, tant en la mer Baltique qu'en Norweguc. Le Eoy de Dannemarc, de son costé, envoya en Espagne Hannibal Zeestet (2), tousjours amy des ennemis de cet Estât, et y fit faire un traitté*, qu'il croyoit devoir estre extrêmement préjudiciable à ces Provinces, ou du moins leur donner une grande jalousie. Toutesfois craignant que les affaires ne se portassent à de plus grandes extrémités, d'où il auroit eu de la peine à revenir, il s'avisa de modérer les droits du Sond, par l'entremise de l'Archevesque de Brème, son fils, de sorte que le tarife fut réglé sur le pied de celui de l'an 1637, et ce par provision pour cinq ans. Le temps du traitté ne fut pas sitost exspiré, que dés l'an 1643 il recommença à hausser le tarife, et à establir de nouveaux droits, capables de ruiner la navigation et le commerce des habitants de ces Provinces en ces quartiers là (3). Cet Estât en lûoit témoigner son ressentiment, quand on sceut vers la fin de femesme année, que l'armée Suédoise, qui estait employée contre lîmpereur, et contre la ligue Catholique en Allemagne, estoit entrée en Holstein, et qu'elle y prenoit ses quartiers d'hiver. Ce fut alors que le Koy de Dannemarc reconnut, quoy que bien tard, que l'on ne peut pas tousjours offenser impunément, sans sujet, le» puissances voisines. Il fit prier les Estats de ne donner point de secours aux Suédois, et de ne leur payer plus les subsides, qu'ils continùoient d'en tirer pour la guerre d'Allemagne. Néantmoins comme c'estoit une grande amc, qui se plaisoit à faire les choses, et à les emporter de hauteur, il ne se pût pas empescher d'accompagner ses prières d'une espèce de menaces, et de déclarer, qu'il alloit s'allier avec l'Empereur et avec le Roy d'Espagne, si l'on continuoit d'assister les Suédois. Mais ses prières et menaces furent inutiles, et ne purent pas empescher que l'on ne permist aux Suédois d'achetter, de frotter et d'équiper des vaisseaux de guerre en ce païs, et d'y choisir des officiers, qui leur firent remporter de grands avantages sur les Danois. Toutesfois encore que Ton ne fust pas marry de voir la fierté du Koy de Dannc-

(1) On trouve le texte du traité de Stockholm, queMr.deWicquefort a produit dans ses pièces justificatives, chez vanAitzema,II. p. 691 sv.

(2) Annibal Schcstcd, voyez Baylc in voce.

(3) Voyez van Aitiema, II. p. 720.

54 La Suède.

marc un peu mortifiée, il emportait de faire balancer les forces des deux Rois du Nort, et Ton devoit empescher, qu'elles ne passassent pas toutes dans une main, qui les pourroit employer mal à propos. Il est vrai que Ton n'eut pas beaucoup de sujet de l'appréhender pendant le règne de la Beine Christine, fille du grand Gustave Adolfe, en laquelle on remarquoit dés ce temps là beaucoup de foiblesse, et uue conduite fort irreguliere: néant moins les Estats ne laissèrent pas d'envoyer leurs Ambassadeurs en Dannemarc et en Suéde, à dessein de porter les esprits à un accommodement, tandis que le Boy de Dannemarc, au lieu de reconnoistre les bons offices, que l'Estat lui rendoit, ne se contentait pas de continuer ses vexations, mais augmentait mesme les péages, presque à la veûe des Ambassadeurs, qu'on lui avoit envoyés. Alors les Estats, croyant ne devoir plus souffrir cette ingratitude, résolurent de s'en ressentir, firent un puissant armement, envoyèrent une flotte considérable dans l'Orisont, et firent dire au Boy, qu'ils alloient joindre leurs forces à celles des Suédois, s'il ne se resolvoit à estre plus raisonable, L'Espagne, dont les armes est oient occupées contre la France, et contre les Provinces Unies en mesme temps, et qui avoit à combattre dans ses entraillles les Portugais et les Catalans, n'estoit pas en estât de le secourir, non plus que l'Empereur, qui avoit sur les bras la France, la Suéde et une partie des Princes Protestants d'Allemagne. Tellement qu'il fut contraint de souffrir enfin, qu'au mois d'Aoust 1645 l'on fist à Christianople un traitté, par lequel on pretendoit avoir réglé par provision tous les différents, que cet Estât avoit avec la Couronne de Dannemarc, au moins ceux que l'on avoit eus pour le péage du Sond. Ce traitté, qui devoit durer quarante ans, ayant fait connoistre au Boy de Dannemarc, que l'amitié de ces provinces ne lui pouvoit pas estre indifférente, veu la puissance et le voisinage des Suédois, il envoya à la Haye en l'an 1646 Corvitz Ulcfelt, Grand Maistrc de son Boiaume, en qualité d'Ambassadeur Extraordinaire, et fit faire en l'an 1647 un traitté, qui acheva de régler les droits d'entrée et de sortie» que les navires de ce païs dévoient payer en Norwegue: et ce traitté estait, ainsy que le précèdent, pour quarante ans. En l'an 1649, sous le règne de Fridcric III, qui avoit succédé à Christian IV, le mesme Corvitz Ulcfelt fit deux autres '-raittés, dont il sera parlé aux livres suivants. Cet Ambassadeur arriva en Hollande dans un temps, où les habitants de cette Province n'estaient pas fort satisfaits de la manière d'agir des Suédois.

Le Portugal. 55

La Couronne de Suéde s'estoit rendue fort considérable, par les progrés que ses armes avoient faits, premièrement en MoscoTÎe et en Pologne, et en suite en Allemagne, sous Gustave Adolfe. L'alliance, que les Suédois avoient avec la France et avec cet Estât, qui les avoient secourus de subsides, y avoit contribué beaucoup. Mais ils ne se souvenoient plus de leur première condition, ny des subsides et du secours qu'ils en avoient tires, sans lesquels ils n'eussent pas pu réussir en leur dernière guerre, et ils tâchoient de ruiner le commerce de ces Provinces, par les grands avantages qu'ils accordoient, non seulement aux Suédois naturels, et aux autres sujets de cette Couronne là, mais anssy aux habitants de ces Provinces, qui en acquérant le droit de Bourgeoisie en Suéde, où Ton ne le refuse à personne, joiiissoient effectivement des mesmes exemtions, encore qu'ils n'y demeurassent point, et ce directement contre le traitté que l'on a?oit fait avec eux en l'an 1640. Cette raison convia depuis les Estats à faire avec le Boy de Danncmarc le traitté, qui se negocioit encore, lors que la paix fut conclue à Munster en Tan 1648. Les démeslés, que ces Provinces ont eus, et ont encore avec les Portugais, nous obligent à reprendre les affaires du Boiaume de Portugal de plus haut, et à en donner une connoissance plus particulière. £ manuel, qui succéda à la Couronne de Portugal après la mort de Jean II, son Cousin germain, en l'an 1495, épousa en l'an 1497 Isabelle, fille de Ferdinand et d'Isabelle, que l'on appelloit les Kois Catholiques, et avoient rcùny, par leur mariage, les deux Couronnes de Castillc et d'Aragon en leurs héritiers. Emanuel eut de sa première femme un fils, qui mourut jeune. Il épousa en secondes nopecs Marie, sœur d'Isabelle, et en eut plusieurs enfants; sçavoir Louis, père d'Anthoinc, Prieur d'Ocrate, dont la postérité vit encore en ce paîs (1), Ferdinand, qui mourut sans enfants, Jean, Alfonse et Henry, Cardinaux, Edùard, Isabelle, femme de l'Empereur Charles V, et Bcatrix, femme de Charles, Duc de Savoye. La troisième femme d'E manuel fut Elconor, fille de Philippe s d'Austriche, que les Espagnols ont surnommé el kermoso, et de Jeanne d'Espagne, niepee d'Isabelle et de

(1) D. Antoine, prieur de Crato, bien connu dans l'histoire de Portugal, fils naturel de Louis de Beja, avait deux fils, dont l'un, D. Emanuel, épousa Emilie, fille de Guillaume le Taciturne ci d'Anne de Saxe. Voyez Wagenaar,'T. VIII. p. 489 sv.

56 Le Portugal.

Marie, sa première et deuxième femme, laquelle épousa depuis en secondes nopces François I, Boy de France. Emanuel eut de ce dernier mariage un fils et une fille, qui ne laissèrent point d'enfants. Edûard, fils d'E manuel, qui fut Bue de Guimarins, épousa Isabelle, fille de Jaques, Duc de Bragance, et de ce mariage naquirent Marie, femme d'Alexandre Farnese, Duc de Parme, Catherine, femme de Jean, Duc de Bragance, et Edûard, qui mourut jeune. Jean III, Boy de Portugal, fils d'Emanuel et de Marie, sa deuxième femme, épousa Catherine, fille dePhilippes d'Austriche et de Jeanne d'Espagne, sœur de sa belle mère, et en eut Marie, première femme de Philippes II, Boy d'Espagne, et mère de Don Carlos, lequel eust succédé sans contestation à la Couronne de Portugal, s'il eust vescu, et Jean, qui épousa Jeanne, fille de l'Empereur Charles V, dont naquit un fils posthume, nommé Sebastien, qui succéda à Jean III, son ayeul, au Boiaume de Portugal, et fut tué à la bataille d'Alcazarquivir en Afrique, le 4 Aoust 1578. U ne laissa point d'enfants, de sorte que Henry, son oncle, qui estoit Cardinal et Prestre, lui succéda* Celui-cy estant aussy decedé sans enfants, la Couronne de Portugal fut contestée par P h i 1 i p p e s II, Boy d'Espagne, fils d'I sabelle, laquelle estoit fille aînée du Boy Emanuel; par Jean, Duc de Bragance, qui avoit épousé Catherine, fille d'un fils du mesme Boy, ainsy que nous venons de dire; par Alexandre Duc de Parme, qui la demandoit pour son fils, né de Marie, sœur aînée de la Duchesse de Bragance, et par Anthoine, qui prétendant estre fils légitime de Louis, se mit en devoir d'en prendre possession. Mais Philippes, plus fin et plus puissant que tous ses compétiteurs, envoya en Portugal, à la teste d'une armée, le mesme Ferdinand Alvarez de Tolcdo, Duo d'Albc, qui avoit esté Gouverneur des Païs-bas, dissipa les troupes, que Don Antonio avoit ramassées, et se fit couronner et reconnoistre Koy de Portugal. Il y a une antipathie presque naturelle entre ces deux nations voisines, de sorte que Philippes et les Bois, ses successeurs, ont tousjours esté l'aversion des Portugais, qui au contraire conservoient leur affection entière et pure pour les Princes de la Maison de Bragance. Ils en avoient donné des preuves en plusieurs rencontres, jusques à ce qu'enfin, pendant les derniers jours de l'an 1640, ils chassèrent les Ministres et Oiliciers de Castille, et proclamèrent Boy de Portugal Jean, fils de Thcodose II, et petit fils de Jean, Duc de Bra-

Les conquêtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales. 57

gince, et de Catherine de Portugal. Les particularités de cette révolution, une des plus remarquables de nostre temps, ne sont pas du sujet de cette histoire, puis que les affaires de ce Roiaumelà n'ont rien de commun avec celles de cet Estât, que depuis que Don Tristan de Mendoça de Furtado vint en ce païs, en Tan 1641, comme Ambassadeur Extraordinaire du nouveau Boy de Portugal. Les Estats ne firent point de difficulté de reconooistre, comme Boy légitime, un Prince du sang Boyal de Portugal, qui avoit esté appelle à la Couronne du consentement universel, et presque unanime de tous les Portugais, et qui détachoit de la Couronne d'Espagne, avec laquelle ils estoient en guerre ouverte, des Provinces si considérables en Espagne et dans les deux Indes, et conclurent en Pan 1641 avec lui une trêve de dix ans (1). L'Ambassadeur voulut, qu'il y fust stipulé expressément, que la trêve ne commenceroit dans les Indes Orientales, que dans un an après que la ratification du Boy de Portugal aurait esté apportée en ce païs; n'es toit que Ton eust dans les Indes une connaissance publique et certaine de la trêve devant ce temps là: auquel cas les hostilités y, cesseroient du jour que k trêve y anroit esté signifiée, et dans les Indes Occidentales du jour de l'échange des ratifications. Le Boy de Portugal ratifia le traitté à Lisbonne le 18 Novembre de la mesme année, et sa ratification arriva en Hollande au mois de Février 1642.

Nous avons dit ailleurs, qu'en l'an 1621 une Compagnie avoit esté érigée pour les Indes du West, que l'on appelle communément en France les petites Indes. Elle obtint des Estats un privilège pour vingtquatre ans, à commencer du premier jour de Juillet de la mesme année, comprenant en son cstendùe toute la coste d'Afrique, depuis le Tropique de Cancer jusques au Cap de Bonesperancc, et toute l' Amérique, c'est à dire, toutes les Indes Occidentales, Isles et Terre ferme, depuis la partie méridionale de Tcrrcncuve jusques au destroit d'Anian, le long des deux mers, de Nort et de Sud. Ses commencements furent plus beaux et plus grands, que l'on n'avoit osé espérer, et promettent la conqueste de tout le Brésil ; laquelle eust esté infaillible, si les Ministres, ou Directeurs de la Compagnie eussent eu autant de soin de conserver leurs conquestes, qu'ils avoient eu de bon-

(1) Comme on peut trouver chez van Aitzcma, VI. p. 756 le texte du traité des Trêves avec le Portugal, nous ne l'avons pas inséré dans les pièces justificatives, comme a fait Mr. de Wicqucfort.

53 Les conquêtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales.

heur et de facilité à les faire. Au mois de May 1624 elle avoit pris la ville de S'. Salvador en la Bahia de Todos los Santos, qui estoit la capitale de tout le Brésil, mais elle l'avoit perdue au mois d'Avril de Tannée suivante, faute de conduite, ou plustost par la lâcheté de ceux, à qui la Compagnie en avoit confié la garde. Elle conquit au mois de Février 1630, ses armes estant alors commandées par le General Lonck, la ville d'Olinda de Fernambouc, que les Hollandois nomment communément Fernambouc, et les François Farnambourg, et se rendirent par ce moyen maistres d'une des plus grandes Capitainies de toute la coste du Brésil, ayant prés de soixante lieues de longueur, depuis la rivière de S1. Francisco, jusques à la Capitainie d'Itamarica. Ses armes y joignirent en suite les Capitainies et places de Siara, S1. André, Rio grande, Conhahu, Paraïba, le Cap de S1. Augustin, le Kccif de Fernambouc, Porto Caluo etc. et plusieurs Isles, de celles que l'on appelle Antilles. La Compagnie n'avoit pas encore perdu l'espérance, de reconquérir la Bahia, lors que le Roiaume de Portugal se détacha de la Couronne de Castille. Jean Maurice, Comte de Nassau, qui avoit fait prendre le Chasteau de S1. George dclMina en la costc de Guinée, dés l'an 1637, se trouvant encore au Brésil en Tan 1641, en qualité de Capitaine gênerai de la Compagnie, sous l'autorité de l'Estat, et jugeant, que cette importante conqueste du Brésil scroit inutile à la Compagnie, et mesmes que l'on auroit de la peine à y subsister, si l'Afrique ne lui fournissoit des Nègres, qui y sont extrêmement nécessaires, parce que sans eux les ingenhosy ou moulins à sucerc, manquoient d'ouvriers, et, l'on ne pouvoit pas suffire à la culture de la terre, particulièrement à celle de la Mandihoea, qui sert de pain aux habitants, forma une entreprise sur quelques places de ces quartiers là. Il employa à l'exécution de ce dessein une flotte de vingt et un vaisseaux, montée de deux mille soldats et de neuf cens matelots, sous le commandement de Corneille Jol, que les Espagnols nommoient ordinairement Pie de palo, ou jambe de bois, et du Lieutenant Colonel llcnderson. Us partirent de Fernambouc le 30 May 1641, et arrivèrent à Loanda de S1. Paolo le 24 Aoust. llcnderson ayant fait débarquer ses gens de guerre, rencontra d'abord César de Mencses, Gouverneur du lieu, à la teste de quelques troupes meslécs de Portugais et de Nègres, en bataille; mais dés la première attaque les Nègres plièrent et l'abandonnèrent ; de sorte que Jol n'eut pas beaucoup de peine à se rendre maistre de la ville, et des forts qui la dé-

Les conquêtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales. 59

fendoient. Apres cela César de Mené se s escrivit à Jol une lettre, toute remplie de reproches, d'avoir violé le traitté, que le Boy, son maistre, venoit de conclurre avec les Estats, et demandons avec la restitution de la ville de Loanda, réparation de la violence qu'il lui a voit faite, en l'attaquant contre la foy du traitté, et de la trêve, que leurs Maistrcs avoient faite. Jol, au lieu de hri donner la satisfaction qu'il demandoit, lui répondit, qu'il ivoit ea tort de ne l'advertir point de ce traitté, devant que le succès da combat, que les Portugais avoient bien voulu hazarder, feost rendu maistre de la place: pour lui, qu'il n'avoit point de connoissance de ce prétendu traitté, et qu'il n'en avoit point oui parler, lui ordonnant en mesme temps de se retirer à seize lieues de là, plus avant dans le pais. M en es es alla loger, avec ses gens, sur la rivière de Bengo, où il fortifia son logement en sorte, qu'il commença à donner de l'ombrage aux Hollandois, qni pour se délivrer de cette inquiétude, l'attaquèrent en son quartier, défirent ses gens, et l'emmenèrent prisonnier à Loanda. Toutefois cette dernière disgrâce n'arriva que vers la fin de l'anftfc, après que Jol se fut rendu maistre de l'Isle de S1. Thomé, n commencement d'Octobre de la mesme année, et de S'. Louis de Maranhan, vers la fin de Novembre. Le Comte de Nassau içavoit bien que le Duc de Bragance s'estoit fait couronner Roy de Portugal, parce que les Portugais du Brésil s'estoient en mesme temps souslevés contre la Castille; mais il n'avoit point eu d'advis de l'Ambassade, que le nouveau Roy avoit envoyée en Hollande, non plus que de la trêve qui s'y devoit faire, et ne pou- ▼oit pas mesmes avoir advis de la conclusion du traitté, puis qu'il n'estoit pas conclu en effect, lors qu'il fit partir ces troupes, ny mesmes lors qu'il fit cette conqueste. Du moins est il certain, qu'elle fut faite devant que les ratifications du traitté fussent échangées, et mesmes devant que le Roy de Portugal l'eust ratifié. Les Portugais en firent pourtant de grandes plaintes, et disoient, que la bonne foy devoit servir de fondement, et comme d'ame, à tous les traittés qui se font entre les Souverains, qui ne font pas décider leurs différents par la chicane du droit civil, et que la Compagnie, sçachant que l'intention du Roy de Portugal et de cet Estât estoit de faire cesser les hostilités, qui n'avoient esté exercées par les armes des Provinces Unies contre les Portugais, que comme contre des sujets du Roy d'Espagne, ne devoit pas se couvrir d'un mauvais prétexte d'ignorance affectée, pour les continuer après le détachement de cette Couronne de celle de Castille.

60 Les conquête* des Prov. Unies aux Indes Occidentales.

Et de fait l'Estat eust bien voulu, que cela ne fust pas arrivé; mais l'affaire estant faite, Ton prit Avantage du texte du traitté, dont le sens littéral, qui estoit formel et exprés, justifioit ce que la Compagnie avoit fait; et comme elle estoit encore tres-considerable en ce temps là, on ne la voulut pas obliger à restituer ce qui avoit esté pris, ou légitimement, ou du moins avec quel* que apparence de justice. Les hostilités avoient esté continuées par les Portugais dans les Indes Orientales, et particulièrement dans Tlsle de Ceilon; bien que Ton y sceust, que la trêve avoit esté conclue en Hollande, et que le General Hollandois l'eust fait publier dés le mois de Septembre, et eust offert, conformément au 2 article du traitté, de faire cesser les hostilités. Mais pour ce qui est de la Compagnie des Indes Occidentales, pour dire la vérité, ses entreprises n'ont pas esté si bien justifiées, qu'il ne faille avouer, que si elles n'ont pas esté la cause de sa ruine, elles en ont esté l'occasion, et ont au moins couvert d'un beau prétexte toutes les violences et toutes les supercheries, que les Portugais ont faites depuis dans le Brésil, où la Compagnie, bien loin de conserver ses nouvelles conquestes, a mesmes perdu les anciennes. Les Portugais, à qui la perte des places, que les Hollandois avoient prises sur eux en la costé d'Afrique, estoit extrêmement sensible et importante, particulièrement à cause du commerce des Nègres, dissimuloient ncantmoins leur ressentiment, pendant que le Conseil de Lisbonne travailloit avec application aux moyens de réunir à la Couronne de Portugal tout ce qu'elle avoit autrefois découvert et conquis dans les deux Indes. L'on estoit persuadé en ces païs que c'estoit l'intention des Portugais; puis qu'au lieu de s'asseurer de l'amitié des Provinces Unies par une paix perpétuelle, laquelle on ne leur auroit point refusée, si Don Jean l'eust fait demander incontinent après son advenement à la Couronne, ils ne voulurent faire qu'une trêve de peu d'années, et que l'on peut dire qu'ils en donnèrent une preuve évidente au souslevcmcnt des Portugais dans le Brésil. Le Comte de Nassau, qui l'avoit gouverné pendant quelques années, aveo une grande conduite, avoit donné aux Portugais un respect pour sa personne, qui les empescha de remuer pendant le temps de son Gouvernement; mais après qu'il eust quitté cet employ, et qu'il en fust part y en l'an 1644, la direction des affaires demeura à des gens de négoce et de métier, aussy incapables de gouverner un si grand païs, et des peuples, dont les humeurs et les inclinations estoient si différentes, que de conserver une nouvelle cor*-

Le$ conquêtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales. 61

qtteste, qui aroit des traistrcs dans son sein, et des ennemis irréconciliables dans le voisinage.

Les Portugais de l'obéissance du Boy cntretenoient leurs intelligences avec ceux de leur nation, qui demeuraient sous la protection de la Compagnie. Us se voy oient tous les jours, et on le souftroit, parce qu'ils remplissoient les coffres des Directeurs d'or et d'argent, pendant qu'ils tiroient des magasins les vivres et les munitions, dont dépendoit la conservation de tout ce que li Compagnie y possedoit. Les Portugais, sujets du Roy, avoient anssy l'adresse, en achcttant des Hollandois les Nègres, que la Compagnie faisoit venir d'Angola, de ne les payer point comptant aux Directeurs, mais de les prendre à crédit, et de donner pour répondants d'autres Portugais, sujets de la Compagnie. Ces derniers en achettoient aussy pour eux, et comme il falloit neccsnirement passer par les mains des Directeurs, qui tiroient un très grand profit de ce commerce, les esclaves en devenoient tous les jours plus chers, et les intcrests montoient à des sommes si immenses, qu'excédant dans peu d'années la somme principale, il «toit impossible aux Portugais de les acquiter; de sorte que se trouvant dans uuc dernière extrémité et mesmes dans l'impossibilité de payer, ils se portèrent enfin à une révolte générale, Antonio Telles de Silva estoit Viccroy du Brésil pour D. Jean IV, Roy de Portugal, et entretenoit correspondance, par rentremise d'André Vidal, avec les autres Portugais, et particulièrement avec Jean demandez Viera, Mulate, c'est à dire né d'un père Portugais et d'une merc Nègre. Cet homme tenoit à ferme les droits, que la Compagnie levoit sur les ingenhos* ou moulins à sucerc, et s'estoit si bien cstably dans l'esprit de quelques uns des Directeurs, qui s'y fioient entièrement, qu'ils ne lui cachoient rien de Testât de leurs affaires. Il en donnoit de temps en temps advis à la Bahia, et fournissoit cependant de mousquets et d'autres armes les autres Portugais mécontents. Leur dessein estoit de se servir de l'occasion du mariage de la fille d'Antonio Cavalgante, un des conjurés, aux nopees de laquelle on devoit prier, avec les principaux Portugais, tous ceux du Conseil de Fernambouc, à dessein de leur couper la gorge, de se saisir en mesme temps du Récif, et des forts de Paraïba et Rio grande, où il n'eust pas esté difficile de surprendre tous les autres Hollandois, et par ce moyen de se rendre mnistres de tout le reste du païs. L'exécution de cette trahison se devoit kirc le jour de la S1. Jean 1645, et pour la favoriser, le Gou-

62 Les conquîtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales^

vcrncur de la Bahia faisoit marcher deux régiments de gens de pied Portugais. Deux hommes de la mesme nation, et quelques Juifs, qui n'y voulurent point tremper, en donnèrent ad vis; de sorte que Jean Fernandez Viera et ses complices, craignant que la mine éventée ne se renversast sur eux, et ne les accablast, s'enfuirent dans les bois, où ils se souslcvercnt ouvertement. Il n'y avoit en ce temps là qu'un seul vaisseau Hollandois dans le havre du Récif, peu de munitions dans les magasins, point de soldats dans le pais, peu de resolution au Conseil, et qui pis est point de conduite ny de probité parmy ceux qui avoient le plus de part aux affaires. Les Tapuyes, qui sont les habitants naturels du pais, s'estoient divisés: les uns demeurèrent constants dans le parti des Hollandois, et les autres se déclarèrent pour les Portugais, mais les uns et les autres estoient fort d%accord entr'eux à s'abandonner à toutes sortes de cruautés et d'inhumanités, qu'ils exerçoient continuellement sur leurs ennemis, et sur ceux qui se déclaroient pour eux. Les deux régiments Portugais, commandés par Martin Suarez Morcno et par Henrique Diez Camarron, estoient entrés dans la Capitainie de Fernamboue, et presque en mesme temps Don Salvador Correa de Benavides se présenta à la vcûe du Récif, avec une flotte do trentedeux voiles, qui débarquèrent douze cens hommes à Tamondere, où ils firent toutes les hostilités, que des ennemis déclarés pouvoient commettre. Ils prirent plusieurs forts, et entr* autres ceux de Serinham et du Cap de S1. Vincent, qui estoient les plus importants de tous ces quartiers là, veu que leur perte entrainoit après elle celle de tous le païs, depuis le Récif jusques à la Bahie. Tellement que dans fort peu de mois les Hollandois se trouvèrent réduits à de si grandes extrémités, que si le secours, qu'on leur envoya, l'année suivante, commandé par W al ter S ch on en bourg, cust tardé de trois jours, ils eussent esté contraints de se rendre à discrétion, et d'abandonner ce qu'ils possedoient encore au Brésil. Ce secours fut secondé d'un autre plus considérable en l'an 1647, mais les affaires y estoient dans un estât si déplorable, que l'on n'en pouvoit plus espérer le restablissement. La Compagnie ne possedoit plus dans le Brésil que les trois forts, du Récif, de Rio grande et de Paraïba. Le Récif estoit bloqué du costé de la terre par la ville d'Olindc, par le Cap de S1. Augustin et par les autres forts, que les Portugais y avoient pris ou faits. Le plat païs, depuis Olindc jusqu'à Siara, estoit abandonné et désert, les maisons et les moulins à succre

Les conquêtes des Prov. Unies aux Indes Occidentales. 63

iToient estes brûlés et ruinés, et les arbres fruitiers coupés ou irradiés. Les Portugais, au contraire, estoient maistres absolus te tout le bon pais, qui estant labouré et cultivé les faisoit subister, aussy bien que de tous les ports, havres et rades du Brésil, psques à Rio Jencro.

L'on ne doutoit point icy, que ce souslevemcnt, avec ses suites, te fost l'ouvrage de la Cour de Lisbonne; mais dautant que le Boy de Portugal le desâvoiioit, et protestoit qu'il feroit punir nrerement ceux de ses sujets, que Ton trouveroit avoir esté tuteurs de la révolte, les Estats, qui n'avoient pas encore traitté «rec l'Espagne, estoient obligés de dissimuler de leur costé. Les nbassadeurs Portugais tachoient de justifier l'intention de leur en faisant des instances continuelles pour un accommoat: et afin d'y réussir, ils offroient tantost de faire restituer ce qui avoit esté pris, tantost de dédommager la Compagnie, i enfin de sousraettre le différent à des amis communs. Francis de Sousa Coutinho, en prenant audiance dans l'as- ■mblée des Estats Généraux vers la fin de l'an 1647, leur dit m bouche et par escrit : Que depuis deux ans il avoit fait plu- ■V8 propositions, qui, à son advis, estoient capables de restablir |E bonne intelligence entre les deux nations, du 'il avoit offert tUIer en personne au Brésil, et de faire restituer à la Compagnie • qui avoit esté pris sur elle. Qu'il y avoit adjousté l'alternative, I offert de la rembourser de son fonds, si elle vouloit céder ses boits à la Couronne de Portugal: mais que ce remboursement te se pourroit pas faire, que la paix entre la Castille et le Porttgal ne fust conclue; parce que cette guerre consumoit toutes tt finances du Roiaurae. Le mesme Ambassadeur offrit après ela, de faire agir les armes du Roy, son maistre, pour la reducion du Brésil; mais qu'il falloit que les Estats les dégageassent uparavant d'avec la Castille, qui les occupoit entièrement, et fisent faire la paix entre les deux Couronnes; mais prevoiant bien [ne cette proposition scroit rejettée, il revint à celle de la restitttion pure et simple. Elle fut agréée; mais comme l'on ne se oit pas aux paroles d'un Ministre, qui tachoit de sauver la re- Otation de son maistre et de sa nation, on lui fit dire, que les stats ne se pouvoient pas asseurcr de l'exécution de cette parole, Ton ne mettoit entre les mains de la Compagnie la Bahia de >dos los Santos, ou bien l'Isle de ïercere. L'Ambassadeur rertit que l'un et l'autre estoit impossible, et sa repartie, fut vie de sa retraitte: car il partit vers la fin de l'année, laissant

C4 U Empire.

les Estats fort persuadés de la mauvaise intention du Conseil de Lisbonne, et des artifices des Ministres Portugais.

Antonio de Sousa Macedo succéda à son employ; mais il n'y avoit plus moyen de faire rapprocher des esprits trop aigris, pour recevoir de nouvelles ouvertures. Les Portugais accusoient les Hollandois d'avoir pris leur avantage au commencement de la trêve, et les Hollandois reprochoient aux Portugais leurs trahisons et leurs cruautés, capables de détruire tous les principes» sur lesquels Ton eust pu fonder un bon traitté d'amitié et d'alliance. Les Portugais s'en sentoient convaincus en eux mesmes, et dans l'appréhension, qu'ils avoient, du grand équipage, auquel ils voyoient travailler tous les jours, ils promettoient tout; mais Ton vouloit icy quelque chose de plus que des promesses d'un Ambassadeur, qui eust fait gloire de tromper, pour le service du Boy, son maistre, ceux qu'il ne pouvoit considérer que comme les ennemis de sa patrie. Ils sçavoient que la France ne manqueroit pas de parler tousjours pour leurs interests, mais qu'elle tâcheroit de détourner tout ce qui pourroit divertir leurs armes, et ils ne craignoient point le Roy d'Espagne, qui estoit tellement occupé ailleurs, que tout ce qu'il pouvoit faire c'estoit de couvrir son Boiaume du costé du Portugal, et de se tenir sur la défensive dans les Indes. Lors que la paix de Munster fut faite, les Portugais tenoient encore quelques places fortes du Brésil bloquées, avec le succès dont il sera parlé cy après.

L'Estat estoit en guerre ouverte avec l'Espagne; c'est pourquoy il ne pouvoit pas vivre dans une amitié fort estroite avec l'Empereur, Prince de la Maison d'Austriche, et comme tel intéressé en sa fortune. C'estoit Ferdinand -Ernest, fils de Ferdinand II et de Marie-Anne de Bavière, qui avoit succédé aux Boiaumes d'Hongrie et de Bohême, et avoit esté éleu Empereur en l'an 1636. H avoit eu le déplaisir de voir cet Estât favoriser assez ouvertement les armes des Suédois en Allemagne, aussy bien que les desseins de ceux, qui s'opposoient aux pensées, que cette Maison pouvoit avoir pour la souveraineté de l'Allemagne, et à l'exécution du dessein que l'on y formoit, do rendre la dignité Impériale héréditaire en sa famille. Les Estats avoient mesme meslé leurs troupes avec celles des Suédois, et les avoient secourus de subsides pendant plusieurs années. Us souffroient que celles du Lant-Grave de Hesse demeurassent dans les quartiers, qu'elles avoient pris en Oost-Frise, et les secouroient de temps en temps d'artillerie, de vivres et de munitions, comme

Le Brandenbourg, 65

de l'autre costé l'Empereur faisoit passer des armées entières au terrîce des Espagnols contre ces Provinces. L'on avoit veu ses Généraux et ses estendarts dans le coeur du pais, et jusques aux portes dUtrecbt, et il donnoit des jalousies continuelles aux frontières de l'£stat. Neantmoins l'on vouloit sauver les apparences, et faire croire que de part et d'autre l'on demeuroit dans les termes d'une parfaite neutralité. L'on vivoit presque de la mesme façon avec la pluspart des Princes voisins. Les Catholiques, qui en ce temps là estaient presque tous partisans de la Maison d'Austriche, et dans les mesmes interests de religion, ne vivoient bien avec cet Estât, que parce qu'ils apprchendoient qu'il ne leur fist plus de mal, qu'ils ne lui en pouvoicnt faire.

Wolfgang-Guillaume, fils de Philippes-Loùis de Bavière, Comte Palatin du Rhin, Pue de Deux-ponts et de Neuhourg, et d'Anne de «Tuiliers, qui possedoit les Duchés de Jmllers et de Berg, suivant les maximes de ceux, qui changent de religion ou de party, estoit celui de tous les voisins qui estoit h plus chagrin de la grandeur et de la prospérité de cet Estât, pi tant à cause de sa ville de Ravenstein, dépendance de la «cession de «Tuiliers, bien qu'elle soit située en Brabant, où k» Estats avoient alors, et ont encore leur garnison, que parce qoeFrideric Guillaume, Electeur de Brandebourg, qui avoit «accédé en la dignité Electorale à George Guillaume, son père, depuis l'an 1640, et qui estoit son compétiteur et ennemy, avoit trouvé en cet Estât plus d'amis et plus de protection que lui. Ferdinand, fils de Guillaume, Duc de Bavière, et de Benée de Lorraine, Electeur et Archevesquc de Cologne, estoit aussy Evesque de Liège, de Paderborn, de Hildcsheim et de Munster, et ainsy un des plus considérables voisins de cet Estât. Cestoit un bon Prince, et modéré en toutes ses actions, qui à l'exemple de l'Electeur de Bavière, son frère, n'estoit que médiocrement affectionné à la Maison d'Austriche, quoy que fort attaché aux interests de sa religion. Mais il ne vouloit point avoir de démeslé avec ses voisins, bien qu'il ne fust pas fort satisfait du procédé des Estats, à cause de la ville de Ehinberg, où ils avoient leur garnison depuis longtemps. C'est pourquoy n'osant pas les offenser, il se contentoit de favoriser le party contraire sons main, et se laissoit forcer aux choses, où son consentement trop exprès lui eust pu attirer les armes de l'Estat sur les bras. L'Electeur de Branden bourg mesme, bien qu'obligé à cet Estât de ce qui lui est resté de la succession de «Tuiliers et I. 5

66 Les Filles Anseatiques.

de Cleves, vivoit avec lui comme les Princes ont accoustumé de vivre avec les Kepubliques puissantes et voisines, en des jalousies continuelles. George-Guillaume, père de Frideric-Guil- 1 a urne, avoit laissé la direction et la conduite des affaires au Comte de Sûartzenbourg, son favori, dont il suivoit les sentiments et les conseils aveuglement. Ce ministre avoit de l'esprit, mais comme il faisoit profession d'une religion contraire à celle de son maistre, il lui inspira aussy des sentiments contraires à ses interests, pour le faire entrer en ceux de la Maison d'Austriche. L'Electeur avoit laissé, lors de son decés, ses finances fort épuisées, et toute sa Cour remplie de créatures du Comte, qui pendant la vie du père, avoit affecté de tenir le Prince son fils éloigné du Conseil et des affaires. Do sorte que Frideric- Guillaume n'en ayant pas beaucoup de connoissance, et tombant, à son événement aux Estats de son père, entre les mains d'un premier Ministre, qui ne connoissoit pas les interests de son maistre, ny les siens, ce Prince négligea de faire son profit de l'alliance, qu'il fit en l'an 1646, en épousant la fille aisnée du Prince d'Orange. H est vray, que l'autorité du Prince estoit assés grande en ce temps là, pour lui rendre de fort bons offices: au moins si l'on peut dire, que la possession des villes de la Duché de Cleves, qui l'obligeoit à une dépense, à laquelle le pais n'auroit pas pu fournir, et qui l'auroit consumé, rendoit l'Electeur ou plus heureux ou plus considérable. Il avoit avec cet Estât des démcslés assez importants, tant à cause des villes de Wcscl, Recs, Emmeric et Gucnnep, où les Estats avoient leurs garnisons, qu'à cause d'une dcbte de cent mille escus, contractée par l'Electeur defunct dés l'année 1616, laquelle on pretendoit faire monter à une somme immense, par l'accumulation des interests, et des interests des interests, à quoy le defunct s'estoit particulièrement obligé. L'Estat estoit aussy en quelque façon arbitre des différents, que l'Electeur avoit, non seulement avec le Duc de Neubourg, pour le partage des païs de la succession de Juillers, mais aussy avec les Estats du païs de Cleves, ses sujets, en vertu du traitté de Santcn, fait en Tan 1614. C'est pourquoy l'Electeur ne le pouvoit considérer, que comme l'on a accoustumé de considérer un trop puissant voisin, dont on envie la fortune, et dont l'on redoute la puissance.

Ceux qui croyent, que les Villes Anseatiques font un Estât, ou une République, qui tienne rang parmy les Souverains, se trompent. Elles ne font pas mesmes un corps politique, mais

Venue. 67

seulement une société, semblable à celles que les marchands ont accoustumé de faire entr'eux pour la commodité, ou pour la seureté du commerce. Ceux qui ont tant soit peu de connoissance de la langue, et des affaires d'Allemagne, sçavent, que les villes Ànseatiques ne sont que des villes situées sur la mer, sujettes à l'Empire immédiatement, ou bien à des Princes de l'Empire, qui n'ont autre liaison entr'elles, que celles, que la conservation de ta liberté du commerce leur a fait faire. Car quelque chose que Ton ait dit, ou escrit de la Hanse Teutonique, ce n'est en effect antre chose qu'une société de marchands, que quelques unes des villes situées sur la mer Baltique, et sur l'Océan en la basse Saxe, commencèrent à faire, pour la seureté de la navigation, ven la fin du douzième siècle. La ville de Brème, qui avoit son commerce en Livonie, fut la première qui s'associa avec quelques antres villes du voisinage, et le nombre s'en est augmenté depuis JDsqnes à soixante douze; mais aujourdhuy et depuis plusieurs s, elles n'ont presque plus d'interests communs , jusques là . que les villes de Lubec, Brème et Hambourg, qui seules sablent avoir encore quelque liaison d'interests, considèrent si pea leurs interests communs, que l'on peut dire, que l'on n'y f«t aujourdhuy, que la seule ombre dut nom de l'ancienne Hanse Tentonique. Dés l'an 1613 et 1614 elles avoient fait un traitté aitc cet Estât, à l'occasion et au sujet du péage, que le Boy de Dannemarc faisoit payer au destroit du Sond, et en l'an 1616 elles en avoient fait un pour la seureté de la navigation en la mer Septentrionale, jusques au Pas de Calais, comme aussy pour la conservation des droits, libertés et privilèges des habitants des villes Ànseatiques, qui sont situées sur l'Elbe et sur le We- •er, et ce traitté avoit esté renouvelle en Tan 1645, le 4 Aoust. Mais l'on a remarqué, que ces villes ont seules tiré tout l'avantage de ces traittés, et que, jalouses qu'elles sont du commerce qui fleurit en ces Provinces, il ne s'est point offert d'occasion, qu'elles n'ayent embrassée avec chaleur, pour tacher de le ruiner, et pour l'attirer à elles. Aussy n'y a il point eu de guerre, où elles n'ayent favorisé les ennemis, et incommodé les habitants de cet Estât. C'est pourquoy si on ne les a pas voulu considérer comme des ennemis déclarés, du moins Ton a esté obligé de les mettre au nombre des amis intéressés, indifférents et inutiles.

L'on vivoit avec la République de Venise dans une grande indifférence. En l'an 1619 clic avoit fait avec cet Estât un traitté d'alliance défensive pour quinze ans, en vertu duquel celui

68 L'Espagne.

des alliés qui seroit attaqué, devoit estre secouru d'un subside de cinquante mille livres par mois. En Tan 1622 l'Estat estant rentré en rupture avec le Roy d'Espagne, après l'expiration de la trêve, somma la République de payer les subsides. Elle le fit pendant quelque temps, mais elle s'en lassa bientost, et ce changement commença à altérer l'amitié, qui avoit esté si heureusement liée entre ces deux puissants Estats. Mais ce qui acheva de la détruire tout à fait, ce fut le refus que la République fit, de faire donner aux Ambassadeurs des Estats le rang et l'honneur qui leur sont deus. Ce fut une des raisons, pourquoy les Estats négligèrent de donner un successeur à Guillaume de Lier, Seigneur d'Osterwicq, qui après avoir achevé le temps de son Ambassade de Venise, estoit passé à celle de France en l'an 1636: outre que la Republique n'executoit pas les traittés d'alliance, comme elle y estoit obligée, ainsi que nous venons de dire. Et bien que de temps en temps l'on ait mis en délibération, et mesmes que Ton ait résolu d'y envoyer un Ambassadeur, l'on a esté bien aise neantmoins de s'en dispenser, comme la République, de son costé, n'a point donné de successeur au Sieur Jus ti nia ni, qui fut révoqué en l'an 1641. Tellement que depuis que le Turc a fait descente dans l'Isle de Candie en l'an 164t| où il se rendit d'abord maistre de quelques postes très-importants, la Republique a esté contrainte de soustenir presque seule toute ' cette guerre, contre une des premières puissances du monde, avee un avantage incomparablement plus grand pour sa gloire, qu'elle n'auroit pu acquérir, dans une autre occasion, par de grandes conquestes, et par plusieurs triomphes. Mais comme cet Estât n'a point d'autre interest en cette guerre, que celui qui lui est commun avec tous les autres Princes et Estats Chrestiens, ny elle, ny la Republique de Venise mesme, bien que la première et la plus ancienne de celles qui subsistent aujourdhuy, ne pourront pas avoir beaucoup de part à cette histoire.

Le Roy d'Espagne estoit celui, que l'on pouvoit proprement appeller le véritable ennemy de cet Estât. L'Edict solemnel de l'an 1581, qui avoit fait retourner la puissance Souveraine à ceux à qui elle appartenoit originairement, c'est à dire aux' Estats de chaque Province, avoit aussy converti la guerre civile, dont les peuples avoient esté affligés pendant plusieurs années, en une guerre estrangere, avec des succès plus favorables, qu'ils n'eussent osé espérer en ses commencements. D'abord ils ne luttèrent pas seulement, sous les Gouverneurs que l'Espagne leur envoyoit»

Négociations après la trêve de douze ans. 69

avec l'oppression cruelle et violente des Espagnols, mais ils furent aussy contraints de combattre l'envie de quelques uns de leurs voisins, qui en les secourant, en vouloient faire leur conqueste, ou leur usurpation. Après cela les Estats ont esté assés heureux, pour se défaire de leurs amis incommodes, et pour fores leur ennemy redoutable, à leur demander une suspension d'armi. Les combats continuels l'avoient mis hors d'haléne, et la guerre, qu'il avoit esté contraint de soustenir pendant cinquante ans, avoit consumé ses trésors, et épuisé ses forces. Le Roy d'Espagne se trouva si bien de la trêve de douze ans, que devant qu'elle fut exspirée, Albert et Isabelle, Archiducs d' Austriche, à qui il avoit cédé les Païs-bas, en faveur de leur mariage, tâchèrent de faire renouer une négociation, pour faire continuer la cessation d'hostilités. Mais les avantages, que la Maison d'Austriche avoit remportés sur l'Electeur Palatin en Allemagne, et les progrés que les armes d'Espagne avoient faits dans le Paletinat sous le Marquis Spinola, faisant espérer aux Archiducs, que Peckius, Chancelier de Brabant, trouveront icy les esprits iujosés à la sousmission, ils y firent proposer la reunion de toutes les Provinces des Païs-bas en un seul corps, sous un seul etnesme Souverain, ainsy qu'elles avoient esté unies sous l'Empereur Charles V, et au commencement du règne de Philippeu H, son fils (1). C'estoit vouloir remettre les Provinces Unies aux fers de leur première servitude, d'où elles ne faisoient que de sortir, et qui leur faisoient horreur. D'ailleurs Maurice de Nassau, Prince d'Orange, qui avoit eu le loisir d'apprendre pendant la trêve, que la guerre donnoit à ses charges de Capitaine gênerai des armes de cet Estât, par racr et par terre, des avantages et un lustre, qu'il ne pouvoit pas espérer de la paix, et qui avoit une autorité approchante de la souveraine, et telle que les armes ont accoutumé de donner à celui, qui les commande avec un pouvoir presque absolu dans une République, employa tout ce qu'il avoit de crédit, pour faire rompre cette négociation, et la fit rompre en effect.

Elle fut renouée en l'an 1626, à l'occasion du traitté, qui se iaisoit presque tous les ans pour l'échange des prisonniers de

(1) Voyez chez van Aitzcma,T. I. p. 37 sv. les négociations de Peckius #deselve handelingh — bijkans eer geeyndight als begost vas." Voyez aussi les Mémoires de van der Capellen (Gedenksthriflen\ T. I. p. 11.

70 Premières négociations de paix entre ? Espagne et P Estai.

guerre. L'on se servoit ordinairement à cela de l'entremise de l'officier criminel de Bosendal, village de la Baronie de Breda, à qui le Sr. de Marquette en fit quelques ouvertures au nom d'Isabelle, qui depuis la mort d'Albert, decedé le 13 Juillet 1621, gouvernoit les Provinces de delà pour le Roy d'Espagne. Mais après plusieurs allées et venues, qui furent continuées jusques en l'an 1629, cette négociation fut rompue par l'invasion, que les Espagnols firent dans le Yeluwe, pendant laquelle les Estats surprirent Wesel, et se rendirent maistres de Boisieduc (1). Au commencement de l'an 1632, Henry, Comte de Berg, à qui les Espagnols se prenoient du mauvais succès de l'expédition dans le Yeluwe, et le Comte de Warfusé, de la Maison de Benesse, estant venus à la Haye, firent espérer au Prince d'Orange, que les Provinces des Païs-bas, de l'obéissance du Boy d'Espagne, se joindroient aux Provinces Unies, si celles-cy se pouvoient résoudre à faire une conqueste importante du costé* de la Meuse. Sur cette ouverture le Prince entreprit le siège de Mastricbt. Et bien que cependant le Comte de Berg, ayant esté déclaré criminel et rebelle, fut contraint de se retirer de Bruxelles, si est-ce pourtant que la réduction de cette place, et la conqueste de la ville et du païs de Limbourg, d'une partie du haut quartier de Gucldre et des Païs d'Outre Meuse, estonnerent tellement les Estats des autres Provinces, qu'ils trouvèrent nécessaire, mesmes du consentement de l'Infante, d'envoyer leurs Députés au Prince d'Orange, et aux Députés des Estats, qui estoient encore à Mastricht, pour y faire ouverture d'un accommodement, et de réunion entre les Provinces, à l'exclusion des Espagnols. L'Infante le souffroit, tant parce qu'elle ne le pouvoit empescher, que parce qu'elle jugeoit, que cette négociation donneroit aux Flamens le loisir de se reconnoistre. Les Députés de part et d'autre demeurèrent d'abord d'accord de plusieurs points, ce qui faisoit espérer, que Ton n'auroit pas beaucoup de peine à régler aussy les autres; mais les Députés des Estats estant obligés de reprendre le chemin de la Hollande, le congrès fut transféré, premièrement

(1) Voyez sur ces négociations TVagrcnaar, T. XI. p. 106 sv. et les notes de M. v a n W ij n (Aanmcrkingcn en bijvœgselen) ;van A i t z e m a, Sakcn van siaat en oorlogh, T. 1. p. SOS; le morne, Nederl. Vredekandelinghy p. 50 sv.; Capellcn, Gedenkschriftcn, T. I. p. 563. Basnage {Annales, T. I. p. 7) attribue la rupture de ces négociations aux intrigues du Cardinal de llichelieu.

Rapports entre la France et les Proo. Unies. 71

à Boisleduc, et en suite à la Haye, où l'Ambassadeur de France commença à s'opposer à cette négociation. H pretendoit, que suiftnt le traitté de Tan 1630, qui n'exspiroit qu'en 1637, il n'estait pas permis aux Estats de traitter avec l'Espagne, sans l'adîis du Boy, son maistre, et de l'autre costé les Députés des Profinces de Zeelande, de Frise et de Groningue firent naistre tant de difficultés, que ceux de Bruxelles, remarquant que cet Estât n'avait point d'inclination à conclurre le traitté, à moins que l'on promist de renvoyer les Espagnols, ce que les Députés des Estats de Flandres ne pouvoient pas promettre absolument, quelques uns d'entr'eux commencèrent à se retirer. La mort de l'Infante, qui deeeda le 1 Décembre 1633, acheva de faire évanouir ce que l'on poovoit encore avoir d'espérance du succès du traitté. Et ainsy cette troisième négociation n'eut pas un meilleur succès qu'avoit esté celui des deux précédentes (1).

Dés que les Députés des Provinces de Flandres furent partis, cet Estât, obligé et résolu de continuer la guerre, commença anssy-tost à songer à une plus estroitc alliance avec la France, d se servit pour cet effect de l'entremise de Hercules de Clamasse, que le Cardinal de" Bichelieu avoit employé an plus importantes négociations de ce temps là, tant en Suéde et en Allemagne, qu'à la Haye, ou il avoit rendu un très-grand service à son Boy, en travaillant à empescher la conclusion de la paix avec l'Espagne (2). Les Ministres et Favoris, qui avoient eu la direction des affaires de France depuis la mort de Henry IV, devant le Cardinal de Kichclieu, avoient eu de l'aversion pour la rupture avec la Maison d'Austrichc. La Beine Mcre, en faisant une double alliance avec l'Espagne, s'estoit tout à fait éloignée des intentions et des maximes du Boy defunct. Le Connestable de Lui ne s, qui eut la principale direction des affaires après elle, en faisant rechercher pour un de ses frères la riche neritiere de Pequigny, que Ton a conneiie depuis sous la qualité de Duchesse de Chaune, laquelle les parents faisoient élever alors à Bruxelles à la suite de l'Infante,- — cet interest particulier produisit l'Ambassade du Duc d'Angouléme, du Comte de Be-

(1) Voyez van Aitzema, I. p. 1210. Nederl. Vredehand. p. 71. s. v.

(2) Voyez de Wicquefort, V Ambassadeur et ses fonctions, I. 126 et II. 210. De Charnacé était Colonel d'infanterie et Capitaine d'une compagnie de chevau-légers au service des Etats. Il fut tué au siège de Breda en 1G37.

72 Rapport* entre la France et let Prov. Unies. — Richelieu.

thune et de Chasteauneuf contre les interests de l'Electeur Palatin, et de la pluspart des Princes Protestants d'Allemagne» anciens alliés de la Couronne de France. Le Cardinal de la Boche foucault, qui fut fait chef du Conseil après la mort de Luines, ne faisoit que prescher la paix, par foiblesse d'esprit et par scrupule de religion. Mais le Cardinal de Kichelieu ne fut pas si-tost estably dans le Ministère, qu'il donna ses premiers soins aux affaires domestiques du Boiaume, lesquelles il régla si bien, par la réduction de la Kochelle, et en dissipant le party de ceux de la Religion en Guyenne et en Languedoc, où toutes les places de seureté qu'on leur avoit données, receurent garnison, qu'il n'y avoit plus rien, qui pust empescher ce Ministre de s'appliquer entièrement aux estrangeres. Les desseins qu'il avoit contre la Maison d'Austriche, se découvrirent au desadveu du traitté*, que du Far gis, Ambassadeur du Boy de France en Espagne, avoit fait le 26 Mars 1626 à Mouson, pour l'accommodement des affaires des Grisons et de la Valtoline: dans les intrigues, qu'il fit faire par M. de Léon Bruslart et par le Père Joseph (1), auprès de l'Electeur de Bavière à Batisbone: en la protection, que la France donna au Duc de Mantoûe et de Nevers contre les armes de l'Empereur: au traitté qu'il lit avec Yittorio A me dé, Duc de Savoye, pour l'acquisition de Pigneroi, et en la guerre, qu'il fit au Duc de Lorraine: mais principalement aux traittés, qu'il fit avec Gustave Adolfe, Boy de Suéde, et en suite avec ces Provinces Unies. Le dernier, que le Baron de Charna8sé fit en l'an 1634, obligeoit la France à rompre avec le Boy d'Espagne, à guerre ouverte, par mer et par terre, si en suite de ce traitté les Estât s faisoient un traitté de paix ou de trêve avec le Boy d'Espagne, et que celui-cy vinst à le violer (2). Après la conclusion de ce traitté, les Estats envoyèrent une Ambassade Extraordinaire en France, pour en remercier le Boy, et pour tâcher de le porter à une rupture ouverte avec le Boy d'Espagne. Il y auroit de quoy s'estonner, de ce qu'en ce temps-là on poursuivoit avec tant de chaleur, ce qui fait aujourdhuy l'i-

(1) Voyez sur cet agent fidèle de Richelieu, *le capucin premier ministre du cardinal roi." Henri Martin, Histoire de France, T. XL. p. 491.

(2) On trouve chez van Aitzema, T. II. p. 94 ce traité, ainsi que celui qui fut conclu à Paris le 8 Fevr. 1635 (p. 198), dont M. de "Wic que fort parle un peu plus loin.

Rapport* entre la France et lez Prov. Unie», 7Z

version de toutes les Provinces, et que l'on recherchoit avec tant de passion le voisinage de la France, lequel Ton considère présentement comme le plus grand malheur qui puisse arriver à cet Eitat, si Ton ne sçavoit pas que c'estoit le sentiment de celui, qui estoit l'oracle que Ton consultait en toutes les affaires d'importance (1). Ils firent représenter à la Cour: que les Députés d'Espagne, qui estoient venus à la Haye, l'année précédente, pour y faire des propositions d'un accommodement, n'avoient pas pu dissimuler, qu'ils ne faisoient la paix avec cet Estât que pour faire la guerre à la France, et que c'estoit une des raisons, poorquoy l'on avoit icy rompu la négociation avec les Espagnols. Hais qu'il falloit, que sa Majesté considerast, que la1 haine, que les Espagnols avoient pour la France, estoit irréconciliable; que sus doute ils en donneroient des preuves à la première occasion, et qu'il vaudrait mieux les prévenir, qu'en estre prévenus. Qu'on le pouvoit faire présentement avec avantage, pendant que le mécontcment de plusieurs grands Seigneurs des PaïVbas partageoit les esprits en Flandres, et que les armes de Suéde et de ces Provinces avoient réduit les affaires de la Maison d'Austriche 4ns un très mauvais estât en Allemagne, et en toutes les autres parties de l'Europe. Les Ambassadeurs n'eurent pas beaucoup de peine à y disposer le Cardinal de Kichelieu, qui ne faisoit que chercher l'occasion de rompre avec l'Espagne. De sorte que les mesmes Ambassadeurs conclurent au commencement de l'an 1635 à Paris un traitté d'alliance offensive, pour l'expulsion des Espagnols, et pour le partage des Provinces des Païs-bas de l'obéissance du Boy d'Espagne entre la France et cet Estât (2).

(1) M. de Wicqucfort fait ici allusion au Prince Frédéric Henri, qui avait favorisé la négociation de ce traité de secours. Les villes d'Amsterdam, Dordrecht, Rotterdam et Alkmaar s'y opposèrent: #Maar in Hollandt warcn verschcyden Leden die dat verder "Hagen ende daerom de handelingh met Vranckrijck niet smaeckte, TTeesende als het oorlogh al op het beste ginck, dat eyndelijck men •^ier in plaets van Spaensche (die Vranckrijck ende wij te samen ghemackelijck konden onder, of in bedwanck houden) souden krijgen tôt nagebuyr het machtigh ende door aenwasch van 't meest van Nederlandt seer formidabel Vranckrijck." Vovez Van Aitzema, H. p. 93.

(2) Le traité susnommé portait entr' autres, que les habitants des Pays-Bas Espagnols , seront conviés de se joindre à la cause commune et de chasser de leurs villes les Espagnols et leurs adhérants, pour se

74 Rapporté entre la France et le» Prov. Unies.

Mais la guerre ne fat pas si-tost commencée, que Ton reconnut, qu'elle finiroit plustost par un accommodement, ou chacun des alliés tâcheroit de trouver son avantage, que par la conqueste des Paîs-bas. Et de fait leurs armes n'ayant pas reùssy dorant Louvain, et les Espagnols ayant en la mesme année surpris le fort de Schencq, un des plus importants postes de tout le pais, situé sur la pointe, qui sépare le Rhin d'avec le Waal, ou plustost qui fait changer de nom à une des branches du Rhin, ils commencèrent à se dégouster de la guerre, et à se défier les uns des autres.

Le Prince d'Orange avoit mis le siège devant le fort incontinent après la surprise, et le voisinage des deux camps donna occasion à Don Martin d'Aspe de recommencer une négocia*

mettre en liberté. Ce qu'effectuant dans le terme de trois mois après la réquisition les dites Provinces demeureront joinctes et unies en un corps d'Estat libre avec tous droits de Souveraineté, sans changement pour ce qui est de la religion Catholique Romaine, qui demeurera audites Provinces au mesme estât qu'elle est présentement." Quant au partage qui devait avoir lieu, en cas que ces Provinces refusaient de se détacher de l'Espagne, il fut projeté que le Roi aurait * le pais de Luxembourg, les Comtés de Namur et de Haynaut, Artois et Flandres, jusques aux limites qui se feront par une ligne, laquelle prendra de Blanquenbcrg inclus et tirera entre Dam et Bruges, à moitié chemin de ces deux places, d'où elle ira droit à Rupelmonde, qui demeurera au Roy; et pour qui est du Cambresis et places contenues en iceluy, il sera libre au Roy d'en disposer comme bon luy semblera." Aux Provinces Unies devaient échoir * le marquisat du St. Empire où est compris la ville d'Anvers ; la Seignie. de Malines ; le Duché de Brabant et le reste de la costc depuis Blanquenbcrg, qui demeurera au Roy jusques au Zwyn; les villes de Dam et Hulst avec le pais de Waes jusques à la ligne cy dessus." On stipula aussi que la Religion Catholique g demeurera en toute l'estendue du dit partage ainsi qu'elle est à présent." Sur ce dernier point les Etats Génér. déclarèrent en ratifiant le traité, le 11 Avril 1G35 : , dat hacr Ho. Mo. acnnemen de verclaringe die syne Hoogstgcd. Ma», ende de Hcer Cardinaal Ducq, gedurende

de handelinge hebben gedacn, 'twclk de Heere de Knuyt by

ende neffens syn rapport hceft betuycht, dat de rechte sin ende meeninge is vry te laten acn haer Ho. Mo. het instellcn van de gereformeerde religie sulex als deselve sullcn noodig ende dienstig achten in de plaetsen van dcrselver partage ende dat Sync meer hoochgem. Ma*. gelycke verklaringhe ooek sal laten doen door synen Ambassadeur ter Vergadering van haer Ho. Mo. — — ende sal alsdan tôt meerder gerustheyt der Provincien van de te doenc verclaringe by haer Ho. Mo. gemaeckt worden acte in behoorlycke forme, om te dienen sulex ende daer 't behooren zal." Voyez Résolut, des Etats Gén. du 11 Avril 1635.

Rapport* entre la France et les Prov. Unies. — Mazarin. 75

tion de paix, premièrement en la petite ville de Cranenbourg, sur les frontières de Gueldre et de Cleves, et après cela à Arnhem et à Turnhout, bien qu'avec le mesme effect qu'avoient en toutes les antres allées et venues (1). De l'autre costé Louis XIII, Boy de France, Prince incommodé en sa santé, difficile et chagrin, qui n'avoit déclaré la guerre au Roy d'Espagne, que par complaisance pour les conseils du Cardinal de Richelieu, qui lai avoit fait la conqueste des Païs-bas fort facile, se rebuta du premier mauvais succès, et s'en prit au Cardinal; et le Ministre, pour contenter le Roy, envoya en Espagne B a ut ru l'aisné des deux frères, qui avoient sa confidence. Il avoit l'esprit fort agréa- Me, et de Festude, mais il n'avoit point de connoissance d'affaires; de sorte que Ton pouvoit dire, qu'il estoit plus propre pour le divertissement que pour la négociation. Aussy n'exécuta il pas, arec toute la punctualité nécessaire, l'ordre, que le Cardinal lui •voit donné, de faire adroitement quelque ouverture d'accommodement au Comte Duc d'Olivares, premier Ministre du Roy Catholique. Ces démarches firent bien connoistre, que les alliés, qui estaient entrés en guerre pour des interests différents, tâcheraient d'en sortir dés qu'ils pourroient faire la paix avec quelque apparence de réputation, et avec avantage. Comme en effect dés le mois d'Aoust 1636, l'Ambassadeur de France ne craignit point de dire aux Estats, que le Pape avoit fait faire quelques ouvertes d'accommodement au Roy, son maistre, et mesme qu'il woit proposé deux ou trois villes, où les Ministres des Princes intéressés se pourroient rendre, pour traitter de la paix, mais qu'il n'y envoyeroit pas ses Plénipotentiaires, que ses alliés n'eussent aussy les passeports nécessaires pour la seureté des leurs. Cette négociation préliminaire fut continuée, mais traînée par le Ministre de France, qui vouloit la paix en apparence, mais qui 01 effect la jugeoit incompatible avec la subsistance de sa fortune. Car encore qu'à la Cour de France Ton parlast tousjours de P*1*» on ne laissoit pas de se préparer encore à la continuation ne la guerre, lors du decés du Cardinal de Richelieu, qui courut le 3 Décembre 1642. Louis XIII, son maistre, le suivit « H May de Tannée suivante, tout résolu de donner la paix à * Chrcstienté, et la Reine Régente, qui aimoit naturellement iai$e et le repos, et qui le jugeoit nécessaire pendant la minorité du Hoy, son fils, estoit d'ailleurs de trop bon naturel, pour ne

0) Voyez van Aitzema, Tom. IL pag. 311 et 323.

76 Rapporté entré la France et les Proe. Uni».

faire point en faveur du Boy d'Espagne, son frère, tout ce que l'interest du Boy, son fils, loi pouvoit permettre, voulut commencer aa régence par un témoignage public de son inclination à la paix, en faisant aller à Munster les Ministres, que le feu Boy avoit nommés pour y travailler. Elle desiroit que ce fust son ouvrage, et nous verrons en la suite de cette histoire, que c'estoit à elle que cette gloire estoit réservée; mais dés qu'elle eust donné la principale direction des affaires au Cardinal Maiarin, Ton remarqua en elle d'autres sentiments et une autre conduite. Ce Prélat, qui avoit succédé dans le Ministère au Cardinal de Bichelieu, avoit aussy succédé à ses maximes, avec cet avantage pourtant qu'il estoit le maistre du cabinet, et s'estoit rendu, non seulement utile à l'Estat, mais aussy tres-agreable et nécessaire à la Beine Régente (1), au lieu que le Cardinal de Bichelieu n'avoit jamais pu s'asseurer de l'affection de son maistre, ny pénétrer ses sentiments, et mesme vers la fin de ses jours, estoit devenu l'objet de son aversion, et de sa haine; tellement que vivant dans une défiance continuelle avec lui, les intrigues du cabinet et du petit coucher ne lui donnoient pas moins de peine et d'inquiétude, que les plus importantes affaires du Boiaume* Les Comtes d'Avaux et Servien, Plénipotentiaires de France, dont le dernier avoit esté substitué à C ha vign y-Bout hiller, devant que de se rendre au lieu de l'assemblée, passèrent à la Haye, où ils convièrent les Estats de faire partir leurs Ambassadeurs au plustost, afin que les uns et les autres pussent avancer leur négociation d'un mesme pas, ménager les interests communs des alliés, et conduire leurs traittés en mesme temps.

Nous venons de dire, qu'en l'an 1635 la France et cet Estât avoient fait un traitté, qui obligeoit les alliés à faire la guerre jusques à l'entière expulsion des Espagnols, et jusques à la conqueste de toutes les Provinces des Païs-bas de l'obéissance du Boy d'Espagne, dont ils avoient fait le partage par le mesme traitté. Ils en avoient perdu l'espérance, et mesmes l'envie, dés la première campagne; c'est pourquoy les deux Ambassadeurs Plénipotentiaires de France, se trouvant à la Haye devant que d'aller à Munster, y proposèrent, et firent enfin en l'an 1644 un

(1) Voyez M igné t, Négociation* relatives à la succession £ Espagne, Introd. p. XLV s.v. et Henri Martin, Histoire de France, XII. p. 158.

Préliminaires des négociation* à Munster. 77

traitté, qui avoit pour object la paix, comme celui du traitté de Tan 1635 l'avoit esté la guerre (1).

Pour le faire réussir, il fut jugé, qu'il falloit que les alliés demeurassent inséparablement unis, de peur qu'en traittant séparément, l'ennemy commun ne fist son profit de leur division. L'intention de cet Estât, ou du moins de la pluspart des Provinces, estoit de faire négocier sérieusement, à dessein de sortir d'affaires, jusques là, que les Estats d'Hollande députèrent extraordinairement à l'assemblée des Estats Généraux, pour y faire déclarer expressément, que l'Estat de leurs finances leur ôtoit et la volonté et le moyen de mettre en campagne, afin que les ïrançois, et leurs partisans, ne se datassent plus de l'espérance de pouvoir faire continuer la guerre (A). Les Ministres, qui dévoient négocier à Munster de la part des Estats, avoient esté nommés, et l'on avoit travaillé à leur instruction dés l'an 1643; mais les longueurs, qui sont inévitables aux délibérations, qui se font dans un Estât composé de plusieurs Républiques, et qui poavoient en quelque façon estre excusées en cette rencontre, dont toutes les circonstances dévoient estre examinées et arrestées d'an consentement unanime dans les Provinces, firent retarder leur voyage jusques à la fin de l'année 1645. Aussy ne les pressoit on pas beaucoup de partir, tant parce que depuis quelques umées la France, qui avoit bien voulu donner le tiltre d'Altesse m Prince, Ministre de cet Estât, refusoit de rendre à l'Estat mesme, et à ses Ambassadeurs, les honneurs, que le Roy Henry IV, avoit réglés à leur égard , que parce que l'on pouvoit bien juger, par les premiers commencements de la négociation <ks Ministres des deux Couronnes, que c'estoit un ouvrage, qui donneroit aux Députés des Provinces Unies le loisir de se préparer au voyage, sans précipitation. Les Ambassadeurs des Provinces Unies n'arrivèrent à Munster qu'au commencement de l'année 1646, mais assez tost, pour reconnoistre, que ce n'estoit pas leur absence, qui avoit arresté le progrés de la négociation des Ministres de France. Le Cardinal Mazarin, qui sçavoit, °ne ce seroit un avantage incomparable à la France, si l'on pou-

(*) Voyez la Résol. des Etats Généraux du 6 Fevr. 1647.

0) On trouve le traité du 1 Mars 1644 chez van Aitzema, T. IL P. 961.

78 Etat des Provinces Urne* avant la paix de Munster.

voit unir les Païs-bas à cette Couronne, avoit employé des an* nées entières à faire accroire aux Médiateurs, c'est à dire au Nonce et à l'Ambassadeur de Venise, que rechange des Provinces des Païs-bas, qui sont de l'obéissance du Roy d'Espagne, avec la Catalogne et avec les Provinces qui en dépendoient, do deçà les Pirenées, lesquelles la France avoit conquises après la prise de Perpignan, seroit aussy l'avantage des Espagnols et do cet Estât, et sur tout celui du Prince d'Orange (1). Mais les

(1) Il est curieux de voir dans le mémoire que Mazarin adressa le 20 Janv. 1646 aux ambassadeurs de France comment il envisageait l'état politique des Provinces Unies par rapport à l'échange projeté. g D'ailleurs quand les Espagnols .... nous cederoient les Païs-Bas, ils ne manqueraient pas de céder à Messieurs les Estats, plustost qu'à nous, tous les droits et pretensions qu'ils ont sur les Prov. Unies» et la France y consentant et les ratifiant en la forme la plus solemnelle et qui les pourroit plus contenter, les Estats auroient moyen de s'affermir une tranquillité durable avec tous les advantages et toutes les commodités, que donne ordinairement la liberté d'un commerce universel, d'autant plus que l'assiette de leur pais est telle et si bien fortifiée et par l'art et par la nature, que ce sera tousjours inutilement que l'on entreprendra d'y faire aucun progrés et imprudemment que l'on s'embarquera à de pareils desseins. — Il n'y a que les seules dissensions intestines, lesquelles s'accroissent ou s'allument aisément dans la paix, qui fussent capables d'en altérer le repos, et c'est aussy une des raisons, qui doit obliger la France à préférer les acquisitions de ce costé là à toutes les autres qu'elle pourroit faire ailleurs, puisque sans manquer aux lois d'amitié et à l'alliance elle pourroit avec le temps se prévaloir notablement de leurs divisions. Et quiconque examinera, selon les règles de la bonne politique, les affaires de Mss. les Estats reconnoistra sans doute, qu'ils peuvent malaisément subsister, si dans la paix ils ne s'établissent une autre forme de gouvernement que celle qu'ils ont eue jusques icy. De plu3 Monsieur le Prince d'Orange, l'authorité duquel serviroit extrêmement à faire conclurre la paix dont est question, n'est pas seulement avancé dans l'aage, mais subject à telles infirmités qu'un chacun commence à désespérer de sa vie, notamment quand on a sçcu qu'il est tellement menacé d'hidropisie, que dans les consultations que Ton a faites à Paris par son ordre, on a conclu unaniment qu'il seroit trop malaisé qu'il l'evitast. Ce qui nous doit obliger encore entièrement à nous accommoder avec l'Espagne, parce que la mort de ce Prince ne peut estre que très préjudiciable de toutes façons à cette couronne, Madame sa femme estant tellement haïe, que Ton croit mesme qu'ils la chasseront, et le Prince Guillaume estant encore jeune, et à ce que l'on rapporte plus addonné à ses plaisirs qu'aux affaires et par conséquent moins propre à reprendre le crédit du pere, sa perte arrivant, on es-

Désir de la paix. 79

Médiateurs, qui n'en purent pas estre persuadés, ne croyoient pas pouvoir faire goûter cette proposition aux Plénipotentiaires d'Espagne, qui de leur costé rejettoient ces ouvertures, et ne pouvant pas ignorer, que les Provinces Unies desiroient la paix, et que leurs Ministres avoient apporté cette inclination et cet ordre à Munster, tâchoient de profiter de cette conjoncture. C'est pourquoy ils commencèrent à négocier un traitté particulier a?ec cet Estât, dont le succès les délivrent d'un puissant ennemy, ou du moins obligeoit la France à leur accorder des conditions phu supportables, que celles que les Ministres leur faisoient proposer.

Les Provinces Unies n 'avoient pris les armes que pour la conservation de la liberté, et ne faisoient la guerre que pour obtenir nne bonne paix; mais elles, et surtout la Province d'Hollande, avoient des raisons plus particulières et plus pressantes, qui la lui faisoient désirer.

Les finances estoient tellement épuisées, que la pluspart des Provinces ne faisoient la guerre que des prests sur prests, que Ton estoit obligé de faire tous les ans, pendant que leur revenu te pouvoit pas suffire au payement des interests, et aux autres dépenses ordinaires. Il y en avoit mesme, qui considéraient, que les conquestes, qui estoient si glorieuses à l'Estat, et particulièrement à celui qui commandoit ses armes, bien loin de couvrir, «t de conserver les Provinces qui contribuent le plus à la subsistance de l'Estat, les minoient insensiblement, et ne servoient Va les faire abismer dans peu de temps. Le fonds, que l'on faisoit au commencement de chaque année pour la guerre, montoit à plus de vingt deux millions, dont la Hollande, payoit bien plus de la moitié, et elle devoit plus de cent quarante millions m contracts ou constitutions, dont elle ne se pouvoit pas dispenser de payer les interests punctuellement, y non compris les treize millions qu'elle devoit d'ailleurs. Les Estats de cette Pro- Vtoce en avoient de temps en temps fait des plaintes à ses alliés ;

tune mesme que Mess, les Estats travailleroient d'abord à diminuer «on authorité, non seulement parce qu'ils souffroient aujourdhuy malvolontiers celle dudit Prince, mais à cause de la jalousie qu'ils ont oonceùe du mariage qu'il a fait en Angleterre et de l'cstroite intelligence qu'il entretient avec la France, depuis la mort du Cardinal de Richelieu." Ce mémoire fait partie des pièces justificatives de M. de Wicquefort. On le trouve aussi dans les Négociations secrètes touchant la paix de Munster et iïOsnabrvg, Tome III, p. 20.

80 Dénr de la paix.

mais la pluspart des autres, ou plusieurs de ceux, qui y aroient part aux affaires, profitaient de la guerre, en demandoient la continuation, ou du moins ne pressoient pas fort la paix; de sorte qu'elle, se trouva obligée de s'en expliquer enfin, et de déclarer, que Tune lui estant absolument impossible, et l'autre extrêmement nécessaire, elle ne pouvoit plus différer de prendre party.

Mais ce qui donnoit le plus d'aversion pour la continuation de la guerre, c'estoit l'appréhension du voisinage des François, dont la puissance, qui estoit dcsja incommode, deviendroit formidable, et entraîneroit après clic la ruine du commerce de ces Provinces, si celles de l'obéissance du Koy d'Espagne venoient à s'unir à la Couronne de France. L'on en vit une preuve dans l'allarme, que l'on prit de ce qui arriva à la Haye au mois de Février 1646, parce que cette rencontre, acheva de déterminer absolument à la paix, mesme ceux qui jusques alors n'y avoient qu'un penchant bien médiocre, et particulièrement la Hollande» qui sans cela y estoit desja assez disposée. Ce fut, que le Prince d'Orange fit dire aux Estats d'Hollande, qui estoient alors assemblés en corps, et en suite aux Estats Généraux, que Destrades, qui avoit un régiment d'Infanterie au service de cet Estât, et qui depuis le traitté de 1635 venoit tous les ans en ce pais, faire un traitté de campagne, et concerter avec le Prince les desseins, que l'on y devoit exécuter, l'estoit venu trouver le jour précèdent, et qu'au lieu de lui parler des affaires de la campagne, comme il avoit accoutumé de faire, lui avoit fait confidence d'une affaire très importante. Qu'il l'avoit asscuré, que le Roy d'Espagne avoit fait proposer à la Heine Régente le mariage du Boy de France avec l'Infante sa fille, laquelle lui apporterait en dot les Provinces des Pais -bas de son obéissance, moyennant que la France rcstitûast à l'Espagne la Catalogne, avec le Roussillon et leurs dépendances, et que la négociation estoit si avancée, qu'il y avoit apparence qu'elle seroit conclue et peut estre exécutée dans trois semaines, avec cette réserve pourtant, que les deux Couronnes conserveroient aux Provinces Unies la possession et la jouissance entière de la liberté et de la Souveraineté, que leurs armes leur avoient acquises. Le Prince y ajousta, que Destrades lui avoit bien demandé ses sentiments sur cette affaire, mais qu'il avoit fait difficulté de s'en expliquer , parce qu'il avoit crû en devoir faire part aux Estats, devant que de répondre à une question de cette nature. Cet ad vis fut trouvé si

D'Estrades. 81

important, que les deux assemblées firent prier le Prince de prendre la peine de s'y trouver en personne, et de rapporter lui marne ce qui s'estoit passé entre lui et De s tr a des sur ce sujet. H y fat, et répéta ce qu'il avoit fait dire aux uns par le Président de rassemblée, et aux autres par le Conseiller Pensionairc, ajoutant à ce qu'il avoit dit auparavant, que Dcst rades l'avoit assenré encore, que les Païs-bas demeureroient unis à la Couronne de France, quand mesmes ce mariage ne produiroit point d'enfants. L'assemblée voulut sçavoir l'advis du Prince sur cette importante conjoncture; mais comme cet esprit et ce jugement, qui Ta?oient fait considérer comme un des plus habiles Princes de son temps, n'estoient plus ce qu'ils avoient este* autrefois, l'on n'en pût tirer autre chose , sinon qu'il jugeoit, que les Estats ne ponrroient pas empescher l'exécution de ce projet, si les deux Bois en estoient d'accord , et que tout ce qu'ils pourroient faire, ce seroit de demander le partage, dont l'on estoit convenu en Tan 1635 (i).

Les Ministres de France eurent l'adresse de faire courir le brait, que le Prince d'Orange n'approuvoit pas seulement le party de rechange des Païs-bas avec la Catalogne, mais qu'il le souatittoit mesme avec passion, pour ses interests particuliers. Le Oudinal Mazarin en parle dans les mesmes termes dans le mémoire, qu'il envoya aux Plénipotentiaires de France le 27 M*n de la mesme année. Il y àj ouste, que si le Prince eust pu s'asseurer de rechange de Mastricht avec Anvers, et que la Franco ratifiast la cession, que l'Espagne feroit à ces Provinces de ses droits et pretensions, il cust estimé', que le succès de cette ne-

(0 Voyez la Résolution des Etats de Hollande du 27 Février 1646. P* Prince communiqua cette nouvelle aux Etats Génér. le 28 Fctt. et donna son avis , Waerna syne Hoochgemelde Hooghey t ver- •# *esende op 't geene voorsz is te willen ibrmeeren syn E Hoog- *crse consideratie ende advis heeft diesaengaendc verclaert dat men de Hoochgemelte Coninginnc soude belioorcn aile 't zelfde toc te stacn "to dat se in conformité van het Tractaet den 8 Februarij 1635 tusschen de Croone van Vranckryek ende desen Staet tôt Parys gesloten ^J* de voorsz Spaensche Nederlanden aen desen Staet soude laten vol- 8e0 die partage uit het voorn. Tractaet, ten behoeve van deselvè gestipuleert." Késol. des Et. Gén. du 28 Févr. 1646.1

S2 ITEstrades.

gociation n'auroit pas esté moins glorieux à lui, qu'il auroit est* avantageux à l'Estat (1).

Certes si ce que le mcsroe Cardinal dit ailleurs est vray, tçavoir que Dcstradcs lui avoit escrit du 16 Février, qu'en la première conférence, qu'il avoit eue avec le Prince d'Orange celuicy lui avoit témoigné une si grande passion pour rechange que Ton ne pouvoit plus douter du succès de la négociation de D estrades, ny de l'affaire mesme; si, disje, il est vray, que le Prince ait eu, dés le 16 Février, connoissnncc de l'affaire, qu'il dit aux Estats le 27, n'avoir apprise que le jour précèdent sur le midy, l'on ne peut rien dire pour la justification du procédé du Prince, sinon qu'en ce temps là sa mémoire estoit tellement affaiblie, qu'il y avoit des intervalles, où il n'en avoit point du tout; ce qui est tres véritable, si ce n'est que l'on aime mieux douter de la verité des paroles d'un Ministre, qui ne l'a jamaii dite, que lors qu'elle lui estoit utile.

Le mesme jour que le Prince fit ce rapport, deux des Pleni-

(1) M. de Wicquefort rapporte d'une manière peu exacte, pour ne dire infidèle le mémoire de Mazarin de 17 Mars 1646, qui au contraire s'y plaint du changement survenu daus la disposition d'esprit du Prince d'Orange au sujet de l'échange projeté. — M. de Wicquefort n'a donné dans ses pièces justificatives qu'une partie du passage, que nous faisons suivre ici tout entier.

0 Un des mauvais effets que leur (des Espagnols) artifice ait produit jusqu'ici c'est d'apporter quoique changement dans l'esprit du Prince d'Orange touchant le parti d'échanger les Fais-Bas avec la Catalogne. Vous (*) avez vu, Messieurs, la copie de la lettre que le sieur d'Estrades m'écrivit de la première conférence qu'il avoit eue avec ledit Sr. Prince sur ce sujet. 11 paroissoit par là, qu'il n'approuvoit pas scidement le parti, mais qu'il le souhait oit avec passion pour ses intérêts propres, et que s'il eut pu être assuré d'avoir Anvers, nioiennant Mastricht, et que l'Espagne cédât aux Etats toutes ses prétentions et ses droits, et que la France ratifiât cette cession il n'y avoit rien de si avantageux à Messieurs les Etats et à lui que l'heureux succès de cette négociation. — La seconde lettre que j'ai reçue du Sr. d'Estrades cette semaine, ne contient que deux mots, que les affaires avoient changé de face" etc.

(*) Ici commence le fragment que M. de Wicquefort ft donné. Il ne fait pas mention de la seconde lettre de M. d'Estrades.

Négociations de Munster. 83

potentiûires de cet Estât (1), qui estoient venus de Munster exprés, rapportèrent dans rassemblée des Estats, que les Ambassadeurs de France leur avoient communiqué, que les Médiateurs leur aToieot dit, que ceux d'Espagne avoient reccu ordre du Roy, leur Maistre, par un Courrier extraordinaire, de déclarer de sa part, que son intention estoit de tâcher de donner le repos à la Chrcatienté, et afin d'y pouvoir réussir, qu'il estoit prest do soumettre tous les différents, qui' n 'estoient pas encore ajustés entre les deux Couronnes, à la Reine Régente de France, pour estre réglés par elle, de l'advis du Duc d'Orléans, du Prince de Coudé, du Cardinal Mazarin et des autres Ministres de cette Cour là; qu'il acquiesecroit à tout ce qu'ils en jugeroient, et qu'il ne feroit point de difficulté de le signer, dans l'asseurance qu'il avoit, que la Heine Eegente considercroit également, d'un costé les interests du Roy, son fils, et de l'autre ceux de la Maison, où elle avoit pris naissance, afin de mesurer sur cette considération les interests et la réputation de l'une et de l'autro Couronne; mais que les Ambassadeurs de France avoient répondu aux Médiateurs, qu'il y avoit une si estroite liaison entre la France et les Provinces Unies, qu'ils ne pouvoient rien faire l^uu sans l'autre, quand mesmes l'on cederoit à la France la moitié de l'Espagne. Que les mesmes Ambassadeurs de France J avoient àjousté, en la conversation qu'ils avoient eue en suite, que peutestre la Reine Régente ne voudroit pas se charger de l'arbitrage des démcslés de deux Rois, dont l'un estoit son Fils, tf l'autre avoit tousjours esté son bon Frère; que Ton pouvoit dQnner une grande estendiie à ces paroles, de ménager les intefe*fo et la réputation de Tune et de Vautre Couronne; que les Espagnols faisoient peutestre cette sousinission, pour tâcher de ligner du temps, et d'obtenir une suspension d'armes, ou bien pour faire transférer toute la négociation de Munster à Paris, à dessein de détacher la France de ses alliés, et de l'engager à une négociation particulière, et neantmoins qu'ils estoient d'ad- ^ qu'il ne falloit pas négliger les avantages, que l'on pourroit tirer de ces propositions; qu'ils s'asseuroient, que la Reine ne consentiroit pas à une négociation particulière, de peur de s'ex- P°ser aux sanglants reproches, que les allies lui pourroient faire avec justice ; au reste qu'il falloit que l'Espagne fust extreme-

(1) Mss. Pauw et de Knuyt.

84 Négociations de Munster.

ment foible, ou qu'en cette proposition il y eust un grand mistere cache, lequel le temps feroit découvrir, et qu'ils jugeoient, que pour ne rien bazarder, il estoit nécessaire de se tenir bien unis, et de faire agir avec vigueur les armes des alliés pendant la prochaine campagne (1).

Et de fait la Reine Régente, ayant sçcu, que les Ministres d'Espagne a voient fait faire ces propositions par les Médiateurs, escrivit aux Plénipotentiaires de France, qu'elle avoit receu avec tendresse et avec grande estime le témoignage, que le Roy d'Espagne, son Ercre, lui avoit voulu donner de son affection et de sa confiance, non comme une pure civilité, mais comme une preuve effective de l'envie, qu'il avoit de faire cesser les maux, dont la Chrestienté se trouvoit affligée; et neantmoins qu'elle estoit persuadée, que cette ouverture ne pouvoit pas produire l'efifect qu'il en faisoit espérer; qu'elle se trouvoit trop intéressée, pour pouvoir prendre la qualité de Juge, ou de Médiatrice, aux différents des deux Couronnes, et ainsy qu'elle leur ordonnoit de faire dire aux Plénipotentiaires d'Espagne, qu'elle avoit tant de confiance en la vertu du Roy, son Frère, et si grande opinion de son équité, qu'elle vouloit bien le conjurer, de faire lui mesrae ouverture des moyens, par lesquels il croyoit, que la paix se pust faire entre la Franco et l'Espagne; en l'asscurant qu'elle acceptèrent les conditions, qu'il jugeroit raisonnables, supposant qu'elles scroiont proportionnées à la constitution présente des affaires de part et d'autre, aux advantages, que la France avoit desja, et à l'apparence que l'on voyoit de les pouvoir augmenter à l'avenir. De sorte que les Ministres de France, croyant avoir découvert l'artifice et la malice des Espagnols, pretendoient aussy, que les Plénipotentiaires de cet Estât dévoient continuer à vivre avec eux dans la première confiance. De l'autre costé Bras set, Re-

(1) Voyez la Résolution des Etats Génc*r. du 28 Févr. 1646. Nous regrettons que l'étendue du rapport nous empêche de le produire dans les pièces justificatives. M. de Wicquefort n'en a donné qu'un fragment, qui ne suffit pas pour donner une idée claire de son importance. Nous citons seulement ce passage qui contient des protestations solemnelles de la part des Français , waerop de Hccren Plenipotcntiarissen Yan Vranckryck meermaelen en met hooge versceekeringen, soo by monde als hy haudtastinge aen de Plenipotcntiarissen van U Ho. Mo. hadden beloofd, dat Vranckryck daervan nimmermeer en souden wycken (du traité de 1632 et 1633)" etc. Nous verrons dans la suite, comme elles furent peu sincères.

If Estrades. 85

aident de France, et un de ses plus zélés Ministres, fut trouver k Président de rassemblée des Estats Généraux, protesta de la sincérité' des intentions du Boy, son Maistre, et l'asseura, que le mariage d'Espagne n'estoit qu'un bruit de ville, dont Ton n 'avoit pu seulement oûy parler en France (1). Mais ny les protestations de ces Ministres, ny les artifices de leurs Emissaires ne furent pu capables d'effacer les impressions, que le discours et le procédé de Destrades avoient faites. On le connoissoit pour estre entièrement dévoué à la Cour, et Ton sçavoit, qu'il avoit une obéissance aveugle pour les volontés du premier Ministre. L'on sçavoit aussy, qu'il estoit trop avisé, pour faire des propositions contraires à ses ordres, et aux intentions du Cardinal, qui lui pourroient faire perdre la réputation de tres-habile et tres-adroit négociateur, qu'il avoit, et qu'il a tousjours conservée depuis (2). En effect la manière d'agir de Destrades n'estoit pas moins suspecte que la proposition mesme. L'on y remarquoit, qu'il s'en «toit caché aux Estats; qu'il n'en avoit pas niesmes parlé au Prince, non comme à un Ministre de cet Estât, mais comme à va Prince vieilli et consommé dans les affaires, et comme à un des plus grands politiques du temps, du conseil duquel, il disoit que la Eeine Kegente se vouloit servir en cette importante rencontre, et que tant s'en faut que son intention fust d'en parler au Estats, il ne dissimuloit point, qu'il faisoit estât de s'en retourner dans deux ou trois jours. L'on jugeoit que cette action Btoit contraire à l'alliance. On se representoit desja cette redoutable puissance de France, avec l'humeur inquiète et entrepre-

0) L'ambassadeur Servi en s'exprima à ce sujet dans la lettre qu'il écrivit aux provinces de la manière suivante: //quant aux pre- ^dus traittez de mariage ou d'eschanges, c'est une fourbe si grossierre qu'il n'y a point de personne d'intelligence dans les affaires qui ne connoisse qu'il y auroit autant d'imprudence, que d'infidélité d'entendre présentement à des scmblabcs propositions. Je proteste de nouveau a vos Seigneuries sur ma vie et sur mon honneur que °5 8ont de faussetez malicieusement inventées par les ennemis" etc. ^'ojez van Aitzcma, Nederl. Vredehandelingh, p. 315. JS'ous donnons dans la pièce justificative n. IV une lettre écrite par les Plénipotentiaires des Provinces "Unies aux Etats Généraux, contenant les Plaintes des Français sur cette „ fausseté malicieusement inventée."

(2) Voyez Wicquefort, L* Ambassadeur et ses fonctions, p. 127.

86 UEttradet.

nante de la nation, dans le voisinage, et sur la frontière (Je). Elle avoit âjousté à ses conquestes Gravclines et Dunquerque, dont Ton n'avoit jamais osé entreprendre le siège sous le Ministère du Cardinal de Richelieu, et avoit porté ses armes jusque* dans le coeur de la Flandre, où elle avoit pris, et faisoit fortifier Courtray, et plusieurs autres petites places sur le Lis, Brisach avec Fhilipsbourg, la Lorraine et l'Alsace en Allemagne, Piombino et Portolongonc en Italie. L'on en estoit jaloux, et Ton apprehendoit le tort, que le progrés de ses armes et son voisinage pourroient faire au commerce des habitants de ces Provinces. Pour sortir de tous ces embaras, Ton proposa plusieurs expédients et remèdes. Il y en avoit, qui donnoient dans les sentiments du Prince d'Orange, et qui estoient d'advis, que l'Estat devoit demander l'effect du partage de Tan 1635, mais ceux qui n'aimoient point les François, et qui avoient de 1 aversion pour leur voisinage, soustenoient, que pour les tenir éloignés des frontières de ce pais, il n'y avoit point d'autre moyen que celui de faire la paix avec l'Espagne. Us representoient, qu'il y avoit apparence, que la perte des Païs-bas, laquelle ils voyoient estre infaillible, si la France et cet Estât continuaient de joindre leurs armes, pour en poursuivre la conquestc, pourroit obliger l'Espagne à écouter les ouvertures, qu'on lui feroit pour le mariage et pour l'échange, mais aussy qu'elle pouvoit en espérer la conservation, en s 'accommodant avec les Provinces Unies. Il est vray que Dcstrades, voyant le méchant effect, que sa proposition avoit fait, ne continùoit pas de parler du mariage du Itoy avec l'Infante dans les mesmes termes, ny avec la mesme asscuranec (Q,

(k) Voyez la Résolution des Etats de Holl. du 28 Férr. 1646. *Dat Vranckryck, zyiule vergroot met do Spacnsche Ncdcrlandcn ecn formidabcl lichacm sal wesen voor desen Stact. Dat - overmocht-ige gebuurcn te hcbhcn voor aile Statcu altyt gans gcvacrlyck is geoordcelt geweest. Dat de nature van de Frauschc natic kittclarhtig eu onrustig is, sonder remuement nauwclicx konnende geduren." etc. [Voyez aussi dans la pi«*cc justificative n. V combien la Hollande était allarmée.]

(/) "Résolution des Etats de Hollande du 9 Mar3 1646. ,1s bij den Raadpensionaris rapport, gcdaen van de conferentie, met Sijne Hoogheyt, dm Prince van Oranjcn desen morçren gehouden en is bij

dcnsclve gcrcfcrecrt dat urelgenieltc sijne Hoogheyt daerop ver-

klaringe haddc gcdacn, dat de Colonel Dcstrades op sijn vertreck, van het voorsz. werck (l'alliance entre la France et l'Espagne) duysterder haddc gosprneken, als te vourcu, somwijlcu dus, dan wederom auders de saecke verhacleudc."

U Estrades. 87

et les Minisires do la Cour de France en accusoient les Espagnols, comme si c'eust esté un artifice, pour semer la division entre les allies, en advertissant les Plénipotentiaires de cet Estât de la négociation secrète, qui se faisoit pour cela à Madrid. Ce qui estoit vray. Car les Espagnols leur avoient dit bien positivement, que la France faisoit faire en Espagne cette négociation particulière et séparée par des Emissaires et des Moines, et que les François la pressoient avec plus de chaleur, que du temps de l'Empereur Charles V ils n'avoient pressé à Crcspy en Valois, le mariage du Daufin avec l'Infante d'Espagne; que depuis la mort du Prince d'Espagne, elle y insistoit plus que jamais; que l'Empereur ne s'y osoit pas opposer, par ce qu'il ne pouvoit pas empescher l'Espagne de faire la paix, laquelle lui estoit nécessaire ; que le Boy, leur Maistre, ayant voulu prendre sur ce sujet l'ad- ▼is de ses Plénipotentiaires, ils lui avoient conseillé de n'en rien faire, parce que les Païs-bas et le Milan servant comme de cittadelks à la Monarchie d'Espagne, Ton ne pouvoit pas les en détacher, sans hasarder le Boiaume mesme. Mais que le Conseil d'Espagne, composé la pluspart de Ministres, qui n'estoient jamais sortis du Païs, et qui ne sçavoient pas ce que les Païs-bas valent i l'Espagne, ne faisoient que conseiller la réunion de la Catalogne et du Koussillon, et que cependant le Boy, se trouvant entre ces deux extrémités, estoit obligé de prendre party. Tellement <pie le procédé des François, ne faisant que confirmer ces advis, leur desadveu ne fit qu'augmenter le soupçon et la défiance, laquelle se trouvant fortifiée par la considération du mauvais estât des finances, obligea enfin l'Estat, et particulièrement la Province d'Hollande, à prendre une resolution déterminée de traitter avec l'Espagne, et de prévenir ceux, qui en voulant faire croire, qu'il &e tenoit qu'à eux de la conelurre, quand ils voudroient, ne pouvoient pas empescher aussy que l'on ne erust, qu'ils la feroient, quand ils la pourroient conelurre avec avantage (1).

Au reste il est certain, que D estrades avoit fait le voyage tk la Haye, et la proposition du mariage et de réchange au Prince d'Orange, par ordre exprés du Cardinal Mazarin (2). Parce

(1) Voyez la pièce justificative n. VI.

(-) Ou sait que d'Estrades, voyant l'impression inattendue que cette nouvelle lit sur les Etats de Ilollandc, desavoua le Prince

8S B> Estrades.

que comme en cette prétendue négociation du mariage, qui n'estoit en effect qu'une chimère, et une production de la passion, que ce Ministre avoit, de joindre les Païs-bas à la Couronne de France, il n'avoit rien à appréhender, à ce qu'il disoit, que la jalousie des Estât s; il vouloit se guérir de cette inquiétude, en tâchant de se persuader, et aux Ministres de France, et en suite aux Estats mesmes, qu'ils n'a voient pas moins d'interests que la France de désirer l'échange de la Catalogne, y compris le Bouesillon, avec la Flandre, et la Comté de Bourgogne. Sur ce fondement il pretendoit faire travailler à cette négociation, de con-

M. van der Capellcn dit dans ses Mémoires (Qedenksckriften, H, p. 143 sv.): ,De Franschc Plenipotentiarissen tôt Munster — spelen den ignorant, ende geven uyt, dat dit werck cène Spaensche practique is, om te saeyen oncenigheyt tussen de geconfedereerde, ende dat in het minstc daer niet aen is." Vingt ans après M. de Witt, Conseiller Pension, de Hollande, qu'on a tout lieu de croire assez verse" dans l'histoire de sa patrie, fit mention de cette question dans une lettre écrite aux Ambassadeurs des Provinces Unies à la cour de France, Mss. Mcerman et Borcel, le 23 Dec. 1667. #Waer mede afbrceckcnde, ende in transitu alvoorens nogh alleenlyck aenroerende, dat de Spaensche Ncderlauden, gedurende de Munstersche Tractaten nooit aen Vranckryck, H sy ten Huwelyck met de Infante of andersints acngeboden syn, soo ois tny seer teel bekent is." (Brieven, T. IV. p. 5S2.)

Et pourtant M. de Witt s'est trompé. H est certain que d'Estrades avait reçu de Mazarin Tordre de faire part au Prince d'un projet de mariage du Roi avec l'Infante, à condition d'un échange. M. de "Wicqucfort a communiqué le Mémoire de Mazarin aux Ambassadeurs du 10 Février 1646, (Voyez aussi Négociations de Munster, Tom. III. p. 49). *Pour cet effect on a fait partir en diligence Mr. d'Estrades pour la Ilollande, sous prétexte d'aller concerter avec ledit Prince, comme il a accoustumé, les desseins de la prochaine campagne, et ce voyage est oit d'ailleurs nécessaire pour oster de son esprit les soupçons que je vous ay marqué dernièrement qu'il y avoit mis, d'une négociation secrète. // n'a nulle charge de faire aucune proposition, mais d'exposer simplement audit Prince la substance des discours que Contarini et autrefois Saavedra et Brun ont jettes des mariages, ou des échanges des Pays-Bas et de la Catalogne, et depuis peu ledit Contarini plus précisément et que sa majesté juge à propos de le faire communiquer en toute franchise audit Prince, par personne confidente et de prier de luy donner en sincérité ladessus ses bons advis et de luy faire sçavoir ses sentiments." Le 8 Mars Mazarin écrivit: * Depuis nos dépesches toutes achevées le

If Estrades. 89

cert et du consentement du Prince, afin de ne donner pas aux Espagnols l'avantage de pouvoir dire, que la France faisoit un traittë particulier, sans la participation de ses alliés, puis que le Prince en avoit connoissance, et y donnoit les mains. Four y obliger le Prince, Des t rades avoit ordre de lui faire espérer, qoe le Boy le gratifieroit du Marquisat d'Anvers, à condition de le rderer de la France. Le Cardinal, en escrivant aux Plénipotentiaires de France, qui estoient à Munster, leur avoit fort extggeré* les avantages, que le Boy y trouverait, et c'est dont ils estoient fort persuadés, mais ils advoûoient, qu'ils n'y voyoient pas si clairement les avantages de l'Espagne. Au contraire ils représentèrent au Cardinal, qu'il n'y avoit point d'apparence, que rSipagnc acceptast ce party; parce qu'après la perte des Païsbas, l'Espagne ne se pourroit plus faire considérer, ny dans l'Empire ny en Angleterre, pendant que les Bois de France deviendroient presque seuls arbitres des affaires de l'Allemagne et de l'Election des Empereurs; et que la négociation, que l'on feroit pour cela, offenseroit en mesme temps les Provinces Unies, les Catalans et les Portugais, parce que moyennant le mariage et rechange, la France abandonnoit les uns et les autres. Le Carfinal s'y opiniastra neantmoins, et voulut faire proposer l'affaire parLestrades; de sorte que quand les Plénipotentiaires en virent le succès, que le Prince avoit découvert l'affaire aux Estats, et qu'A en avoit parlé comme d'une chose arrestée entre la Franco et l'Espagne, ils trouvèrent bon de reparer, en quelque façon, cette faute, en asseurant les Ambassadeurs Hollandois, qu'il ne kw en avoit jamais esté rien proposé de la part des Espagnols.

conrier de Hollande est arrivé, qui m'a rendu une lettre du sieur d'Estrades du 16 Février, laquelle m'informant de tout ce qui est P^se* en la première conférence qu'il a eue avec Mr. le Prince d'Orange, Wt voir que je ne m'estois pas trompé, quand je jugeais que ledit Seigneur Prince souhaiteroit pour le moins avec autant de passion <!« nous l'échange de la Catalogne avec les Païs-Bas" etr. (Nêgodat. î*Mun$(er. III. p. 112). — Dans cette même lettre Mazarin mande *&* Ambassadeurs, que le Prince d'Orangeavait exigé que l'on ne sût point • Munster, qu'il avait eu connaissance de cette affaire. M. de Wicquefort qui résidait alors à Paris, écrivit dans ses Nouvelles le 2i M*rs 1646. , Celle (l'affaire) dont on parle le plus, est la négociation de M. Destrades en Hollande, dont l'effet ne repondant point aux désirs de ceux qui l'ont employé, a tellement surpris Mess, les ministo» que l'on a esté sur le point de le désavouer." MS.

90 Délibérations des Etais Généraux sur la pais de Munster.

Mais les Estats Généraux, au moins la pluspart des Députés des Provinces, ne laissèrent pas de se disposer à un accommodement avec l'Espagne, puis que mesmes après le mauvais succès du voyage de Destrades Ton donna ordre aux ministres de France de tâcher de faire réussir le party de rechange.

Le Prince d'Orange mesme, soit qu'il voulust donner un advii désintéressé à ses Maistrcs sur la fin de ses jours, ou que sentant sa santé altérée, et sa mémoire affaiblie, il ne pust pas souffrir, que de son vivant les emplois passassent en d'autres mains, son fils mesme lui donnant ombrage, pria les Députés, qui l'avoient accompagné à l'armée, pour lui servir de conseil à la campagne, de représenter aux Estats leurs Committents, que le succès des armes n'estant pas tousjours également heureux, ils feroient bien de préférer une paix honnorablc, seurc et avantageuse, aux événements incertains d'une guerre, qui pourroit enfin devenir ruineuse à r Estât (/m). La Princesse, sa femme, qui avoit tousjours eu grand pouvoir sur son esprit, et qui le gouvernoit en ce temps là avec quelque empire, écoutoit les Espagnols, et trouvoit son compte dans la paix, parce que par un traitté, que le Prince fit avec les Ministres d'Espagne, l'on faisoit à elle en son particulier des avantages, que la France ne lui vouloit pas faire, soit que le Cardinal Mazarin ne se pust pas résoudre à s'abaisser jusques à la recherche de cette Princesse, ou qu'il se voulust servir de ce prétexte, pour flatter son humeur, un peu trop ménagère, pour pouvoir profiter des occasions de cette nature.

Toutesfois les Estats, devant que d'exécuter la resolution, qu'ils avoient prise de conduire avec l'Espagne, et pour n'offencer pas la France irreconciliablcment, firent prier ses Plénipotentiaires de tâcher de faire modérer leurs pretensions, et de se contenter de* offres, que les Espagnols avoient faites, et firent en mesme tempe dire aux Plénipotentiaires d'Espagne, qu'il estoit nécessaire, non seulement qu'ils exécutassent effectivement ce qu'ils avoient promis a la France, mais aussy qu'ils lui accordassent encore ce que leurs amis communs jugeroicut estre juste et raisonnable. Us représentaient aux uns la nécessite indispensable, en laquelle l'Estal

(m) Voyez la Résolution des Etats de Hollande du 26 Juill. 1646. rI)at Sync Hooghcyt verklaringe liadde jrhedaen, ter presentic van de Gcdcputccrden van haer Ho. Mo. dat d'uytkoinstc van de Wapenen onseker was, eu dat ecu Trac tact ccrlijek ende voidcrlijck vooi den Stoct nict ongeraden is" etc.

DcHberatûms des Etats Généraux sur la paix de Munster. 91

se troavoit, de faire la paix, faute de pouvoir fournir aux frais de la guerre, et ils faisoient dire aux autres, que cet Estât estoit si «traitement lié avec la France, qu'il ne pouvoit pas traitter ans elle, ny conclurre qu'elle ne fust satisfaite. Ils offrirent de plus de garantir la France par un traitté solemnel, et de la secourir d'hommes et de vaisseaux, si après la conclusion de la paix les Espagnols l'attaquoient, mesmc dans ses autres Estats et conquestes; encore que l'Estat ne fust obligé de la garantir qie dans les Païs-bas, et dans les conquestes qu'elle y avoit faite*. Mais ce fut avec cette reserve expresse, que si la France ne R satisfaisoit point de tous ces avantages, et ne faisoit la paix me l'Espagne dans trois semaines, ces offres ne les obligeraient pins, et ils ne laisseraient pas de conclurre avec elle, parce qu'outre que Testât de leurs affaires les necessitoit de faire la paix, il n'y avoit point de traitté, qui les obligeast à la continuation de la guerre, pour faire plaisir à la France, et tant qu'il lui plairait k faire de son costé.(n). L'on disoit, que le traitté de l'an 1634, qm oblige l'Estat à faire et à continuer la guerre, n'avoit esté fût que pour sept ans, et ainsy qu'il estoit exspiré dés Tan 1641; que le traitté de l'an 1635 n'obligeoit les armes de' l'Estat d'agir, que dans l'estendûe des Provinces que le Boy d'Espagne possc-

(•) Résolution des Etats de Holl. du 3 Avril 1647. * Is in proporitie gebracht het stuk van de guarantic over eu de wederover tus- «ben de Kroone vau Vranckryck ende desen Staet te prestecren en is iwe verscheyde discoursen, resumticn en her-resumtien doch nac voorgaendc dchberatien of men in desen by overstemminge sal concluderen,

eyndelyck goedgevonden ende geresolvecrt, clat desen Staet acn

Vranckryck geen vorder guarantie en is gekouden te presteren, als acngiende hetgeene de Kroone van Vranckryck anno 1635 beeft beseten, 80 't geen sedert dier tyt in de Nederlanden van wegen deselve is gceonquesteert, maer dien onvermindert, dat uyt sonderlinge respecten soo om de vrientschap en goede correspondentic met Vranckryck, als °m eyndelyck te mogen komen totten langh verwachte vrede, men van *egen desen Staet sal aennenicn (ingcvallen het tractact van vrede towehen Vranckryck en Spagnien in de tyt van drie weken, nae date «tter, wort geslotcn) de Kroone van Vranckryck te subsidiecren met

&&, volck of schepen, indien de Koningh van Spagnien moghte

komen te attaqueeren eenige plactsen van de besittingen van Vranckryck toyten de boveugeroerde gewesten, maer ingeval de vreden tusschen Vranckryck en Spagnien binnen elen voorsz gezetten tyt nict gcsloo- Jen en moghte werden, dat in dien gcvallen de Staet sal wesen in "^ gekcel en als voor desen.

92 Délibérations de* Etait Généraux sur la paix de Mouler.

doit aux Païs-bas, la conqueste desquelles estoit le seul object de ce traitté, et ce seulement jusques à ce que les Espagnols en auroient esté chassés, et ne l'obligeoit pas à contribuer aux conquestes, que le Roy voudroit faire en Italie, en Espagne, ou ailleurs ; que Ton ne pouvoit plus espérer l'expulsion des Espagnols, et que l'Estat n'estant point tenu de faire la guerre pour les intercsts de la France, dans les autres parties de l'Europe, on k Boy mesme s'estoit réservé le pouvoir de faire la paix, ou bien une trêve, sans participation des Estats, on ne pouvoit pas força les Estats de continuer la guerre pour des interests estrangers, où ils n'avoient point de part; que le traitté de Tan 1644 dii bien, que la France et les Estats soutiendront avec vigueur kl interests l'un de l'autre indifféremment, mais que cela ne se peu! entendre, sinon des interests, que la guerre avoit rendu communs, et dont il estoit parlé au traitté de 1635, parce que celui di 1644 n'ayant esté fait que pour sortir de la guerre, il se trouverait, que bien loin de la finir, elle auroit esté rendue éternelle si l'Estat eust esté obligé de la continuer jusques à ce que b France auroit esté satisfaite, mesmes à l'égard des interests qu'elle a hors des Païs-bas. L'on consideroit aussy, que les alliés de 11 France, intéressés avec elle en la guerre d'Allemagne, comme b Suéde et la Hesse, ne souffriraient point, qu'elle traittast av« l'Espagne, qu'en mesme temps elle ne fist conduire la paix di l'Empire. Car ils s'attiroient toutes les forces de la Maisoi d'Austriche sur les bras, et se chargeoient de la haine de toui les autres Protestants, qui s'estoient desja détrompés du prétende zèle, dont les estrangers avoient coloré la guerre qu'ils faisoien en Allemagne, ennuyée de ces troupes auxiliaires, qui n'y estoien que pour la ravager, et pour subsister aux dépens des amis e ennemis indistinctement (o).

Les Ministres et les partisans de France disoient au contraire que c'estoient les Espagnols, qui avoient osé dire, que les traittéa que la France a avec les Estats, ne regardent que les Païs-bas que la France ayant rompu avec l'Espagne par tout, à l'instano des Estats, elle ne pouvoit pas faire la paix dans les Païs-Bas et continuer la guerre dans les autres quartiers de l'Europe; qui ce n'estoit pas aux Estats à expliquer seuls les termes d'ui traitté qui leur est commun avec la France, et qu'ils ne se pour

(o) Voyez la Résolution des Etats de Hollande du 10 Août 1646.

Détiberatious des Etats Généraux sur la paix de Munster. 93

roient pas donner cette autorité, sans offenser tous leurs autres amis et alliés; que le traitté de Tan 1634 fut fait sur un mémoire de M. de Char nasse, où il estoit parlé des Grisons, de la Valteline, de Casai, de Mantoûe, de Fignerol, de la Lorraine, et généralement de tous les interests du Boy de France, en quelque part du monde qu'il pust estre attaqué; que le terme de sept ans, dont il est parlé au traitté de 1634, a esté rendu indefiny par celui de Tan 1635, qui s'estend jusqucs à la paix, et jmques à l'expulsion entière des Espagnols; que ce dernier traitté n'est qu'en exécution des 11 et 12 articles du premier, qui disent, que le Roy, en rompant avec l'Espagne, sera déchargé de* «absides qu'il donnoit à cet Estât; que Ton partagera les conquestes, et que l'un des alliés ne traittera pas sans l'autre; que la France n'auroit pas rompu, si elle n'eust esté asseurée de la garantie de toutes ses conquestes ; qu'il est vray, que les forces dévoient agir principalement dans les Faïs-bas, mais que cela n'empeschoit pas, que le Boy ne fust obligé d'agir aussy «Heure. Au contraire, qu'en portant ses armes en Italie et en fcpagne, il a diverty les forces, qui seroient toutes tombées sur les bras de cet Estât, que puis que les Estats vouloient, que la France s'interessast pour eux aux Indes, il estoit juste aussy, ^'ils prissent part aux interests, que le Boy a hors de son Boitmne, et ailleurs qu'aux Faïs-bas, où il ne peut faire ny paix ny trêve sans les Estats, que le traitté de l'an 1644 faisoit toute la décision, en ce qu'il oblige les deux alliés à s'aider l'un l'autre à conserver les conquestes indistinctement. Ils y âjousterent, que l'impuissance, que les Estats alleguoient, n'estoit qu'imaginaire, et un mauvais prétexte pour manquer à l'alliance, à la Welité, aux obligations qu'ils avoient à la France, à l'honneur de la nation et à leur interest propre. Ce sont les termes dont les Ministres de France se servoient, pour tâcher d'empescher la paix particulière, et pour exprimer l'excès de leur mécontentemcnt. Le Comte de la Boche Servien (1) estant àla Haye en

(1) L'auteur de la Critique a donné le portrait suivant de M. S e r - Vleû: iM. de Servi en t avoit le génie extrêmement vif et peneto^y et né avec un tempérament bouillant et emporté, il poursuivoit s^ idées et s'efforçait de renverser de foiee ou de gré tout ce qui wâait mine de s'y opposer. Il entendait parfaitement les affaires et en aroit fait l'apprentissage sous le Cardinal de Richelieu en qualité de

04 Délibérations des Etats Généraux sur la paix de Munster.

l'an 1647, s'emporta mesmes jusques là, que d'accuser publique ment quelques uns des Plénipotentiaires de cet Estât d'avoir pri de l'argent des Espagnols, et nomma les Sieurs de Heemsted et de Knuyt dans un escrit, qu'il fit imprimer et débiter pa tout le puis. Les Estats d'Hollande trouvèrent ce procédé for mauvais, justifièrent les Ministres de leur Province, et déclare rent, qu'ils avoient agy en gens d'honneur, conformément à l'in tention de leurs supérieurs, qui estoient fort satisfaits de leur fidélité et conduite, et qui ne doutant point qu a l'avenir ils n donnassent des preuves de leur zele et de leur probité, promet toient de protéger leurs personnes, et de maintenir leur honneui et leur réputation. S'il est permis d'ajouster à cette déclara tion publique une conjecture particulière, l'on pourroit dire, qu'i n'y a point d'apparence, que les Espagnols, à qui toutes les résolutions de l'Estut estoient révélées ou vendues, par des geai qui ont servi d'exemple à ceux qui le font encore présentement ayent fait une dépense inutile, en donnant de l'argent à des Mi* nistres, qui par le devoir de leur cmploy estoient obligés de tra vailler à la paix avec chaleur. Mais nonobstant ce procédé, e plusieurs autres emportements du Comte de Scrvien, l'on n< laissa pas de conelurre avec lui, et avec la Thuillerie, soi collègue, le 29 Juillet 1647, un traitté de garantie, où l'on corn prit, avec la France et les conquestes des Pais-bas, Pigncrol, h Koussillon et la Lorraine, et mesmes la Catalogne, si dans le trente années de trêves le Roy d'Espagne, ou l'Empereur y atta

secrétaire d'Etat, mais comme ce premier ministre ne voulut souffrir ci place que ceux qui dcpcmloient absolument de lui, il ne faut pas s'éton ncr si Servient, un des hommes du monde le plus fier et le plus im perieux no put pas sympatiser avec lui et fut obligé île sortir de la coui Rappelé sous le ministère du Cardinal Mazarin par les soins et la pro tection de M. de Lionne, son parent et son ami, secrétaire et favoi de cette Eminenec, il fut nommé en lfit.'i un des Plénipotentiaires à 1; paix de Munster. Comme il ne pouvoit souffrir l'égalité qu'on avoit mis d'abord entre lui et le Comte d'Avaux, un de ces collègues, leur ja lousie éclata par des éscrils publics pleins des pi us sanglants reproches Le Duc de Longucvillc le premier des Plénipotentiaires, ne pu venir à bout de les raccommoder et dans la suite Servient remu tant qu'enfin il obtint leur rappel et se vit seul négociateur pour 1 paix. Ce caractère sert à faire connoitre quel cas on devoit faire d son accusation contre les ministres des Etats, qu'il assurait avoir et corrompus par l'argent des Espagnols."

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qooit les places, que la France y possederoit lors de la conclunon du traitté (1).

Les Provinces de Zeelande et d'Utrecht estoient d'avis, qu'il falloit différer la conclusion du traitté jusques à ce que la France fat satisfaite. Les François protestaient continuellement de l'inclination qu'ils avoient à faire la paix. La Thuillcrie dit, dans une audiance, qu'il eut le 23 Octobre, que les Espagnols Tonloient rejetter l'affaire de Portugal à la fin de la négociation, pour se reserver le moyen de la rompre; qu'ils continiioient de frire instance pour le restablissement du Duc Charles, bien qu'ils eussent déclaré plus d'une fois, que l'affaire de Lorraine n'empescheroit pas la conclusion du traitté; que les Espagnols, f» cédant les conquestes des Païs-bas, pretendoient ne donner que le corps des places, sans le territoire et sans leurs baillages ; qu'ils refusoient de régler les limites et les fortifications des places du lloussillon, à dessein de charger la France de l'cntrcteoement d'une armée; qu'ils deraandoient un tempérament pour rortolongonc et Piombino, au lieu de les laisser à la France, sans réserve, comme les autres conquestes; et qu'ils vouloient, que la garnison Françoise sortist de Casai, et trouvoient mauvais, que les François les empeschassent de se rendre raaistres de cette place. Il pria les Estât s de prendre connoissance de tous ces différents, non comme arbitres, disoit il, mais comme nais, qui estoient obligés de marcher d'un mesme pas en la négociation de la paix, à s'aider à conserver les conquestes, et à procurer les uns aux autres la satisfaction, qui leur estoit dciic (/?). Au commencement de l'année suivante, sçavoir le 11 Janvier 1648, le mesme la Thuillcrie, voulant faire encore un dernier effort, pour empescher la conclusion du traitté, fut trouver le Président des Estats Généraux, et lui dit, que les Plénipotentiaires de France les feroient juges des cinq poincts, et après qu'ils seroient reglés, Ton tâcheroit d'accommoder l'affaire de Lorraine, et qu'en attendant qu'elle fust ajustée, l'on donneroit une pension de cent Drille escus au Duc, quarente mille à la Duchesse, et autant au Duc François (q). Mais ces discours ne servoient de rien; les

M Voyez la Résolution des Etats Gcnér. du 24 Octobre 1G47. (?) Voyez la Résolution des Etats Génér. du 15 Janv. 1643.

W Voyez ce traité chez van Aitzcma. III. p. 203.

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Plénipotentiaires de France n'av oient point de pouvoir pour cela, et ils sçavoicnt bien que les Estats ne se chargeaient pas seuls de cet arbitrage. Cependant les Ambassadeurs des Provinces Unies, voyant la fermeté de ceux de France, qui s'opiniàtroient à demander des choses, que leurs alliés ne jugeoient pas raisonnables, et se trouvant pressés par les Espagnols, qui protestaient, qu'ils seroient obligés de prendre d'autres mesures, si Ton ne conclùoit pas avec eux, avoient promis le 16 Janvier, qu'ils signeroient le traitté dans quinze jours, et les Espagnols les sommoienl de l'effcct de leur parole, parce qu'ils avoient avis, que les François faisoient négocier sous main avec le Duc de Lorraine. Les Plénipotentiaires de France lui faisoient offrir la restitution de l'ancienne Lorraine, le Duché de Bar demeurant annexé à la Couronne de France, aussy bien que ce que les Evesques de Mets et Verdun avoient autrefois aliéné au profit des Ducs de Lorraine, et le Marquisat de Nomcny, s'il se trouvoit qu'il ne faisoit pas partie de l'ancienne Lorraine, et ils insistoient aussy à ce que les fortifications de Nancy fussent démolies. C'est ce qui se negocioit à Munster; mais les Espagnols disoient, que la France traittoit avec lui à Bruxelles, et qu'elle lui faisoit faire des propositions bien plus plausibles, à dessein de le détacher du party d'Espagne. Les autres différents, que les Médiateurs n 'avoient pas encore pu ajuster, estoient pour le moins aussy importants. Celui de Portugal, sur lequel l'Espagne ne pouvoit, et la France ne vouloit pas se relâcher, avoit esté rejette à la fin du traitté, et estoit capable de tout rompre, quand les deux Couronnes seroient d'accord de tout. Les dépendances des conquestes de la France ne faisoient pas une petite difficulté, aussy bien que les limites et les fortifications du Koussillon et de Catalogne, et on ne les pouvoit pas faire demeurer d'accord touchant Portolongone et Piombino, ny touchant la garnison de Casai, poste le plus considérable de toute l'Italie, après celui de Milan. Tellement que les Plénipotentiaire! de cet Estât, voyant qu'il n'y avoit point d'apparence de faire joindre les deux Couronnes, mesmes au jugement des Médiateurs, ne pouvant pas se dédire de la parole formelle qu'ils avoient donnée, et se sentant nécessités, par des ordres exprés et réitérés qu'on leur envoyoit continuellement, plusieurs raisons pressantes l'emportèrent enfin sur la considération, que l'on pouvoit avoir pour un allié, qui vouloit continuer la guerre pour des interests, où cet Estât n'avoit point de part, en Portugol, en Catalogne, en Lorraine et en Italie, où les traittés permettaient au Roy de

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France de faire la paix, sans la participation de ses alliés. Et de lait, après que la Hollande eut déclaré plusieurs fois, qu'elle ne Tooloit et ne pouvoit pas souffrir, que Ton mist une armée en campagne, ou que Ton fist rien, qui pust faire espérer la continuation de la guerre, et que les Espagnols eurent déclaré aux Plénipotentiaires, qu'il falloit ou conclurre, ou leur laisser la liberté de prendre d'autres mesures, la pluspart des autres Provinces entrèrent, les unes après les autres, dans les mesmes sentiments, et consentirent à la conclusion de la paix. Elle fut donc âgnée à Munster, dans l'Hôtel des Plénipotentiaires de ces Pro- Tinces, où ceux d'Espagne s'estoient rendus pour cet effect, le 30 Janvier mille six cent quarente huit.

DES

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