LIVRE DEUXIEME
SOMMAIRE
La première intention des Estât* et des Espagnols estait défaire une trêve La Zeelande juge, qu'il la faut mesmes préférer à une paix perpétuelle mais voyant les sentiments des autres Provinces, et les raisons, qui le obligent à faire une pair perpétuelle, elle y acquiesce. La paix confirm la Souveraineté à V Estât, quoy que la plusparl des Princes de VEurop Veussent reconnu pour Souverain longtemps auparavant. La Cour d France fait difficulté de donner aux Ambassadeurs de ces Provinces l rang qui leur est deu. Contestations, et la fermeté des Estais swr e sujet. Elle accorde pourtant enfin ce que les Estais avoient désiré, mm tard, et (Tassés mauvaise grâce. Iss Espagnols, au contraire, previen nent les Ministres de toutes les civilités imaginables, et commencent pa là à gagner P affection de ces peuples. Les Estais de Zeelande ne vem lent pas ratifier le traitté de Munster. Ceux d1 Utrecht font amssy k difficiles, et désirent que ron vérifie les devoirs, qui ont esté faits pou raccommodement des deux Couronnes, mais acquiescent enfin, de sort que les ratifications sont eschangées, et la paix est publiée à Munstei La Zeelande y donne aussy les mains, et permet que la publication a la paix se fasse dans sa Province, aussy bien que dans les autres. L'Ei pagne et cet Estai comprennent leurs amis an frai/té. L'on fait sçavot aux Ministres estrangers, que la paix est conclve, et que la publicatio s'en fera, et elle se fait en effect. Article séparé pour la navigation t pour le commerce. Les autant âges, que le Prince et la Maison cPOrang tirent de la paix. Leurs trait tés particuliers avec le Roy d'Espagm Les Estais font encore plusieurs autres avantages au Prince Guillaum qui n'est pas satisfait du traitté de Munster, et tache d'en empescht la ratification. Son introduction à la Cour de Justice , comme Gouvet ncur de Hollande, West-Frise et Zeelande. Plusieurs Ministres prescAen centre la paix. Les Nobles et les villes de Brabant prétendent dévot représenter une Province, et e.slre reccus dans V Union. La France et extrêmement mécontente du traitté. Elle fait faire de grands effort; pour en empèse her, premièrement la signature et la conclusion, et en suite la ratification. La Thuillerie, Ambassadeur de France, se retin Le Sr. tfOslericic, Ambassadeur ordinaire en France, appréhenda* r indignation de cette Cour la, fait difficulté d'y retourner, et on Pen dû pense. L' estai des affaires de France en Pan 164S et au commencemen de 1649. Le Roy sort de Paris et Passicge, mais ne pouvant pas rt
dmre la ville par la famine, et les Espagnols fomentant les divisions, la Cour s'accommode avec le Parlement, La paix de Munster est indifférente aux Anglais, à cause de Vestrange confusion des affaires de ce Marne, dont Von marque quelques particularités. Le Duc de Tore se urne des mains des Parlementaires, et se retire en Hollande, où le Prince de Galles estoit desja. Plusieurs vaisseaux de guerre Anglais, de twn et de foutre party, viennent à femboucheure de la Meuse. Les Estais les empeschent de s'y combatre. Le Prince de Galles va en périme à F Assemblée, lui demande conseil et secours, afin d'aider à destourner le dessein, que quelques uns du Parlement ont de faire mourir le Boy. Les Estais y envoyent une ambassade extraordinaire ; mais elle ne peut pas empescher ? exécution du Roy d? Angleterre. Les Estais reforment la religion en Brabant et en Flandre; se mettent en possession dn domaine de la Mairie de Boisleduc et du Bailla ge de Hulst, esta- Minent des Consuls dans les villes maritimes d Espagne, d'Italie et de Sicile, et commencent à régler Pestât de leurs finances. La paix ne refit pas bien le différent de la possession du pats d1 Outre-Meuse, ny ttemalent du Haut quartier de Gueldre. La Chambre my partie. Différât sur P explication de l'article séparé touchant la navigation et le tmnerce. Les Estais se plaignent de l'inexécution de plusieurs articles, la Espagnols s'en plaignent aussy de leur coslé, ent^ autres de Vusurpdion de la Commanderie de Guemerl, de V Ordre Teulonique. Le Commandeur de 8 ouvré vient en Hollande, à dessein de reclamer les biens de tOrdre de Malthe, mais s'en retourne sans prendre audience. Le démulé avec le Boy de Portugal. La Négociation avec les Ministres 1e Brandebourg; avec ceux de F Electeur de Cologne, et avec les DefsUs du Duc de Neubourg et des Estais des Duchés de Julliers et de Berg. La conclusion de la paix de F Empire. L' Estât des affaires (FOslfrite et ? Ambassade de ces Provinces en Moscovie.
Ïa première intention des Estats et des Espagnols avoit esté de ne faire negotier à Munster, qu'une trêve de plusieurs années, e* dans cette intention ils avoicut fait dresser les premières instructions de leurs Plénipotentiaires (1). Ils s'estoient persuadés
(1) Ce fut h l'instigation de la France que les Etats Géuér. transformèrent en un congres de paix les négociations de Munster, dont le tat primitif était de conclure uue trêve avec l'Espagne. Voir la lettre des Ambassadeurs du 31 Août 1040, lue à la séance des Etats Génér. du 5 Sept. » Het tweede poinct by de meergem10 Ileoren (les Ambassadeurs de la France) geproponeert is geweest, dat sy altyd po- Mgenheyt hebbeu gehadt, om ons in den nacin vau h. Ho. Mo. op 't «fekend IX art. (du traité de 1644) aile contentementen te geven, en wdien h. Ho. Mo. alleen tôt ecn tresves en nict tôt cen vaste vrede, boewel die van de Spagnaerden aengeboden was, hadden connen rcsolfeeren en dat Franckryck om vencheyden respecien tôt ecne vrede genoot-
100 La paix est préférée à une trêve.
d'abord, qu'ils auroicnt bien moins de peine à conclurre une suspension d'armes, ou une cessation d'hostilités, sur le modelle de celle de Tan 1609, qu'à faire un traitté, qui obligeast le Boy d'Espagne à renoncer absolument à la propriété de toutes les places qu'ils possedoient, et à la Souveraineté de ces Provinces; parce qu'en y renonçant, il approuvoit indirectement la déclaration, par laquelle ils a voient justifié leurs armes en l'an 1581. Les Estats de Zeelande preferoient la trêve à la paix, pas tant pour cette considération, que parce qu'ils ne vouloient pas que l'on parlast seulement de paix, et ce n'estoit pas sans une grande répugnance, qu'ils consentoient à tout ce qui faisoit cesser les hostilités. Mais les Estats des autres Provinces, voyant que la négociation tiroit en longueur; que l'on n'auroit pas moins de difficulté à convenir des conditions d'une trêve, qu'a conclurre une paix perpétuelle, et que les Espagnols mesmes, qui vouloient détacher cet Estât de la France, avoient bien autant d'inclination pour l'une que pour l'autre, quittèrent bientost leurs premières pensées, pour s'appliquer entièrement à la paix. Ils considéraient que par la trêve l'on n'acqueroit pas la Souveraineté à l'Estat, parce que l'on ne pouvoit pas obliger le ftoy d'Espagne à y renoncer, puis qu'en ne faisant qu'une trêve, il se reservoit la liberté de recommencer la guerre après qu'elle scroit exspirée, et en renonçant à la Souveraineté, il ne lui restoit plus de sujet ny de prétexte pour cela. L'on consideroit aussy, que la trêve n'asseuroit pas le repos à l'Estat, parce qu'après Texspiration de la trêve, l'on auroit de la peine à engager la France à une nou-
saeel-t tea* te trwlcrPii^ dat sy nu middel hadden çevonden, om d'intentic van h. Ho. Mo. begrepen in't voorsz. IX art. te connen voldoen mits stipulecrcnde. in en voor Catalogne ecn tresves van gelijekc jaren als h. Ho. Mo. den tresves met Spagnien soude roincn te accorderen, sulex indien ter expiratic van dcscivc den Coninck van Spagnien den tresves in Catalogne ofte metten staet van h. Ho. Mo. niet sou willen continuerai, soo wel d'ecu als d'ander geobligeert soude wesen de wapenen tegen Spagnien in de liant te ueincii, en dan h. Ho. Mo. hiermede soude hebben t* effect van het IX art., alsoo Vranckryek door Catalogne in H oorloge soude worden geengageert endc h. Ho. Mog. in eas van rupturen geguarandeert, en niet te min Vranckryek tegenwoordich al o m me vrede buyten Catalogne soude connen maecken, welcke vrede sij verclaerden voor Vranckryek nootmeckelick en de tretves im U generael niet aennemelick te wesen" ete. Voir: Verbael van de « sade tôt de vredehandel binnen Munster. T. I, p. 369 verso. M. S.
La paix est préférée à une trêve. 101
relie rupture. Que ceux, qui avoient présentement la principale direction des affaires de ces Provinces, seroient responsables à la postérité de tous les malheurs et de tous les desordres, qui sont inséparables de la guerre, si en la conjoncture présente, où on leur offroit la paix, ils negligeoient de la faire, et en perdoient malheureusement l'occasion. Que ceux là mesmes, qui avoient fait la trêve en Tan 1609, eussent sans doute fait la paix, si on la leur eust offerte aux mesmes conditions, qu'on la pouvoit faire présentement, et si le Eoy d'Espagne eust pu dés lors se résoudre à abandonner le Pais, et à renoncer à sa Souveraineté (a). Les
(«) Voir la Résolution des Etats de Hollande du 18 Sept. 1646. De Heeren Staeten van Hollandt en West-Vrieslandt, naerder gelet hebbende op de saecken ende jegenwoordige handelingen vallendc binnen de Stadt van Munster, ende dat die principaelycken zijn aengestelt, «orne te mogen geraecken tôt een générale ruste ende vreede van de pleele Christenheyt, ende in aile manieren behoorlycken dienen gcflriert; ende omme daer toe op het spoedighste te mogen geraken, ** desen goet gevonden is, dat van wegen desen Staet met den Kongh van Spagnien alleen over trêves van lange jaren soude werden gageert, doordien men gemeent heeft daer inné mindere difficulteyten te «dlen rescontreren, als wel indien men van finale vreede soude mogen bandelen ;
dat mede uyt verscheyde brieven onlanghs van de Hecrcn Plcnipotcntiariasen van desen Staet tôt Munster geschreven, met de bijlagcn van dien, klaerlycken wert bevonden, dat over de voorsz. handelinge van trêves menighvuldige consideratien zijn vallende, ende dat selver bij de outste, confident3te ende machtighste geallieerdcn van desen Staet bedenckingen werden opgenomen, dat Spagnien sicli soude mogen laten Toorstaen, dat de Hoogheyt ende Souverainiteyt deser Vereenighdc Nederlanden door tractaet van trêves niet ten vollen soude wesen TOseeckert ende vast gestelt:
®àt dat ingevalle van bcsluyt van een vreede de vastigheyt vandc Souverainiteyt deser Landen tôt allen tijden sal blyven, selver ooek by den vyandt, buyten aile cavillatie ende misduydingc, ende daer door deselve ende aile quaetwilligen, benomen sal worden de occasie, otnme onder pretext ofte pretentie van Overigheyt de Landen te ko- ■en beoorlogen; dat voor aile onpartydigc, ooek voor de naekonicliagen, in tyden ende wylen, beswaerlycken soude zijn te verantwoorden, als men, ter exspiratie vanden trêves, ende sulex by laps van tydt, weder in oorlogh soude moeten komen, dat men in plaetsc vaiidien wel een goede en versekerde vreede soude hebben konneu beko-
102 La Zeelande,
fistats faisoicnt aussy reflexion sur les bruits, qui avoient couru Tannée passée, et non sans fondement, du mariage du Boy de France avec l'Infante d'Espagne, et ils se representoient Testât, où ils se trouveroient, si le Boy d'Espagne, qui, en faisant la trêve, se reservoit les droits et les pretensions qu'il avoit suroes Provinces, les cedoit un jour à la France, comme il pourrait faire, si les armes des François faisoient de plus grands progrés au delà les Pirenécs. Et dautant que les Estats de Zeelande, en parlant pour la trêve contre la paix, avoient dit, entr'autres choses, que pendant la paix le service de l'Estat seroit négligé, et que les Provinces ne contribûeroient pas avec la mesme promptitude, et avec le mesme zele, qui les animoit pendant la guerre (1), les autres Provinces repondoient, qu'il ne falloit pas craindre, que la paix produisist ce desordre plustost que la trêve, puis que la négligence et la sécurité' ne sont pas plus attachées à Tune qu'à l'autre, et que ce sont des effets de la mauvaise conduite des Ministres, plustost que des productions nécessaires du repos de l'Estat. Au reste, qu'il estoit bien facile de se guérir de cette appréhension, en continuant de lever, pendant quelques années, les mesmes droits et les mesmes impositions, que le peuple estoit accoutumé* de payer sans répugnance, et mesmes que Ton pourroit faire un fonds, qui servirent à acquitter les dettes de l'Estat, et à faire subsister les gens de guerre dans les places frontières. La Zeelande se rendit enfin à ces raisons, et sur son acquiescement il fut résolu, le 26 Novembre 1646, que Ton ne parlerait plus de trêve, mais que les Plénipotentiaires travailleraient incessamment à la conclusion d'une paix perpétuelle.
Et de fait, la première trêve n'avoit point donné d avantage du tout à l'Estat. Les Archiducs Albert et Isabelle, à qui Phi lippes II, Boy d'Espagne, avoit cedé les Païs-bas, en fa-
soo hebben haer Edele Groot Mogende, naer itérative hier over gehouden deliberatien, nict anders konnen oordelen, als dat de vrede îs» ende wesen soude het Christ clykstc, promptstc, seeckerste ende eerlyckstc middel, om eeumael uyt desc kostelycke ende bloedigc oorlogen te geraecken, etc."
(1) Voir la pièce justificative n. VII.
Avantage de la paix. 103
reur de leur mariage, déclarèrent bien, au premier article du traitté de la trêve de Tan 1609, qu'ils traittoient avec les Estats Généraux des Provinces Unies en qualité, et comme les tenant pour Provinces, Païs et Estats libres; mais ny eux, ny le Boy d'Espagne ne voulurent jamais déclarer, que les mesmes Provinces, Pais et Estats estoient effectivement et absolument libres, iadependants et Souverains, nonobstant tous les devoirs et efforts, que les Ambassadeurs de France et d'Angleterre firent pendant b négociation. Au contraire, dés que la trêve fut exspirée en Tin 1621, les mesmes Archiducs ne parloient des Estats et des habitants de ces Provinces, que comme de sujets rebelles, et comme de Provinces révoltées, dont la possession, et non la propriété, estoit demeurée aux Estats, et ils protestaient à toutes les «carions, que ce n'avoit pas esté leur intention de reconnoistre b Estats pour Souverains. Mais le Boy d'Espagne, bien loin de « servir de ces termes offensants, renonce expressément, et formellement, dans le premier article du traitté de Munster, à la Soaveraineté de cet Estât, et des Provinces dont il est composé, kdare et reconnoist que les Estats Généraux des Païs-bas Unis, 4 leurs Provinces, avec tous leurs Païs associés, villes et terres, «ut libres et Souverains Estats, sur lesquels, ny sur leurs païs, ifflei et terres, il ne prétend rien. Jusques là qu'il leur cède nome tous les droits de Souveraineté et de supériorité, sans rien excepter, des villes, places et forts, qu'ils tenoient lors de la conclusion du traitté dans les Provinces de Brabant et de Flandre, dont il se reservoit le tiltre avec la Souveraineté, la propriété et la possession, en partie. Tellement que Ton peut dire, que ce n'est que par la paix de Munster proprement, que l'Estat * acquis sa pleine liberté, et que ce n'est que depuis ce temps là, 9,w la Souveraineté ne lui peut plus estre contestée.
Ce n'est pas que les armes ne lui eussent donné la mesme liberté, et que longtemps devant la trêve il n'eust esté reconnu pour Souverain par la pluspart des Princes et Estats de l'Europe, ks Rois de France et de la Grand'Brctagne, de Dannemarc et de Suéde avoient donné rang à ses Ambassadeurs immédiatement 'prés ceux de la Republique de Venise, et après ceux des Testes Couronnées. Mais la mesme France, qui avoit le plus contribué a rétablissement de leur liberté, estoit celle qui s'estoit rendiic souvent fort incommode sur ce sujet. Sous la régence de Marie de Medicis, et pendant la minorité de Louis XIII, l'on woit souvent disputé le rang aux Ambassadeurs de cet Estât .
104 CotUctUUioni sur le rang des ambassadeurs.
ou par complaisance pour la Cour d'Espagne, avec laquelle on avoit fait un double mariage, ou par le caprice et l'interest da Ministres. Le Duc de Luines, qui possedoit toute la faveur après avoir fait tuer le Mareschal d'Ancre, ménageoit si peu les interests du Boy, son maistre, que pour obliger l'Infant* d'Espagne, Princesse des Pais- bas, en la considération d'un petil avantage domestique, qu'il rechercha et obtint pour un de sa puisnés, que contre l'intention du Roy defunct, et contre les anciennes maximes de la France, il prit party pour la Maison d'Austriche, contre les Princes Protestants d'Allemagne, ainsj que nous avons dit ailleurs (1). Le mesme favori, qui négligea ou trahit les interests de son Boy dans l'Empire, eut aussy di mépris pour les autres alliés de la Couronne. Mais les Estats qui depuis ce temps là n'a voient pas pu faire régler le rang pai les Ministres de France, s^en voulurent asseurer, devant qui d'envoyer leurs Plénipotentiaires à Munster. Les Comtes d'Avaux et Servicn, qui passèrent à la Haye au commencemenl de l'an 1644, devant que d'aller au lieu de l'assemblée générale firent difficulté de promettre, qu'ils traitteroient et recevroienl les Plénipotentiaires des Estats à Munster, avec les mesmes honneurs qu'ils estoient obligés de rendre à ceux de Venise (2). 1* Prince d'Orange mesme, tousjours complaisant pour la France
(1) Voir page 71.
(2) M. de Wicquefort a donn6 dans ses preuves un extrait de la Résolution que prirent à ce sujet les Etats de Hollande le 2 Fevr 1644. Nous préférons le remplacer par le procès- verbal de la séance des Etats Génér. du 12 Fevr. * Syn in de Vcrgadcring gecompareert cen notabel getal van vêle en diversche Heeren extraord[inaris Gedeputeerden van Hollandt, ende hebben met ende neffens de Heeren Ordi naris Gcdeputeerden van deselve Provincic versocht, dat van wegei hacr Ho. Mo. souden worden verclaert aan de Heeren Extraordinarif ende Ordinaris Ambassadeurs van Vranckryck dat hacr Ho. Mog. nid en connen treden tôt openinge van dcrselver Resolutie op de bewustc acht articulen daerover met deselve Heeren Extraord. en Ordin. Ambassad* van Vranckryck is gehandclt, voor en alcer dat desen Staël van de Croonc van Vranckryck soude liebbcn ontfangen contentement op *t stuc vande bewustc visite, contravisite, ecrtitul met de gevolgc en acncleve van dieu voor de Heeren Ambassad* en Plcnipotentiarissen gaende van wegen desen Stact nac Munster, in gelijcheijt van 't gcenc de Hoogstgcmelte Croone desesaengaendc is defererende aendc Heeren Ambassadeurs ende Plcnipotcntiarisscn die van wegen de Ilepublyoq van Vcnetic tôt Munster voornt. mede sullen verschynen."
Contettationt tur le rang des ambattadeurs. 105
jugeoit que l'on se devait accommoder, et partager les honneurs avec elle, sans préjudice de la grandeur et de la Souveraineté de oet Estât. H disoit, que tout ce que les Ambassadeurs de cet Estât pouvoient prétendre de ce costé, estoit la première visite, la qualité d'Excellence, et la main et le pas chez les Ambassadeurs de France, quand ils les visiteraient; qu'il n'y aurait plus de contestation sur le premier point, si les Ministres de cet Estât se rendoient les premiers à Munster; parce qu'alors ils ne pourraient pas refuser de rendre la première visite aux Arabasadeors de France, cet honneur estant deu aux Ambassadeurs qui arrivent les derniers; que dans la conversation l'on serait obligé de se servir de la langue Françoise, en laquelle on pourrait éviter de parler en troisième personne, et par ce moyen d'employer le tiltre d'Excellence; puis que ces façons de parler, qû aident assés heureusement à l'elegance de quelques autres lingues, estant encore barbares en France, l'on se pourrait servir ptaa avantageusement de leur façon de parler ordinaire. Et pour os qui est de la main et du pas au logis des Ambassadeurs tançois, que l'on pourrait mesler cet honneur entre le grand waibre des Plénipotentiaires de cet Estât ; en sorte qu'en entrant et sortant les uns prissent place devant, et les autres après les Haûpotentiaires de France. Mais les Estats, au lieu d'agréer cette ouverture, défendirent à leurs Plénipotentiaires de voir ceux de France chez eux, jusques à ce qu'ils eussent promis de les tnitter en la mesme manière, qu'ils avoient accoutumé de traitter les Ambassadeurs de la République de Venise (1). Un an
(1) M. de Wicquefort ne s'est pas exactement tenu à Tordre des dites. L'avis du Prince d'Orange, donné aux Etats de Hollande, est antérieur à la déclaration que ceux-ci ont faite dans leur assemblée du 2 ftrrier, et qu'ils ont réitérée à la séance des Etats Génér. le 12 Eévr. Et & ne furent point les Etats Génér. qui prirent la résolution mentionnée dans le texte, mais les Etats de Hollande après la déclaration faite à la a&nce des Etats Génér. Voir la Résol.dcs Etats de Hollande du 12 Févr.
1646. f Is rapport gedaen van 't gunt ter Generaliteit was voor-
gevallen op de deliberatie van den bewustcn rang en hoc de Provincial de naolutien van haer Ed. Gr. Mog. zijn opneinende; item wat voor consideratien sijne Hoogheyt de Heere Prince van Orangien van wegen bacre Ho. Mo. des geeonsulcert zyndc op 't voorsz. subject was hebbende ; waerop syndc delibereert, is nacr verscheyde discoursen goetgevonden dat de Ambassadeurs Plcnipotentiarissen van wegen haer Ho. Mo. sal werden aengeseyt, naedemael den mcergemelten rang by de Extraordinaris
106 Contestation sur le rang de» ambauadeurt.
après cette déclaration, c'est à dire au commencement de l'a 1645, Destrades déclara, en arrivant à la Haye, que la Cour de France avoit consenti à ce que les Estats avoient désiré*, et que l'on se pouvoit asseurer, que leurs Ministres seraient traittes à Munster, et ailleurs, comme les Ministres de la Republique do Venise, à la reserve de la seule première visite, que l'on prêtai* doit faire rendre aux Plénipotentiaires de France, s'en remettant à ceux de cet Estât, à le faire en cérémonies, ou bien sans cortège, sur le soir, ou autrement (6). Et bien qu'il fist cette déclaration de l'ordre exprés de la Cour, à ce qu'il disoit; si est ce que six semaines après il rendit une lettre, par laquelle le Boy asseuroit les Estats, que ses Ambassadeurs traitteroient à l'avenir ceux de cet Estât du tiltro d'Excellence, leur donneraient la main droite en leur logis, et leur rendraient la première visite aux lieux où ils arriveraient les derniers. Le Roy y aj ouste, qu'il donne cela à l'affection, qu'ils ont témoignée pour sa Couronne, et à l'intercession du Prince d'Orange. Pour dire la vérité, ce fat la fermeté des Estats, qui extorqua à la Cour de France cet acquiescement, qu'elle lui eust pu accorder plustost et de meilleure grâce. Les Espagnols, au contraire, bien que grands ménagers de ces civilités, en usèrent d'une manière bien plus galante, et y réussirent mieux pour le service du Roy, leur maistre. Us alloient au solide, et forçant leur gravité naturelle, et devenant mesme prodigues des choses, qui en effect ne leur coustoient rien, ils rendirent, sans marchander, aux Ambassadeurs des Provinces
(fj) Voir la Résolution des Etats de Hollande du 25 Janv. 1645: fbehoudens allecnlyck dat de Plenipotentiarissen van desen Staet, tôt Munster komende, de Fransche Heeren sullcn geven de cerstc visite, daerby voegende dat sulxs soude kunnen geschieden des avouas in crûputculo, ofte anders op soodanige bedeckte manière als de Plenipotentiarissen van desen Staet tôt Munster zijndc aangekomen, sullen oordeelen best te weesen."
ende Ordinaris Ambassadeurs van Vranckryck tôt noch toe is geweygert, inde vreedehandelinge tôt Munster toegestaan, dat de Plenipotentiarissen van desen Staet hacr sullen onthouden van aile communication ten logement c van mcergemcltcn Heeren Ambassadeurs ter tydt en wyle toe, (leselve mogen goetvinden de Plenipotentiarissen van desen Staet te tracteerco in soodanige voegen als de Ministers van Vcneticn by dcselve gcwoon syn getracteert te werden."
M. de Knuyt. 107
Unies les mesmes honneurs, qu'ils avoient rendus aux Plénipotentiaires de l'Empereur et du Boy de France. Aussy commencèrent ils à gagner par là l'affection de ces peuples, et à y occuper petit à petit la place, que les François y tenoient auparirint
La paix aida bien fort à les establir ; mais non pas si généralement, qu'il n'y eust des Provinces, que l'on ne put pas guérir de Inversion qu'elles avoient pour les Espagnols, laquelle estoit derenûe comme naturelle à la pluspart des habitants de ces Pais, ans l'opiniâtreté d'une cruelle guerre dequatrevingts ans. Les Estats deZeelande n'estoient point satisfaits de la conduite de Knuyt, kor Ambassadeur à l'assemblée de Munster, qui avoit signé le tnitté contre la volonté des Estats ses Committents, et mesmes centre le sentiment du Prince d'Orange, qu'il devoit suivre en quelque façon, comme son substitut en la qualité de premier Noble de Zeelande (l). Ils y âjoustoient, que tout l'Estat estant obligé de faire faire une paix générale, et de faire donner satisfction à la Couronne de France, ils ne le pouvoient pas faire, •m en ne la concluant point sans elle. Leurs Députés déclarant le dernier jour de Mars, que les obligations, que cet Estai avoit à la France, estant presque infinies, la reconnoissance fcroit estre infinie aussy; que l'on n'avoit pas travaillé avec mes d'application à l'ajustement des différents, qui empeschoient
(1) Voir van Aitzcma. III. p. 247. #In Zeelant hebben de wederpartyen vauden Hcer Knuyt hacr vordel scer ghetooghen uyt het gepasscerde tôt Munster, hem nagevende sijue last te buyten gegacn te ûcbben, waerdoor eensdeels de Ghemceutc teghen hem wiert ghecommoteert, alsoo dat in Martio ecn grooten hoop volck in 't Hof of Abdye te amen quam, hebbende de artijckelcn der Vrede by haer, met ver- «beyden glossen in geschrift daer op gemaeckt. In verschcyden Zeelant- «ta Steden wierden sodaenighc pcrsooncn in de Magistraet ghebracht fo gheen vrienden van den Heer Knuyt waeren, ende men sach dat sija Hoogheyt de parthy van die tegen hem Knuyt ende het sluytcn der Vrede waeren, favoriseerde, gelijck ooek nacmaels de Prcdicant Tcylingh in seeckerc ghedruckte Dcdicaticbrief voor het Bouck den Polytijcken Christen genaemt, uytdruckelyck sijn Hoogheyt daer over precs,dat desdie het sluy ten der Vrede hadde helpcn tegenspreecken : sedert desen tijt is een continueel gemeen discours geweest, dat sijn Hoogheyt den
Heer Knuyt soude dimittecren van sijn charge; de Princesse
ftmariere heeft van tijdt tôt tijdt den Heer Knuyt ghemainteneert." Voir G. W. Vrccdc, Inleiding foi cène geschied. der Ned. diplomatie, I partie, p. 10S.
108 Délibération sur la ratification de la paix de Mtuuler.
encore la conclusion de la paix entre la France et l'Espagne, « que les Estats, après avoir si sensiblement offensé la France, et ratifiant an traitté, qu'ils ne devraient pas avoir conclu sans elle n'en avoient point d'autre garand, sinon un peu de parchemin e de cire, et la seule parole et bonne foy du Boy d'Espagne; c'es à dire, d'un ennemy reconcilié en apparence, mais irréconciliable en effect. Outre que cette paix particulière et séparée estoit in utile à ces Provinces, puis que la continuation des hostilités entre les deux Couronnes feroit voir continuellement leurs armée* sur les frontières de cet Estât, qui seroit obligé de demeurer armé, et que le commerce n'en seroit pas moins incommodé à l'avenir, qu'il l'avoit esté cy devant pendant la guerre. Ainsy qw ce seroit une dernière imprudence à l'Estat, de ratifier un traitté lequel il ne pouvoit pas signer sans ingratitude et sans injustice Ils vouloient aussy, que l'on alterast le traitté mesme en plusicun points; que l'on déclarast aux Ministres d'Espagne, que cet Estât se maintiendrait en la possession du pais d'Outrcmeuse, et qu'il n'entendoit point, que la Chambre my -partie decidast ce différent; qu'il estoit nécessaire de fixer le lieu de l'assemblée de la Chambre, et de faire régler les limites de l'un et de l'autre Souverain, en Flandre et ailleurs; que l'article, qui parle de la démolition des forts de Flandre, fust reformé; que l'Empereur fist asseurer l'Estat de la neutralité de l'Empire, et que l'on expliquast plus clairement ce qui est dit dans l'article séparé, de* marchandises, dont le commerce seroit défendu (c).
Pour ce qui est des Estats d'Utrccht, Godard de Reede Seigneur de Ncderhorst, qui dés l'année passée n'avoit pas voulu signer les articles, que les Plénipotentiaires des autres Province* avoient ajustés avec les Ministres d'Espagne, non content d'avoii encore absolument refuse de signer le traitté du 30 Janvier, avoil justifié son refus par un escrit public (1). Les libelles, qui ont
(c) Voir la Résolution des Etats Génér. du 30 Mars 1648.
(1) 0 Pendant le congres de Westphalic le Duc de Longuevilh voulut faire un présent considérable au Sieur van Rcede de Ne derhorst, l'un des députés des Prov. Unies, de la part des Et&ti d'Utrecht, il en offrit aussi un au Secrétaire de l'Ambassade, para qu'ils avoient de l'affection pour la France. Ils le refusèrent tous deux et dirent qu'après la conclusion de la paix ils ne refuseraient pas le*
délibérations sur la ratification de la pais de Munster. 109
esté publiés pour et contre Nederhorst, qui ont esté imprimés, et qui feroient un assés bon volume, ne justifiaient pas moins les intentions de la France, et les actions de ses Ministres, que xson procédé propre, et les Députes de la Province mesme faisoient difficulté de consentir à la ratification du traitté, si les Plénipotentiaires ne faisoient voir quels devoirs ils avoient faits «prés des deux Couronnes, pour les porter à un accommodement, et que c'estoit la France qui le refusoit. H estoit bien facile de le faire; car les Ministres d'Espagne et de cet Estât estant d'accord de tout, en sorte que pour perfectionner le traitté, il n'y manquoit que la signature, ceux-cy avoient fait des diligences très-grandes et continuelles, pour tâcher de faire conctorre la paix entre la France et l'Espagne en mesme temps. Nais les mesmes devoirs leur attiroient sur les bras Tune et l'autre Couronne. La première âgréoit bien leur entremise, mais elle vooloit que les Plénipotentiaires des Estats s'obligeassent à n'aéeret point leur traitté, si leurs offices ne produisoient point l'effet, qu'ils s'en promettoient : et l'autre pretendoit, qu'il n'y trait rien, qui les pust dispenser de donner la dernière perfection à un traitté, dont presque tous les articles avoient esté signés, et auquel il ne manquoit qu'une simple formalité. Pegnaunda et le Brun protestèrent mesme, que si les Plénipotentiaires de cet Estât en faisoient difficulté, ils ne pretendoient plus Grtre obligés à quoy que ce soit; mais vouloient sortir de cette ^certitude, et prendre leurs mesures ailleurs. Les Plenipotentiairc* Hollandois, pour se dégager de cet embaras, voulurent faire ^ dernier effort, en proposant des moyens d'accommodement toachant les points les plus difficiles, et entr'autres touchant celui <te la Lorraine. Les Espagnols parloient pour les interests du D&c Charles, qui estoit à leur service, et les François ne poutoient pas souffrir que ce différent fust debatu à Munster. Neanttooins sur ce qu'on leur fit entendre, qu'on laisseroit à la France
"^rçues de la libéralité du Roy, mais qu'on les en devoit disposer pendant la négociation." de Wicquefort, F 'Ambassadeur et ** fonction, Livr. II, Sect. 9. Comme Wagcnaer (T. XI. p. 457) « van Aitzema (Vredehandelinghe, p. 351) n'ont donné qu'un extrait « a déclaration de Mr. van Rcede de Nederhorst nous avons ^ bon d'en insérer le texte dans nos pièces justificatives. Voir pièce justificative n. VI II.
110 Délibérations sur la ratification de la paix de Munster.
la Duché de Bar, et les villes et terres, que les Ducs de Lorraine avoient cydevant usurpées sur les trois Eveschés, de Mets, Tool et Verdun, avec les villes de Clermont, Stenay, Jametz et Dun ils commencèrent à prester l'oreille à cette ouverture; mais £b ne la voulurent pas agréer absolument, sans le consentement d Tordre exprès de la Cour, pour lequel ils dépescherent un courrier, qu'ils pretendoient faire revenir dans quinze jours, et demandèrent qu'on leur donnast ce delay. Les Espagnols s'en fichèrent, et menacèrent de rompre, particulièrement lors que le* François adjousterent à ces conditions celle de la démolition dei fortifications de Nancy et des autres places de Lorraine, et plusieurs autres interests touchant la dote de l'Infante Donna Catherine d'Austriche, de Marguerite de Savoye, Sabionnette, Boesolo, les Barberins, Don Eduard de Portugal, l'Electeur de Trêves, le Duc de Gastualla, le Duc d'Àtrie et autres. De sorte que les Plénipotentiaires des Provinces Unies, prévoyant qu'après les quinze jours, l'accommodement entre les deux Couronnes ne se* roit pas plus avancé, qu'il l'cstoit alors, et craignant de l'autre costé, que les Espagnols ne se rebutassent de leur manière d'agir, demeurèrent d'accord avec eux, que l'on ne changeroit rien aux articles du traitté, et que si dans quinze jours, qui dévoient exspirer à la fin du mois de Janvier, les deux Couronnes n'achevoient point d'ajuster leurs différents, Ton passeroit outre à la signature et à la conclusion de la paix entre l'Espagne et cet Estât (d).
Les Députés d'Utrecht vouloient un plus grand éclaircissement des devoirs, que les Ambassadeurs avoient faits auprès de l'une et de l'autre Couronne; mais ceux de Hollande, considérant qu'il n'estoit plus question de faire la paix ou la trêve, ou de n'en faire point, parce que cela avoit esté résolu du consentement unanime de toutes les Provinces, il y avoit quatre ans, et depuis encore par une resolution du 26 Novembre 1646, mais seulement d'exécuter ces resolutions, et de ratifier un traitté, que le Député de Zcelande mesrac avoit signé à Munster, jugeoient qu'il falloit faire conclurrc la ratification à la pluralité des voix, nonobstant l'opposition de quelque Province, que des mouvements estrangers faisoient agir, plustost que ses propres interests. Le 4 Avril Ton
{d) Voir pièce justificative n. IX.
Délibération» sur la ratification de la paix de Mnn*ter. 111
afoit convié le Prince d'Orange (1) de se trouver à l'assemblée des Estats Généraux, et après que le Président lui eust demande son advis touchant la ratification, il dit, qu'il jugeoit, que dans une affaire de cette importance il ne falloit pas conclurre à la pluralité des voix, mais sursoir la délibération pendant huit ou dix jours; afin que dans ce temps là les Députés de Zeelande et d'Utrecht pussent informer leurs Committents de Testât des affaires, et apprendre leurs sentiments sur ce sujet. Les Députés dUtrecht dirent, qu'ils ne demandoient point de temps, et firent connoistre, que si dés à présent l'on resolvoit la ratification, ils ne t'y opposeroient pas; ce qui obligea ceux d'Hollande à faire de nouvelles instances à ce que la ratification fust résolue présentement. Le Député Zeelandois, qui presidoit de la part de sa Province à son tour de semaine, ne voulut pas conclurre contre le sentiment de ses Maistres, mais après avoir achevé les délibérations de ce jour-là, il se leva, et jEmile de Bouchorst, Seigneur de Wimmcnum, l'un des Députés d'Hollande, trouvant h chaise du Président vuide, s'y assit aussytost, et conclut à la ratification du traitté, qui avoit esté signé à Munster le 80 Janvier, et ce de l'advis et du consentement de cinq Provinces. Il y adjousta, que suivant l'advis du Prince d'Orange, l'on donnoit MX Députés de Zeelande le temps de huit ou dix jours, pour en
(1) Le Prince Guillaume II. Yoir ce que dit van Aitzema
vttùkandelinghe, p. 367) des délibérations sur la paix dans l'assem-
W«e des Etats Génér. : ff aile dese voorgaende daghen viclen lange ende
^e délibération ende besoignen over het stuck van Vrcde, endemochte
net recht seggen, dat alsdan de Staet gelyck als in arbeydt was, om
^ groote werck ter wereldt te produceercn ende te baeren. Inson-
derheyt van Maendagh den 23 Martij af, als wanneer Hollandt presi-
derende ende dien tydt in acht nemendc de saecke seer pousseerde,
duerende de vergaderinghe deurgaens tôt drie vier uyrcn naer den mid-
dagh. Sijn Hoogheyt selfs verscheyden mael in de vergaderinghe ko-
fcende, recommandeerde gestadigh dese drie dingen: eerstclyck de
ttnicheyt onder de provincien ende leden van dien, als het fondaraent
M*t alleen van den Staet ende geluekige llegeringc van dien, maer
^k waer de Vrede met Spagnicn moest worden opgcbouwd ; de vol-
trecking van den vrede met Spagnien, ten tweede, Sijn Hoogheyt ook
'ttommandeerde ende goet vondt, als sullende syn de kroonc van soo
svaren bloedighen ende nochtans victoricusen oorlogh, cdoch alsoo dat,
ten derde, doch de vrede ende vrientschap met Vranckryck niet mogt
werden verlooren of ter sijdc geset."
112 Publication de la paix de Munster.
pouvoir informer leurs Supérieurs; mais qu'après ce temps-là les Estats prendraient une dernière et générale resolution sur cett' affaire (*). Les Estats d'Utrccht, voyant cette resolution, déclarèrent le 10 Avril, qu'ils eussent bien souhaitté, que la paix entre les deux Couronnes se fust faite en mesme temps que cellecy, parce que leur intention avoit tousjours esté, que Ton ne conclust rien à Munster, sinon conjointement avec la France; mais que pour éviter les malheurs, dont r Estât estoit menacé inévitablement, si les Provinces se divisoient, ils ne se vouloient plus opposer à la ratification du traitté de Munster (/).
Les six Provinces ayant ainsy ratifié le traitté, les Plénipotentiaires de part et d'autre, prirent jour pour l'échange des ratifications, et le firent le 15 May, dans la grand'sallc de l'hostel de ville de Munster. Les bourgeois estant sous les armes, avoient fait une haye, au milieu de laquelle les Plénipotentiaires de cet Estât, et en suite ceux d'Espagne, s'y rendirent, et furent receus des deux Bourguemaistres au sortir du carosse, et conduits dans l'appartement, où les cérémonies de l'échange et du serment se dévoient faire. Elles se firent publiquement, les portes de la salle estant ouvertes, en la présence de quelques uns du Magistrat, et d'un grand nombre de domestiques de la pluspart des Ministres, qui se trouvoient dans la ville. Les Plénipotentiaires de cet Estât firent le serment, en levant les deux doigts de la main droite, et ceux d'Espagne en la mettant sur les Evangiles, sur lesquels on avoit posé une croix d'argent, et en la levant en suite vers le Ciel. La publication se fit le lendemain, 16 May, avec les solemnités ordinaires, sur un théâtre, que le Magistrat avoit fait faire exprés devant l'hostel de ville.
Dés que Ton en eust advis à la Haye, les six Provinces firent instance, à ce que l'on ne differast plus de mettre en délibération la forme de l'exécution; mais la Zcelandc continûoit de s'y opposer, jusqucs-là que le Sr. de Knuyt, président le 19 May, refusa d'en faire l'ouverture. Ce qui obligea les Députés des autres Provinces de requérir la Hollande, qui avoit présidé la semaine précédente, d'en user comme elle avoit fait le 4 Avril.
(f) Voir la Résolution des Etals Génér. du 4 Avril 1048. (/) Voir les Résolutions des Etats de la province d'Utrecht do 31 Mars et du 10 Avril 1048.
Publication de la paix de Munster. 113
Elle le fit Le mesmc Sr. de Wimmenum ouvrit les délibérations, et ayant fait résoudre, que le Prince d'Orange et le Conseil diktat seroient priés de s'y trouver, il conclut en leur présence, que la publication de la paix se feroit en toutes les Provinces, et en toutes les villes et places de cet Estât, le 5 Juin prochain, en la manière arrestée le 25 Avril dernier. Ce fut alors, que les &tats de Zeelande, commencèrent à considérer ce que les Estats Généraux leur avoient fait représenter quelque temps auparavant, par une deputation expresse, qu'ils ne pouvoient pas estre singuliers dans un' affaire, dont l'Estat ne se pouvoit, et ne se vouloit pu dédire; qu'ils ne pouvoient pas seuls faire un party, et faire Mois la guerre à l'Espagne, pendant que les autres Provinces wroient en bonne intelligence avec elle. Tellement que le 30 May ils prirent enfin une resolution, qui portoit, que bien que plusieurs raisons les obligeassent à ne ratifier point la paix, et à m permettre point qu'elle fust publiée en leur Province, ils jugwient pourtant, qu'ils ne se dévoient point charger du reproche, qu'on leur pourroit faire, d'avoir troublé le repos au dedans, pendant que l'on travailloit à la paix ou dehors, et ainsy qu'ils pomettoient, que la publication de la paix se fist aussy en Zeckade; en protestant neantmoins, qu'ils ne vouloient point avoir fe part aux desordres et aux malheurs, dont le traitté séparé iwnaçoit l'Estat, et que ce n'estoit pas leur intention d'approuw par cet acquiescement le procédé des Estats Généraux, ny plusieurs resolutions, qu'ils avoient prises sur ce sujet (g).
k* Plénipotentiaires du Koy d'Espagne, en faisant l'échange <*s ratifications, déclarèrent, que le Koy, leur Maistre, entendoit comprendre au traitté, l'Empereur, l'Archiduc Leopold Guillaume, son frère, tant en cette qualité, que comme Chef et Grand Maistre de l'Ordre Teutonique, les Electeurs, Princes,
W Voir la Résolution des Etats de Zeelande du 30 Mai 16 iS, im Haer Ed. Mog. in sérieuse aghtinge genomen hebbende de gantsch ^ommerlycke constitutie van tyt en zaecken, in dewelckc men sigh ^Qwoordigh is bevindende, alsmede de onsecckerheyt, wacr inné J& Staet is gebraght, eude ooek hoe veel daer aen gclcgcn is, dut jtoor het maecken van den vrede van buyten, de cenigheyt van binncii sLants, en de unie onder de Provint ten, tegens Haer Ed. Mog. goede JWentie, niet werde gctroublecrt ofte gealtereert, dat Ilaer Ed. Mog. j*1 door gemoveert, ja gcneccssitecrt zyn geworden, de publicatie van *■ ^fede mede in Haer Ed. Mog. Provintie te latcn geschieden," etc.
114 Article séparé.
villes et Estats de l'Empire, et nommément les Comtes d'Oldem bourg et de Swartzcmbourg. Le Comte d'Oldcmbourg avoit suje d'appréhender d'estre trouble au péage du Weser, et l'autre avoi quelque pretension sur la ville de Huysscn, au païs de Cleve* contre l'Electeur de Brandcnbourg. Les Estats y comprirent li Maison de Hcssc-Cassel, le Prince Jean d'Ànhalt-Zerbst, Jeai Comte de Nassau, H e r m a n Comte de Bcrg, bien qu'habitant e officier de ce Païs, les Comtes d'Ost-Frise, de Benthem et de Teklen bourg, la ville d'Enidc et les villes Anseatiques; les uns par m article du traitté, et les autres quelque temps après la conclusion
Incontinent après rechange des ratifications les Estats ordon nerent, qu'il en seroit fait part aux Ministres est rangers résident à la Haye ; sçavoir aux Ambassadeurs, et aux Résidents des Te* tes Couronnées, à leur logis, par deux Députés de l'Assemblée aux autres Ministres dans la grande antichambre par les mesma Députés, et aux Agents par l'officier des Estats qu'ils employenl auprès des Ministres estrangers, et au Greffe, en la mesme qualité d'Agent.
Dans la ratification, que les Espagnols fournirent, il n'estoii point parlé de l'article particulier, qui avoit esté fait pour k commerce; parce que l'on n'en estoit convenu qu'après la conclusion du traitté. L'on avoit tousjours espéré que la France d cet Estât concluraient avec l'Espagne en mesme temps, et ainsy qu'il ne seroit pas nécessaire de prendre des mesures contre les desordres, qui pourroient troubler le commerce que les habitants de ces Provinces font en France. C'est la raison pourquoy les Députés de cet Estât n'en avoient rien arresté pendant tout le cours de leur négociation. Mais dés que la paix fut conclue et signée sans la France, les Plénipotentiaires ayant sujet de craindre, que la continuation des hostilités entre les deux Couronnes ne continiiast d'incommoder le commerce des habitants de ces Provinces, firent instance à ce que l'on en asscurast la liberté et la seureté par un article séparé. Les Ministres d'Espagne en demeurèrent bientost d'accord; de sorte que cet article fut signé le 4 Février, c'est à dire cinq jours après la conclusion du traitté, mais le ltoy d'Espagne, qui n'en eut pas ad vis par un exprés, comme il l'avoit eu de la conclusion de la paix, ne le ratifia que le 16 Juin.
Cet article portoit que les habitants des Provinces Unies pourroient librement, et sans empeschement, naviguer et trafiquer en tous les paï?, qui vivoient en amitié ou neutralité avec elles,
Avantage* pour la Maison d? Orange. 115
et y porter toutes sortes de marchandises, à la reserve de celles d<$ contrebande; que pour prévenir tout ce qui pourroit troubler, on incommoder le commerce, les navires de ces Fais, qui se trouyeroient en quelqu'un des ports du Roy d'Espagne, et voucLroient aller de là dans un des ports de ses ennemis, seroient oUigés de produire leurs passeports, qui contiendroient la quantité et la qualité des marchandises de leur cargaison ; qu'après «rwoir fait voir leur passeport, ils pourroient partir librement, sans «jue les officiers du Roy les pussent arrester ou visiter, ny dans les ports, ny en les rencontrant en pleine mer, veu les défenses, que les Estats feroient à leurs sujets, de porter des marchandises «le contrebande aux ennemis du Roy d'Espagne. Pour ce qui est de la navigation et du commerce, que les habitants de ces Provinces font en France, le mesme article leur permettoit de le continuer, comme ils avoient fait auparavant, à condition toutesfois, qu'ils n'y porteroient point de denrées ny de marchandises du crû, ou de la façon des païs du Roy d'Espagne, dont les Français se pourroient servir contre le mesme Roy, ou contre ses estats; que les marchandises de cette sorte, qui seroient trouvées dans un navire Hollandois, seroient confisquées; sans que ncantmoins le navire mesme, ou le reste de la cargaison pust estre arrêté ou incommodé, à cause de cela. Cet avantage, bien que réciproque en apparence, ne regardoit pourtant en effect que les habitants de ces Provinces, qui establissoient par ce moyen la continuation de la liberté du commerce qu'ils faisoient en France, œesmes celui des marchandises de contrebande, c'est a dire de toutes sortes d'armes, offensives et défensives, de vivres et de munitions, pourveu qu'elles n'eussent pas esté fabriquées dans les païs de l'obéissance du Roy d'Espagne. Tellement qu'il faut avouer, que le traitté, que l'Estat venoit de conclurre, lui estoit extrêmement glorieux, et lui donnoit des avantages incomparables, qu'il n eust pas osé espérer, lors qu'il fut convié d'envoyer ses Ambassadeurs à Munster.
La Maison d'Orange tira, en son particulier, de si grands avantages du traitté, qu'elle y eust pu trouver sa satisfaction, si l'ambition, passion dominante des Grands, n'eust donné au Prince du mepris pour tout ce qui le pouvoit éloigner de la gloire, qu'il pretendoit acquérir à la guerre. La paix estoit son aversion, bien *lu H y trouvast dequoy relever en quelque façon l'éclat de sa maison, et Testât de ses affaires. C'cstoit Guillaume, qui avoit succède' à F r c d c r i e - II c n r y dés le mois de Mars de l'année
116 Traité particulier entre le Prince d'Orange et VEtpagne.
passée. Le père avoit conseillé aux Estats de faire la paix, et. avoit désiré, que leurs Députés parlassent à Munster pour ses» interests, et qu'ils les réglassent. Ils le firent, non seulement en stipulant, que le Prince rentreroit en la possession des droits, que la Maison de Nassau avoit aux salines de la Comté de Bourgogne, et des bois qui en dépendent, comme aussy de ce qui lui appartenoit ailleurs dans la mesme Comté, et en celle de Charolois, et mesme aux biens, qui après l'cxspiration de la trêve avoientesté adjugés au Comte Jean de Nassau, et en la terre de Chastcl- Bclin, mais aussy en demeurant garands, et en faisant leur interest de ce que les Espagnols lui avoient promis par un traitté particulier, comme s'il cust esté formellement inséré au traitté de paix. Car il avoit lui mesme, au commencement de Tan 1647, peu de mois devant son decés, fait faire par Jean de Knuyt, l'un des Plénipotentiaires de cet Estât, et son Conseiller, un traitté avec le Comte de Pcgnarandn, D. Gaspar de Braca monte, par lequel le Comte promet, au nom du Roy, son Maistrc, de lui donner, ou à ses héritiers, en cas qu'il vinst à deceder, la terre de Montfort, auprès de Rucrmonde, au Haut quartier de Gueldre, et celle de Turnhout en Brabant; Tune de vingt-cinq et l'autre de douze mille livres de rente, et à la Princesse, sa femme, la ville et Seigneurie de Scvenberguc, à la charge de les tenir en fief du Roy d'Espagne, et d'y laisser l'exercice de la religion Catholique Romaine en Testât où elle se trouvoit alors. Moyennant quoy le Prince cedoit au profit du Roy d'Espagne toutes les terres, qu'il avoit en cette partie des Païs-bas qui ne demeuroit point à cet Estât, et renonçoit à tous les droits, et à tout ce qu'il pouvoit prétendre d'ailleurs du mesme Roy. Le Prince possedoit la moitié du Marquisat de Bergucs-op-Zoom, une des premières terres du Brabant, et desiroit fort en acquérir aussy l'autre moitié de la Princesse de Hohcnzollern, qui la possedoit en vertu d'un arrest du Conseil estably ù la Haye pour les affaires de Brabant, pardevant lequel elle avoit institué sa demande pour tout le Marquisat. C'est pourquoy le Roy d'Espagne promit au Prince, par le mesme traitté, de lui conserver la moitié, de dédommager la Princesse de l'autre moitié, et faire ériger la Comté de Meurs, à la quelle il annexerait une terre voisine de dix mille livres de rente, en tiltre de Duché, relevant de l'Empire (l).
(1) On trouve le traité particulier entre le Prince d'Orange et l'Espagne chez van Aitzcma, III. p. 212 sv.
Mort du Prince Fre*. Henri. — Le Prince Guillaume IL 117
Ce traitté n'eut point d'effet, à cause du decés du Prince, qui nous oblige à faire une digression de peu de lignes sur quelques circonstances de sa maladie et de sa mort. Vers la fin du moi» de Décembre 1646 il avoit achevé le mariage de sa fille aînée avec l'Electeur de Brandebourg; mais dés ce temps-là il estoit aajet a de si grandes infirmités, de corps et d'esprit, que l'on en ▼oyoit des marques en toutes les fonctions de sa vie. Et de fait an commencement du mois de Mars de l'année suivante, il eut des redoublements de fièvre et de ses autres maladies, qui le firent mourir le 14 du mesme mois. Nous sommes obligés de remarquer icy, comme une chose fort extraordinaire, que dans l'extrémité de sa maladie, les Estats Généraux l'envoyèrent visiter par deux Députés de chaque Province, et le Président de l'Assemblée mit en délibération, s'il ne seroit pas à propos, que deux Députés, qui «e releveroient de temps en temps, demeurassent continuellement fans l'antichambre du Prince, pour y recevoir ses derniers ordres. 1*« Estats de Hollande et de West-Frise, Souverains de la Province et du Prince, estant alors assemblés, furent en corps dans l'antichambre; mais il n'y eut que le Conseiller Pensionaire, à OÙ Ton permit d'entrer dans la chambre, et d'approcher du lict fa Prince agonisant (h).
Guillaume, son fils, avoit esté dés l'an 1633 receu en la Wvivance des charges de Capitaine et d'Admiral General, et au tooia de May 1646 on lui en avoit fait expédier la Commission to bonne forme: de sorte qu'il n'y avoit rien, qui le pust empêcher d'en prendre possession immédiatement après la mort du pere; ainsy qu'il fit le mesme jour, en prestant le serment de fidélité entre les mains des Estats Généraux en leur assemblée. Mais comme la paix le mettoit tout à fait hors de fonction de ces charges, aussy avoit il employé tout ce qu'il avoit d'amis et de moyens, pour en empescher la conclusion. Les Estats de Hollande lui firent représenter, incontinent après le decés du pere, le buvais estât de leurs finances, et le firent prier de suivre les advis et les sentiments du Prince defunct, qui les avoit mesme Portés de faire la paix. Il promit d'abord qu'il seconderoit leurs intentions, et qu'il ne manqueroit pas de contribuer à l'avancement de la négociation de la paix (i): mais quelques jours après
W Voir la Résolution des Etats de Hollande du 11 Mars 1647. W Voir celle du 21 Mars 1647.
118 Le Prince Guillaume IL
il pria leur Conseiller Pensionaire, de dire à ses Maistres, que l'estrangc conjoncture des affaires du monde, et les levées, qui se faisoient de tous costés, lui faisoient appréhender, que quelques armées estrangeres n'approchassent des frontières de cet Estât et que par bonne politique un Prince, qui voit son voisin armé doit armer aussy; qu'il croyoit estre obligé de prier les Estât Généraux de considérer, s'il n'estoit pas à propos de remplir dés à présent les magasins de vivres et de munitions, et d'ordonnei aux Capitaines de tenir leurs Compagnies complètes, et de faire ce qui seroit nécessaire pour le service de l'Estat; mais que devant que de leur en faire l'ouverture il avoit bien voulu seavoii l'intention de ceux de Hollande. Il fut remercié de ses soins, et de sa manière d'agir, et prié de n'en parler point présentement, de peur que le bruit des préparatifs de guerre ne donna st aux Plénipotentiaires d'Espagne mauvaise opinion de la sincérité de leur intention (&). Cela se passa au mois d'Avril 1647. Au commencement du mois de May il fît dire aux Estats de Hollande, qu'ayant eu advis, que l'Archiduc Lcopold assembloit un corps d'armée en Flandre, son devoir l'a voit obligé à pourvoir à la scureté des frontières, en y envoyant six Cornettes de Cavallerie, vingt Compagnies d'Infanterie, et quelques pièces de Canon, qu'il avoit fait tirer de l'arsenal de Dordrecht, parce que cet Estât n'ayant point de suspension d'armes avec les Espagnols, Ton en pouvoit craindre un insulte. Ils le firent prier de les renvoyer en leurs garnisons, afin de n'allarmcr point les Espagnols, qui se fioient en l'asseurancc, qu'on leur avoit donnée, que l'on ne mettroit pas en campagne; mais il répondit, que la Charge de Capitaine General lui ayant esté donnée par les Estats Généraux, il estoit de son devoir d'asseurcr les frontières, et que c'estoit à leurs ordres qu'il obcïroit, ou bien qu'il feroit revenir les troupes, lors que les Espagnols cesscroient de donner de l'ombrage aux frontières (/). Vers la fin de la mesinc année il envoya le Rhingrave, Gouverneur de Mastricht, aux Païs d'Outremcuse, avec des troupes, afin d'en asseurer la possession à l'Estat; parce que l'on estoit convenu, qu'ils demeureroient à celui des deux Souverains, qui les possederoit lors de la conclusion du traitté (m).
(k) Voir la Résolution dos Etats de Hollande du 11 Avril 1647. (/) Voir celle du 9 Mai 1647.
(m) Voir celle du 13 May 1647.
Le Prince Guillaume IL 119
Les Estais d'Hollande protestoient continuellement centre ce procédé; mais le Prince ne laissoit pas d'en user, non comme si Ton «toit an point de faire la paix, mais comme si Ton eust esté à ia TeOle d'une nouvelle rupture. Neantmoins comme il prevoyoit bien, que la paix se feroit indubitablement, il confirma, vers la fin de Tannée 1647, le traitté, que le Père avoit fait au commencement de la mesme année avec le Boy d'Espagne, pour ses interests particuliers, l'altérant seulement, en ce que le Roy promettoit de faire monter le revenu de la terre de Montfort à trente deux mille livres, et de donner les deux terres de Sevenbergue et de Turnhout à la Princesse Douairière (1).
L'on remarquoit en ces deux traittés, que le Prince, qui deneuroit obligé au Boy d'Espagne par des devoirs de Vassallage, y promettait aussy de maintenir la religion Catholique B. et les gens d'Eglise, qui en faisoient profession, quoy que la terre de Serenbcrgue estant située en Hollande, il n'y eust que les Estais, Souverains de la Province, qui en pussent avoir la disposition. Comme en effect incontinent après la paix ils y changèrent k Magistrat, en osterent les Catholiques Bomains, et firent retirer le Curé, ou Prestre, qui y avoit demeuré pendant la guerre. L'on y remarquoit encore deux choses : l'une, que ces deux traitas ne prenoient leur force que de celui, que les Estats alloient conclorre, parce qu'ils dévoient estre considérés comme s'ils y avoient esté insérés de mot à mot, et neantmoins ils ne leur furent communiqués que le 6 Mars 1648, cinq semaines après la conclusion du traitté de Munster. Et l'autre, que les Prélats de Brabant, qui estoient intervenus au premier traitté, comme gattuds de la parole du Boy d'Espagne, ne parurent pas au second, ^oy que les nouvelles conditions de celui-cy changeassent toute » nature du premier, et le Prince ne les en pressa pas. Dont "on jugeoit, que le Prince, qui sçavoit, qu'il seroit tousjours en fctot de se faire faire raison, tant qu'il commanderoit les armes de ces Provinces, ne se mettoit pas beaucoup en peine de l'exécution de ce traitté; puis que l'Estat mesme en estoit garand, et lauroit garanty en effect, si le Prince eust assés vescu pour en demander l'exécution. Pour la mesme raison il ne negligeoit pas seulement de demander l'exécution du mesme traitté à l'égard de k Princesse de Hohcnzoilern, mais il lui céda mesmes, de son
0) On trouve ce traite chez van Aitzema, 111. p. 215.
120 Le Prince Guillaume IL
mouvement, cette partie du Marquisat de Bergues-op-Zoom, quj avoit possédée pendant la guerre. Son dessein estoit de s'en Um rembourser par le Boy d'Espagne, aussy bien que de l'autre m tié du mesme Marquisat, ou à son refus, de se plaindre de 1 — exécution du traitté de paix, dont celui qu'il avoit fait en an particulier, faisoit partie.
Les Estats Généraux, pour obliger le Prince d'Orange à 8*01 coramoder à l'Estat présent des affaires, et à se satisfaire, L donnèrent tout ce qu'il pou voit désirer d'eux. Les habitants Mastricht et des lieux de son ressort ne sont pas sujets à Jurisdiction de la Cour de Justice de Brabant; mais les procn qu'ils ont, s'instruisent par des Commissaires sur les lieux, po« estre en suite jugés par les Commissaires deciseurs, que l'fite teur de Cologne, comme Evcsquc et Prince de Liège, et les ES tats Généraux, comme Souverains de cette partie du Duché s» Brabant, où la ville de Mastricht est située, y envoyent de deu en deux ans. Les quatre Commissaires jugent ensemble les proefi que ceux des habitants, qui sont Liégeois d'extraction, ont avai des Brabançons ; mais la décision de ceux de Liégeois à Licgeou ou de Brabançon à Brabançon, sont jugés par les Commissaire de Liège, ou bien par ceux des Estats, séparément. Pour ce qu est des grâces, pardons et remissions, il n'y a que le Souvenu qui les donne; mais les Estats en donnèrent la disposition ai Prince d'Orange le 30 Janvier (/*)> et quelque temps après Us lu donnèrent le Gouvernement des Païs d'Outremcusc, avec la charge
(11) Voir la Résolution des Etats de lloll. du 30 Janv. 1G18: , Wer gedeliberccrt .... oft Sijue Hoogheyt den Ileer Prince van Oragnien sw wcr.lcn gedefereert pardonuen oft remissien te mogen geven ten regards van de inpezcteiieii der stadt Maastricht, eude de plaetscn daer ondes behoorcude, syndc aen Sync Hoogheyt, onsterffelijckcr memorie, bj résolut ic van liacr Ho. Mo. van den 12 April 1631 geauthoriseertj aile brieven van gratic te mogen geven aen ingesetenen van plaetscn gelegcu onder 't ressort van den Raadc van Brabant, daer de stadfi van Mastricht de judicaturc van deselve nict subjeet eu is, maer da jurisdietic van de eommissarissen deciseurs by haere Ho. Mo. te de* puteren; waarop synde gedclibcrccrt is goedgevonden, dat aan sync jegenwoordige Hoogheyt sal worden gedcfcrccrt het recht van pardonnen, remissien ciulc andere brieven van gratic te mogen geven, tem acnsiene van de stad Maastricht, ende andere plaetsen daer onder behorende, met dien verstande dat de interinementen van aile sullcn nioeten worden gedacn voor den raade nu Brabant,** ete.
Le Prince Guillaume IL 121
de Grand Veneur et de Grand Maistre des eaux et forests en ces quartiers-là, avec une pension de trois mille livres. Us y adjousteient le Gouvernement du petit pais de Wedde et de Westwoldingeriandt, et les Estats d'Hollande lui donnèrent la charge de Grand Veneur et Maistre des eaux et forests de leur Province, et en suite un présent de cent mille livres (o) et offrirent de consentir a ce que Ton donnast à la Princesse Douairière, sa mère, une pension viagère de vingt mille livres par an, à l'exemple de celle, que les Estats avoient autrefois donnée à Louise de Coligny, mere de Erederic-Henry, après la mort de Guillaume de Nassau, son mary. Mais la Princesse, qui se flattoit de l'espérance, que quelques Députés des autres Provinces lui donnoient, que Ton pourroit faire doubler la pension, et la faire monter à quarante mille livres, comme en effect Ton en fit la proposition dans l'assemblée des Estats Généraux, n'ayant pas receu cette gratification avec la reconnoissance, que l'on en attendent, ceux qui n'y avoient consenti que par complaisance, changèrent de sentiment, et sa froideur morfondit mesraes l'affection de ceux, qui avoient esté les plus échauffés à lui faire obtenir cette faveur; en sorte que toutes les fois que l'on mettoit l'afaire en délibération, il s'y rencontrait tousjours de nouveaux obstacles; si bien qu'enfin personne n'en osa, ou n'en voulut pins parler, (p)
Guillaume, Prince d'Orange, avoit eu la survivance du Gouvernement des Provinces de Hollande et de Zeclande dés le 29
(0) Voir les Résolutions des Etats de Hollande du 15 Janv., 3 Mars et du 18 Juillet 1648.
O) Résolutions des Etats de Hollande du 17 Dec. 1C48. [Voir
at*asi van Aitzema, III. p. 280: * Hollandt heeft gheconscntccrt
***«r quote in twiutigh duysent guldcn s'jacrs tôt cen lijfpensioen
v*>or de Princesse Douanière; maer die de saeck in de anderc pro-
^incien al te seer begonstighden wildcu, dat Hollandt allecn soude
fche?en deselfde jaerlijcksche somme; ende dat van wege de auderc
ï^tmntien daer noch soo vecl soude worden bijgevoeght, om haer
**oogheyt te doen hebben vecrtigh duysent guldcu jaerlijcks, maer bet
S*g daennede als ghemcenlijck, dat yemaut te hoogh op het paert
Wfcren wordende lichtelijck acn de andere zijde wederom ter aerden
***t. Want daernae die van Hollandt, als haer offre nict wiert gc-
■û&pteert ook haer consent tôt haer quote in de twintigh (luisent
Wn, hebben weder ingetrocken, zijnde haer Hoogheyt gheblevcn
Wka eenigh Lijfpensioen."]
122 Le Prince Guillaume IL
Avril 1631, n'ayant pas encore atteint l'aage de cinq ans, dm un temps, où Ton ne faisoit pas seulement tout ce que le pe vouloit, mais où Ton alloit mesmes audevant de ses désirs, fut mesmes reconnu en cette qualité incontinent après le decs du père, et neantmoins il n'en prit pas possession en la Cour ■ Justice immédiatement après sa mort, mais le 23 Janvier 164 et ainsy peu de jours avant la conclusion de la Paix de Monste parce que les deux Provinces ne pouvoient pas demeurer d'acooi des termes de la commission; et cependant la Cour avoit fa faire les dépesches et expéditions de justice, au nom du Près dent et des Conseillers, suivant Tordre exprés des Estata de Ha lande. Ceux de Zeelande desiroient, que Ton âst expédier f commission sur le raodclle de celle, que Ton avoit donnée a Prince defunct en Tan 1625; mais lors que Ton en fit la lectui dans rassemblée des Estats d'Hollande, les villes deHorn, Enci huyse et Medcmblic, qui font cette partie de la Province, que l'o appelle West-Frise, protestèrent, qu'elles ne souffriroient pas, qv dans la commission les Estats de Zeelande fussent nommés devai elles, et prissent la mesme place, qu'on leur avoit donnée en la cou mission précédente. Dans les assemblées des Estats de Hollanc les Députés de Horn et d'Enckbuyse ont séance immediatemei après la première ville de Nort-Hollando, et en plaçant les Jk putes de Zeelande devant eux, on les obligeoit à céder aux villi qui leur cèdent par tout, contre l'ordre, qui les mesle insepan blement avec les Députés de Nort-Hollandc. Sur cette dim'cuK Ton tint plusieurs conférences avec les Députés Ordinaires < Extraordinaires de Zeelande, pour tâcber de les disposer à u tempérament, en permettant que dans la commission Ton en ployast ces termes: au nom des Estats de Hollande et Wè* Frise, comme aussy au nom des Estats de Zeelande, ou d moins à consentir, que l'on fist expédier deux commissions si parées; puis qu'en effect l'on alloit disposer du Gouvernemei de deux Provinces Souveraines, qui n'avoient rien de commoi sinon la Justice, et ce en partie seulement, et que neantmoit l'introduction se fist par les deux Conseillers Pensionaires coi jointement, et en mesme temps (1). Ce fut là le seul moyen c
(1) Voir la Résolution des Etats de Hollande du 6 Avril 164! Quant aux négociations sur ce sujet entre la Hollande et la Zeeland on peut consulter les Résolutions des Etats de Hollande du 11 i 14 Avril, G et 8 Août, 16 Novcmb. et 16 et 17 Dec. 1647. La R.
Le Prince Guillaume IL 123
J le* accommoder, et sur ce pied les Estats d'Hollande firent ex-
perfier leur commission particulière le 19 Décembre 1647, et le
lendemain le Prince presta le serment de fidélité en leur assem-
bl^e, en touchant en la main du Seigneur de Brederode, qui cs-
Lnt le premier de l'Ordre de la Noblesse, le rcceut au nom de
rat le corps des Estats (q). Les Députés des deux Provinces
«ï«meurerent d'accord du jour de l'introduction (1), et qu'elle se
^teroit par leurs Conseillers-Pcnsionaires, qui feroient un discours,
«^liacan au nom de ses Maistres. Ces cérémonies se firent le 23
Janvier 1648, en la manière suivante.
Les deux Ministres de Hollande et de Zeelande allèrent sur
X<e=* dix heures du matin prendre le Prince dans son appartement,
er£. le conduisirent jusques au bas de l'escalier, qui est au bout
de la salle des merciers, où ils trouvèrent trois Conseillers, que
la Cour avoit envoyés audevant d'eux. Le Président, accompagné
clés autres Conseillers, les receut dans la chambre du Conseil,
(?) Voir la Résolution des Etats de Hollande du 20 Décembre 1647.
aohtion des Etats de Hollande du 9 Avril 1647 est remarquable: • Is wyders verstaen, dat by de extensie van de voorschreve Commisse sal werden gedaen, in conformité van de Commissie, gegeven •a syne Hoogheydt Fred. Hendrick, Prins van Orangen, hooghloffelijcker gedachte, gedateert den 24 Mey 1625 : macr wat acngaet de CUusnle in de voorschreve Commissie geinsercert, roerendc het bcleydt Toi de saken van Oorloge ende Politie, dat de sclvc sal worden gesteldt in voegen hier nacr volgcnde; Geven volkomen macht, authorileyt, **fo ipeciual bétel, &c. te houden, le exerceren, endc te bedienen de saketi wi Oorloge ende Politie van de voorschreve Landcn, by goeUduncken van h xk< Hecren State h, of met adeis van der xelver Gecommitteerde Raden, tfye** der setter Instructie, de Burgermeesteren, Schcpencn, ende Wetten k teranderen naer behoren, ende daer het selve van mode wesen sal, confon de Privilegien van de respective Sleden ende Plaetsen" L'instruction fa rédigée conformément à cette résolution. Voir la Résolution des Etats de Hollande du 18 Dec. 1647. M. van der Cap cil en dit ^s ses mémoires (T. II p. 207) *dc commissie was à dessein tôt D°ch toe opgehouden, onder scijn van dispute tusschen Hollant ende
Celant Onder het inhouden van desc commissie scuyldc
eeQ ander dessein om syn Hoocht. in toom te houden, also hy in 't ^Pb buytcn kennissc van de Staten van Hollant, den Francoiscn te Çevalle, gecommaudeert hadde eenigh volck, endc gesonden in den P°lder van Namen, daerom die van Hollant geheel t'onvreden waeren." 0) Introduction à- la Cour de justice de Hollande et de Zeelande.
124 Le Prinee GmUaam IL
où le Prince se plaça dans la chaise ordinaire du Gouverne! que Ton a fait oster depuis quelques années, ayant à sa nu droite le Président, qui prit sa place ordinaire, et & ta gan.« les deux Conseillers-Pcnsionaires. Les Conseillers s'estoient r« gés auprès des bancs, des deux costés de la Chambre: l'ÀdVc» Fiscal et le Procureur General à l'un des bouts du bureau, eB Greffier ris à ris du Président, mais ces derniers estoieni deb»et découverts. Après que les deux Conseillers Pensionaires ■ et en suite le Président, eurent fait chacun un petit discours, sujet de l'introduction, le Prince fit à tous un compliment remerciment.
Cela fait, les deux Conseillers- Pensionaires, ayant pris coma furent conduits par trois Conseillers jusques au mesme lien, ils a voient esté reccus. Dos que les trois Conseillers furent m très, toute la Compagnie, ayant devant elle le Greffier, passa dan la Grand* Chambre, où l'audience ayant este ouverte. Ton pla~ une cause, qui fut jugée en la présence du Prince. Après que sentence cust esté prononcée, la Cour se leva, et après avoir M un tour dans la Chambre du Conseil, alla en corps conduira- Prince jusque* à son appartement, traversant à pied la Cour, ç la sépare du quartier, que les Estais de Hollande ont laissé à Justice, J\iy cru devoir marquer icy ces petites particulaiiU bien que peu considérables, parce eue la charge de Gouvernes de la Province de Hollande ayant depuis quelque temps esté se: primée, du consentement unanime des Nobles et de tontes 1 villes, la postérité sera, sans doute, bien aise de lire icy ee qi peut-estre die ne verra pks à l'a venir.
Entre ceux, qui u:mr-i£7ioient de n'est re point satisfaits de paix, se trouva un tresprand noxr.bre ôc pasteurs, ou m«i«*w de la parole de Pi en. qui au lieu de près cher la pai*, oomx disciples de J. Christ, cî de la reeo::. mander, à son cxempl comme un don très précieux ùu Cûl, la recevaient de sa ma comme un fi eau. et Ci'mmc une malédiction, au moins ils < pari oient en ces t-ermes en liurs sermons, et conùnûoient de pi scher la pierre. Il y en aveit qui le faisaient par une pure coi plaisance pour la Maison uWanp\ qui avoit plusieurs p— ■ naires parmy eux. et le* autres y est-oi eut pousses par le mont ment d'un faux sdc : plusieurs par un principe, qui leur «
il> M. J . C a i s poia la Hrillandr et M > ' :■ \ i ii i** c poux la 7rrlmt
Le Brabant. 125
flonuonn avec ceux, qui ne se souvenant plus de la bassesse de fcnr naissance, et de leur première fortune, souffrent avec peine fes supérieurs, qui humilient leur orgueil; mais tous par un es- •rit de vanité et d'estourdissement, dont Ton verra plus d'un xemple dans la suite de cette Histoire. C'est un mal, que la onté des Magistrats n'ayant pas pu vaincre jusques icy, il en toi attendre le remède d'une puissance plus haute, et du temps, ai peutestre appuyera à l'avenir plus fortement l'autorité et la igoenr des uns, et inspirera plus d'obeïssance, de sousmission : de respect aux autres, et les obligera à demeurer dans les tertes de leur vocation. Je sçay bien, que parmy ceux de cette rofesaion il y en a, dont la doctrine, accompagnée d'une vie et 'une conduite Chresticnne et exemplaire, mérite qu'on les révère ; 'est pourquoy je ne pretens pas les comprendre sous ces termes généraux, que je n'employé, que pour ménager l'honneur de tout 'ordre, en ne nommant pas les personnes, jusqu'à ce que le Magistrat les ait publiquement censurées, et ait bien voulu que leurs lomi te trouvassent dans les registres publics. Comme de l'autre sosie, je n'ay pu ne dire point, que l'emportement de quelques uis fat si grand, qu'il y eut un pasteur, qui, en profanant la ttrofe de Dieu, fit à l'honneur du Prince, un' espèce de Paneçiriqne, composé d'un grand nombre de passages de l'Escriture Sainte, qui n'estant applicables qu'à Dieu, sont appliqués par toi à un homme mortel, parce qu'il avoit tâché d'empescher la conclusion du traitté de Munster.
Les Barons, les Nobles et les villes de Brabant, dont les unes sont associées à cet Estât, et les autres en sont des conquestes, croyant devoir profiter de la paix, qui achevoit de se former, et Raffermir le repos et la véritable constitution de ces Provinces, pretendoient se faire considérer comme parties essentielles de l'Union. Il est vray, que le Duché de Brabant est une des Provinces, que l'Empereur Charles V avoit unies en un seul corps, P*r sa Pragmatique Sanction de l'an 1519, dont il a esté parlé «Heurs. Il est vray aussy, que les Députés de Brabant avoient 'igné la Pacification de Gand en l'an 1576: que ceux d'Anvers * de Breda avoient signé l'Union d'Utrccht en l'an 1579, et 9pt cette Union avoit esté publiée dans la ville de Boislcduc, capitale d'un des quatre quartiers de la Province. L'on y peut adjouster, qu'en l'an 1531 quelques Députés de Brabant signent, avec ceux des autres Provinces, le décret, par lequel le Roy d Espagne fut déclaré estre décheu de la Souveraineté de cet
126 Le Bradant.
Estât. Les villes de Brabant, au moins quelques une continué depuis ce temps là d'envoyer leurs Députés ai blées des Estats Généraux; jusque s à ce que la ville ayant esté réduite par le Duc de Parme en Tan 1585 Brabant prirent congé de l'assemblée, et se retirèrent depuis ce temps là que Ton ne voit plus de Députés Bi dans rassemblée des Estats Généraux. En Tannée suiva ques Seigneurs de Brabant, et enlr 'autres Maurice, Nassau, comme Baron de Breda, avec le Magistrat de 1 Bergues-op-Zoom, envoyèrent leurs Députés à la Haye: Messieurs, au lieu d'aller droit à l'assemblée, et d'y séance, ou de faire instance du moins à ce qu'ils y ft ceus, se contentèrent de demander, qu'on laissast à la l'administration de ses finances, et qu'il ne s'y iist poin de deniers, sinon du consentement des Estats du Paîs. I Généraux, voyant la retenue de ces gens, qui pouvoient quelque chose de plus, que ce qu'ils demandoient, rép qu'ils ne connoissoient point d'Estats de Brabant, et consideroient les Seigneurs et les villes de cette Prov comme des associés de l'Estat des Provinces Unies en Cependant, afin de désintéresser, et de dédommager en façon Maurice, et afin de le détacher des autres Seij des villes, que Ton ne consideroit point sans lui, ils h rent la qualité de Capitaine General, et le commandeme rai des villes, des forts et des gens de guerre de Braba nant en mesme temps l'administration des affaires, et la des finances de ces quartiers là au Conseil d'Estat, pou poser au nom de l'Estat, par provision. En l'an 1591 1 Généraux érigèrent à la Haye une Cour de Justice pou bitants de Brabant: et les affaires demeurèrent en cet c de quarante ans. En l'an 1637 plusieurs Barons, Nobles de Brabant, dont le nombre estoit devenu fort consider la réduction, ou par la conqueste des villes de Boisledu Breda, Steenbergue et Mastricht, si bien qu'avec Berguesct Willcmstadt, et avec les petites villes de Ravestein Eindhove et Helmont, ils faisoient plus de la moitié d< vince, firent nouvelle instance, à ce qu'ils fussent o comme membres essentiels, et non comme places et par quiscs, associées ou dépendantes de l'Estat. L'on n'e d'égard à leurs remonstranecs en ce temps là; c'estpou résolurent de redoubler leurs efforts après la conclusû
La France et la pais de Munster. 127
' paix; ne doutant point que le Prince d'Orange, qui y estoit intéressé, et qui pouvoit tout, n'appuyast leurs instances, et ne les fist réussir. Le mémoire, qu'ils présentèrent pour cet effect le 23 Avril, mesraes avant l'échange des ratifications, ne contenoit que lesmesmes raisons qu'ils avoient desja représentées; sçavoir, que les villes de Bergues-op-Zoom et Willemstadt ne s'estoient jamais séparées de l'Union; que celle de Boisleduc l'avoit acceptée, et Pavoit fait publier chez elle ; que Breda, qui l'avoit aussy signée, ne s'estoit jamais détachée de l'Union; mais que c'estoit à son grand regret, qu'elle en a voit esté arrachée par la violence des armes de leurs ennemis communs ; et puis que les armes de leurs amis l'avoient comme ravie d'entre les bras des Espagnols, que ce «croit une injustice et une cruauté d'en faire une conqueste; ▼eu que l'on ne pouvoit pas, sans faire une grande violence à la justice, refuser de la remettre en Testât de sa première liberté; que l'Estat ne s'en pouvoit pas dédire, comme y estant obligé, non seulement par l'Union mesme, mais aussy par le traitté, qu'il avoit fait avec la France en l'an 1635, où les alliés s'estoient promis de recevoir en leur protection et en leur alliance tontes les villes, qui secoûeroient le joug de la domination Espagnole, et que s'il y en avoit trois ou quatre, qui se liguassent ▼olontairement ensemble, l'on en composcroit un corps, libre et indépendant des autres Provinces. Us se plaignoicnt aussy, de ce qu'an préjudice des privilèges de Brabant, les Estats avoient érigé **ne Cour de Justice à la Haye pour les Brabançons, qui tiroit les habitauts hors de la Province, et les obligeoit à plaider, et à poursuivre leurs affaires en Hollande. Ils demandoient enfin qu'on leur donnast séance dans rassemblée des Estats Généraux, * l'exemple des autres Provinces Confédérées, ou du moins qu'on leur laissast l'administration des affaires et des finances de leur Province. On leur fit connoistre, que les villes de Boisleduc et <te Mastricht avoient esté prises, non seulement sur le Koy d'Es- Jfcgne, mais aussy sur les habitants, qui les avoient défendues a*ec plus d'opiniastreté et de résistance, que la garnison Espace mesme; et ainsy que les Députes de Brabant appliquoient mal à propos à leur avantage le traitté de Tan 1635, qui ne parle que des villes, qui se rendroient volontairement, et qui se ^trairoient de la domination Espagnole, et non de celles, qui Soient forcées par les armes des alliés, ou de celles que l'Estat •Toit desja conquestées. L'on voyoit bien, que l'Estat, qui estoit '"^ja composé de sept Provinces Souveraines, ne vouloit, et ne
128 La France et la paix de Muntier.
pou voit pas augmenter le nombre des Souverainetés, sans en affaiblir la puissance et l'autorité, et n'a voit garde de donner rang à une Province, qui de tout temps avoit précédé toutes les autres. Il n'es toit pourtant pas à propos d'entrer en la discussion d'uni affaire, que Ton ne pou voit pas faire réussir sans quelque incommodité de l'Estat, et que Ton ne pouvoit pas refuser sans injustice; parce que ceux qui n'estoient jamais sortis de l'Union et qui l'avoient signée comme alliés, ne pouvoient pas estre considérés comme des peuples conquis (1).
La France témoigna un dernier mécontentement de la paû séparée. D'abord elle avoit fort pressé cet Estât d'envoyer soi Ministres à Munster; mais dés qu'ils y furent arrivés, et qu'elle eust veu que c'estoit tout de bon qu'ils avançaient leur négocia tion, elle commença à s'en plaindre, et à faire du bruit. Brasset avoit déclaré dés l'onzième Janvier 1647, que si les Plénipotentiaires passoient outre à la signature des soixante don» articles, dont ils est oient convenus avec ceux d'Espagne, le Boy son Maistre, le prendroit pour une contravention au traitté (8) et Servie n, qui estoit arrivé à la Haye en ce temps là, parL sur ce sujet, en sa première proposition, avec si peu de respect
(1) On trouve le mémoire des Brabançons dans l'ouvrage de rai Àitzema intitulé Herstelde Leeuto p. 114 sv. Le Prince d'Oiang soutint, mais sans succès, leur requête. Voir van Wijn Nalexinge, qp Wagenaar, p. 385 sv.
(2) Bras set présenta son mémoire le 3 Janvier, et non le 11 Jan vier, comme M. de Wicquefort raconte. Les députés des Etat de Hollande en firent rapport dans leur séance le 11 Janvier.
Voici le mémoire de Bras s et.
, Je les (les Etats Génér.) supplye très humblement de vouloir dil ferer leurs resolutions jusques à ce que led». Seigneur Ambassadeu Extraordr. (Servien) ayt esté ouy, et cependant faire scavoir i Messieurs leurs plénipotentiaires par le eourier qui doit retourner c jourdhuy à Munster, qu'ils ayent a attendre un ordre nouveau d P Estât avant que de passer oultre dans leur négociation, ne fust qu cela se fait de concert avec ceux de Sa Maul. et de leur consentement le tout, enfin que les ennemis ne rentrent point plus avant dans de espérances nouvelles, de voir entre la France et cet Estât la division qu journellement ils essayent d'y exciter; et que de la part de leurs seigneu ries il soit punctuellcmcnt satisfaiet aux Traitez d'alliance, nottammen à celuy de Tannée 1644 et à leur déclaration du 2 ld'Aoust dernier pas* selon ce que se doit attendre de leur prudence et bonne foy," (Resc lution des Etats Génér. du 3 Janv. 1617).
E Ambassadeur Servi en et les Ambassadeur* des Prov. Unies. 129
de cet Estât, que Ton fut obligé de lui en faire témoigner du ressentiment en des termes, qui lui firent connoistre que Ton en avoit beaucoup (l). Il s'emporta à publier par escrit, et à faire imprimer, que parmy les Plénipotentiaires des Estats il y en iToit, qui avoient esté corrompus par l'argent d'Espagne; que d'autres, surpris par les artifices des Espagnols, donnoient des adrâ contraires à la vérité, et que presque tous vivoient assés mal a?ec ceux de France (r). C'estoient des calomniesl dont Pauw de Heemstede, que Servien avoit nommé entr'autres, 16 trouva obligé de se purger par serment dans l'assemblée des Estats d'Hollande, ses Maistres, et de déclarer, que bien loin
(r) Voir la pièce justificative n°. X.
(1) Dans le mémoire que le Comte Servien présenta le 14 Janvier aux Etats Génér. on trouve les passages suivants, qui déplu rent aux Etats de Hollande:
iMtis dans un pays, où la commune a part aux délibérations (les) plus importantes, toutes les impressions qu'on lui donne quoyque faulceue&t, ne sont pas à mespriser, et c'est tousjours une marque de préoccupation d'esprit un peu dangereuse, de recevoir favorablement tout ce «jû Tient de la part des ennemis et de rendre si légèrement les amis aatheurs de toutes les choses qui ne plaisent pas." — Et ailleurs : * Nous avons cest advantage qu'on ne nous a poinct faict de semblables recraches, depuis que nous les avons rejettées avec un mépris semblable a celui des femmes vertueuses, qui s'offensent de discours de cajollcrie, qu'on leur veut faire; si Messieurs voz députez en avaient faict autant, suivant les ordres réitérés qu'il a pieu à Vos Seigrie\ de leur envoyer, '1 y a longtemps que nous avions obtenu la paix avec une entière satisfetion de la France et de vostre Estât. Mais certes je ne le puis taire, "espérance que quelques uns ont donnée aux Espagnolz de traiter avec °tt en nostre préjudice, et les conseils qu'on leur a donnés à l'oreille ** tenir ferme contre nous, est le seul obstacle qu'ilz {qui les?) a Nnpeschez jusqu'àprescnt de venir à la raison," etc. (Résolution des Bits Génér. du 17 Jan. 1647).
Les Etats de Hollande résolurent dans leur séance du 13 Janv., »m devoorsz. Heeren gecommitteerden met discretie wclgemelte Heer servien te gernoct sullen hebben te voeren niet ten beste by haer "°« Mog. te werden opgeuomeu eenige disreputatieuse termen tôt fclCTnachting van den stact ende naedeel van de Heeren Plenipotentianasen van denselven by de voorsz. propositie gementioneert, met 'kroetie den Staet deser Landen niet te bestacn in soodanige populaire re£ennge, geîyek de voorsz. propositie schynt te presumeeren met by- Toeg*ng dat de plenipotentiarissen van haer Ho. Mo. niet en staen iu Joodanigen tweespalt mette Ambassadeurs van hoogstged. Croonc, als mede by de voorsz. propositie schynt te werden geseyt," etc.
130 L'Ambassadeur Servie m et les Ambassadeurs des Prw. Urnes,
d'avoir receu des présents des Espagnols, ou de leur pari, c tement ou indirectement, jamais personne ne lui en avoit c en quelque manière que ce fust: mais qu'il ne pouvoit pas que les Ministres de France en eussent usé de la mesme mai Mathencssc en fit autant; de sorte que sur leur defeni
(1) Mr. Paauw fit rapport à la séance des Etats Génér. du 18 Avril 1647 de ce qui se passait au congrès de Munster. On H le procès- verbal de la séauce du 18: , Ende heeft gemelte Heer Hecmstede ten lactste gesecht dat hem vreemt is voorgeeomen van zeecker geschrift, dat de Heer Servi en, Ambass. van den Co van Vranckr. de 4 Martii lestleden heeft overgelcvert, daerinne hij andere Heeren haer Ho. Mo. ministers zeer werden getaxeert en Hij van Heemstede in sijne eere endc reputatie, daerop hij Heere Heemstede gemeint is hiernae specialyck te zeggen, doch dit nu : als in passant is aenroerende, opdat haer Ho.Mog.niet ensoudenmc dat hij hem den inhout van het voorsz. geschrift niet en isaentrecke (Résol. des Etats Génér. du 17 et 18 Avril 1647). A la seanc Etats de Hollande du 17 Avril il déclara solennellement: #Oj eet bij hem aen den Lande gedaen, dat hem van de Spaeiische noyt eenige presentatic, acnbicdinge ofte belofte van eenige gratij ofte geschenk of yct diergelycke directelyck ofte indirectelyck, noc eeniger zyde was voorgekomcn, veel min, dat hij yetwes tôt het n toe van deselve soude hebben genoten." (Résol. des Etats de Ho 17 Avril 1647). 11 offrit aux Etats Génér. ce rapport en écrit Avril : * Laestelijck heeft hij haer Ho. Mo. vertoont, dat niettegensti aile respect bij de Heeren Plenipotcntiarisscn syne colleguen ende o hem aen de hooge ministers van Yranckryk betoont ende aile moge officien tôt dienst van deselve Croone gecontribueert, hij met verw ringe ende lectwesen hadde vernomen, dat de Heer Grave van vient, Extraordin. Ambass. van deu Aider Christ clycksten Koning derstaen heeft, de Heeren Plenipotcntiarisscn van haere Ho. Mog. gemeen ende eenige van dien in H bysonder endc onder deselve syn pcrsoou endc de actien bij hem in syu ministerio van wegei Staet gcplecgt in sulckcr voegen te taxeeren, dat hij hem ten aller! sten daerby bevint gegraveert ende verongelyckt soo in sijne comm die hij ten dienste van den Staet heeft beklcct endc gesocht in al] trouwigheyt ende naerstigheyt uyt te vocren, als in sijne eere goede namc, die hij verhoopt met syne meuighvuldige en langdu dienst en aen deu Staet bewezen geacquireert te hebben, ende daerc nader communicatie met de Heeren syne colleguen daerop te ho niet te sullen kunnen ledigh staen hem dienaengaende publyckelij decharcheereu ende aen haer Ho. Mo. van syne proceduyren ende a reeckenschap te geven endc te doen blycken dat bij hem nergeus geexeedeert, macr dat hij hem als ecn goet ende getrouw minister gequeten ende den Staet in ailes nae behooren heeft gedient ende oversulex het contrarie t'oiirechte ende met het grootstc ongcly< geimputeert." (Voir la Résol. des Etats Génér. du 20 Avril 1647
UAmhamdeitr Servie h et les Ambassadeurs des Prov. Unies. 131
sur d'autres preuves, qu'ils produisirent pour leur justification, tes £stats de Hollande déclarèrent le 14 Aoust 1647, que ces deox personnages a voient fait tout ce que Ton pouvoit désirer <I« bons et fidèles Ministres, qui meritoient, que Ton reconnust leurs services; que l'Estat en gênerai, et la Province d'Hollande es particulier, avoient sujet d'en estre satisfaits, et desiroicnt qu'Os continuassent de donner des preuves de leur zèle et de lor affection à l'Estat, comme la Province de son costé protégerait leurs personnes, et maintiendroit leur honneur et leur réputation envers et contre tous (s). Et de fait, après la conclusion de la paix, les Estats de Hollande les remercièrent encore, par une resolution formelle, des devoirs qu'ils avoient faits en cette négociation ; déclarèrent qu'ils estoicnt entièrement satisfaits de leur conduite, et voulurent que leurs registres en fussent chargea, afin que les marques en demeurassent à la postérité (t). Nonobstant ces emportements de Scrvien, l'on ne laissa pas
(») Résolution des Etats de Hollande du 14 Août 1647: //De Stacten vanHollandt en West-Vrieslandt hebbende van tydt tôt tydt gesien ende tospeurt de goede yverige en getrouwe officien ende devoircn die de Heeren van Matthenesse en van Heemstede, Plenipotentiarissen *»& haer Ed. Gr. Mog. op de générale Vredehandelinge van Munster hebben aengewent tôt uytvoeringe van haer opgeleyde Comraissie en ta meesten diensten van den Lande ; mitsgadcrs gehoort de rapporten tode jnstificatien bij deselve gedaen tegen 't gène deHeer Graef van ^rvien, Ambassadeur vanden koningh van Vranclcryk bij publicque ende nsderaant gedructe remonstrantien tôt laste van deselve gesocht beeft faUegueren en in te brengen; hebben nae rype deliberatien verstaen CQ verklaert — — dat de voornocmde Heeren van M a 1 1 h c n e s s c en v*n Heemstede te samen en bysonder haer als goede en getrouwe njinisters van den staet en ooek van de Provincie Hollandt ende West- 'rieslant hebben gecomporteert, sonder in het minste yetwes gepleeght te Hebben, daer over deselve met reden konden ofte behoorden gercprocheert te worden, maer dat deselve veel meer haer in ailes hebben Ç^ueten tôt meesten dienst van den Lande ende sonderlinge contentement van haer Ed. Gr. Mog." etc.
(0 Résolution des Etats de Hollande du 7 Août 1648: „ Is $<*tgevonden dat meergemelte Heeren Plenipotentiarissen van wegen "■* Ed. Gr. Mog. formelycken en ten hoogsten sullen worden be- <™kt over de goede officien ende devoiren gedaen in het uytwercken *** Het langh verwachte vreedenstractaet met den gevolge ende aen- *k*ve van dien, met verklaringen dat haer Ed. Gr. Mog. over der- **lver actien ten voile syn vergenoeght gelijck mede is goetgevonden "** Hetgeene voorsz. is ad perpetuam rei memoriam in de publique Botulen van haer Ed. Gr. Mog. sal werden geinsereert.
132 La France et la paix de Mtuuter.
d'entrer en conférence avec lai et avec la Thuillerie, po~
la garantie des traittés, qui se négociaient à Munster; enoo»
que cette négociation ne servist en effect qu'à gagner du temp
pendant lequel ce Ministre tâchoit de gagner aussy des persoa
nés, qui eussent pu empescher, ou retarder la conclusion de -
paix. L'on sçavoit l'intention de la France, où le Ministre r
vouloit pas que la paix se fist, à moins de l'acquisition de
Pals-baa, et que la garantie ne pouvoit avoir son effect, qu'aprt
la conclusion du traitté* entre les deux Couronnes. Toutesfoi
comme Servi en continûoit d'asseurer, que la garantie ne seroi
pas sitost conclue, que la paix entre la France et l'Espagne n
le fust aussy, on voulut bien avoir la complaisance d'entrer pou
cela en une négociation très eanayeuse, et de la conduire enfi
avec eux. Elle fut signée le 29 Juillet 1647, et le Boy de Franc
s'y obligeoit de garantir cet Estât, et les places, que les Estai
possederoient lors de la conclusion du traitté, en cas que le Bc
d'Espagne, ou quelque autre Prince de la Maison d'Austrich
les attaquast à force ouverte, ou contrevinst au traitté, en sor
que la contravention fust suivie de rupture. Les Estats s'y obi
geoient de leur costé, de garantir toutes les places, qui demeur
roient au Roy par la conclusion de la paix, en France, y coropi
Pignerol, au Roussillon, en Lorraine et aux Païs-bas, et de roropr
si la France estoit attaquée, mesmes en Catalogne, pendant
trêve, en sorte qu'il y cust rupture (1). L'on voyoit bien de pa
et d'autre, que ce traîtté n'auroit point de suite; tellement qi
Servien, n'ayant pas pu obtenir ce qu'il esperoit, nyempesch
que l'on allast à grands pas à la conclusion de la paix, pan
de la Haye, aussy peu satisfait de sa négociation, qu'on Teste
icy de sa conduite. Ce que les Estats d'Hollande ne dissim
lercnt pas, en refusant de consentir à ce qu'on lui fist le prese
ordinaire, lors qu'il partit (m). La veille de l'échange des ratifie
tions, il représenta encore aux Plénipotentiaires de cet Estât, q
estoient retournés à Munster, que cette action seroit contrai
(u) Résolution des Etats de Holl. du 31 Juillet 1047. # Bij resumi zyude gcdelibcrecrt oft aeu den Heer Gracf Servien van wegendee Staet eenige vereeringe ter gencraliteyt sal werden toegestaen, 1 saecke van 't sluyteu van *t bcwustc Tractaet van guarantie; is got gevoiiden dat hetselve van wege deze Provincie sal werden geexcuseer
(1) Voir van Aitzcma, Nedcrlandsckc Fredehandcl, p. 326 sv.
La France et la paix de Munster. 133
» vx traittés d'alliance, et mcsmes à l'intention des Estats, comme
elle Testait aux désir et aux protestations d'une des plus consi-
«leables Provinces, de plusieurs villes, et d'un grand nombre de
j^xrwnnes de qualité; que ce n'estoit pas là le moyen d'asseurer
M^ repos de l'Estat, mais bien d'exciter de nouveaux troubles au
«lehors, et des divisions au dedans; que bien loin de faire cesser
Ma pierre, ce traitté séparé la feroit continuer; et que les Plcni-
jçxtentiaires n'avoient pas satisfait aux ordres de leurs Supérieurs,
X»nis que tous les devoirs, qu'ils avoient faits, ne consistaient
«j^'en de simples demandes, qu'on avoit faites aux parties, si elles
voaloient s'accommoder ou non; ou en des instances, qu'on lui
».^oit faites, de se relâcher, ou de faire quelque ouverture, qui
pust contenter les Espagnols, et qu'ils n'en avoient point fait du
'fccnt depuis leur retour à Munster ; qu'en rompant volontairement
les traittés, ils se ebargeroient de tous les inconvénients, que
cette séparation produirait, au préjudice des franchises et exem-
tions, que les Bois de France avoient accordées aux habitants
de ces Provinces, en considération de ces alliances ; que l'Estat,
en abandonnant la France, se chargeoit du blâme d'une grande
ingratitude, et que les Plénipotentiaires trouveroient, qu'après
l'échange il seroit bien plus difficile d'ajuster les différents entre
k* deux Couronnes, que devant (1).
La Thuillcrie, aussy habille, mais moins violent que Servien, continuoit cependant les mesmes offices contre la paix, mais avec le mesme succès. Les offres, qu'il fit au commencement de l'année, n'ayant pas pu empescher la conclusion, il redoubla ses efforts pour empescher la ratification du traitté. En l'audiance, qu'il prit le 3 Mars, il rendit aux Estats, une lettre du Roy, son Maistre, remplie de ressentiment et d'indignation de cette paix particulière et séparée, qu'il y dit avoir esté faite, non par tous les Ambassadeurs unanimement, mais par quelques Qns d'entre eux, contre l'intention des Estats , et ainsy qu'il espwoit qu'ils n'auroient pas manqué d'y remédier (v). L'Ambas-
W Résolution des Etats Génér. du 3 Mars 1648. ,Nous avons appris," ainsi s'exprima le Roi dans sa lettre aux Etats, *avec tant d'estonnement ce qui s'est passé à Munster le 30 de Janvier, où la P*118 grande partie de vos députez ont sigué un traitté particulier avec 1® ministres d'Espagne que nous n'avons pu nous persuader qu'ils ajent agy en cela selon votre intention et ne doutons nullement que
Q) Proposition du 14 May 1648.
134 La France et la paix de Munster.
8adeur raccompagna d'un discours, qui exprimoit, bia que la lettre, les pensées que l'on n'avoit pas voulu i roistre sur le papier. Il n'estoit remply que de reproches, manqué à la foy des traittés; d'avoir abandonné le pis allié de l'Estat, et d'avoir payé d'une dernière ingrat que la France avoit fait pour le bien et pour la grai cet Estât, à sa sollicitation, et pour l'avantage de la eau mune , et l'on n'y voyoit que des justifications du proce France et de ses Ministres. En parlant du mariage de 1 d'Espagne, et de rechange des Païs-bas, il disoit, que un artifice des Espagnols, qui s'en estoient servis pour les alliés, et pour faire appréhender la puissance et le v de la France; c'est à dire d'un allié, dont la prospérité voit pas estre suspecte à l'autre, à la grandeur duquel tousjours si sincèrement contribué. Il conclut son dise* disant, que les Estats avoient les mains liées, et qu'ils voient pas ratifier le traitté, sans violer les traittés qu'ils avec le Roy, son Maistre: sans manquer à la foy et à h noissance, qu'ils lui dévoient, et sans faire tort à l'opin l'on avoit de leur sincérité et probité (w). Toutesfois, coi
aussy tost que vous en aurez eu connaissance vous n'ayez doi les ordres nécessaires pour remédier à ce qui a esté entrepris judice de tant de traittez solemnels que vostre Estât a fait e temps avec cette Couronne." etc.
(w) Voir la proposition de la Thuillerie dans la Résolu Etats Génér. du 4 Mars 1648. 11 dit entre autre: # qu'il étoi à faire des plaintes et à représenter à vos Seigneuries le veritah meut que doit avoir le Roy et la Rcync sa mère de la sigm vostre traitté avec les Espagnols et de le voir abandonner pax de leurs Alliés, sur lesquels avec raison ils avoient mis le plu leurs espérances et desquels ils attendoient dans une conjoncture à celle en laquelle nous sommes, le réciproque des assistances q besoings ils vous avoient données et les reconnoissances qu'ils esl qu'on doit avoir de tant de millions dépensés, de tant de sang r< pour la cause commune et de tant s de pertes et de peines souff une guerre véritablement entreprise, non seulement pour reprime] grande ambition des Espagnols, mais aussy, Messieurs, à vostre s tion et pour vous rendre moins pesant le faix de celle que vous s oust cuir contre vos ennemis, que nous fismes déslors les nost
# Leurs majestés toutes fois, considérant ce traitté absolume traire aux autres, dont j'ay fait mention cy dessus, et sçachi parmy vous mesmes il n'est pas dans une approbation univers s'il m'est permis de le dire, qu'une telle action blesserait la <
La France et la paix de Mu** ter. 135
ne lui faisoit point de réponse à sa proposition, et qu'il n'a voit pas encore tout à fait perdu l'espérance de pouvoir empcscher, où du moins faire retarder réchange des ratifications, qui devoit donner la dernière perfection à cet ouvrage, il alla le 17 du nenne mois à une deuxième audiance, en laquelle il dit que le Boy, son Maistre, considérant, que la pluspart des propositions, que ses Ministres avoient faites à Munster, bien que fort nettes, et non sujettes à équivoque, avoient esté altérées, devant qu'elles eussent esté portées jusques à rassemblée des Estats, lui iroit ordonné de déclarer, qu'il ne leur vouloit pas seulement donner le moyen de jouir en leur particulier d'un repos seur et perpétuel, mais aussy les faire arbitres de la seureté et de la tranquillité publique; que bien que Ton ne pust pas obliger le Boy à souffrir, que Ton parlast de l'affaire de Lorraine à Munster, il vouloit bien neantmoins déclarer, qu'il restitueroit au Duc Charles l'ancienne Lorraine, après que les fortifications des places auroient esté démolies, et que l'on n'y comprendroit pas la Comté de Clermont, ny les places de Stenay et Jametz, qui demeureroient annexées à la Couronne de France, avec le Duché de Bar, et ce qui dépend des trois Eveschés de Metz, Toul et Verdun. Et quant aux cinq points du traitté, qui se Mgotioit avec les Espagnols, qui estoient encore indécis, il les Musmettroit au jugement des Estats et du Prince d'Orange, pourveu que la décision s'en fist devant rechange des ratifications <h traitté, que cet Estât venoit de conclurre avec 1' Espagne (x). Les Estats d'Hollande estoient d'advis, que dans la responsc, qne Ton feroit à la Thuillerie, il fust dit, que raccommodement entre les deux Couronnes estant de la dernière importance » cet Estât, l'on devoit croire, que ses Ministres avoient fait tous les devoirs imaginables, pour les y porter. Mais que ceux qu'ils °at faits jusques icy avoient esté inutiles, et qu'il n'y avoit rien » espérer de ceux, que l'on pourroit continuer à l'avenir, mes- ^ au jugement des Médiateurs; que le Comte Servi en avoit
°*ttc cette republique professe, elles ne peuvent croire que ce qui a °^ feit, l'ait esté de Tordre de PEstat et que tant de gens de bien et de graves personnes, qui le composent ayent voulu, non seulement contre lesdits traittés, mais aussy contre les Résolutions prises dedans ^tte assemblée, donner cet avantage à leurs ennemis, de les avoir pu porter par finesse jusques sur le bord de rompre une union si juste e* *i utile que la nostre," etc.
M Voir la proposition de la Thuillerie insérée dans le procèsvertol de la séance des Etats Gcncr. du 17 Mars 1619.
136 La France et la paix de Mttutttr.
asscuré icy, que la paix entre les Couronnes scroit conclue dans vingtquatrc heures après que Ton scroit demeure* d'accord de la garantie; que r Estât croyoit avoir satisfait à ce qu'il devoit à la France, et que la paix entre l'Espagne et cet Estât estant une chose faite et achevée, Ton ne pouvoit plus s'en dédire; que cVstoit bien l'intention de l'Estat de faire continuer ses offices auprès des deux Couronnes, et qu'il avoit ordonné à ses Ministres d'y travailler incessament; qu'en la conjoncture présente des affaires il ne pouvoit pas accepter la sousmission, que l'Ambassadeur de France venoit d'offrir, parce qu'elle se trou voit accompagnée d'une condition, qui pourroit jet ter les affaires en des longueurs très préjudiciables; mais que ses Ministres avoient ordre d'accepter la sousmission, en cas qu'elle n'empeschast, ou ne retardast point réchange des ratifications de ce qui avoit desja esté fait et conclu (//). Les autres Provinces ne s'en expliquèrent pas, et cependant la resolution du 4 Avril ayant esté prise, touchant la ratification du traitté de Munster, l'on ne parla plus des propositions de l'Ambassadeur de France.
Ces différents indécis estoient, la Lorraine, les dépendances des conquestes de Flandres, Casai, le secours de Portugal, et la trêve de Catalogne. L'on avoit bien parlé aussy de la liberté de D. Duartc, ou Ediïard de Bragancc, frère du Roy de Portugal, qui estoit prisonnier à Milan depuis la révolution des affaires de ce lloiaume là, mais il mourut eu ce temps là, et sa mort fit cesser la contestation, que son emprisonnement avoit fait naistre entre les deux Couronnes. Le Duché de Bar avoit esté confisqué par le Parlement de Paris sur le Duc Charles, et annexé à la Couronne, quoy que la Duchesse, sa femme, héritière du Duché de Bar, aussy bien (pie de la Lorraine, n'eust point eu de part à la félonie, dont le Duc avoit esté accusé. Il avoit cédé à la France, par le traitté de Paris du 29 Mars 1641, la Comté et la place de Clennont, Stenay, Janictz et Dun. Pour ce qui est des trois Evcschés, Metz, Toul et Verdun, Henry II, Koy de France, sous prétexte de prendre les armes pour la liberté de l'Empire, contre l'Empereur Charles V, s'en saisit, contre la foy publique, et contre la protestation particulière et formelle, qu'il avoit faite, que ce n'estoit pas à dessein de pro-
(y) Voir l'avis des Etats de Hollande dans la Rcsol. des Etats Gêner, du 23 Mars 1G1S. [Voir aussi van Aitzcma, Vredthandelin<j> p. 3641.
La France et la paix de Munster. 137
fiter de cette guerre, qu'il portoit ses armes en Allemagne. De sorte que n'ayant esté qu'une usuq>ation, jusques à ce qu'elle ait acquis an tiltre par le dernier traitté de Munster, la France ne pouvoit prétendre que les droits et le domaine, qui y estoient annexés, lors qu'elle les usurpa; puis que c'estoit au préjudice de l'Empire, qui ne les avoit point reclamés, qu'ils en avoient esté aliénés. La France ne se contentoit pas des offres, que l'Espagne lui faisoit, des villes et places conquises aux Païs-Bas, mais pietendoit aussy, et avec justice, les Chastelenies, les Bailmges et les Mairies, qui en dépcndoient. Elle vouloit que l'on mist des Suisses dans Casai, qui promettroient de remettre la place entre les mains du Duc de Mantoùe dans un temps, dont Ton conviendroit, et dont neantmoins l'on ne pouvoit pas demeurer d'accord. Les Espagnols estoient résolus de souffrir que la France continûast de secourir le Portugal, mesmes après que la paix seroit faite ; mais ils vouloient, que le secours François ne fust employé que dans les villes, defensivement, et qu'il ne serrist point à la campagne, et que les François ne fissent point de nouvelles fortifications en Catalogne pendant la trêve. Mais ce que l'Espagne vouloit, la France ne le vouloit point, et comme il n'y avoit point d'apparence de les pouvoir mettre d'accord, aussy n'y en avoit il point de différer l'échange des ratifications, jusques à ce qu'elles le fussent.
La Thaillerie voyant, après la resolution du 4 Avril, qu'il n'y avoit plus rien à espérer, changea de langage, et dit, qu'il avoit ordre de déclarer, que le Koy, son Maistre, ne pouvoit pas souffrir, que les différents, qu'il avoit avec le Roy d'Espagne, /îusent jugés par ceux qui venoient de lui manquer de parole, en faisant un traitté séparé, qui destruisoit la bonne opinion, qu'il avoit eu auparavant, de la sincérité de leurs intentions. Quelques jours après cette déclaration, ayant sçeu que rechange des ratifications avoit esté fait à Munster, et que les Estats avoient pris jour pour la publication de la paix en ces Provinces, il prit son audiance de congé le 23 May, et partit aussytost, témoignant non seulement par le refus qu'il fit des honneurs, que l'on a accoustumé de rendre aux Ambassadeurs, quand ils sortent de la ville, aussy bien que quand ils y entrent, encore qu'il ne refusast pas le présent de l'Estat, mais aussy en ses entretiens particuliers, qu'il remportoit fort peu de satisfaction, et ne craignait point de dire, que le Roy Tres-Chrcstien ne manqueroit pas de donner des marques de son ressentiment,
13S lnteréU du Commerce des Frov. Unies.
quand il en trouverait l'occasion. Il ne l'avoit pas mesmes dissimulé en sa dernière audiancc; car en prenant congé des Estais, il dit, que le Roy adresserait à 1 avenir ses ordres à Brasset, qui demeurait icy en qualité de Résident. Et comme s'il ensl este bien asscuré, qu'on ne lui donnerait point de successeur, en la mesme qualité, il fit rendre les clefs de la maison, que l'on avoit affectée à la demeure de ceux qui venoient icy de la pari du Roy de France, revestus de ce charactere (1).
Le Duc de Longue ville partit de Munster incontinent apréi que la paix entre l'Espagne et cet Estât fust conclue, et le Comte (l'A vaux fut rappelle deux mois après. Toutesfois ce ne lut pai par un ressentiment du procédé des Plénipotentiaires de ed Estât; mais parce qu'en l'absence du Duc de Longuerille il n'y avoit point d'autorité capable de faire vivre les deux autres en bonne intelligence entr'eux; quoy que d'ailleurs en France Foi ne considerast plus les Estats comme amis de cette Couronne là mais comme partisans d'Espagne.
Guillaume de Liere d'Ostcrwyck, Ambassadeur de cei Provinces à la Cour de France, et Jean Rein s t, qui en retournant à Venise, où il demeurait depuis plus de vingt ans s'estoit charge de cette commission, et de la qualité de Commissaire Extraordinaire, av oient fait le 18 Avril 1646 un traitté pour la seuretc de la navigation et du commerce, en attendani que l'on fist un bon règlement, capable de remédier aux des* ordres, que les vaisseaux de guerre du Roy, et plusieurs armateurs François faisoient sur la mer, et principalement en la mer Méditerranée. Il y a une ordonnance du Roy Henry HT, di l'an 1584, qui porte que robbe d'ennemy confisque rabbe d'amy c'est à dire, que quand dans un navire il se trouve des marchandises, qui appartiennent aux ennemis de la France, elles fou confisquer toutes les autres marchandises, qui y sont chargée», e le navire mesme. Sous ce prétexte plusieurs Capitaines comman dans les vaisseaux de guerre du Roy, la pluspart Chevaliers d l'Ordre de Malthe, c'est à dire puisnés de Maisons Illustres o* Nobles, écumoient la mer, et incommodoient extrêmement I commerce. Et comme ces Chevaliers, en entrant dans l'Ordrfont profession de pauvreté, et sont obliges de laisser à leuz: parents tout le bien de la famille, et que d'ailleurs le Roy m
(l) Van Aitzenia, 111. 257 sq.
Intérêts du Commerce des Prov. Unies. 139
ptyoit point les Capitaines, ils intéressement en leurs pirateries quelques nos des premiers Ministres de la Cour, qui faisoient l^uppage à leurs dépens. Toutes les plaintes, que l'Ambassadeur Hollandois en avoit faites, avoient esté inutiles; jusqu'à ce cjoe lt Cour, qui ne pouvoit pas faire réussir sa négociation à ^fauter sans cet Estât, et particulièrement le party de rechange «la Ras-bas, permist enfin, qu'après une poursuite de huit mois l^on firt le traitté, dont nous venons de parler, en attendant que ***«& fut un règlement perpétuel pour le commerce. Il rendoit 3ci navires, qui trafiqueroient avec la patente de l'Admirai des Sitits, ou bien avec celle de quelque ville, ou lieu, aux habitants *3*?nels les navires appartiendroient, libres, aussy bien que les ***vchandises, dont ils seroient chargés, et ce traitté devoit dur*r quatre ans. Mais dés que la paix de Munster fut conclue, **«n recommença à lâcher la bride à ces armateurs, et la Cour, ^vî les advoûoil hautement, ne craignit point de dire, que les ^■•Uts ne pouvoient pas trouver mauvais, qu'elle se dispensast de Continuer aux habitants de ces Provinces les grâces, qu'elle ne *«ur avoit accordées, que parce qu'elle esperoit, que ces faveurs ^s empescheroient de prendre des mesures si contraires à leurs a**c£eniie8 maximes, et aux interests de ses anciens alliés.
Sur les plaintes, que les marchands, et particulièrement ceux ^Amsterdam en faisoient, les Estats pressèrent le Sieur d'Os terwijck de se rendre à son poste de l'Ambassade ordinaire. C'estoit Ul* Gentilhomme, qui après avoir esté, pendant quelques années, Conseiller en la Cour de Justice, en avoit esté tiré, pour estre e*fcployé à l'Ambassade de Venise, d'où il avoit passé à celle de France. Depuis quelques mois il avoit demandé et obtenu per- ^ssion de faire un voyage en ce Païs, pour donner ordre à ses affaires domestiques, et depuis la conclusion de la paix on l'avoit Pressé plusieurs fois de retourner aux fonctions de son cmploy ^& Prance. Mais comme il estoit fort avisé, et dans un aage, °** la prudence n'est pas si pure, qu'il n'y entre quelques méjuge de timidité, on ne le put jamais faire retourner à la Cour de- France, où, pour dire la vérité, il n 'avoit pas fait grand' fi- K^re cydevant, et où il sçavoit qu'il ne seroit pas fort agréable * l'avenir. Il s'en excusa d'abord sur Testât de ses affaires particulières, qu'il disoit estre fort ddperics en son absence, et il kmanda une Compagnie pour son fils, et le payement de ce qui hi estoit deu; mais voyant qu'on lui alloit accorder tout, il s'en «Lcusa sur son indisposition, et à la fin il s'en expliqua, en re-
140 Affaire* de la France.
fusant absolument d'y retourner; tellement que les Estats 1 accordèrent enfin sa démission le 5 May 1648. Ceux de Hc lande, qui sont en possession de présenter à l'Ambassade 4 France une personne capable, proposèrent et firent agréer Guil la urne Boreel, Fensionaire delà ville d'Amsterdam. Ce Minist avoit donné de grandes preuves de capacité en plusieurs empla de la mesme nature, tant en Suéde qu'en Angleterre, et partiel lierement en celui qu'il avoit à Amsterdam; mais comme Magistrat y est composé d'un grand nombre de personnes trea habilles, qui ne peuvent pas souffrir longtemps un habille 1£ nistre, ils se défirent sans peine de cclui-cy, qui pour plasieu: considérations voulut bien sortir de son employ, pour accepti l'Ambassade de France. Il le fit avec d'autant moins de 11 pugnanec, que l'on augmenta ses appointements de quatre mil livres par an, et qu'on lui en accorda six mille pour son amec blement. Mais dautant que l'on fut prés de deux ans à ajuste tout cela, en sorte qu'il ne put partir qu'en Tan 1650, non aurons occasion d'en parler, quand nous traitterons les affaire de ce temps là.
Les plaintes continuelles, que la France faisoit de la paix se parée, faisoient croire, qu'elle n'en seroit pas demeurée là; et © effect l'on auroit pu appréhender quelque chose de pis, si ell cust pu achever son traitté avec l'Espagne, à sa mode, ou d moins éviter la guerre civile qui l'en empescha, et qui nou oblige d'en dire icy quelques particularités fort considérables.
La guerre estrangerc, dont l'on avoit veu le commencemei sous le règne de Louis XIII, et sous le Ministère du Cardin de Richelieu, et la facilité de la Heine, qui, à l'entrée de 1 Régence, avoit fait des profusions prodigieuses des finances c Roiaume, avoient entièrement absorbé tous les fonds, tant < revenu ordinaire, que de l'extraordinaire, que les partisans fa soient trouver tous les jours, et non seulement ceux du courai mais aussy celui de plusieurs années suivantes. De sorte qi tout le revenu ayant esté consumé par avance, l'on fut contrai d'avoir recours à plusieurs moyens extraordinaires, violents fâcheux, pour fournir à la dépense nécessaire de la Maison Boys de la guerre et des Ambassades, et particulièrement pour pay les gages des Officiers de Justice et des finances, et les rent de rhostel de ville de Paris, qui montoient à plusieurs million Le Cardinal Mazarin se servoit pour cet effect du Ministe de Michel Particclli d'Emery, Surintendant des finano
Affaires de la France. 141
de France II estait Italien d'extraction, et estant marchand à -Lion, il estoit sorty de la boutique, pour entrer dans les partis, oô U se rendit capable des premiers emplois dans les finances. X^es impositions continuelles ayant rendu ce Ministre fort odieux ***i peuple, il tâchoit de se décharger de la haine publique sur le Cardinal, qui estant en effect celui qui profitait le plus de toutes *« levées de deniers, il n'eut pas beaucoup de peine à y réussir. Apres une infinité d'edits boursaux, dont Ton avoit fait enre- ^Çiitrer quelques uns au Parlement, à la Chambre des Comptes «"* à h Cour des Aides, et d'autres, par une nouvelle invention, •* sceau seulement, pour l'establisscmcnt et pour l'aliénation de nouveaux droits, pour la création de nouveaux offices, et pour le ^retranchement des gages et des droits des officiers, d'Eniery 9 «irisa de faire résoudre au Conseil le toisé des maisons de -**ris, et l'augmentation du nombre ordinaire des Maistrcs des -"«questes. Le corps de ces Officiers de robbe est fort considérable, tant parce que c'est le séminaire des Ambassades, des -Intendances de justice et de finances dans les armées et dans les **^>rinces, d'où l'on prend aussy ordinairement les Présidents du Grand Conseil et du Parlement, que parce qu'outre la fonction Particulière qu'ils ont au Conseil d'Estat, où ils servent par quar- ^*e*s, et sont rapporteurs de tous les procès, ils ont aussy une JUiisdiction particulière, que l'on appelle les requestes de l'Hostel, ^ en cette qualité ils font partie du Parlement, où ils ont séance x,1>uiediatement après les Présidents au Mortier. Us s'y opposèrent, e* portèrent leurs plaintes au Parlement, qui promit de les pro- *^ger. Le Cardinal, qui estoit estranger, et Ministre confident ^'uiie Reine estrangerc, l'objet de l'envie des Grands et des plain- *e« de tout le Roiaurae, dont il ne connoissoit point la constitution, cp°yant pouvoir intimider le Parlement, suivit le conseil d'Emer y , ^* le menaça de la suppression de la Paulcttc (c'est un droit inv^nlé, du temps du Roy Henry IV, par un nommé Paulct, ^* les Officiers de Justice et des finances le payent tous les ans I>°Ur la conservation de leurs charges) et fit interdire aux Maistrcs **^3 Requestes l'entrée du Conseil. La pluspart des meilleures *^milles de Paris, et j'ose dire, de toute la France, ne subsistent H**e par la Paulette, parce que c'est par ce moyen, que les offices V estant rendus héréditaires; ceux qui les possèdent ne peuvent pas seulement en disposer par testament, mais aussy les engager ^t aliéner, comme une maison, ou quclqu'autre héritage; de sorte Hu'il n'y en avoit point qui n'eust raison d'appréhender cette
142 Affaires de lu France.
suppression. Mais ce qui devoit apparemment faire peur aux officiers, ce fut ce qui acheva de les irriter. Car toutes les Chambres «'estant assemblées le 13 May de cette année, le Parlement s'unit avec les trois autres Cours Souveraines, qui sont le Grand Conseil, la Chambre des Comptes et la Cour des Aides, et ordonna, que deux Députés de chaque Chambre conféreraient arec ceux des autres Compagnies. La Cour le trouva fort mauvais, ordonna par un arrest du Conseil d'enhaut, que l'arrest du Parlement scroit tiré des registres, envoya mesmes un des quatre Secrétaires d'Estat, accompagné d'un Lieutenant et de quelque» archers de la garde du corps, pour l'arracher des registres, et fit défenses bien expresses et réitérées au Parlement de s'assembler. Mais le Parlement ne laissa pas de continuer ses assemblées, et d'envoyer ses Députés à la Chambre de St. Louis, qui entreprit d'examiner et de sindiquer la conduite des Ministres, et mesmes celle de la Reine, et forma, par manière de dire, un second. Estât dans l'Estat, et une espèce de République dans le Roiaume. La Cour fut contrainte de se relâcher, rétablit les Maistres des Requcstes, éloigna Emcry des affaires, et accorda aux Cours Souveraines presque tout ce qu'elles a voient demandé; mais & dessein de n'en rien tenir, et de se venger des uns et des autres de cette désobéissance, comme en effect elle n'y manqua pas à la première occasion.
Les armes de France, commandées par le Prince de Condé, avoient remporté une victoire très accomplie sur l'armée Espagnole, commandée par l'Archiduc Leopold Guillaume, auprès de Lens en Artois, dont le Roy voulut faire rendre grâces solemnclles à Dieu dans l'Eglise de Nostrc Dame de Paris le 26 Aoust de cette année. Toute la Cour y avoit esté, et le Parlement y avoit assisté en corps; mais à peine s'estoit il séparé, les gardes estant encore sous les armes, que l'on alla prendre deux Conseillers, et l'on en envoya en exil deux autres, de ceux qui avoient acquis une réputation particulière de probité, ou parce qu'ils estoient en effect d'une vie et d'une conduite exemplaire, ou parce qu'ils avoient le plus crié contre le Ministre et contre le Ministère. Le peuple, qui aime tousjours ses Tribuns, ayant eoeu la violence, que l'on avoit faite à ces Conseillers, se sousleva brusquement, prit les armes, ferma les boutiques, fit des barricades, et les poussa jusques à la veiie du Palais Royal, qui par ce moyen se trouva investy et assiégé, aussy bien que le Roy mcsrae, par cette bourgeoisie année. Le lendemain le Parlement alla en
Affaires de la France. 143
corps au Palais Boyal, ayant à la teste Mathieu Mole, son Premier Président, homme sage, habille, résolu et ferme, qui représenta à la Reine Régente le mauvais estât de la ville, avec les ftclieuses suites, que ces desordres ameneroient indubitablenent, li elle ne faisoit remettre en liberté les Conseillers prisonniers, et revenir les exilés. Mais la Reine, soit qu'elle crust qu'on loi faisoit le mal plus grand qu'il n'estoit en effect, ou qu'elle fut persuadée de le pouvoir vaincre en s'y opposant fortement, rejette avec fierté les remonstrances et les prières du Parlement, en protestant qu'elle ne se reprocheroit jamais d'avoir eu assés defoihlesse, pour prostituer l'autorité du Roy, son fils, dont le depost lui avoit esté confié, à l'insolence d'une populace mutinée. Le bonheur du Roy et du Roiaume voulut, que le Parlement, en retournant au Palais, à dessein de prendre une resolution importante sur la conjoncture présente des affaires, fut forcé par le peuple de retourner sur ses pas, et d'aller trouver encore la Reine, et de l'obliger à rendre les Conseillers prisonniers présentement. Le Parlement estant retourné auprès de la Reine, le Premier Président, secondé du Président de Mesme, combatit la fausse constance de la Reine de tant de raisons invincibles, que la Reine commençant à faire réflexion sur Testât ou son opiniâtreté alloit réduire le Roiaume, et la personne du Roy mesme, elle se laissa rtincre enfin, et commanda que Ton expediast les' lettres ne ces - ••ires pour la liberté et pour le retour des Conseillers prisonniers et exilés. Ils revinrent le lendemain, le peuple demeurant cependant sous les armes, jusques à ce qu'nprés avoir veu revenir ses Tribuns, et content d'avoir triomphé de l'autorité de la Cour, et d'avoir vaincu l'orgueil des Ministres, il défit ses barricades, quitta les armes, et rouvrit les boutiques, avec tant de joye, qu'en moins de deux heures l'on vit la ville dans un estât aussy paisible, qu'elle avoit esté deux jours auparavant.
Ce fut un heureux effort, que l'on fit ce jour là sur l'esprit de
la Beine, en la forçant de sauver la Couronne, la personne du
Boy, et toute la famille Royale, qui ne se trouvoit pas en seu-
reté entre les mains d'un peuple armé et enragé; de sorte que
les Ministres, avec tout ce qu'il y avoit de personnes de qualité
à la Cour, et le Cardinal mesme, qui s'estoient enfermés avec
elk au Palais Royal, furent obligés d'appuyer les remonstrances
du Parlement, de combatre la fermeté de la Reine, et de la prier
de se laisser fléchir. Elle céda en effect, mais ce ne fut qu'à
dessein de se ressentir de cet insulte, et de se venger du Parle-
144 Affaires de la France.
ment et de la ville de Paris. Son courage ne se pouvoit pas résoudre ù demeurer dans une ville, où elle venoit de recevoir un si sanglant outrage, où toutes ses actions estoient observées, et où la personne du Cardinal n'estoit pas en scuretc. C'estpourquoy elle en sortit un des jours du mois de Septembre à six heures du matin, et emmena le ltoy à Kucl chez la Duchesse d'Eguillon, qui avoit este* autrefois sa plus forte aversion. Elle fit en me s rue temps arester au Chastcau de Vincennes, et conduire en suite au Havre de Grâce, Bout lui lcr-Chavign y , cy devant Secrétaire d'Estat, sous le Ministère du Cardinal de Richelieu, et éloigner et exiler Chastcau neuf, Garde des sceaux, et Goulas, l'un des Secrétaires des Commandements du Duc d'Orléans, directement contre la déclaration, qu'elle avoit quelque temps auparavant accordée aux instances du Parlement (1). Chavigny
(1) Mr. de Wieq tic fort a ajouté à ce récit quelques extraits d'un Journal du Parlement de Pari* xttr le snjet de* affaires des années 1648 et 1649. Bien que ces extraits ne soient pas dépourvus d'intérêt, nous n'avons pas cru nécessaire de les insérer dans notre édition, parce qu'ils ont plutôt rapport a l'histoire de France qu'à la nôtre. Cependant nous ajoutons ici dans la note une partie assez intéressante du Journal du 22 Septemb., après l'emprisonnement des Sieurs de Chavigny, de C hast eau neuf, Goulas etc.
w Eu suite, Monsieur le Premier Président ayant demandé à Monsieur de Broussel, si le procès verlwd du Tarif est oit achevé, Monsieur le Président Viole se. leva, et dit, qu'il y avoit des affaires de bien plus grande conséquence à mettre en délibération; ce qui estonna d'autant plus mondit. Sieur le Premier Président, qui ne s'attendoit à rien moins qu'à cela, et qui n'avoit jms ordre de mettre en délibéra' tion, que le proeés verbal du Tarif; toutefois après plusieurs excuses, il fut obligé d'achever, et d'entendre les propositions de cette affaire de conséquence, qui furcut, le peu d'assurance qu'on pouvoit et devoit avoir à la parole de la Reine, l'eloignemout, ou plustost la substroctiou du Roy de sa bonne ville de Paris, l'approche de.-* treus de guerre aux environs de Paris, le manquement de parole, en ce que contre les aase uni ne es qu'elle avoit données au Parlement, de ne consentir pendant la Régence à aucun éloignemenl, encore moins à aucun emprisonnement, le contraire avoit paru en la personne des Sieurs de Chastcau neuf, Chavigny, Goulas, Marquis de la Vieville, et autres, et qu'il estoit très certain qu'il s'estoit tenu des conseils tres-pernicieux contre le Parlement et la ville, Pé!oignemcnt du Roy, qui avoit esté fait à six heures du matin, sans trompette, comme dit le Pro\crbc, sans garde et. chevaux légers: mais seulement accompagné du Cardinal, et du Maresehal de Villcroy, et auparavant rnesme d'avoir entendu la Messe, contre l'ordinaire de nos Rois, qui n'entreprennent jamais rien sans cela, et sans ad vert ir les Compagnies Souveraines.
Affaire* de la France. 145
avait donné nu Cardinal des conseils assés violents contre les Conseillers, que Ton avoit arrestés au mois d'Aoust, soit qu'il jttgeast, qu'il estoit nécessaire d'user de la mesme sévérité, doit Ton s'estoit servi, avec tant de succès, pendant le dernier Ministère, ou que son intention fust de perdre le Cardinal Mazarin, entre les mains duquel les moyens forts et vigoureux, que son prédécesseur avoit si heureusement employés, devenoient malheureux et funestes. Le Cardinal, qui ne se souvenait plus, ou qui ne se vouloit plus souvenir des extrêmes obligations, qu'il avoit à Chavigny, premier et presque seul auteur de sa fortune, l'avoit abandonné au ressentiment de la Reine, qui halssoit tous ceux qui a voient esté dans les interests du Cardinal de Richelieu, et particulièrement Chavigny, qui en avoit possédé la plus intime confidence. Il s'imaginoit, que Chavigny s'entendoit avec le Parlement, où il avoit quantité d'amis et de parents, et que son intention estoit de le faire chasser, afin
f Et quant aux gens de guerre, que leur approche de cette ville, et 1» violences par eux commises, estoit un indice qui ne promettoit rie* de bon à r Estât, particulièrement au Parlement.
»8orquoy Monsieur le Président de Blancmesnil ayant pris la pvole, a dit, qu'il falloit aller jusques à la source du mal, pour le gtwnr; que tous les malheurs, qui estoient arrivés, venoient de la ■anvaiae administration du Cardinal Mazarin, qui estant estranger, *t portant peu d'affection à la France, ne se soucioit pas de tout perdre, pourveu qu'il vint à bout de tous ses desseins, et qu'il se sau- ™t, et que pour luy il croyoit en sa conscience, qu'il y falloit don- ■er remède, et pour cet effect, renouveller PArrcst de 1617 qui interdit le Ministère du Roiaume aux Estrangers, sur peine de la vie ; qu'il estoit d'advis de prier la Reine de ramener le Roy en sa bonne ville de Paris, et d'éloigner de ses conseils et de sa personne, le Cardinal Hasarin.
» Plusieurs de Messieurs furent de cet advis, particulièrement Monsieur «Président de No v ion, qui l'appuya fort contre le Cardinal, l'appdlant la cause immédiate de tous nos maux, disant, qu'il estoit e^tonge de se voir ainsy maistriser par un Estranger, que la fortune plostost que son extraction avoit mis au dessus de la roue, que la France estoit assés remplie de grands hommes, sans appeller des gens inconnus de son estoffe, et qui n'a pour confidens que des S en net erres des Botrus, et autres manières de gens qui meritoient la corde, suivant la notoriété publique.
'Ces paroles donnèrent lieu à plusieurs de lever le masque, et déclamer contre la source des desordres du temps, qu'ils attribuent au peu d'expérience, et au peu d'affection dudit Cardinal Mazarin." etc. Voir a«»i Simonde de Sismondi, Histoire des Français. XVI. p. 478 sv.
146 Affaira de la Franc*.
de pouvoir prendre sa place, dont on ne le jugeoit pas indig Chàteauneuf fut disgracié; tant parce que sa gravité et sévérité affectée le reudoient incommode, particulièrement à. Cour, que parce qu'il n'estoit pas agréable au Prince de Con« pour avoir présidé au jugement du procès du Due et Mm schal de Montmorancy, oncle maternel du Prince, qui s'estf rendu très nécessaire à la Cour. Pour ce qui est de G ou la s» Téloigna d'auprès du Duc d'Orléans, parce que l'Abbé de* Rivière, qui de fils d'un fripier de Paris estoit devenu far* du duc, et depuis Evesque de Langres, Duc et Pair de Frac et Commandeur des Ordres du Boy, (1) ne pouvoit pat aesés b gouverner son maistre, au gré du Premier Ministre, des volou duquel il dépendoit alors entièrement, pendant que Goulas, < estoit un des plus anciens Officiers de la Maison, y avoit quels créance.
La Reine faisoit cependant approcher de Paris l'armée, que Prince avoit commandée en Picardie et en Flandre, et les g» de guerre vivoient avec tant de licence dans les villages voisi et particulièrement dans les belles maisons de plaisance, que habitants de Paris y ont, qu'il estoit bien facile de voir, ç son intention estoit de se ressentir du souslevement du peur. et de la désobéissance du Parlement. L'un et l'autre s'en alla merent. Le Parlement, qui ne peut pas continuer ses assemhk pendant les vacations, sans la permission expresse du Roy, laissait pas de s'assembler tous les jours, contre l'intention,
(l) C'est de cet Abbé que Boileau parle dans la premii satire, vs. 63 sv.:
#Et que le sort burlesque, en ce siècle de fer
#D\in pédant, quand il veut, sçait faire un Duc et Pair."
Voir l'éclaircissement historique sur cette satire: # L'Abbé de J vierc, Louis Barbier, fut fait Evcque de Langres, Duo et Pï de France. Il avait été Régent au Collège de Plessis, et ensuite A mônier de Mr. Habert, Evoque de Cahors, Premier Aumônier Gaston, Duc d'Orléans, qui le mit auprès de ce Prince. L'Abbé < la Rivière entra si habilement dans toutes les inclinations de s maître, qu'il devint lui-même le maître absolu de son coeur et de s esprit; mais il ne se servit de la confiance du Prince, que pour trahir, en découvrant tous ses secrets au Cardinal Mazarin. Po recompense, il obtint successivement plusieurs abbayes et enfin l'évêc de Langres. Il mourut à Paris en 1670. Il avait été nommé Cardinalat."
Ajfairez de la France. 147
nonobstant les défonces de la Cour; et le peuple redoublant son Animante' contre le Premier Ministre, commença à s'en prendre *a Cardinal, et à parler de lui, comme de la seule cause des nmaUieQn et des desordres du Boiaume. Tellement qu'entre les «.-■rires suffrages des Conseillers, il y en eut qui vouloient, que ]>%m ranoureDast contre lui l'arrest, que le Parlement avoit donné en l'an 1617, à l'occasion de la faveur, et après la disgrâce du Tkfnrnrhil d'Ancre, contre les estrangers, qui s'ingereroient skk Ministère. Le Parlement envoya enfin demander à la Reine 1*9 retour du Boy, l'élargissement de Chavigny, la seureté puladifiie, et la permission de continuer les assemblées, pendant les "vacations. Elle leur accorda tout, et ramena le Boy à Paris le jour d'Octobre, espérant de rompre par sa présence les s, que le Parlement vouloit continuer après la St. Martin. Cependant elle negligeoit de faire exécuter la déclaration du Roy, «^d'elle avoit fait expédier et vérifier au Parlement, pour la reformation de plusieurs desordres du Boiaume, et elle souffiroit, o^hb les gens de guerre fissent une infinité de desordres à la campagne f dans le voisinage de la ville. Les Parisiens croyoient cixie la Beine n'y connivoit pas seulement, mais que c'estoit mes- »*C8 de son ordre qu'ils se commettoient, quoy qu'en effect elle **e ks pust pas empescher, parce qu'elle n'avoit pas de quoy °oitater les soldats, qui n'ont point de respect pour les ordres *ta ceux, qui les veulent faire subsister sans argent. Car le peu •lue Ton apportoit à l'épargne, ou que l'on tiroit des partisans, •l^roit servir à l'éxecution du dessein, que la Beine avoit, d'em- ***«aer encore le Boy, les uns disoient à Blois, ou à Tours, et *^* autres à Dijon ou à Lion. Vers les festes de Noël il en °*>urut un bruit, qui s'espandit par toute la ville, mais les emis- ^^ires de la Cour le firent évanouir petit a petit; bien qu'il soit €a^ïtain, que dés ce temps là ce malheureux dessein auroit esté ^^.ecuté, si l'Abbé de la Biviere, que l'on flattoit de l'espe- **noe d'un chapeau de Cardinal, y eust pu faire consentir le Duc ** * Orléans, qui s'y opposoit, comme à une entreprise, laquelle en- *t*aainoit après elle de très fâcheuses suites. Il y consentit au commencement de l'année 1649, et le dessein fut exécuté en la tn&niere suivante.
k Mareschal de Grammont, qui s'estoit aucunement fait considérer à la Cour par son mérite et par sa naissance, quoy qu'il fagt principalement obligé de son establissement à la tweur du Cardinal de Bichelicu, dont il avoit épousé une
148 Affairez de la France.
proche parente, estoit celui, dont la Reine se vouloit servir ea cette occasion, comme d'une personne, de la fidélité de laquelle elle se pouvoit asseurer. Il lia une partie de divertissement arec le Cardinal Mazarin, et donna à souper an Roy, et à toute la Cour, la veille de la feste des Rois, et Ton y fit une Boûuté* de fève, contre la cousturae de cette Cour là, qui ne permet pus que Ton joue le Roy en sa présence. Au sortir de la Comédie, qui y fut représentée après le soupe, Ton ramena le Roy coucher au Louvre; mais on le fit lever dés les quatre heures du matin, et on le conduisît par le jardin des Tuilleries, au Cours, où les confidents avoient leur rendez vous, et où le Due d'Orléans, les Princes de Condé et de Conty, le Cardinal Mazarin et plusieurs autres Seigneurs et Ministres l'attcndoieat, pour l'accompagner à St. Germain (1). La Reine d'Angleterre, qui ne fut pas advertie de la retraitte du Roy, et qui ne croyoit pas pouvoir subsister à la Cour, qui ne lui payoit pas sa pension depuis six mois, demeura dans la ville. Le Chancelier, le Conseil, et tous les Officiers de la Cour le suivirent à la pointe du jour, qui ne commença pas sitost à paroistre, que toute la ville fut remplie du bruit de l'enlèvement du Roy.
Ce Prince n'a voit en ce temps là gueres plus de dix ans; de sorte qu'il auivoit par tout où on le vouloit mener, et néantinoins ee fut en son nom, que Ton escrivit dés le grand matin au Prévost des Marchands, et aux Eschevins de la ville de Paris, que ne se trouvant pas on seureté dans une ville, où plusieurs Officiers du Parlement avoient intelligence avec les ennemis déclarés de l'Estat, et dessein de se saisir de sa personne, il avoit este' contraint de sortir de Paris, pour se mettre à couvert de leurs attentats. Le Roy leur ordonna dans la mesme lettre, de faire en sorte que le repos de la ville ne fust point altéré, en attendant qu'il leur fit sçavoir sa volonté. Il envoya aussy ordre au Parlement d'aller à Montargis, à la Chambre des Comptes d'aller à Orléans, et au Grand Conseil d'aller à Mantes. La Chambre envoya représenter à la Cour l'impossibilité, qui se trouvoit dans l'exécution de cet ordre, parce qu'elle ne pouvoit pas emporter les registres ny les comptes, et le Conseil fit mine de vouloir obéir, mais on ne le voulut pas laisser sortir de la ville, non plus que les Mais très des Requcstes du quartier. Le
(1) Voir Simon de de Sismondi, Histoire de* Frattçaie. XVL p. 4SS sv.
JJfaire* de la France. 149
Parlement avoit encore quelque autorité, mais les autres Magistrats n'y estoient plus respectés ny obeïs. Les bourgeois s'estoient «liai des portes 'de la ville; le Parlement fit tendre les chaines des mes, fit poser des corps de garde et des sentinelles en plusieurs endroits de la ville, et fit plusieurs règlements nécessaires pour sa conservation. Il envoya le lendemain faire des remonstruces à la Keine par les Gens du Boy, mais elle ne les voulst pu admettre. Et le Parlement, croyant le Cardinal auteur de ce refus, aussy bien que de toutes les autres resolutions qui ic prenoient à la Cour, ordonna, qu'il en sortirent dans ce jour là, et du Boiaume dans huit jours, enjoignant à tous les sujets di Boy de lui courir sus après ce temps là, et leur défendant dek recevoir et de le loger. Après cet arrest il n'y avoit plus de mesures à prendre. C'estoit offenser la Reine trop sensiblement, que de lui oster son Conseil, et de proscrire la teste qui hn estoit la plus pretieuse, après celles de ses enfants. Les gens de guerre occupèrent toutes les avenues, par ou les Parisiens afoient aocoustumé de recevoir des vivres, et particulièrement le ptin de Gonesse (L), de St. Denys et de Corbeil, pendant que le Parlement, de son costé, faisoit faire des levées, et se mettoit en estât, non seulement de défendre la ville, mais aussy de faire des •orties sur les assiégeants. Le Prince de Conty, le Duc de Longueville, son beaufrere, les Ducs de Chevreuse et d'Elbeaf, Princes de la Maison de Lorraine, les Ducs de Beaufort, de Bouillon, de Brissac etdeLuincs, etlaMotthe Haudancourt, Mareschal de France, se vinrent enfermer dans la tille, les uns avec intention d'y faire leurs affaires, les autres pour faire celles de la Cour, et pas un presque à dessein de s'employer pour le bien public, ou de servir le peuple et le Parlement. Aussy ne firent ils pas une seule action mémorable. Le Duc de Longueville alla en Normandie, où il fit grand bruit, en faisant déclarer le Parlement de Rouen contre la Cour. A quoy il n'Cut pas beaucoup de peine à réussir, parce que le Parlement ayant esté fait semestre depuis quelques années, il ne faisoit que chercher l'occasion de s'en ressentir, et de se défaire de se» nouveaux Conseillers. Cet interest lui estoit commun avec
(1) *Le bourg de Gonesse, à quatre lieues nord de Paris, était alors très-renommé pour son pain blanc, que ses boulangers apportèrent deux fois par semaine à Paris." — Henri Martin, lliit. de France. XII. 312 note.
150 AJkires de la France.
celui de Provence, qui fit aussy demander la jonction et union aux interests du Parlement de Paris. Mais pour ce qni est dei Seigneurs, qui lui avoient offert leur service, ils loi estoient à charge. Le Prince de Conty s'estoit venu rendre au Parlement, tant pour ne quitter point de veiie la Duchesse de Lon gueville, sa sœur, qui y attira aussy le Prince de Marsillac, que pour faire ses affaires et celles du Prince de G onde, son frère, dans la ville. Le Duc de Bouillon faisoit accroire, qu'il a voit la goûte, et sous ce prétexte il gardoit la chambre, et les Ducs de Bris sac et de Lui nés estoient pour la négociation. Le Duc de Chevreuse n'avoit jamais esté ny grand Capitaine ny grand négociateur, et n'estoit pas en aage de pouvoir agir, et le Duc d'Elbe uf, avec les Princes ses enfants, se contentoit de toucher de l'argent, de subvenir par là à l'incommodité de sa maison, et de faire des revcùcs continuelles. H n'y eut que le Duc de Beau fort, qui s'éstant depuis quelque temps sauvé du Chastcau de Vinccnnes, estoit en effect ennemy du Cardinal, pour plusieurs considérations. La Cour de son oosté*, détrompée de l'espérance presque infaillible, qu'on lui avoit donnée, que la ville seroit affamée dans fort peu de jours, et qu'elle se viendroit rendre à discrétion, et voyant que l'Archiduc, Gouverneur de Flandres pour le Boy d'Espagne, à qui le Cardinal Mazarin avoit fait faire quelques propositions de paix par Vautorte, Maistre des Bequestcs, qui mourut depuis à Batiabonne, se promettoit quelque chose de plus du souslevement de la ville de Paris, et des desordres du Boiaume, que ce que le Cardinal lui faisoit offrir, consentit enfin à ce que l'on portast les affaires à un accommodement. Le Parlement y estoit tout disposé; parce que ce n'estoit qu'une horrible confusion, et pour dire la vérité qu'une cohue, que de toutes ses assemblées, aussy bien que des mouvements des autres provinces, qui suivoient la pluspart ceux de la ville capitale. Il n'est que trop vray, que quelques Conseillers avoient leurs correspondent à Bruxelles, et que ce fut à leur instigation, que l'Archiduc envoya à Paris Don Joseph de Illescas Arnolfini, qui asseura le Parlement, que ce Prince employeroit une armée de vingt mille hommes, pour la conservation de son autorité contre l'oppression d'un Ministre estranger et criminel ; qu'il mettroit entre les mains de cet Illustre Sénat les interests du Boy d'Espagne, et qu'il le feroit arbitre de ceux des deux Couronnes. Ces offres d'un ennemy déclaré de la France estoient suspectes aux uns, et fai-
Affairée de la France. 151
soient horreur aux autres ; de sorte que le Parlement, afin de ne te jetter point en des extrémités sans retour, accepta l'amnistie, que lt Cour accorda au Parlement et à la ville, et arresta l'onnéme Mars 1649 son traitté, à l'exclusion des Espagnols.
Ces mesmes desordres, dont les commencements avoient esté, ans comparaison, bien plus violents que ceux des révolutions d'Angleterre, furent en partie cause de la resolution, que le Conseil de France prit quelques mois après la conclusion de la paix de Munster, de faire aussy son traitté avec l'Empereur, et qui l'obligèrent à le conduire le 20 Octobre, au mesme temps que k 8nede fit conclurre le sien à Osnabrug. En Testât où estoient la affaires de France, il lui estoit impossible de soustenir deux guerres estrangeres, pendant qu'elle estoit menacée d'une troisième dans le Roiaume mesme, dont il sentit les effects l'année suivante, et pendant que la Suéde estoit entièrement résolue de sortir de l'embaras de la guerre d'Allemagne.
fty esté obligé de parler de ces affaires, tant parce qu'elles M sont pas purement estrangeres ; puis que non seulement elles eupescherent les Ministres de la Cour de France de se ressentir de la paix séparée de Munster, mais parce qu'elles l'obligèrent ■emea à rechercher l'amitié de cet Estât, et à le prier, de ne point souffrir, que les rebelles trouvassent icy dequoy se fortifier ttttrele Boy. Ce fut à cette intention, que Bras set fit instance **pee des Estats Généraux, à ce qu'ils ne permissent point aux boitants de ces Provinces de vendre ou de prester des vaisseaux de guerre, mèche, poudre à canon, ou autres armes et munitions •des François, et particulièrement à ceux de Dicpe, de Rouen et de Bordeaux, qui avoient la commodité de s'en faire apporter, » cause de leurs ports et des rivières (z). Les habitants de ces Promues s y trouvoient encore intéressés à cause de la déclaration, qœ le Roy de France fit vérifier au Parlement le 24 Octobre 1^8, portant défenses aux estrangers d'apporter dans le Roiwnie des draperies de laine et de soye, fabriquées en Angleterre °& en Hollande. Les Députés des quatre Cours Souveraines, qui, c°nune nous avons dit, avoient formé la Chambre de St. Louis, à avoient entrepris de reformer tout le Roiaume, avoient repre- ■tttè*, que la quantité d'estoffes de laine et de soye, que l'on y •Pportoit de dehors, reduisoit un nombre infiny de menu peuple
M Résolution des Étate de Holl. du 23 Fevr. 1G49
152 Affaire* de la France.
à la mendicité, et obligeoit plusieurs familles à transporter leur domicile ailleurs, comme aussy que pour les faire venir, il eatoit nécessaire de transporter quantité d'or et d'argent monnoyé hors du Roiaume, contre les ordonnances, anciennes et modernes, et qu'il y falloit remédier en défendant ce trafic, à peine de confiscation. Ces défenses estoient directement contraires à tous les traittés, que cet Estât avoit faits avec la France depuis le règne de Henry IV, et faisoient un préjudice irréparable au commerce de plusieurs villes de Hollande, qui ne subsistent que par le debit de leurs manufactures; c'est pourquoy Ton en fit faire des plaintes à la Cour, et Ton en demanda la revocation. La Reine Régente avoit esté forcée d'accorder au Parlement tout ce qu'il lui demandoit, et entr'nutres cette déclaration, et ainsy il n'eust pas esté fort difficile de la faire révoquer, s'il cust esté en sa puissance de faire agir l'autorité Royale; mais on ne la reconnoissoit point en France, et ainsy il estoit inutile d'y chercher un remède, qui en dépendoit absolument. Il est vray que ces défenses cessèrent avec les autres desordres du Roiaume; de aorte que nous pourrions nous dispenser de nous étendre encore sur cette matière; mais dautant qu'nujourdhuy les Ministres de cette Cour là se servent des îucsmcs principes; qu'ils tâchent d'establir le commerce du Roiaume de France sur la ruine de celui de leurs voisins, et qu'ils en veulent particulièrement à celui dea habitants de ces Provinces, il ne sera pas hors de propos de marquer icy les raisons, que les Députés des Estats de Hollande employèrent dans les conférences, où cet article de la déclaration fut examiné et debatu en ce temps là, pour destruire celles de quelques officiers de justice et des finances, qui pretendoient reformer le Roiaume, en perdant le commerce, dont ils n'avoient point de connoissance. Ces Députés représentèrent donc aux Estats de la Province, que quand mesme les traittés ne permettroient pas aux habitons de ces pais de débiter leurs marchandises et manufactures en France, les avantages, que le Roy en tiroit, le devroient obliger à les convier d'y en porter; que les laines, que l'on envoyoit d'icy toutes préparées en France, pour estre filées, y faisoient subsister plusieurs pauvres familles, et payoient de grands droits, en entrant et en sortant, aussy bien que les draps, qui après qu'ils estoient fabriqués, faisoient un revenu fort considérable au Roy; que ceux qui s'imaginoient, que par ce moyen l'on tiroit quantité d'or et d'argent monnoyé du Roiaume, se trompoient tant à cause des défenses rigoureuses.
Affaire* $ Angleterre. 153
qui estaient exactement exécutées pour cet égard, que parce que kf marchands aimoient bien mieux remettre leur argent par lettres de change, que de l'envoyer en espèce ; si ce n'est lors qu'ils tnmroieat un profit extraordinaire sur les espèces, et alors les banquiers en faisoient un commerce particulier, d'argent pour argent, qui n'a rien de commun avec celui des manufactures. Au reste que la quantité de vin, d'eau de vie, de sel et d'autres denrées et marchandises, dont la France fournit ces Provinces, et par elles tout le Nord, tiroit quatre fois plus d'argent d'icy, que l'on ne pourroit tirer de la France par le moyen des manufactures fabriquées en ces païs; puis que les seules merceries, qui te font, et se débitent à Paris aux marchands Hollandois, et dont Ton pourroit défendre l'usage, parce que l'on s'en peut liraient passer, et qu'elles ne servent qu'au luxe et à la superinité, enrichissoient le Boiaume de plusieurs millions tous ks ans (aa).
Pou ce qui .est de l'Angleterre, elle avoit regardé avec indifférence tout oe qui s'estoit fait à Munster, et elle ne prenoit point de part à ce qui s'estoit passé entre le Boy d'Espagne et cet Estât, parce que ces affaires domestiques Fera pe échoient de se mesler de celles des estrangers. C'estoit une si horrible confusion que Testât de ce Boiaume là, que l'on aura bien de la peine à la démesler, pour en former icy une idée, quoy qu'impsrfaite. Les premières broûilleries d'Angleterre avoient commis fe Boy avec le Parlement ; mais quelque temps après, le Parlement et l'armée se brouillèrent, particulièrement vers la fin de Tannée 1646. Le Boy de la Grand'Bretagne, qui s'estoit jette entre les bras des Escossois, fut par eux mis entre les mains des Anglois, qui le firent conduire au Chasteau de Holmby, en la Comté de Northampton, sous l'escorte de deux régiments de Ca- ▼*Bfirie. Au commencement de l'an 1647 il se fit plusieurs oùratures d'accommodement, qui dévoient apparemment réussir, pwee que le Boy les escoutoit, et que le Parlement y trouvoit *• seuretés et ses avantages. Le Parlement, en traittant avec les Députés d'Escosse, n'avoit point eu de répugnance à promettre, qu'il licentieroit l'armée, dont il estoit jaloux, et qu'il ne feroit subsister que quatre mille hommes, que l'on devoit envoyer en Irlande, et les troupes qui seroient jugées nécessaires pour la
(aa) Bésolution des Etats de Hollande du 11 Décembre 1618.
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garde des places, dont le Parlement croyoit estre le maistre. Mais c'estoit un'affaire d'autant plus délicate, que les gêna de guerre ne recevoient point leurs ordres du Parlement, et ne reconnoissoient que leurs chefs, qui estaient effectivement les mniltres des places fortes, par le moyen des garnisons, qui dèp— ■ doient d'eux; de sorte qu'ils n'avoient garde de consentir an Mcentiement des troupes, qui les faisoient considérer, et qui firfsoient toute leur seureté: tellement que le Parlement le ponral bien proposer, mais il n'estoit pas en son pouvoir de l'exécuter. Et de fait, dés que l'armée approcha de la ville de Londres, elle fit bien connoistre, qu'elle y venoit pour donner la loy, et noa pour la recevoir. Thomas Fair fax, qui la commandoit, protestai! bien, qu'il obcïroit aux ordres du Parlement, mais il ne laissa pas d'oster le commandement aux Comtes d'Essex et de Manchester, comme aussy à Waller, et ne put, ou ne voulut pas cmpescher l'armée de présenter une requeste, qui faisoit bien juger, que le Parlement ne la licentieroit pas quand il voudrait. Hic demanda, que devant que la licentier, on lui fist expédier me amnistie, et que le Boy la confirmast; qu'on la fist payer de toutes les monstres qui lui estoient deues; que l'on recosnpensast les soldats estropiés, et les veuves et enfants de ceux qui avoient esté* tués à la guerre; qu'en attendant on leur envoyait une bonne somme d'argent; que l'on fist un fonds certain pou les troupes, que l'on alloit faire passer en Irlande, et qu'on lan nommast les chefs qui les commanderaient. Après cela tous In régiments, tant d'infanterie que de cavallerie, nommèrent chacui un Sindic, à qui ils donnèrent la qualité d'Agitateur*, pour solliciter leurs affaires auprès du Parlement. Ces nouveaux plénipotentiaires arresterent incontinent entr'eux, qu'ils ne souffriroien point que l'on desarmast les troupes, et qu'il falloit qu'elles s'a* seurassent de la personne du Boy. Olivier Cromwel,et Henrj Ire ton, son gendre, s'engagèrent avec les Agitateurs, et fort* fioient tous les jour la désobéissance des gens de guerre» en le infatuant de cette opinion fausse et pernicieuse, qu'ils faisoien une partie considérable de l'Estat, non seulement comme soldait parce qu'il n'y a point d 'Estât qui s'en puisse passer; mais ausfj comme citoyens, qui estoient obligés, aussy bien que les autre membres de ce corps politique, de donner leurs soins et leur) veilles à la conservation de la Bepubliquc. Ils representoien continuellement aux gens de guerre, qu'ils en estoient venus troj avant, pour s'en pouvoir dédire; parce qu'il n'y avoit rien» qu
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les pust mettre à couvert de la rigueur des loix, qui condamnent comme criminels de haute trahison, c'est à dire de lèse Jbjeitf, ceux qui sont assés téméraires, pour faire la guerre à leur Boy, qui attentent à sa vie, ou qui le retiennent prisonnier, pour loi extorquer des choses, qu'il ne leur veut pas accorder fokmUirement. Cette considération et la reflection, qu'ils faisant sur leurs actions passées, leur représentant qu'ils ne poumat pas devenir plus crimiuels, qu'ils Festoient desja, les fit moudre à suivre aveuglement les mouvements, que Gromwel fcnr inspirait, et à se porter aux dernières extrémités. Un petit oficier de cavallerie, cornette d'une compagnie, eut l'audace de n nettre à la teste de cinq cent chevaux, et d'aller sans ordre tirer le Boy du chasteau de Holmby, pour le mettre entre les mini de l'année, laquelle tenant le Roy en son pouvour, osa t«t entreprendre, et acheva de perdre le peu de respect, qu'elle «voit encore pour le Parlement. Il estoit composé de Presbiteriens et d'Indépendants; c'est à dire de deux factions, qui en it couvrant d'une hypocrisie abominable, se servoient du prétexte de la religion et de la pieté et se déchiroient entr'elles, tkttirent la puissance et l'autorité du Parlement, en ruinant celle 4» Boy et dépouillèrent la ville de Londres mesme de celle qu'elle ■rôt jusque* alors conservée parmy tant de divisions. D'abord famée rendoit au Boy un très profond respect. Elle le logeoit parfaitement bien, et le faisoit fort bien traitter. Les Princes et ta Princesses, ses enfants, le voyoient, quand il le desiroit. Ses aumôniers assistaient à ses dévotions, et on le faisoit servir par ta officiers de sa Maison. Mcsmes Cromwel et Ireton entreront en négociation avec lui, et mirent sur le papier quelques propositions, dont la signature lui pouvoit faire espérer le resta- Miwement en sa première dignité. Mais le Boy, qui se défioit d'eux, aussy bien que de l'intention de l'armée, n'avoit pas assés <fe retenue, pour dissimuler sa défiance, et refusoit avec mépris to&t ce qu'elle desiroit de lui. Il avoit auprès de lui des persanes, qui lui faisoient accroire, que cette recherche de l'armée ^Wl une marque de sa faiblesse, et qui lui persuadoient qu'elle seroit tousjours bien aise de s'accommoder avec lui, de peur d'estre prévenue par les Presbiteriens, qui de leur costé apprehendoient que l'armée ne les previnst. C'est pourquoy le Boy voyant qu'il seroit tousjours maistre du traitté, pour le conclurre avec les uns ou avec les autres, à des conditons plus ivantageu- ■*» rejettoit avec un peu trop de fierté les propositions, que
156 Affaire* d'Angleterre.
l'armée lui faisoit faire; et Ton peut dire, que ce procédé des* obligeant fut une des premières causes de sa perte et de sa mort.
D'ailleurs la ville de Londres, qui haïssoit l'armée, animoit le Roy contre elle; de sorte que se tenant asseuré de l'affection do la première ville de son Roiaume, il commença à mépriser les chefs des Indépendants, et particulièrement Ire ton, qui avoit de bons sentiments, ou qui vouloit faire croire au moins qu'A sa avoit, et de ce mépris il passa au refus absolu de signer les articles, que l'année lui avoit fait proposer. Elle en eut de Fin* dignation, entra dans la ville de Londres, et envoya le Roy prisonnier à Hampton court. Il n'y estoit pas si bien observé pourtant qu'il ne trouvast moyen d'en sortir, et de se sauver dans l'Isle de Wigt, à dessein d'y achever avec plus de liberté son traitté avec le Parlement, s'il pouvoit convenir des conditions, sinon avec l'armée, ou bien avec les confédérés d'Escosse, resoin en cas que tous ces desseins lui manquassent, de passer la mer, et d'abandonner pour quelque temps le Roiaume. Pendant qu'il négocient en Angleterre, il conclut secrètement son traitté avec les Escossois; mais les Consistoires d'Escosse, qui sous prétexte d'avancer le règne de Christ, disposoient des plus importantes affaires de l'Estat, et ceux de leur cabale, n'estant point satisfaits du traitté, le Comte d'Argyle, leur chef, sçeut si bien ménager les esprits, par le moyen des ministres, que le Duc deHamilton ne put pas faire marcher l'armée, qui avoit esté levée pour le secours du Roy; de sorte que par ce retardement il lui devint entièrement inutile.
Cependant le Parlement, où plusieurs officiers de l'armée s'estoient fait députer, et avoient pris séance, faisoient faire au Roy des propositions, qui le dépoûilloicnt de tout ce qu'il lui restoit d'autorité, et ne lui laissoient que le seul nom de Roy ; tellement que ne se pouvant pas résoudre à les accepter, et sn reponsegenereuse ostant a ses ennemis toute l'espérance d'accommodement, ils lui firent doubler ses gardes, et lui osterent, avec ses domestiques, le moyen de sortir de l'Isle* Ils n'en demeurèrent pas là, mais après que aCromwel et Ireton, qui estoient aussy Députés de la Chambre basse, y eurent fait lire la réponse du Roy, ils levé* rent le masque, déclamèrent contre lui, comme contre l'ennemy de la Republique, firent résoudre que Ton ne négocierait plus avec lui, et mesmes que l'on ne souffriroit pas que l'on eust aucune communication ou commerce avec lui, sans la permission expresse du Parlement, à peine de haute trahison. Il est vray que cette resolution ne fut pas si universellement approuvée de
Affaires d* Angleterre. 157
tout le Parlement, qu'il n'y eust plusieurs Députés qui s'y opposassent, mais ceux qui avoient la force en main la firent passer, et firent taire les autres.
Les Escossois, voyant que les Indépendants d'Angleterre viokient usés ouvertement le Convenant, qui avoit esté fait entre les deux nations, et que l'armée n'avoit plus de respect pour l'autorité Royale, laquelle elle tâchoit d'opprimer, aussy bien que sa personne, résolurent d'entrer avec une puissante armée en Angleterre, ou Ton découvrent tous les jours de nouveaux mécontentements contre le Parlement et contre les Chefs de l'armée. P h i lippes Mu s grave et Thomas Glenham surprirent Carlisle, etliarmaduc Langdal surprit Barwic. Le Chasteau dePomfast se rendit aussy, et celui de Scarbourg se déclara pour eux. Laghorn, le Colonel Powel, et Poyer, Gouverneur de Pembroc, firent un petit corps d'armée, mais incapable de faire une grande diversion en la province de Galles. Le Duc de Bu ck ingain, le Comte de Hollande,le Lord Cappel et Charles Lucas parurent à la teste de quelques troupes en la Comté d'Essex,etGoring, que le Boy avoit fait Comte de Norwich, avoit de fort bonnes intelligences dans la ville de Londres, où l'on ne wdroit la domination insolente de l'armée qu'avec impatience. ï*duc de Yorc avoit trouvé le moyen de se sauver de l'hostel de St. James, où le Parlement le faisoit garder avec le Duc deGlochester, son frère, et de se retirer de deçà la mer. Le Prince de Galles, son aisné, qui y estoit desja, donnoitdes comlaittions, pour faire des levées, et une partie de l'armée navale, que Eainsbourg commandoit sous le Comte deWarwic, s'estoit déclarée pour le Boy; de sorte que de cette favorable disposition des affaires il eust pu espérer le rétablissement de celles de son Roiaume, si les Escossois l'eussent bien ménagée. Et de fiût il y avoit grande apparence, que la marche de l'armée Escowoise leur auroit donné une autre face, si le Duc de H ami 1ton eust pu marcher au secours du Boy, pendant que les forces <to Parlement estoient diverties et occupées en tant d'endroits en Angleterre. Mais ce qui sembloit devoir relever les espérances dn party du Boy, ce fut ce qui acheva de les perdre ; parce que ce ne fat qu'un dernier et léger effort, que la fortune voulut fefre pour flatter et pour trahir ce Prince. Toutes ces belles apparences furent dissipées en fort peu de temps. Tous les petits partis furent défaits et ruinés devant que l'armée Escossoisc v entrast; la pluspart des chefs furent pris, et tout le païs rentra
15S Affaires £ Angleterre.
dans l'obéissance du Parlement, à la reserve de la ville do Colchester, ci de quelques petites bicoques, qui n 'estaient point d'importance, et qui ne pouvoient pas tenir, faute d'espérance de secours. Pour ce qui est de l'armée Escossoise, la mauvaise conduite et la foiblcssc du Chef, et la désobéissance des gens de guerre la firent dissiper presque au mesme temps qu'elle entra en Angleterre, et sa perte acheva d'establir la domination du party contraire, mais particulièrement celle de l'armée, dont les Chefs estoient devenus extrêmement fiers après tous ces grands avantages.
Les deux Chambres du Parlement continûment cependant de faire négocier avec le ltoy d'Angleterre, lequel ayant appris dans la solitude de sa prison à mieux connoistre ses véritables intérêts, qu'il n'avoit pu faire lors qu'on le flattait de plusieurs vaines espérances, a voit si bien répondu aux propositions, qu'elles lui avoient fait faire, qu'elles en estoient demeurées fort satisfaites, et estoient d'advis qu'il falloit que le Roy signast le traitté, et qu'incontinent après il vinst à Londres, pour le confirmer en plein Parlement. Les desordres, qui riiinoicnt les Provinces voisines de lu ville de Londres, le mécontentement du Magistrat et des habitants de cette grande ville, et le déplaisir, que le Parlement avoit, de voir son autorité méprisée et prostituée à l'insolence des gens de guerre, l'avoicnt obligé à traitter avec le Roy, qui à la faveur de cette négociation, et de la facilité qu'il y apportait, obtint la liberté de se promener par toute l'islc, et de faire venir auprès de sa personne ceux de sa maison et de son Conseil, en qui il se fioit le plus. Il cedoit à ses sujets toute la Souveraineté et ne se reservoit que la seule qualité de Roy, destituée de son autorité et de sa puissance légitime. De sorte que le Parlement y trouvoit dequoy se contenter, et il s'en contenta en effect; mais les gens de guerre, et sur tout Fairfax, Cromwcl et Trcton, qui ne s'y osoient pas fier, condamnèrent le procédé et les sentiments du Parlement, et Cromwcl, qui craignoit tout du rcstablisscmcnt du Roy, et qui esperoit tout de sa perte, eut l'audace d'ordonner seul, et do son mouvement, au Colonel Ha m mon d, Gouverneur de "VVigt, de reserrer le Roy dans un des chasteaux de l'islc. Il appuya en mesme temps ses ordres de quelques compagnies d'infanterie et de Cavallerie, qui tirèrent le Roy de Wigt, et le conduisirent au chasteau de Hurst, situé dans un lieu marescageux et mal sain, sur le bord de la mer, en la province de Soudthampthon. Le Parlement desadroûa
Affaire* ^Angleterre. 159
Cronwel, et blima fort cette action; mais l'armée, qui no rceoBDoittoit point d'autorité que la sienne, xnaroha droit à Louées, et changeant lea prières et les romonstrnnces, qu'elle avoit employées jusquca alors, en menaces, contraignit le Parlement do cktsjer les Députés qui avoient fait révoquer les défenses, que Tôt aroit faites, de s'adresser au lloy, et qui avoient esté d'adris, qu'il falloit continuer do traitter avec lui. Des menaces elle m Tint aux effecta. Elle fit arrester quarante et un Députés, et aapescha les autres, au nombre de plus do cent soixante, d'y prendre séance. Tellement que la meilleure et plus saine partie dn Parlement ayant esté renvoyée chez eux, co qui y rcatoit n'estoit qu'une cohue, qui dépendoit entièrement des gens de gttrre, maistres absolus du Boy et du Roiaumc.
Cwtoii là Testât des affaires d'Angleterre, lors qu'au mois d'Avril de cette année 1648 l'on vit arriver à la Haye Jaques, Dacde Yorc, qui s'estoit sauvé des mains des ennemis du lloy •on père. Le Parlement le faisoit nourrir, nveo lo Duc do G 1 o ekeiter, son frère, et avec les deux petites Princesses, ses soeurs, du* rhostel de St. James, d'où le Colonel liamfiold trouva le moyen de le faire sortir. Ce Colonel, que l'on ne peut pas w» avoir rendu plusieurs grands services à la Maison Koyalo d'Angleterre, voulut bien lui rendre encore celuicy, à l'instance il Soy, qui le désira do lui comme uno de micro preuve do son «d« et de sa fidélité, et ce fut lui, qui en eut toute la conduite. Pou le faire réussir, il fit passer lo Prince par lo jardin de llwttûl su Parc, où Testant allé trouver, il lui os tu son ordre, fiwaa tes cheveux blonds sous uno perruque noire, lo couvrit d'un manteau, et le conduisit en cet estât à la ville, où il le fit tremtir en damoiscllc, et le fit en suite passer eu Hollande (M). ** Doc fit son premier séjour duns une des maisons do campagne du Prince d'Orange, son bcuufrere, à deux ou trois lieues fc 1* Haye, et comme il estoit encore fort jeune, et que les pre- "Utfea espérances do la Couronno regardoient le Prince d e (1 a 1lH son frère aisné, les Estats Généraux se contentèrent de l'envoyer iniucr par deux Députés de leur Corps (ce). Les vaisseaux & guerre d'Angleterre, qui avoient quitté le parti du Parlement, estoient dans un des ports de Hollande, et les ofticiors, aussy bien que l'équippugc, vouloient que le Duc de Yore, qui estoit,
(M) Mémoire M. 8. du colonel ttamficld.
(") Résolution des Etats (iénér. du 8 May MIS.
160 Affaires d* Angleterre.
et est encore, Admirai d'Angleterre, les commandait en personne,, et le Colonel Bamfield, qui gouvernent ce jeune Prince, lui conseilla de leur donner cette satisfaction, à dessein, à ce qu'il dit en de certains mémoires qu'il a faits pour sa justification, de passer dans l'Isle de Wigt, et de mettre le Boy en liberté». Les ennemis de Bamfield publioient, que son intention estoit de conduire le Prince en Escosse, et de l'y faire reconnoitre Boy, au préjudice des droits du Prince de Galles, son frère aisaét Quoi qu'il en soit, le Prince d'Orange, fâché de ce qu'on loi nvoit fait un secret de cet embarquement, en advertit la Beine d'Angleterre et le Prince de Galles et cetadvis obligea edaiey, qui estoit en France, à venir incontinent, et à joindre la Flotte qui estoit à Helvoet. Les Ëstats Généraux lui envoyèrent faire compliment, et offres de service par quatre Députés de leur Corna; mais les Estats de Hollande ne voulurent pas permettre, que b compliment passa s t les termes de civilité, en sorte qu'il n'engagea s t pas l'Estat à sortir de ceux de la neutralité (cW).
Le Prince conduisit l'armée navale aux costes d'Angleterre, où il publia un manifeste: comme si les characteres, dont il composé, eussent esté capable de guérir ces esprits obstinés la rébellion, ou de les ramener de leur égarement. Il forma auasy une entreprise sur Yarmouth; mais n'y ayant pas reûssy, il alla se poster aux Dunes, d'où il escrivit au Magistrat de Londres, et à la Compagnie des marchands aventuriers, pour les prier de le secourir d'une somme de deux millions. Il fit aussy un effort, pour tâcher de secourir le chastenu de Sandoun, et escrivit à Fairfax en des ternies fort touchants, pour plusieurs personnes de condition, qui depuis quelque temps ayant pris les armes pour le service du Koy, estoient prisonniers du Parlement. Après cela il entra dans la Tamise, à dessein de combattre les vaisseaux, que le Comte de Warwic commancloit pour le Parlement; mais ne le pouvant faire qu'avec desavantage, et les vivres commençant à lui manquer, il voulut se retirer. La pluspart de l'equippage refusa d'obeïr, et demanda le combat: ou par un excès de
(M) Résolution des Etats de Hollande du 23 Juillet 1648 ,û goetgevonden dat welgemelte Prins van Wulles sal werden verwel komt ter plaati»c daer hij jegenwoordelyck sal te vinden zynf mit gebruvekende soodanige manière van spreeckeu, dat den Staet daer door niet eu werde geengageert."
Affaire* d'Angleterre. 161
fde pour la cause du Roy, ou bien, selon l'opinion de quelques nu, à dessein de mettre le Prince entre les mains de ses ennemis. A onoy il y avoit d'autant plus d'apparence, que quelques jours après plusieurs vaisseaux s'allèrent rendre au Comte d e W a r w i c ; bien qu'il y en eust aussy qui demandoient le combat, parce qaïïs esperoient, que dans l'occasion quelques vaisseaux du Parlement suivroient leur exemple, et se viendroient rendre au Prince. Tant y a, qu'il est certain que le Prince, dans le désespoir où il estoit, auroit bazardé le combat, s'il n'en eust pas esté empesché par le vent contraire, qui le ramena à son premier poste à Helvoet, lors qu'il n'avoit plus que pour deux jours de nires. Le Comte de "Warwic le suivit et mit sa Flotte sur les fers à la veûe de celle du Prince, qui manquant de toutes les dûtes nécessaires, demanda aux Estats Généraux leur protection, et une somme d'argent pour la subsistance de sa maison et de sa personne; mais ceux de Hollande, qui ne se vouloient pas Mire de la déclaration de l'an 1642 touchant la neutralité, qu'ils aroient promise aux deux partis, s'en excusèrent, comme de l'antre costé* ils se mirent en estât d'empescher que les Parlementaires ne fissent insulte au Prince. En la nécessité où il «toit, il ne se pouvoit pas asseurer de la fidélité de ses matelots; comme en effect, quelques vaisseaux se laissèrent débaucher, 4 prirent party avec le Comte. Les Estats craignant, que deux «uemia, si animés l'un contre l'autre, n'en vinssent à quelque tttremité, leur envoyèrent quatre Députés, pour exhorter l'un et l'autre de ne rien entreprendre dans le territoire et dans la Souveraineté de l'Estat, et donnèrent en mesme temps ordre à l'Admirante* de Botterdam d'armer promtement tous les vaisseaux de *°tt ressort, et de les faire descendre jusques au lieu, où ils pourvoient empescher les Anglois d'en venir aux mains (ee). Les Dc-
W Résolution des Etats Génér. du 30 Sept. 104$. ,Doch alsoo k^Ho. Mog. vernomen hebben de aenkomstc van de vloote van lict ■gemelte Parlement, ende beducht sijn dat daer door tusschen de- **"• eu de gemelte vloote van den meerhooghstgedachten koning **& Groot Brittangien eenige hostiliteyt souden mogen werden gepkeght, soo sullen de gemelte Heeren haer Ho. Mog. gcdeputccrdcn *$** booghstgemelte Koninghlijcke Hoogheyt, ende in absent ie den Admirae] ofte Commandeur over des Koninghs vloote, als ooek den Àdmirael ofte Commandant over de voornoemde vloote van het Parlement versoecken ende aenmanen daertoc egeen oorsaecke ofte aen- Jerdingc te willen geven, 't welek indien anders ende contrarie gc-
1C2 Affaire* d'Angleterre.
putes furent receus de l'un et de l'autre avec grande civilité. L Prince de Galles répondit, que ce n'est oit pas son intentio: d'attaquer le Comte; qu'il se tiendroit sur la défensive, et qui se contenteroit de repousser la violence, dont l'autre le menacoil C'cstoit en effect tout ce qu'il pouvoit faire, car non seulemet) les matelots et les soldats desertoient tous les jours, mais comm nous venons de dire, mesme des vaisseaux entiers l'abandonnaient de sorte que n'en ayant enfin plus que quatorze, et craignan que cette rébellion contagieuse n'infectast tout lo reste, il or donna au Prince Palatin Robert, qui commandoit les Tais seaux en son absence, d'entrer dans le havre de Helvoet, et d se mettre h couvert du canon de la batterie. Le Comte de War w i c, qui commandoit une flotte composée de vingt six bons Tais seaux, montes d'un equippage et de soldats résolus et bien payé* dit aux Députés, qu'il ne pouvoit pas considérer les vaisseau! qui se trouvoient sous le pavillon du Prince de Galles, comm* des vaisseaux du Koy; parce que c'estoient des transfuges et de déserteurs, qui après avoir fait serment au Parlement, avoien quitte son parti, et qu'il avoit l'autorité de les punir, on bien A leur offrir leur pardon, s'ils le demandoient ; mais que l'on deroi croire, qu'il avoit trop de respect pour l'Estat, pour rien entre prendre dans son territoire, an préjudice de sa grandeur et d< sa Souveraineté (ff). Walter Striclant et Isaac Borislas, Ministres du Parlement de Londres, avoient représenté II mesme chose, et vouloient, qu'en vertu du traitté d'entreconrs fait entre les deux nations du temps du lloy Henry VII et d< Philippcs d'Àustriche, les Estats Généraux, ou du moins eeoi d'Hollande, empeschassent les vaisseaux, qu'ils disoient avoh esté dérobés au Parlement, d'entrer dans les ports de ces païs, el mesme qu'ils les contraignissent de rentrer dans l'obéissance di Parlement; mais les Estats d'Hollande répondirent, qu'ils ne pou* voient pas violer la neutralité, laquelle ils avoient jusques ici religieusement observée entre les deux partis, et laquelle ils sca voient n'avoir pas esté désagréable au Parlement. Après cela h Prince et le Comte entrèrent en contestation sur la forme A
schiede, lmcr Ho. Mojr. soudon moeten opnemen voor infractie end indnielit tegons de Jluogheyt rude Souvorainiteyt van haeren Stae ende dieu voirons sonder oifrnsie niet en soude konnen worden aen îresien." (/) Résol. des Etats de llull. du 3 Uetub. 1G1S.
Affaires d'J^leéerre. 103
leur séparation. Le Prince pretendoit devoir partir le premier, tant à cause de sa qualité, que le Comte devoit respecter, que parce qu'il estoit arrivé le premier, et vouloit que les Estats obligeassent le Comte à demeurer vingtquatrc heures sur les fers, après qu'il seroit parti de la rade, afin qu'il ne le pust pas contraindre de combatre avec desavantage; mais le Comte, qui ne vouloit pas qu'on lui donnast la loy, et qui vouloit faire voir, qu'A ne craignoit rien, partit le premier, et prit sa route vers les costes d'Angleterre, quoy qu'en ce païs il n'y eust point do disposition du tout à rien faire au préjudice de la neutralité, que listai devoit aux uns et aux autres. Le Prince de Galles Tint voir le Prince d'Orange, son beaufrere, et les Princes Palatins Robert et Maurice, frères, qui s'estoient embarques Mec le Prince, allèrent chercher fortune avec le reste des vaisseaux; mais avec si peu de succès, qu'au bout de quelque temps Ton eut de la peine à sauver sa vie du naufrage, et l'on n'a jamais oui parler depuis de l'autre.
Tandis que cela se démesloit à l'cmbouchcure de la Meuse, l'armée d'Angleterre travailloit à l'instruction du procès du Roy, qne la pluspart des Officiers a voient résolu de faire mourir. J'ay horreur de le dire, et neantmoins il est trcsvray, qu'un homme, qui feisoit profession de prêcher l'Evangile, osa bien se servir to «on charactere, du temple, de la chaire et de la parole de Ken mesme, pour arracher des cœurs de ses auditeurs l'obcïsfcice, que les Chrestieus doivent à leurs Souverains, non seulement par crainte, mais aussy pour la conscience; et cependant w Ministre profane ne craignit point d'appliquer plusieurs pas- **&& de l'Escriture sainte au funeste dessein, que ses nouveaux Maistres avoient, de faire exécuter le ltoy. Il a eu, sur la fin <te sa vie, le loisir de reconnoistre l'enormité de son crime, et a ^i d'exemple à ceux de sa robbe, qui prostituent les plus sa- ^6 misteres de la religion Chrcstiennc, en décriant en chaire les actions mesme les plus innocentes de leurs Supérieurs, pour faire souslever les sujets contre les Magistrats, qui sont les Souverains des pasteurs, aussy bien que des derniers hommes de leur République. Les desordres de l'Estat en Angleterre en avoient produit d'autres dans les Eglises de ces païs là, et pour le moins d'aussy pernicieux. Tout le monde faisoit le Maistre, et dans cette anarchie les sectes s'estoient multipliées à l'infini, et celles qui ne reconnoissoient point de puissance supérieure, it)' au temporel, ny au spirituel, poursuivoient avec chaleur la
164 Affaira (F Angleterre.
mort du Roy et l'abolition de la Roiauté. Ce furent eux, <
ordonnèrent au commencement de Tannée 1649, que le pra
seroit fait au Roy, et qui nommèrent des Commissaire», p<
l'instruire, et pour le juger. La Chambre haute, composés
Seigneurs, et des Pairs du Roiaumc, en eut horreur et refi
de consentir à ce funeste décret ; mais la Chambre basse, rem]
de créatures de Cromwel, ordonna, qu'il seroit passé ou
mesme sans le consentement des Pairs, bien qu'ils fassent \
des parties essentielles du Parlement, et déclara, que c'estoi
les Communes, qui représentent proprement le peuple d'Anj
terre, et en qui réside originairement l'autorité suprême et
puissance Souveraine de l'Estat du Royaume. Sur ce princ
bien que directement contraire aux loix de l'Angleterre, quel
peu de Députes, qui en effect ne faisoient pas la huitième pa
du véritable Parlement, et qui n'avoient point de pouvoir pa
culicr pour cela de leurs Committcnts, entreprirent de chanj
et changèrent en effect la forme du gouvernement, qui subsis
en Angleterre depuis plusieurs siècles. La Chambre basse, laqu
lors qu'elle estoit encore composée de Députés légitimement c
voqués dans les Provinces par l'autorité Royale, ne se prêt
toit jamais devant le Roy, mesme quand elle y venoit en oo
que tous les Députés ne se tinssent debout et découverts, osa
faire faire son procès, en y employant plusieurs officiers de gue
qui ayant porté les armes contre lui, comme ses ennemis declt
ne pouvoient pas estre ses juges. Dés que le Roy se vit rest
au chasteau de Carisbourg, dans l'Islc de Wigt, il jugea \
qu'il estoit perdu; c'est pourquoy il recevoit agréablement toi
les propositions, que ses bons serviteurs lui faisoient pour sa
berté, et n'en rejettoit pas une. Il l'entreprit plusieurs fois, I
tousjours sans succès; encore qu'au chasteau de Windsor, oâ
l'a voit conduit au sortir de celui de Hurst, on lui eust de
un passe -par-tout, par le moyen duquel il se pouvoit dérob
ses gardes, et descendre dans le fossé, qui le conduisoit au 1
de la rivière. Mais son dessein ayant esté découvert par des
lets interceptés, on le mena à Londres, et on le logea au Pi
de St. James, où il demeura jusques au jour de l'exécution.
Le Prince de Galles, qui estoit à la Haye, ayant appr
danger où le Roy son père se trouvoit, et le cruel dessein
l'armée machinoit contre sa personne, fit prier les Estats G
raux de lui donner audiance sur une affaire qu'il disoit estre
tremement pressante. On la lui accorda pour le lcndemah
Le Prince de Galles à la Haye. 165
JaoTÎer 1649. Six Députés tirés d'autant de Provinces, en l'absence de ceux de Frise, l'allcrent prendre dans la chambre, que k Prince d'Orange lui avoit donnée dans son appartement, et le «■(fouirent avec un grand cortège de carosses, bien qu'il n'eust pu cinquante pas à faire par la Cour, jusqucs au bas de l'escalier, par lequel on monte dans la salle des merciers. Il la traient i pied, ayant à ses costés six Seigneurs Anglois, qui les In lerroient si bien, qu'il sembloit que ce fust à dessein d'empneker les Députés de l'Estat de le joindre. Estant entré dons k «lie ordinaire de l'Assemblée, on le lit assoir dans une chaise à bru de velours, que l'on avoit posée sur un tapit de pied, vis à fis du Président, au lieu où les Ambassadeurs et Ministres des Prince* et Estats estrangers ont accoustumé de prendre leurs ndiances. Le Prince, qui en ce temps là ne sçavoit point d'autre lttgro que l'Angloise, après avoir dit un mot ou deux au sujet de son audiance, fit signe à Boswel, Résident du Roy, son père, npiÀ des Estats, de parler, et de dire, pourquoy il avoit esté obligé de s'y trouver en personne. L'on avoit mis pour le Résidai une autre chaise à bras de drap auprès de celle du Prince, «tua peu plus éloignée de la table; mais la présence du Prince, Rentier presomtif de la Couronne d'Angleterre, obligeant le Résidât à demeurer dans le respect, il parla debout et découvert, et dit qtt'il y avoit desja long-temps, que le Prince avoit résolu de fc«ander audianee aux Estats, pour les remercier de toutes les civilités, qu'il en avoit rcccucs depuis le premier jour qu'il estoit Grtré en ces pais; mais que depuis quelques jours il n'avoit pas pû se dispenser de la demander, pour une affaire, qui le pressoit etfrememcnt, et qui lui estoit de la dernière importance; que le *toy de la Grand'Brctagne, perc du Prince, après avoir negotié pendant plusieurs jours avec les deux Chambres du Parlement, •▼oit crû le traitté tellement avance, qu'il ne pouvoit presque plus douter de la conclusion, non plus que du rcstablisscmcnt de sa résonne au thrône, et de son autorité Royale en son premier lustre, quand l'armée, offensée du procède du Parlement, qui avoit •ait traitter sans elle, avoit dissipé presque toute cette assemblée, *& sorte que de cinq cens Députés, dont la Chambre dos Communes devoit estre composée, à peine en restoit il cinquante; °»ue ce n'estoit plus qu'une cohue, dépendante entièrement du Conseil, que l'armée avoit establi, avec un pouvoir absolu de disposer des plus importantes affaires du Roiaumc; que le Roy estoit M étroitement gardé, que personne n'en pouvoit plus approcher.
iGC Ambat&adeun tien Prot. Unies à Londres.
et que cette inhumanité ne marquent que trop la cruelle et ex* crable resolution, que Tannée nvoit prise de le faire mourir; qi la seule pensée de ce barbare attentat lui faisoit horreur, et nean moins qu'il ne se pouvoit pas empescher de dire encore, que V advis, qu'il en avoit, n'estoient que trop certains; qu'une entn prise si abominable devroit exciter la pieté de tous les Prino de la Chrcstienté à en prévenir l'exécution, par tous les moyn possibles et imaginables, afin de conserver on la personne <3 Koy d'Angleterre, le sacré charactcrc de toutes les Testes Coi ronnées ; que son Altesse Royale ne doutoit point, que les Esta' n'en fussent sensiblement touchés, et ainsy qu'elle esperoit qu*i ne refuscroient pas de la secourir de leurs bons conseils en osb fâcheuse conjoncture. Le Prince d'Orange se voulut bien troun à cette audiance, afin d'appuyer de sa présence les instances d Prince, son bcaufrerc. Les Estats jugèrent, que tout ce que Po pouvoit désirer d'eux, estoit qu'ils envoyassent une Ambassad extraordinaire à Londres, pour tâcher d 'a r rester l'exécution i cette sanglante resolution (g g).
Les Estats de Hollande, qui estoient assemblés, nommèrent cette Ambassade Adrian Pauw de Heemstcdc, le premic des Maistres des Comptes en la Chambre des domaines de leu Province, et le pressèrent de partir incessamment, avec Albei Joachimi, qui pendant plusieurs années avoit fait la charg d'Ambassadeur ordinaire de cet Estât en Angleterre et qui san cela estoit sur le poinct de partir pour retourner à son em ploy (////). Le premier, qui estoit celui, qui avoit eu le plus d part à la négociation de la paix de Munster, ne refusa pas al solument d'y aller; mais il voulut, qu'on lui permist do reveni
(t/g) Résol. des Etats Gcnér. du 23 Janv. 1C49.
(h h) Resol. des Etats de Holl. du même jour. ,1s nae deliberati ende gedaenc resumtic verstacn endc gcrcsolvccrt, dut cen extraordi naris ambassadeur en de llcer Joachimi, ordinaris ambassadeur, o lict aider spoedighste nacr Engclandt sullcn werden afgevaerdight omm aldacr acn te vrenden soodanighc devoireu ton goeden van hoogha gedachte sijnc Alaje^tcyt, als ten inccstcu dienste van dciisclven na gclcgcnheyt van saccken sullcn kouncn werdeu gcdacn, mits blijvcnd in de manière van soggen ende doen bij ende in termen van neutra litryt, sonder cenige comminatoire vroorden oflc discoursen ten voonu cynde te gcbruyckcu. Kndc is tôt de voorsz. extraordinaris ambassad nae gedaenc tcsumtic versocht ende gccoiiiniittcert van wegen hae Ed. Gr. Mog. de llcer Adriacu Pauw, heer van llccinstcdc."
Ambassadeurs des Prot. Unies à Londres. 167
incontinent après que sa négociation seroit achevée, ou des qu'il ne verroit plus d'apparence de pouvoir réussir; en sorte qu'il djpendist de lui de juger, si sa présence seroit nécessaire en Angleterre, ou non, sans que pour cela il eust besoin de demander antre permission à l'Estat. On le lui accorda, en dérogeant «preasement pour cette fois à toutes les resolutions, que Ton irait cydevant prises sur ce sujet. Les deux Ambassadeurs s'es- Unt embarqués à Rotterdam, arrivèrent à Londres le 5 Février, et descendirent à l'hostel de l'Ambassadeur ordinaire. Ils y trouvèrent le Maistre des Cérémonies du Parlement, qui leur offrit une réception solemnelle, et une entrée accompagnée de tous les ■amours, que le Parlement vouloit bien faire rendre aux Ministres d'un Estât, de l'amitié duquel il faisoit une estime toute particulière. Mais comme ils vouloient éviter tout ce qui les pouvait embarasser, ou retarder l'exécution de leurs ordres, et que tons tes moments leur estoient précieux, ils s'en défendirent, et pressèrent le Maistre des Cérémonies de leur faire avoir audiance. Us ne la purent pas obtenir le lendemain, parce que ce jour là k Boy, ayant esté amené pour la dernière fois devant les Commissaires, il y fut condamné, et on lui prononça son arrest de mort. Ce procédé obligea les Ambassadeurs à redoubler leurs instances, et à demander l'audiancc avec empressement; mais eeu qui la leur dévoient donner, et qui pouvoient seuls altérer l'Arrest, ou en faire sursoir l'exécution, estoient tellement occupa à cette importante action, et à faire les préparations du dernier acte de cette tragédie, que tout ce que les Ambassadeurs Purent obtenir, ce fut, que le lendemain de la condamnation, qui fa le Dimanche 7 Février, Fairfax et Cromwel, l'un Capitule et l'autre Lieutenant General de l'armée du Parlement, soufrent qu'ils les vissent. Les Ambassadeurs les conjurèrent de frire différer l'exécution du Roy, laquelle, à ce que Ton disoit, s* devoit faire le Lundy: du moins jusques a ce qu'ils eussent pns audiance des deux Chambres. Ces Chefs, dont le dernier estoit celui qui depuis quelque temps poursuivoit la mort du *°J avec le plus de passion, s'en excusèrent, en disant, que ce n estoit pas à eux, mais au Parlement à en disposer, et que les Ambassadeurs auroient le loisir d'y prendre audiance, puis que 1 exécution ne se devoit faire que mardy, 9 du mois. Et de fait le Parlement la leur donna, et ils l'eurent assés favorable de la Chambre Haute, qui leur offrit d'entrer incontinent en conférence avec la Chambre des Communes sur leur proposition, lis
16S Ambassadeurs des Prov. Unies à Londres.
y avoicnt représenté, comme ils représentèrent aussy à la Chambre basse, que les Estats des Provinces Unies, en les chargeant de cet empioy, et en leur ordonnant de partir avec précipitation, n 'avoicnt eu autre intention, que de donner au Parlement une forte preuve de la rcconnoissancc, qu'ils dévoient aux faveurs, que cet Estât avoit de temps en temps receûes de l'Angleterre; qu'ils avoient crû n'en pouvoir pas donner de plus véritables, ny de plus éclatantes, qu'en travaillant avec affection, 1 aider à lever les divisions et les animosités, qui depuis quelques années déchiroient si cruellement le Roiaume; qu'ils ne pretendoient pas se mesler des affaires, où ils n'avoient point de part, que celle que la compassion leur y donnoit ; mais qu'ils croyoient estre obligés à ce devoir, parce que de tous les Estats de l'Europe celui des Provinces Unies avoit le plus d'intercsti communs avec l'Angleterre, et par conséquent estoit le plus obligé à apporter du remède aux desordres, dont elle estoit travaillée; que le mal n'estoit pas encore désespéré, mais qu'il n'admettroit plus de remède, après que l'on auroit porté les affaires à la dernière extrémité, à l'égard de la personne du Roy; qu'en lui conservant la vie, on le ren droit capable de tous les bons conseils, que le Parlement lui voudroit faire donner; qu'un profond oubli couvriroit bientost tout ce qui s'estoit passé de part et d'autre, et que cette douceur gueriroit, non seulement toutes les aigreurs et les animosités, qui troubloient le Roiaume présentement; mais aussy celles qui alloient infalliblement commettre l'Angleterre avec l'Escossc, au lieu qu'en attentant à la vie du Roy, l'on offenscroit irrcconciliablcment tous les Rois de la Chrestienté, qui estant la pluspart ses plus proches parents, croiroient estre neeessités de s'en ressentir, et d'abolir la mémoire d'un si grand exemple; que le seul moyen de rendre le repos à l'Angleterre estoit de conserver la vie au Roy; qu'il y avoit plusieurs considérations, qui les dévoient asseurer, qu'elle leur estoit extrêmement précieuse, et qu'ils ne doutoieut point, que le Parlement n'en demeurast persuadé en effect, s'il lui plaisoit leur donner des Commissaires, avec lesquels ils en pussent conférer plus particulièrement (l). Dés qu'ils furent sortis de l'audiance de la Chambre
(1) Voir le discours quo les Ambassadeurs des Provinces Unies ont tenu aux deux chambres du Parlement, chez van Aitzema, III. p. 298. — M. Guizot dans son ouvrage, Histoire de la révolution (V Angleterre depuis Vatênemeut de Charles 1 jusqu'à sa mort, a mis en relief les peines que les Ambassadeurs des Provinces Unies se sont données pour tâcher de sauver le Roi.
Exécution du traité de Munster. 169
fan, laquelle estoit composée d'un grand nombre d'officiers de guerre, et mesme de juges du Roy, elle fit dire aux Ambassadeurs, que l'heure l'obligeant à se séparer, elle ne pouvoit pas a jour là délibérer des points de leur proposition. Les Axnbas- «deurs la firent traduire en Ànglois et renvoyèrent à la Chambre par escrit, mais elle ne daigna pas de la lire, de peur d'estre obligée à déférer à la force de leurs raisons, et de faire sursoir l'exécution, contre son intention. Le 9 Février Londres vit Gktrles, Boy de la Grand'Bretagne, conduire sur un eschaffaut, et lutter la vie entre les mains de plus d'un bourreau; puis que ks juges, qui le condamnèrent par contumace, se rendirent complices d'une action, qui a esté depuis désavouée par un Parleméat légitimement convoqué, et condamnée comme scélérate et Mettable, et laquelle l'on ne peut pas nier avoir esté informe en toutes ses circonstances.
Li part, que cet Estât a eue à ces affaires estrangeres, nous a obligés à une digression, laquelle estant nécessaire n'aura pas «té' ennuyeuse peutestre. Maintenant nous reviendrons aux affaires domestiques, aux effets, et à l'exécution du traitté de Munster* Ses devant qu'il fust ratifié, les uns et les autres trouvoient tant de difficulté à exécuter l'article 68, qui parle de la démolitid des forts de Flandre, que les Plénipotentiaires demeurèrent d'accord, que les Estats ne seroient pas obligés de démolir les *tt forts de Cadsand, mais bien ceux qu'ils avoient du costé Oriental de l'Escauit, excepté celui de Lillo, et aussy que le Boy d'Espagne feroit démolir le fort de la Perle sur la mesme riwe, au lieu de ceux de S. Job, de S. Donas et Sld. Isabelle wprea de l'Escluse.
Incontinent après l'échange des ratifications, les Estats, en excitant le troisième article du traitté, se mirent en possession de k Souveraineté de la Mairie de Boisleduc, et des autres parties deBrabaut et de Flandres, dépendantes de Bergues-op-Zoom, de Breda et de Mastricht, de la Comté de Vroonhof, de Grave et du pais de Cuyck, de la ville et du baillage de Hulst, d'Axel etc.; résolurent de reformer Testât des Eglises en ces quartiers; nommèrent des ministres, à qui ils en donnèrent la direction, et firent oster les images et les ornements des temples (iÏ). Par une déclaration particulière ils ordonnèrent aux prélats, curés, pres-
(*0 Béaol. des Etats Gciiér. du 26 May 1618.
170 Exécution du traité de M muter.
très et moines, dont quelques uns s'estant mû en possession de leurs Con vents, cures et bénéfices incontinent après la oonclnaMn de la paix, troubloient l'exercice de la religion dominante, et env peschoient les pasteurs Protestants de travailler à sa propagation d'en sortir dans huit jours, et de n'y rentrer jamais, sans permission expresse, à peine de six cens livres d'amende, et ôj correction arbitraire. Ils ne firent en effect sinon rcnourel 1er les anciennes déclarations des années 1622 et 1629, et parti* culierement celle du 2 Décembre 1636. La dernière parloil des Jésuites, comme de gens, dont ils disent, que le Pape ai sert, pour faire souslcver les sujets contre les Souverains, qui débauchent les enfants de l'obéissance qu'ils doivent à leur peu et mère, et qui sont des assemblées illicites, contre le bien et If repos de l'Estat, avec défenses aux sujets de l'Estat, et aux habitants de ces Provinces, d'entretenir correspondes ce avec eux, d de faire élever et instruire leurs enfants par des gens do cette profession. Mais à l'égard des gens d'église, qui avoient esU soufferts devant l'an 1022 dans les provinces, qu'ils eussent & m faire connoistre au Magistrat du lieu de leur séjour, dans huil jours après la publication de l'ordonnance, et à s'abstenir de foin des convcnticules et des assemblées pour l'exercice de leur religion, et des collectes pour leurs prétendus religieux. Les Estait d'Hollande ne firent pas publier cette déclaration dans leur Province; tant parce qu'elle n'a voit pas esté prise du consentement unanime de toutes les Provinces, que parecque l'on y aroil fait couler des périodes, qu'ils ne pouvoient pas approuver (jf% Mais dautant que l'on recevoit tous les jours de nouvelle! plaintes des violences et des insultes, que les païsans de la Mairie de Boisleduc, tous Catholiques Romains, faisoient au pasteurs Protestants, et à ceux qui alloient à leurs sermons, les Députés de cette Province représentèrent vers la fin de Pannée 1649, qu'il estoit très necessaire de les desarmer, pour lem oster les instruments de leur insolence; de sorte que le Prince d'Orange et le Conseil d'Estat furent requis d'adviser aux moyens d'exécuter cette resolution (kk). Les Estats Généraux firent ans*] faire un inventaire des biens d'église, et du domaine que le Bo] d'Espagne avoit possédé en ce paï's là, pour les réunir à cela
(Jj) Itésol. des Etats» de Hollande du 10 Avril KUU. (M) Rcsol. des Etats Génér. du Ib Dccemb. 1049.
Exécution du traité de Munster. 171
de l'Estat, en demeurant, à l'égard des biens d'église, dans les tenues da 43 article du traitté de paix ; et en vertu du 16 article et mesme traitté ils établirent des Consuls dans les ports et duu les villes maritimes d'Espagne, d'Italie et de Sicilie, pour la aeureté du commerce des habitants de ces Provinces. Mais ils tortillèrent avec une application toute particulière au règlement de Testât de leurs finances, que la continuation d'une si longue guerre avoit entièrement épuisées. La paix, en faisant cesser les tatUités, faisoit aussy cesser les contributions, que le puis exposé aux courses des ennemis, estoit contraint de payer pendant lagoerre, le profit des passeports, des sauvegardes, des confiscation* et des représailles, dont le Receveur General avoit accoustuaé de faire un fonds, pour payer les interests des sommes, que la Généralité avoit empruntées, et avec cela les Provinces estoient tellement engagées, et particulièrement celle de Hollande, que le reveau ordinaire pouvoit à peine suaire au payement des interaU. C'estoit un mal extrêmement pressant, et Ton ne se pouvoit plus servir du remède, que Ton avoit employé pendant la guerre, parce qu'il n'y avoit point d'apparence de charger le peuple de nouvelles impositions durant la paix, laquelle l'on n'aroit faite principalement, que pour l'en soulager ; et d'en venir » de nouveaux, c'estoit rendre le mal incurable, et mettre la gangrené dans un corps, qui estoit desja tellement exténué, qu'il «oit de la peine à se soutenir. C'est pourquoy il fallut avoir recours au ménage, en retranchant les dépenses qui estoient inutiles et superflues pendant la paix; mais c'est dont il sera plus «upleinent parlé au livre suivant.
Au reste il ne suflisoit pas d'avoir fait la paix, et de ne l'exécuter qu'en partie, mais il la falloit observer en tous ses points, k troisième article du traitté de Munster portoit, que les trois quartiers du païs d'Outre- Meuse, qui sont ïauquemont, Daclhcm et fiodeleduc, conquestes ou acquisitions des anciens Ducs de Brahant et de Limbourg, qui les avoient unis à leur domaine, aemeureroient en Testât, où ils se trouveroient lors de la confusion du traitté, et qu'en cas de contestation la Chambre my- Prtie en prendroit connoissance, et jugeroit le différent. C'est pourquoy les Ministres du Koy d'Espagne d'un costé, et ceux qui coinmandoient les annes des Estats en ces quartiers là de l'autre, avoient taché de se mettre en possession de ce païs, ou de la conserver devant que le traitté fust signé. Au mois de Décembre tic l'année précédente 1647, les Espagnols avoient fait emmener
172 Exécution du traité de Muni ter.
prisonniers au fort do Navagne quelques officiers, estûblis par les Estats au pais d'Outre- Meuse, pour l'administration do la justice, pour la police et pour les finances. Les Estats Généraux, qd estoient de l'advis du Prince d'Orange et du Conseil d'Eatat, vouloient que le Comte de Solms, oncle maternel du Prince; et Gouverneur de Mastricht, se servist des troupes de sa garaison, laquelle estoit fort nombreuse en ce temps la, pour chassa les officiers Espagnols du païs. Mais les Estats d'Hollande, craignant que les Espagnols, qui pouvoient tirer du secours de 8tovensweert, de Navagne, d'Argentcau, de Limbourg et des plaçai du Haut-quartier de Gueldre, n'en vinssent à des hostilités, qui pourraient retarder la conclusion de la paix, ou en empeschej l'éxecution, n'y voulurent pas consentir. Ils jugeoient, qu'un f petit pals, si éloigne du cœur des Provinces Unies, n'estoit pas d'assés grande importance à l'Estat, pour devoir servir de prétexte, ou d'occasion à ceux, qui ne respiroient que la guerre, ei qui la vouloient continuer en toutes les façons. Ces prisonnier! ne furent mis en liberté qu'après que le traitté de Munster fui signé, et les officiers Espagnols continuoient d'y maintenir tau possession, en contraignant les habitants de venir plaider par devant eux, et en se faisant payer les aides, le don gratuit, k) tailles et les autres impositions, qu'ils pretendoient estre dota au Boy d'Espagne, comme Duo de Brabant et prétendu Souvenu de ces quartiers là. Les Estats do leur costé, qui avoient leur garnisons dans les trois chastcaux, prestoient main forte à leur officiers, usoient des mesines contraintes, se faisoient payer k mesincs droits et impositions, et faisoient des prisonniers pa forme de représailles. De sorte que leurs Plénipotentiaires, qu estoient demeurés à Munster, ou qui y estoient retournée, pou faire l'échange des ratifications, considérant quo de ces petite violences l'on en pourroit venir à de plus grandes, et que de CC représailles l'on passcroit aisément à des hostilités déclarées, fa rent d'advis, que l'on se tinst dans les termes du 3 article di traitté, et demeurèrent d'accord avec les Espagnols, que les pri sonniers scroient mis en liberté de part et d'autre, et que 1 oonnoissance du différent scroit renvoyée à la Chambre mypartk qui devoit estre érigée, en vertu du mesme traitté. Ce n'est pa que les Députés de la pluspart des Provinces ne fissent do temp en temps de nouvelles instances, à ce que Ton asscurast à l'Esti la possession de ces trois Seigneuries, et à ce qu'il fust resoh que l'on y cmployust la main forte, et que Ton cnlcvast dans 1
Exécution du traité de MmuUr. 173
pas de l'obéissance du Roy d'Espagne, et particulièrement au Docké* de Limbourg, deux fois autant de prisonniers, que les Espagnols feraient au pais d'Outre-Meuse. Mais comme e'estoit fresque la mesme chose, que de déclarer la guerre, et de faire des hostilités pendant la paix, la Hollande continuoit de s'y opposer fortement, comme à une chose directement contraire au traitté de Munster. Tellement que la possession du pnïs d'Outre- Meuse demeurant litigieuse entre les deux Souverains, à cause de cette contestation, et la Chambre mypartie ne décidant point le différent, tant parce que l'on eut de la peine à l'establir, que perce que mesme après son establissement elle ne produisit pas l'efet que l'on s'en estoit prorais, ce n'a esté qu'après plusieurs eoafarenees, et après des négociations de plusieurs années, que ee différent a pu estre réglé* par un traitté, qui a esté conclu quatorze ans, ou peu s'en faut, après celui de Munster.
Ce n'estoit pas le seul différent, que le traitté renvoyoit à la tt&noiisance de la Chambre mypartie. Elle devoit aussy régler tow les autres, dont les Plénipotentiaires n'avoient pas pu conteur, et dont il n'estoit pas parlé au traitté , et entr'autres celui qsipouvoit naître de l'échange du Haut-quartier de Gueldre, sur kqsel la Chambre devoit prononcer dans six mois après la confusion et ratification du traitté, si devant ce temps là l'on n'estait pas demeuré d'accord de l'équivalent. Le traitté portoit, çie cette Chambre seroit composée d'un certain nombre de Ju- $»i que les deux Souverains nommeroient, et feroient assembler, tailost dans une des villes des Provinces de l'obéissance du Roy d'Espagne, et tantost dans une des villes des Provinces Unies, •krnttivement, après qu'ils auroient fait le serment de fidélité 90 U commission et instruction, que les deux Souverains leur wroient expédier conjointement, pour juger les différents, qui Mtttroient des levées et impositions, qui se feroient sur les marchandises, et pour faire réparer les inexécutions et contraventions W traitté.
ks uns et les autres se plaignoient de l'inexécution de plusieurs articles, et de la violence manifeste, que Ton faisoit à Quelques autres. L'on disoit du costé des Estat9, que les Es- Piguols continuoient d'incommoder le commerce, au préjudice du toitté, et particulièrement celui de la Meuse, en continuant de le?er des droits, tant au fort de Navagne, qu'ils avoient basti •ttr les terres de l'Evesquc de Liège, qu'à ltuermondc, au préjudice des 9 et 12 articles du traitté, et qu'ils troubloient la navi-
17 ± Exécution du traité de Munster.
gation et le commerce, en arrestant et en emmenant dans k ports de Flandre les navires de ces pais, qui faisoient leur traf en France (II). Il est vray, que les habitants de cet FroTÎn ces, et particulièrement ceux de Zeclande, soulageoient fort le villes de Picardie et de Normandie, en y portant du bled et de légumes, et mesme des chevaux, et quelques autres marchandise de contrebande ; mais l'article particulier, qui avoit esté frit pou la scureté de la navigation et du commerce, le leur pennettoi puis qu'il ne leur défendoit que le transport et le trafic des den rées et des marchandises qui fussent du cru, ou de la façon de païs du Koy d'Espagne, et dont les François se pussent servi contre lui, et contre ses Estats et sujets, en leur permettant ex presscraent d'en user de la manière, qu'ils en avoient asé avah la rupture entre les deux Couronnes. C'est ce que l'on fit repre senter à l'Archiduc Lcopold, Gouverneur des Païs-Bas, par ni Commissaire, que l'on envoya réclamer les navires pris par le armateurs d'Ostendc (mm). Le Commissaire, en arrivant à Anreri y trouva le Comte de Fuensaldagne, Capitaine General de armes du lloy d'Espagne aux Païs-bas sous l'Archiduc, et ï Comte de Pognaranda, et leur dit que ses Maistres enta* doient, que le mot d'auparavant, employé dans l'article séparé ne marquoit pas le temps de la dernière guerre, pendant laqnelk les Espagnols empeschoient les habitants de ces Provinces di trafiquer de toutes sortes de marchandises indistinctement, mai celui de la trêve, pendant laquelle on leur avoit permis de trafiquer en France de toutes sortes de marchandises, sans en excepter celles de contrebande; qu'il falloit considérer, que œtti liberté n'a voit esté troublée, après inspiration de la trêve, qm par la nouvelle rupture entre la Couronne d'Espagne et cet Estât laquelle venant à cesser par la paix de Munster, il falloit remettre les affaires en Testât, où elles estoient devant la rupture; parce que ce ne pouvoit pas estre l'intention du Koy d'Espagne uy de ses Ministres, qui avoient fait l'article séparé, de rendre la condition des habitants de ces Provinces plus mauvaise pendant la paix, qu'elle avoit esté pendant la trêve.
Mais les Ministres d'Espagne u 'estoient pas d'accord de l'explication, que les Estais don noient à l'article séparé, et firent
(//) It&ol. des Etats de Hollande du S Août lfilS. («h») liésol. des Etats (ieuér. du A Août KîlS.
Etécntiùn au traité de Munster. 176
eonnoistre au Commissaire, que la liberté, que les marchands de oo pais avoient eue pendant la trêve, de trafiquer de toutes sortes de marchandises, sans en excepter celles de contrebande, aroit esté fondée sur la paix, qui estoit alors entre les deux Couronnes; mais que Ton n'en pouvoit pas tirer de conséquence pour le présent, parce que ce ne pouvoit pas avoir esté l'intention du Roy, ny de ses Plénipotentiaires, d'asscurer la liberté du commerce aux Hollandois, afin de leur donner le moyen de continuer de leur faire la guerre en pleine paix, en fournissant aux ennemis du Roy, leur Maistre, toutes sortes de munitions et d'armes. Neantmoins, comme le Comte de Pegnaranda estoit cehd qui avoit le plus contribué à la conclusion du traitté, aussy croyoit il estre le plus obligé à le faire exécuter, mesme aux points les plus difficiles, auxquels Ton auroit pu donner une explication moins favorable, sans faire grande violence au texte. Le Commissaire avoit ordre ex prés de rendre les lettres, dont il estoit chargé, à l'Archiduc mesme, de n'en attendre la réponse que trois ou quatre jours, et de s'en revenir, si on ne lui donnent satisfaction dans ce temps là. En voyant Pegnaranda ù Anrers, il ne lui avoit pas dissimulé, qu'il avoit cet ordre, et edmey disposa l'Archiduc à faire donner mainlevée de tous les ■■rires, que les armateurs de Flandre avoient pris sur les marchands de Hollande et de Zeelandc, qui sont celles des Provinces Unies, qui ont seules leur commerce en France.
Mais l'Archiduc, pour faire voir, que c'estoit une faveur, qu'il Wttloit faire aux Estats en cette rencontre, et qu'il n'acquiesçoit point à l'explication que l'on donnoit icy a l'article séparé, envoya à la Haye Louis Descortes, qui non content de la débattre fortement, et de soutenir, que Ton ne pouvoit pas prendre avantage de ce que le Roy d'Espagne avoit souffert pendant la frfo, parce qu'alors il n'avoit rien à démeslcr avec la France, M lieu qu'en fournissant présentement des armes et des munitions à la France, cet Estât continuoit de faire la guerre au Roy, wn maistre, par elle, pretendoit aussy que les marchandises des habitants de ces Provinces, qui se trouveroient dans un vaisseau ennemy, devroient estre déclarées de bonne prise. C'estoit en cfect destraire tout l'article séparé, de sorte que pour éviter les d^rdres, dont la navigation se voyoit menacée, par les explications différentes et contraires, que Ton donnoit aux paroles de ^t article, Ton demeura d'accord, qu'il seroit nécessaire de faire un rcglement pour le fait de la Marine, dans un traitté formel,
176 Exécution du traité de M* m* ter.
capable d'establir la seureté du commerce et de la navigatioi L'on commença à y travailler, et Ton en fit un projet dés l'ai 1648 ; mais dautant qu'il estoit nécessaire de le faire agréer pa les Estats des Provinces, et que Descortes se retira à Bnnel les, pour leur donner le loisir de l'examiner, le traitté ne fil achevé qu'au mois de Décembre 1650, ainsy que nous feron voir, quand l'ordre des affaires nous aura conduit jusque* à eel les de ce temps là.
Le traitté obligeoit aussy le Roy d'Espagne à obtenir, tant d l'Empereur que des Estats de l'Empire, la continuation de 1 neutralité pour ces Provinces; du premier dans deux mois, et de autres dans un an après la conclusion et la ratification du traitU parce que sans cette neutralité l'Espagne pouvoit continuer d faire la guerre, et la paix de Munster leur estoit inutile. Mai c'est à quoy le Roy, qui se contenta de fournir une declaratioj particulière de l'Empereur, ne satisfaisoit point, non plus qu'à e qu'il avoit promis touchant la démolition des forts de Flandre et la communication du dernier traitté, qui avoit esté fait enta l'Espagne et l'Angleterre. Il faisoit difficulté aussy de bouche la rivière de Soute, en la mesme Province. Il ne faisoit p* communiquer aux Estats les articles secrets du traitté, que li Conncstabic de Castille avoit négocié en Angleterre, quoy que o fust une des choses, qui avoient esté formellement promises, eti continuent d'enfler ses tiltres de ceux des Provinces, qu'il avili expressément cédées, et sur lesquelles il avoit protesté qu'il m pouvoit plus rien prétendre. L'on se plaignit encore de ce qui le Conseil de Bruxelles mettoit en vente la ville de Wachtcn donc, et quelques autres chastcaux, terres, droits et péages di Haut-quartier de Gueldre, au préjudice de l'échange, que le Roj d'Espagne avoit promis d'en faire, par le 52 article du traitté
Les Espagnols de leur costé faisoient les mesmes plaintes ck l'inexécution et contravention des Estats à plusieurs points di traitté. Pierre Stockmans, Conseiller au Conseil Souveraii de Bruxelles, qui estoit venu à la Haye avec des lettres de cre ance de l'Archiduc, représenta le 16 Septembre, que plusieuri Prélats, et autres Ecclésiastiques de Brabant, avoient esté dépos< sedés par force de la jouissance des dixmes, et des autres biens qui leur appartenoient en la Mairie de Boisleduc et ailleurs comme dépendants d'Eglises, bénéfices et collèges qui estoient d< l'obéissance du Roy d'Espagne, ou de la collation, ou du droit de patronat de ses sujets, et qui en vertu du 43 article dévoient
Exécution du traité de Munster. 177
estre restitués; que les Estats don noient trop d'étendue aux limites de la Mairie, en y comprenant des terres et des villages, qui n'en estoient pas, et qu'ils prétend oient annexer au Marquisat de Bergues-op-Zoom des villages, qui estoient effectivement du quartier d'Anvers; que les officiers, que les Estats emplo voient à régler cela, passoient par dessus toutes les formes, et se mettoient en possession de tout ce qu'ils trouvoient à leur bienséance; que rArchiduc, qui estoit bien persuadé, que l'intention des Estats ettoit d'exécuter la paix tldellcment, ne pouvoit pas croire, que ce fast de leur ordre, que leurs officiers y procedoient avec tant denolence, et que Ton chassoit toutes les personnes Ecclésiastiques des villes de Brabant et de Flandre, et mesmes qu'on ne far permettoit pas d'y venir pour leurs affaires particulières, contre l'intention du 4 article du traitté; que Ton avoit plus de dureté pour eux, que pour les prestres, lesquels Ton ne souffroit pas seulement, mais qui jouissoient mesmes d'une liberté presque entière dans les villes des Provinces Unies ; que les Ambassadeurs Plénipotentiaires de cet Estât a voient promis à Pcgnaranda, qu'il en seroit usé tout autrement; qu'il les en sommeroit dés qu'il seroit dans le pais, où le Boy son maistre l'alloit envoyer « qualité d'Ambassadeur Extraordinaire, pour y faire les civilités nécessaires sur la conclusion de la paix, et qu'ils avoient trop «Tanneur pour s'en dédire; qu'il n'estoit pas en la puissance du % d'Espagne, ny de ses Ministres, de rendre la condition de la religion et des gens d'Eglise plus mauvaise qu'elle estoit devant 1* paix, et que ce n'estoit pas là le moyen de faire faire l'échange da Hautquartier de Gueldre, que de faire voir, en l'exemple de ceax de la Mairie, ce que la religion et l'Eglise Catholique dévoient espérer de leurs nouveaux Souverains. Quant aux pais d'Outre-Meuse, que les Estats s'y faisoient justice eux mesmee, w lieu de l'attendre de la Chambre Mypartie (un).
Les Estats lui repondirent que pour ce qui estoit de la religion et des gens d'Eglise, puis que le lloy d'Espagne leur avoit ®M avec la Souveraineté la jurisdiction temporelle et spirituelle de la Mairie et des autres quartiers de Brabant, ils ne faisoient 11611 qui ne leur fust permis de faire en vertu du traitté; qu'ils m vouloient pas prendre connoissance, et qu'ils n'estoient pas obligés de demeurer garands de ce que leurs Plénipotentiaires pwwoient avoir promis contre l'intention de l'Estat et contre
(M) Résolution des Etats de ITollandc du H Octob. 1648. L 12
178 Uordre Teutouiquc — Origine.
leur instruction. Au reste, que les habitants de la Mairie pouvoient pas, sans crime, rechercher une intercession, ou v protection estrangere, et que ce n'est oit pas au Boy d'Espagne se mesler des affaires de leurs sujets, ny à les protéger eon leur Souverain. Et à regard des autres points, que Ton s'en n porteroit à la Chambre Mypartie. Cette réponse faisant connoia à Stockmans, que sa négociation seroit plus longue et pi ennuyeuse, qu'il ne s'estoit imaginé, il alla à Bruxelles en renc compte à l'Archiduc.
Le Liccntié Verheyo estoit venu à la Haye avec une ce» mission particulière, que l'Archiduc, comme Chef et Grand Maiai de l'Ordre Tcutonique, lui avoit donnée pour reclamer la Ooi manderie de Guemert. Cet ordre fut institué vers la fin du do ziéme siècle, presque au mesme temps que celui de St. Jean Jérusalem eut son commencement sous Frédéric, Duc de Suai fils de Frédéric I, Empereur, qui commandoit en ce temps l'armée des Croisés en la Terre Suinte. Les Chevaliers prire leur nom de l'Eglise de Nostre Dame des Teutons, que quelqa pèlerins Allemans firent bastir à Jérusalem, et CelestinU Pape, qui confirma l'Ordre, leur ordonna de vivre selon la reg de St. Augustin, qu'il avoit aussy donnée à ceux de St Jet avec la seule différence des habits blancs et de la croix non au lieu que ceux de Malthc sont habillés de noir et portent \ croix blanche. Le premier Maistrc de l'Ordre Teutonique fi Henry de Walpot, mais celui à qui cet Ordre doit presqi tout son lustre et toute sa grandeur, c'est Hcrman Zaltn car les frères ayant esté contraints après la réduction de Ptol maïde, qui fut suivie de celle de toute la Terre Sainte, de se ri tirer en Europe, Frédéric II, Empereur, leur proposa la coi queste de la Prusse, laquelle en ce temps là estoit encore ton peuplée de payens. Herman l'entreprit, et se rendit maistre i tout le paï's de la Courlande et de toute la Livouie, depuis '. Vistulc jusques au Golfe de Finlande, et aux frontières de L tuanic. Ils ne laissoient pas de faire cependant des acquisitioi fort considérables en Allemagne et ailleurs, tant par achapt, qi par le moyen de plusieurs fondations. Mais l'insolence, l'avarâ et la tirannic des Grand Maistrcs, des Maistres Provinciaux i des Commandeurs, «ayant rendu leur gouvernement odieux et il supportable, la noblesse et généralement tous les habitants < Prusse, se jetteront entre les bras de Casimir III, Boy c Pologne, et lui offrirent tout à la fois cinquante six villes, d'o
L'ordre Teulonique. 179
les Commandeurs et les officiers de l'Ordre avoient este contraints de se retirer. Il n'y a point de Prince, qui refuse d'estendre ses frontières, quand il en trouve l'occasion. Casimir receut la Prune en sa protection, et mit le siège devant Marienbourg, Stame et Strasbourg, où l'Ordre avoit encore ses garnisons; niais il y trouva plus de resistence, qu'il n 'avoit attendu de gens qu'il oroyoit perdus, et le Grand Maistrc, recevant de temps en temps du secours de ses amis d'Allemagne, la Pologne se vit engagée dans une guerre, qui ne finit qu'au bout de treize ans, par le potage que le Boy et l'Ordre firent entr'eux de toute la Prusse, k 19 Octobre 1466. Albert, fils de Frédéric, Marquis de Brandebourg, et de Sophie de Pologne, ayant esté éleu Grand Maistrc en l'an 1511, le Roy et le Sennt de Pologne confirmèrent son élection, mais à condition, que suivant le traitté de Ton, il presteroit le serment de fidélité à la Couronne. Il l'en voulut défendre, comme Prince de l'Empire, et prit les arnei contre le Boy de Pologne, espérant tirer de grands secours d'Allemagne; mais la guerre de France empeschant l'Empereur Gkirles V de songer à celle de Prusse, Albert pria George, Marquis de Brandebourg, et Frédéric, Duc de Lignitz, d'aller iqpcier son accommodement à la Cour de Pologne. Sigisnond, qui y regnoit alors, estoit oncle d'Albert, de sorte V* les entremetteurs n'eurent pas beaucoup de peine à réussir. St de fait, ces Princes ayant disposé Sigismund à une entre- ▼eue, et Albert estant allé en personne à Cracovie, il s'y fit donner la partie Orientale de la Prusse en tiltre de Duché, pour le tenir à foy et hommage de la Couronne. Depuis ce traitté, qui fut conclu le 8 Avril 1525, l'Ordre Teutoniquc n'a plus rien possédé en Prusse. Il est vray, que le mesme Empereur Charles» qui avoit convoqué les Estats de l'Empire à Augsbourg en l'an 1580, cassa, et fit condamner tout ce qui avoit esté fait entre le Roy de Pologne et Albert, parce que la Prusse estant un membre de l'Empire, le Grand Maistrc n'en pouvoit pas disposer, ny se soustraire de 1'obcïssance de l'Empereur, et que quelque temps après la Chambre de Spire, laquelle voulut prendra connoissan ce de cett'affaire, mit Albert au ban de l'Empire, nonobstant les efforts, que le Roy de Pologne fit faire pour cmpfccher cette proscription. Mais comme les Estats de l'Empire nc se sont jamais mis en devoir d'exécuter la sentence de la Chambre, et que les Empereurs, successeurs de Charles, bien loin de reconquérir la Prusse, n'ont pas seulement pu conserver
1*80 Dordrc Ttutoxiqne.
d'autres Provinces plus importantes à l'Empire, les Princes de h Maison de Brandebourg, de la postérité d'Albert, ne se son1 pas seulement maintenus en la paisible possession de cette Province, sous la protection de la Couronne de Pologne, maïs ils en ont aussy acquis la Souveraineté depuis quelques années. (1) Frédéric, fils d'Albert Electeur de Brandebourg, fkisani son profit de la guerre que la Pologne faisoit à l'Ordre, se saisi! du pais qui est entre l'Oder et la Pologne, et qui faisoit en « temps là partie de la Cassube, comme elle l'est aujourdhuy de 11 Marc-Brandebourg. Le mesme Ordre a perdu la Livonie ave< la Courlandc, presque de la mesme façon qu'il avoit perdu la Prusse; mais il ne laisse pas de posséder encore des places d des terres fort considérables en Allemagne, ci dans les Province! des Puis bas. En Allemagne le Grand Maistrc de l'Ordre Teoftonique tient rang de Prince, immédiatement après les Archevesques, Sa demeure ordinaire esta Mariendal ouMerguentheim,sur la rivière de Tauber en Franconic, et il possède plus de soixante mille eseni de rente. L'on ne peut pas nier, que la Commanderie de Que* mert ne dépende de cet Ordre, sans aucune contestation, d qu'elle ne soit du ressort du Baillage de Bicsen, ou Haute Bieee au pais de Liège. Le Baron de Hondsbrouck, qui la postedoit en Tan 1648, lors de la conclusion de la paix de Munster, avoit un démeslé, pour lequel le Bailly l'avoit fait assigner pai devant lui au chapitre de la Province, et faute de comparoir il avoit fait saisir sa Commanderie, dont l'administration avoit estt donnée à deux Commandeurs de son voisinage. Le Commandera alla à Bruxelles, se plaindre à l'Archiduc Leopold, comme as Chef de son Ordre, du tort qu'il croyoit lui avoir esté fait mais il fut renvoyé à son Bailly. De sorte que voyant, qu'il ne pourroit pas éviter la condamnation, s'il tomboit entre les main! du juge, qui avoit desja disposé de l'administration de sa Cornraanderic, il s'advisa de venir à la Haye, où il représenta an Estats Généraux, que la Commanderie de Guemert, estant situa dans la Mairie de Boislcduc, et dans leur Souveraineté, c'estoil à eux à prendre connoissance de cett'affaire, et n lui faire rendit justice. Les Estats l'écoutercnt, le mirent en possession de 11 Commanderie, et promirent de l'y maintenir. Ils avoient desji reconnu tacitement, que la Commanderie n'estoit point du ressort
(1) Voir l'ouvrage de M. W. J. d'Ahlaing de Giessenburg, de Dititsche Orde, La Haye 1857.
L'ordre Teutonique. 181
de la Mairie de Boisleduc, le Commandeur mesme en estoit demeuré d'accord, et les Agents de l'Archiduc pretendoient le vérifier pir des preuves invincibles. Verheyc soustenoit aussy, que lu Souveraineté de la Mairie, quand mesmes il cust esté constant, que la Commanderie y eust esté située, ne donnoit aux Estats ntre droit, que celui qu'ils avoient acquis du Roy d'Espagne, comme Duc de Brabant, dont les prédécesseurs n'avoient jamais prétendu exerater les Commandeurs de l'Ordre Teutonique de la jnrisdiction de leurs Baillis, ou du Grand Maistre de l'Ordre. Le Conseil de Brabant, qui est establi à la Haye, sans l'advis daqnei les Estats ne vouloient rien résoudre en ectt'affaire, advia, qu'il trouvoit, que dés l'an 1270 Jean, Duc de Brabant, avoit déclare, que la terre de Gucmert appartenoit aux frères de l'Ordre Teutonique, et que tout ce qu'il y pretendoit, c'estoit le droit de protection ; qu'il se trouvoit d'autres actes, postérieurs à cette déclaration, où les Ducs de Brabant parlent en des terfltt, qui font croire, qu'ils pretendoient estre Souverains de la terre de Guemert; mais que leur tiltre ne paroist point, et qu'il M se trouve point comment les Ducs de Brabant ont acquis «tte Souveraineté, si c'est par achapt, prescription, ou autre- Bfcat; et mesmes que l'on ne peut pas dire positivement, si cette te» est située en la Mairie de Boisleduc, ou non. Tellement ^e la Estats ne pouvant rien résoudre sur des advis si incertoia», renvoyèrent l'affaire au Grand Conseil d'Hollande, et Vcrtaye, voyant que leur intention estoit de la tirer en longueur, * retira cependant à Bruxelles.
Entre les autres articles du traitté, il avoit este stipulé au 43, W les biens d'Eglises, collèges et autres lieux pieux, situés en fc» Provinces, qui sont membres dépendants d'Eglises, bénéfices °n collèges, qui sont de l'obéissance du Koy d'Espagne, seroient 'fewfes et restitués, pourveu qu'ils n'eussent pas esté aliénés dc- **nt la conclusion de ce traitté, et s'ils l'avoicnt esté l'on eu prçeroit le revenu à raison du denier seize. C'estoit une suite <* ce qui avoit esté accordé par la Pacification de Grand, par l'Union d'Utrecht, et par le traitté de trêve fait avec les Archives, fondé sur ce que la paix remettoit les particuliers en la possession des biens qu'ils avoient devant la guerre; tellement <P* » cela devoit avoir lieu à l'égard des ennemis déclarés, l'on M pouvoit pas refuser le mesme bénéfice à ceux, avec lesquels 1 Estât n'avoit point eu de guerre, ny de dcmcslé. Ce fut sur ce principe que le Commandeur de S ouvré, alors Bailly, Grand' Tout, et depuis Grand Prieur de l'Ordre de St. Jean de Jérusalem
182 L'ordre de St. Jean de Jertualem — Origine.
en France, et Ambassadeur ordinaire du Grand Maistre de Maltl en cette Cour là, partit de Paris cet esté, et arriva en Hollanc au mois d'Aoust 1648, à dessein de réclamer les terres et Cou manderies de ces Provinces, que l'Ordre prétend lui appartenir.
Afin de pouvoir juger de la justice de cette pretension, et ai de pouvoir parler pertinemment d'une affaire, où la pluspart dk Princes de la Chrestienté ont bien voulu s'intéresser, il ne 0a pas hors de propos de dire icy un mot de l'institution et de 1 nature de cet Ordre, sans doute le plus illustre de tons eett dont les Chevaliers font profession de donner des preuves ©ont nuclles de leur valeur contre les in fi délies, puis qu'ils n'y entra qu'avec cette obligation indispensable et perpétuelle, ou de fui la guerre aux ennemis de la Chrestienté, ou bien de combfttb par des prières ardentes et continuelles pour ceux qui y exposer leur vie tous les jours. Ils font aussy, à l'exemple de tons k autres religieux, les trois vœux, de pauvreté, de chasteté et d'obdfa sance; mais avec cette reserve, que les Commandeurs et officia de l'Ordre ne laissent pas de jouir de revenus fort consideraUei et de vivre en Princes, dans leur pauvreté, qu'ils appellent dis pensée.
Cet Ordre eut son commencement presque au mesme tempt qu'à l'occasion de la guerre de la Terre Sainte, l'on commença à connoistre l'Ordre Teutonique. Ce n'estoit d'abord qu'une société, que quelques dévots avoient faite, pour recevoir et traita dans leur hospital les pèlerins, que l'ignorance de ce temps B faisoit aller en cette partie de la Syrie, que Ton appelle la Tent Sainte, parce que l'on y voit encore quelques vestiges, vrais oi faux, de la conversation de Nostrc Seigneur en la terre, et c'es de cet hospital qu'ils prirent d'abord la qualité d'Hospitalier! Godcfroy de Bouillon, fils d'Eustache, Comte de Bologa et d'Ide, sœur de Godcfroy le Bossu, Duc de la Ba» Lorraine, ayant fait vœu d'aller à la guerre de la Terre Saini vendit la terre de Bouillon à Obcrt, Evesque de Liège, s'estant mis à la teste d'une armée de croisés, il prit la ville < Jérusalem le 15 Juillet 1099. Mais Godefroy estant deot?* le 19 Juillet de l'année suivante, Baudouin, son frère, trouva incontinent après son avènement à la Couronne, assaiS de tout ce qu'il y a voit de Sarasins en Syrie et en Egypte, pr» vinces qui en estoient toutes peuplées en ce temps là; de sor" qu'estant contraint de soutenir une furieuse guerre, il tira * très grands services de Raimond du Pu y, gentilhomme é Daulfiné, Maistre de l'Hospital de Jérusalem. Baudouin voi
L'ordre de St. Jean de Jetusalem. 183
lot reconnoistre son zèle, en donnant à l'Ordre plusieurs villes, chasteau et terres en ces quartiers là, et Baudouin II le recommanda si bien au Pape Honnoré II, qui tenoit le siège de Borne depuis Tan 1124, qu'il excmta l'Ordre de la jurisdiction spirituelle du Patriarche de Jérusalem, et de celle de tous les autres prélats subalternes; bien qu'en cela le Pape, en renversant l'ordre de l'hiérarchie de l'Eglise Romaine, ne pust avoir pour objet que sa propre gloire, et l'avantage du siège de Rome. Le leledeBaudoûinetde ses successeurs ayant réveillé celui de pUrieurs autres Empereurs, Rois, Princes, et mesmes celui de quelques particuliers, on les a veu de temps en temps faire des fondations fort considérables en faveur de cet Ordre, pour lui faner le moyen de subsister, et de faire la guerre aux inndelles.
Après que les desordres et les fureurs, qui armèrent les Chrestiens de ces quartiers là les uns contre les autres, avec plus dïaimosité que contre les Turcs et contre les Sarasins, eurent aehefé de détruire le nouveau Roiaume de Jérusalem, et de faire tomber leurs conquestes entre les mains de leurs ennemis, le Maistre de l'Ordre, estant contraint d'abandonner avec eux le pais, et tout ce qu'il y possedoit, transfera le siège de sa résidence dans l'Isle de Chypre. Il s'y maintint jusques à ce que Foulques de Villaret, vingtquatriémc Maistre de l'Ordre, •'estant, en l'an 1809, ligué avec Clément V, Pape, et avec Pfcilippes le Bel, Roy de France, auxquels se joignit quelque temps après Charles II, Roy de Naplcs, ils lui donnèrent le Jtojen de surprendre l'Isle de Rhodes, sur un nommé Gualln, qui s'estoit révolté contre l'Empereur de Constantinopic.
L'Ordre estant ain9y en possession d'une des plus belles Islcs <fe la Mer Méditerranée, l'on commença à counoistre les frères, dont il estoit composé, sous le nom de Chevaliers de l'Ordre de Hkdes, du lieu de leur résidence, et non de celui de leur patron, qui est Jean Baptiste. Il a possédé cett'Isle deux cens tfcùe ans, et jusques à ce que Soliman II, Empereur des Turcs, faisant son profit des guerres civiles, qui déchiroient la {^restienté pour les interests des Couronnes de France et d'Espagne, ou plustost pour satisfaire à l'ambition de Charles V et <k François I, assiégea, et prit le 25 Décembre 1523 la ville * Hsle de Rhodes, après que Philippcs de Villcrs de Ihi'A.dam , gentilhomme François, et Grand Maistre de 1 Ordre, eust défendu la place plus de sept mois avec tant de rakor et de conduite, que la perte de ce poste lui acquit plus
184 L'ordre de Si. Jean de Jérusalem.
de réputation et de gloire, que plusieurs grands Capitaine n'en ont remporte de leurs plus illustres victoires. Il aoni tint le siege contre uue urinée de deux cens mille combattant et de soixante mille pionniers, commandée par un Prince d'à mérite incomparable, et qui pour sa valeur, pour sa justice, poi sa prudence et pour plusieurs autres grandes qualités, douto estre mis en parallèle avec tous les plus grands hommes, no seulement de ce temps là, mais aussy de tous les siècles passé
Au sortir de sa place il alla trouver le Pape, l'Empereur, qi estoit aussy Roy d'Espagne, et les Bois de France et d'Angle terre, pour leur rendre compte de la conduite qu'il avoit tenu en défendant ce boulevard commun de la Chrestienté. Ils le n ceurent tous avec les honneurs que meritoient sa qualité, ao aage et le service, qu'il venoit de rendre. L'Empereur, comm Boy de Sicile, fit présent à l'Ordre de l'Islc de Malthe, situl en distance presque égale entre les costes de cett'Isle là et ce! les d'Afrique, à condition de le tenir à foy et hommage de 1 Couronne d'Espagne, et de le reconnoistre tous les ans du faulcon blanc. C'est depuis ce temps là, que l'on appelle k frères de l'Ordre de St. Jean Chevaliers de Malthe, et c'est e ce poste, où ils ont résisté à des terribles efforts de la puissanc Ottomanne, et particulièrement en l'an 1565 sous le Grand Maisti de la Valette, qui contraignit Mustapha Bascha et Pial de lever le siege, après y avoir perdu plus de vingtmille nom mes. Ils se trouvent encore tous les jours dans les occasion! pour la cause commune de l'Europe Chresticime, laquelle pou cette raison est en quelque façon obligée à s'intéresser à la cou servation des belles terres et Commanderics, que l'Ordre possed en toutes ses parties.
Il en possedoit aussy en toutes les Provinces Unies, sinon e celle d'Over-Yssel, par fondation ou par acquisition, dont il joûy, au moins en partie, non seulement au plus fort de la guerz d'Espagne, et pendant la suspension d'armes de douze ans, mai aussy quelques années après l'cxspiration de la trêve. Les Estât et la Cour de Justice de Gueldre ont jugé, que les Commande ries, qui sont situées en leur Province, appartenoient à l'Ordr à si bon tiltre, qu'ils lui ont conservé celle d'Arnhera, et on condamné la ville de Nimmeguc à la restitution de celle qui es dans l'enclos de ses murailles, avec les fruits perecus depuis 1 temps qu'elle en jouit.
Le Grand Maistre, qui est fort éloigné de ces païs, et qui n'*
U Ambassadeur de Pordre de St. Jean de Jérusalem. 185
pu grande connoissance de Testât des affaires, que l'Ordre a en ces quartiers, n'a pas pu se résoudre d'abord à faire poursuivre 1b restitution des biens, qui sont situés dans les autres Provinces, par les yoyes ordinaires de la justiee, tant parce qu'en son particulier il en tire peu de profit, et seroit obligé de faire une grande dépense, que parce qu'à l'exemple de tous les gens d'église, il n'a pu Toula faire des frais, ny se donner de l'inquiétude pour le recouvrement de quelques terres, qui ne rapporteroient rien à lui, mail seulement à ses successeurs. C'est pourquoy il s'est contenté Abord de recommander ses interests aux Maistres Provinciaux, et i des Commandeurs en Allemagne et aux Païs-bas, qui y estoient autant et plus intéressés que lui. Et dautant qu'il n'avoit pas laissé de donner cependant retraitte dans ses ports, et de faire civilité, non seulement aux navires marchands, mais aussy aux vaisseaux de guerre de ces païs, quand les vents contraires, ou quelques antres accidents les obligeoient à relâcher à Malthc, mesmes pendant la plus grande chaleur de la guerre d'Espagne, le Maistrc Provincial d'Allemague avoit sujet d'espérer, que les Estats feroient faire raison à l'Ordre, quand il le feroit demander. Louis Ûiillaume, Prince de Portugal, neveu, par sa mère, de Maurice de Nassau, Prince d'Orange, s'estant fait Chevalier de l'Ordre de Malthe, et croyant se pouvoir servir du crédit du Prince, son oncle, se fit au commencement de l'an 1625 donner des lettres de créance et commission du Grand Maistre, pour demander la restitution des Commnnderies de ces Païs. Mais Maurice estant decedé vers la fin du mois d'Avril de la mesme année, le Prince de Portugal ne se voulut plus charger de cette poursuite, dont il ne se promettoit point de succès, puis que le Magistrat de Haerlem refusoit de restituer la Commandcrie, dont dk s'estoit saisie depuis quelque temps, et les Estats de Hollande M le pouvant pas contraindre, les Estats Généraux firent difficulté de prendre connoissance de l'affaire. En l'an 1638 W al rave de Merode, Chevalier du mesme Ordre, et Commandeur d'Arnhem, en fit la première poursuite formelle, et depuis ce temps là l'Ordre * presque tousjours eu ses Ministres ou ses Agents à la Haye.
Le Commandeur de Souvré, qui estoit fils de M. de Sou- ?fé, Mareschal de France, et gouverneur du Roy Louis XIII, lorsqu'il estoit encore Daulfin, estoit dans les divertissements et dans la confidence du Cardinal Mazarin, et croyoit pouvoir obtenir, par l'intercession pressante de son Roy, ce que Mcrodc û avoit pas pu obtenir par ses sollicitations; c'cstpourquoy il se
186 L'Ambassadeur de Vordre de St. Jean de Jérusalem.
fit donner cette commission, dont il esperoit des Avantages d'an tant plus grands, que le Grand Maistre lui avoit promis le rt venu, sa vie durant, de tout le bien que sa diligence feroit reOni à l'Ordre. Mer ode, qui n'avoit pas esté remboursé des fini qu'il avoit faits en tous les voyages, et de toutes les poursuite qu'il avoit faites à ses dépens, et qui n'avoit pas esté légitime ment révoqué, se plaignit à la Cour de Borne, de la substitutio de Souvré, et se fit maintenir en sa commission; mais estai decedé quelque temps après, Souvré fut confirmé, et estai desja Ambassadeur ordinaire de l'Ordre en France, il se fit don ner la qualité d'Extraordinaire vers les Estats. Estant arrivé Rotterdam vers la fin du mois d'Aoust, il en fit donner advi par le Chevalier d'Esclojaux, afin que l'on donnast les ordn nécessaires pour son entrée et pour sa réception. Ils lui fira dire d'abord, que jusqu'icy l'on n'avoit veu d'Ambassadeur d Grand Maistre de Malthe en ce pais, et ainsy qu'ils ne pouvoitt rien déterminer touchant la manière et les cérémonies de sa n ception, qu'ils ne sçeusscnt auparavant les sentiments des Estai de toutes les Provinces, leurs Committents. Au bout de quelque jours ils s'adviserent de faire dire au Chevalier d'Esclojaui qu'il pouvoit asseurcr l'Ambassadeur qu'il seroit le bien venu, < qu'on lui rendroit les mesmes honneurs, que l'on avoit accoustun de rendre aux Ministres des Princes Souverains, qui se trouva revestus de ce caractère; mais qu'il ne devoit pas trouver mai vais, qu'ils ne reconnussent point le Grand Maistre à l'égard <k Commandcries, qui sont situées en ces Provinces (00). Le Cou
(00) Résolution des Etats Génér. du 1 Sept. 1648. *De Heer Ri] perda ter vergadering presiderende heeft haer Ho: Mo: voorgedrage dat de hcer Soufré Ambassadeur van de Grootm. van Maltha he door een Ridder van die Ordre heeft laeten notificcercn dat hij t Rotterd. is acngekomcn met versoeck dat haer Ho: Mo: op sijne r ceptie ordre souden believen te stcllen. Waerop gedelibereert sqnd is goetgevonden ende verstacn mits desen te versoecken den gemeltt Heer Ripperda dat sijn Ed. de moeyte wille nemen van den geme ten Ridder der voorsz. ordre te gemoet te voeren in belecfde en courtoi termen, dat desen Staet nict gewoon en is een Ambassadeur van df welgemelten Grootmecstcr te ontfanpen, ende dat haer Ho: Mo: ove sulex soo spoedighlijek op de receptie van den gemelten Heer Amba sadeur egeen ordre en konnen stelïen, sonder voorweten ende kennis van de Heeren Staten van de respective Provincicn ."— - [Les Etats i Hollande résolurent le 18 Sept.: *dat de mecrgcmeltcn Hcer So' brée (Souvré) als Anibaesadeur alhicr in den Haage soude \rord<
VAmbauaâeur de Pordre de St. Jean de Jérusalem. 187
mandeur de S ouvré, surpris et indigné de ce message, fit faire une forte protestation contre leur resolution, et partit en mesme temps, pour s'en retourner en France. Les Estats la lui renvoyèrent, mais considérant en mesme temps, qu'ils ne pouvoient pas estra juges en leur propre cause, et qu'ils ne pouvoient pas ren- TOjer de cette façon l'Ambassadeur d'un Prince, que tous les aotres Monarques et Estats de la Chrestienté reconnoissent pour Souverain, sans l'offenser cruellement, et mesmes sans incommoder le commerce, que les habitants de ces Provinces font au Levant, h envoyèrent un exprés à Delft, pour lui faire dire, qu'il poutoH venir quand il lui plairoit, et qu'ils lui donneroient audiance, qnind il la demanderoit. Cette resolution, au moins l'extraict que l'on envoya à Delft, ne parloit point de la reserve, que l'on avoit ajoutée à la 'première, et qui avoit fait partir le Commandeur; unis on ne laissa pas de l'y âjouster dans le registre des affaires «jettes (pp). Les Députés de la Province d'Utrecht, qui y estoit fort intéressée, parce que c'estoit celle de toutes les Provinces Unies qui possedoit le plus de biens de cette nature, dont une partie avoit esté aliénée, et l'autre partie estoit entre les mains fe ceux, qui y avoient la principale direction des affaires, ne Tooloient point que l'on altcrast en aucune façon les premières isolations, et soustenoient, que l'on n'y pouvoit rien changer, «as le consentement unanime de tous les alliés, qui les avoient fanées. Ils craignoient encore, qu'en consentant à la restitution fa biens de Malthe, l'Ordre Tcu tonique en Allemagne n'en prist occasion de reclamer ceux, qu'il prétend lui appartenir en la Dfeane Province. La ville de Nimmegue demeuroit en la posses-
gerecipieert, ingchaelt en getracteert, volgcns de ordre, observantie en gAroik van desen Staet — — en dat de Agent Vcrburg soude *wden gelast den Ridder d'Esclojaux hiervan notificatie te gacn fan, oci hem te gemoet te voeren dat haer Ho: Mo: den hooggenwitea afgesonden van den Grootmeestcr eu de Ordre van Maltha in de opgemelde qualiteit geeusinds sijn crkennende tcu respect van soodwiige Balien en Commanderijen als in de Geuniccrde Provincicn of assort van dien soude mogen zijn gelegcn." — Résolution des Etats de Hall, du 18 Sept. Après la protestation du sieur Souvré dont M. de Wicquefort parle, les Etate de Hollande modifièrent leur résolution: #dat hem als Ambassadeur van mccrgemeltc Grootmeestcr wdientie zal werden toegestacn, sonder prejudicie van ieders geregtigheden." Résolution du 23 Sept. Les députes de Gucldrc demandèrent 1* suppression des mots * souder prejudicie van ieders gcrcgtigbcdcn"."! (/>/>) Résolution des Etats Géuér. du 19 Dec. 1G48.
188 Let Provinces Unie* et U Portugal.
sion de la Conimanderie, nonobstant l'arrest solemnel des Estati et de la Cour de Justice d'Arnhem; c'estpourquoy ses Député s'opposoient aussy à la réception de l'Ambassadeur, comme eeu de la ville de Hacrlem s'cstoient tousjours opposés aux résolu' tions, que les Estats d'Hollande avoient voulu prendre sur o sujet. Neantmoins cette Province, intéressée au commerce de h Mer Méditerranée, ne laissa pas d'ouvrir dans rassemblée do Estats Généraux l'advis, sur lequel la dernière resolution fut prise Celui qui la porta à Delft, trouva que le Commandeur en estoi party, fort résolu de faire agir le Grand Maistre contre cet Estai et de se ressentir de l'outrage, qu'il croyoit avoir esté mit à si personne. Il a donné des marques de son ressentiment quand 3 1 pu rendre de mauvais offices à cet Estât dans la Cour de France mais l'Ordre, bien loin d'entrer dans les sentiments du Comman deur, a continué de faire négocier ses interests avec toute L civilité, que Ton pouvoit désirer de lui et de ses Ministres.
Le démeslé, que Ton avoit avec le Roy de Portugal, estai d'une autre nature, et d'une autre importance. Nous avons oom mencé à en dire quelque chose au livre précèdent, où nous avon parlé des commencements de la rupture entre les deux nations En voicy la suite. François de Sotomayor et Barthelem; de Yasconcelles estoient partis en l'an 1645, le premier deli Bahie de Todos los Santos, et l'autre de la rivière de Jenein avec ordre d'attaquer Loanda de St. Paulo, située en la oost d'Afrique, au Roiaume d'Angola, que les autres appellent Dungc entre les rivières de Danda et de Coanza, que les Hollandoi avoient pris sur les Portugais quelques années auparavant. Mfi leur première entreprise n'ayant pas reiissy, le Roy de Portuga en donna la conduite à Salvador Correa de Sa et Bena vides, qui partit de la rivière de Lisbonne vers la fin de l'an née 1647. Il ne comraandoit alors qu'une escadre de sept vais seaux, mais s'estant renforcé de quelques autres bastiments en 1 rivière de Jenciro, il parut le 5 Aoust de l'année suivante ave une flotte de trente voiles, à la vcûc de St. Paulo. Il investi aussytost la place du costé de la mer, et ayant deux jour après fait débarquer ses gens de guerre, il n'eut point de pein du tout à se rendre maistre d'une grande ville, qui n'a ny poi tes ny murailles. La reddition des forts, qui défendoient l'entré du havre, suivit celle de la ville, parce que l'air, qui y est foi dangereux, et presque insupportable aux estrangers, ayant foi éclairci les troupes llollandoises, ceux qui estoient demeurés dan
Lez Provinces Unies et le Portugal. 189
les forts, estaient incapables de faire la moindre resistence, et ceux qui s'estoient retirés et dispersés dans le pais, furent contrants de se rendre à discrétion peu de jours après la descente des Portugais.
Cependant François de Sousa Coutinho, Ambassadeur de Portugal, voyant l'équippage que l'on faisoit icy pour le secours des places, que la Compagnie des Indes Occidentales possedoit encore an Brésil, avoit pris une audiance expresse le 28 Novembre 1647, où il dit que dans une conférence, qui estoit la seule qu'il avoit eue depuis six mois, il a voit offert à ses Commissures, entr'autres choses, de se transporter en personne au Brésil, à dessein d'y faire cesser la rébellion, et de ramener les rebelles à leur devoir, et qu'il leur avoit répondu du succès de son femil et de sa négociation ; que si la Compagnie aimoit mieux céder ses droits et pretensions au Roy de Portugal, il la remboursèrent de son fonds, sur le pied de l'estimation qui en seroit frite alors, ou bien sur le pied de son premier fonds, si elle se vonkit donner patience jusques à ce que les deux Rois, de Castille et de Portugal, fussent d'accord d'un traitté de paix ou de trêve; que ces offres ayant esté rejettées, il avoit offert au mois d'Août dernier, de faire agir les armes du Roy, son maistre, contre les rebelles du Brésil jusques à l'entière réduction de tout h pals; mais qu'il ne le pouroit pas faire, que cet Estât n'eust ■oyenné son accommodement avec la Castillc; parce que cette guerre occupoit toutes les forces, qu'il pourroit employer contre les rebelles; que ces dernières offres n'ayant pas esté mieux rceeues que les premières, il avoit, au mois de Septembre, fait m* troisième proposition, par laquelle il avoit offert, sur les ordres exprès du Roy, son maistre, la restitution pure et simple de tout ce qui avoit esté pris sur la Compagnie. Que cette proposition avoit esté agréée, mais que les Députés des Estats avoient fanandé, que pour asscuranec de l'exécution de cette promesse, l'on mist entre leur mains, ou en celles de la Compagnie, la fchie de Todos los Santos, ou bien l'Isle de Tercerc, pre- ■ûere des Açores; qu'il avoit représenté, qu'il n'estoit pas en b puissance du Roy de Portugal d'engager l'un de ces deux P°*tes, sans le consentement exprés des Estats de son Roiaumc, et qu'il ne l'obtiendroit point ; parce que de l'une dépendoit la conservation de tout ce que les Portugais possedoient au Brésil, et de l'autre la scurcté de la navigation aux Indes Orientales ; lune et Vautre de la dernière importance à la Couronne de Por-
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tugal; mais qu'au lieu d'une de ces deux places, il avoit offert un des ports, ou villes maritimes de ce Boiaume; que les Députés avoient remarqué quelques défauts en son pouvoir, mail qu'il estoit bon et suffisant; que toutes les formalités nécessaire! y avoient esté observées, et que si Ton avoit péché contre le* formes, ce défaut pouvoit estre reparé par la ratification, ou bien par l'exécution du traitté mesme; que les Commissaires, qui traittoient avec lui de la part de l'Estat, vouioient comprend» en la restitution les Capitainics de Siara et de Maranhan; bien que Tune cust esté reprise par les Portugais dés Tan 1638, d que celle de Maranhan eust esté prise de mauvaise foy par kl Hollandois en Tan 1641; que le Roy, son maistre, ne pouvoit et ne se vouloit pas obliger, sinon à la restitution de ce qui avoit esté effectivement pris et usurpé par les rebelles, et que k dédommagement de vingt huit millions, que la Compagnie demandoit, estoit d'autant plus impertinent, que tout son fonds, et tend ce qu'elle avoit possédé, n'approchoit pas de cette somme; mail au contraire, que mesmes devant le souslevcment du Brésil k fonds avoit esté diminué de plus de la moitié, et ne pouvoit estre alors que de cinq millions, ou environ. U représenta enfin, que le puissant armement, que l'on faisoit icy, ne servirait de rien, offrit encore de faire le voyage en personne, et asaeura les Estats, que sa présence seroit capable de ramener les Portugais rebelles à leur première obéissance. Ces offres de la restitution pure et simple de tout le pais révolté, que l'Ambassadeur Portugais faisoit, sembloient d'autant plus estranges à quelques uns, qu'après cela l'on ne pouvoit plus douter, que le Boy, son maistre, n'eust eu bonne part à cette révolte, puis qu'il pouvoit disposer les révoltés à retourner dans l'obéissance de l'Estat; si ce n'est que son intention fust d'amuser, comme l'on dit, le tapit, et de faire quelque négociation, à dessein de gagner du temps et d'achever la conqueste de tout le Brésil. L'on n'en pouvoit presque pas clouter, puis que le Roy, en escrivant aux Estats le 10 Mars 1646, avoit protesté, qu'il n'estoit pas en sa puissance de restablir les affaires de ces quartiers là, et avoit témoigné, qu'il ne falloit point espérer que cette restitution se pust faire par son moyen (qq). L'Ambassadeur eut mesme l'audace de communiquer aux Estats les premières nouvelles de la reduc-
(qq) Résol. des Etats Gén. du 2S Nov. 1047.
Le* ProoiHce* Urnes et le Portugal. 191
tion de Loanda de St. Paulo et de l'Isle de St. Thomé par les Portugais; ce qui fut trouvé si insolent, qu'on lui fit rendre son mémoire. Il avoit fait espérer jusques alors, et en avoit mesmes donné quelque asseurance, que le Roy, son maistre, agréerait les conditions, que les Députés des Estats lui a voient proposées; qu'il feroit restituer à la Compagnie toute cette partie du Brésil, qai s'estend depuis la rivière, que Ton appelle Rio ReaU jusques à Rio Grande, y compris la capitainie de Sercgippe del Bey, avec ki esclaves et les matériaux nécessaires au service des moulins àiaccre, que les Portugais appellent ingenhos ; qu'il lui feroit donner tous les ans mille bœufs, propres à labourer la terre, auttnt de vaches, deux cens chevaux, trois cens moutons, et ce pendant quelques années de suite, dont le nombre seroit réglé entre eux, et que pour achever de la dédommager, il lui donnetoit tons les ans, pendant dix ans, mille caisses de succre, et lui laissèrent Loanda de St. Paulo et l'Isle de St. Thomé. Mais d& qu'il sçeut, que ces deux places avoient esté occupées par ki armes du Boy, son maistre, il dit, que cette réduction changent tout Testât des affaires, et que sans un ordre exprés de sa Cour, il ne pouvoit plus rien promettre ny signer à l'égard de ce* deux postes. Les Estats, qui n'estoient desja que trop per- •ntdés du peu de sincérité de ce Ministre, prirent occasion de cette déclaration, de lui faire dire, que toutes ces fuites et remi- *s estoient trop offensantes et insupportables, et que son procédé «tant ridicule, et aussy préjudiciable à la Compagnie qu'injurieux a TEstat, il falloit qu'il advoûast ou desadvoiiast, de la part du % son maistre, le traitté, dont le projet lui fut mis entre les 1 ■•bs, sans y altérer quoy que ce soit, afin que l'Estat sçeust ce y& auroit à faire à l'égard du Roy de Portugal et de ses sujets. L'Ambassadeur répondit, qu'il n'avoit point d'ordre de restituer Angola et St. Thomé, et ainsy qu'il ne pouvoit pas signer le traitté tous les termes qu'il estoit couché. Ce n'estoit qu'un prétexte. ke Portugais ne vouloient rien restituer; mais quand mesmes l'Ambassadeur auroit eu le pouvoir de promettre la restitution * ces places, il n'avoit garde de le faire, puis qu'il ne pouvoit P*» ignorer que des membres considérables des Etats de Hollande eetoient d'advis, que l'on acceptast ses offres, plustost que d'en tenir à une rupture avec le Roy de Portugal. Neantmoins il fut ttwhi au commencement de Tannée 1649, que l'Estat presteroit ** forces à la Compagnie, pour l'aider à recouvrer les conquestes quelle avoit faites en la costc méridionale d'Afrique, devant que
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la paix y cust esté publiée. Tellement que de cette conjonG d'affaires Ton prevoyoit une disposition à une nouvelle gu< ou à de nouvelles négociations avec les Ministres de Porta qui feront, sans doute, une bonne partie de cette histoire, i qui peut estre ne finiront pas avec elle.
Les Princes voisins de cet Estât, à qui la paix, que l'on noit de faire avec l'Espagne, ne pouvoit pas estre indiffen n'en receurent pas les ad vis d'une mesme façon. L'Electeoi Brandebourg fit faire un compliment à l'Assemblée. Les El le considéraient, tant à cause de la religion, dont il faisoi fait encore profession, et de la vaste étendue des provinces, < possède depuis les frontières de Brabant et de Gueldre de • le Rhin, jusques en Pologne et en Lituanie, qu'à cause de mérite personnel, et de l'alliance qu'il avoit prise en la Ma d'Orange. L'Electeur de son costd estoit obligé de considéra Estats, parce que ce n'est qu'à eux qu'il estoit obligé d possession des provinces de la succession de «Tuiliers, qui sont demeurées, et où il a esté maintenu contre la pretensioi plusieurs autres Princes d'Allemagne, parents, au mesme d que lui, du dernier Duc de «Tuiliers et de Clcves. Car 6 la urne, qui mourut le 25 Janvier 1592, laissa plusieurs eni de l1un et de l'autre sexe: sçavoir I. Charles-Frederic, mourut à Rome le 9 Février 1575, n'ayant pas encore vingt accomplis; c'est de lui dont Stephanus-Wigandus Pigl a fait l'éloge, sous le nom de Hercules-Prodicius; II. Je Guillaume; III. Marie-Eleonor, qui épousa Albert*] deric de Brandebourg, Duc de Prusse, et de ce mariage quit Anne, femme de Jean-Sigismond, Electeur de Bra bourg; IV. Anne, femme de Philippes-Loùis de Bavii Comte Palatin du Rhin à Neubourg sur le Danube; V. Ma( lcnc, femme de Jean de Bavière, Comte Palatin du Rh Deuxponts, et mere de Jean-Casimir, père de Charles-C tave, Roy de Suéde, dernier dcccdc*, et "VI. Si bille, feram Charles d'Au s triche. Marquis de Burgou, qui estoit fil Ferdinand d'Austrichc, Comte de Tirol, et de Philip] Welser, sa première femme. Jean-Guillaume estant d< sans enfants le 25 Mars 1609, sa succession fut contestée cipalement entre Jean-Sigismond, Electeur de Brandeb au nom de sa femme, seule fille de Marie-Eleonor, aisnéc de Jcan-Guillaumc, et par AVolfgang-Guiilav au nom d'Anne de Juillcrs sa merc, sreur puisnée de J
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Guillaume, laquelle vivoit encore. Ces deux princes se mirent en possession de presque tout le païs; en sorte qu'il n'y eut que h râle de .Tuiliers, et deux ou trois petites villes, qui receussent innûson de Leopold d'Austriche. Ca Prince, qui estoit alors Presque de Strasbourg et de Passa u, ayant dessein de se saisir «le tout le païs, s'estoit fait donner la qualité de Commissaire de l'Empereur, afin de le restituer à celui des Princes à qui il apjtrtiendroit de droit, ou bien pour le réunir à l'Empire; c'est à dire pour le faire entrer dans la Maison d'Austriche, s'il se trouvoit que l'Empereur en pust disposer, comme y estant dévolu, Jute de masles. Albert d'Austriche, Prince d'une partie des Itis-bas, le secourait continuellement de troupes, pendant que les ckux Princes intéressés demandoient du secours à la France, à l'Angleterre, aux Provinces Unies et aux Princes Protestants d'Allemagne. Henry IV, qui vouioit mortifier la Maison d'Austiiche, qui formoit de grands desseins du costé de l'Empire, et qui estoit bien aise d'avoir rencontré cette occasion de pouvoir faire mjeber ses troupes, sans donner de l'ombrage aux Protestants, leur préparait un puissant secours, quand il fut tué le 14 May XSlO. Cette mort ayant retardé la marche de l'année Françoise, Ici Princes Protestants d'Allemagne, qui avoient fait une Union entr'eux, fortifiés des troupes des Estats, mirent le siège devant Julien, Capitale du Duché, et en donnèrent la conduite à Maurice de Nassau, Prince d'Orange, qui l'avança si bien en peu de temps, que lors que le Marcschal de la Chastrc y arriva, aiec dii mille hommes de pied, et deux mille chevaux François, la place, qui ne pouvoit plus tenir, capitula et se rendit. Les don Princes, possesseurs en commun de cette belle succession, laquelle chacun d'eux pretendoit toute entière, ne purent pas longtemps demeurer d'accord entre eux; de sorte que de costé et d'autre ils tâchoient de se fortifier d'amitiés et d'alliances. Le Doc de Neubourg maria le 15 May 1613 le Prince, son fils, dans la maison de Bavière, et ce jeune Prince, faisant par ce ffloyen des amis parmy les Catholiques Romains, qui considèrent le Duc de Bavière comme leur chef, entra aussy dans leur P*rty et dans leur religion, au grand regret du perc. Ce mariage et ce changement de religion augmentèrent si fort la défiance entre les Princes prétendants, qu'après quelques entreprises sur des places, qu'ils dévoient posséder en commun, ils se déclarèrent enfin, l'Electeur en se jettant entre les bras des Estats des Provinces Unies, et le Duc entre ceux de l'Archiduc Albert. Co l 13
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dernier, ayant mis sur pied une armée de trente mille homn.es, comme Commissaire de l'Empereur, en avoit donné la condixite au Marquis Spinola, qui sous prétexte d 'exe eu ter la sentevsce de proscription contre la ville d'Aix la Chapelle, en qualité de Lieutenant du Commissaire Impérial, se saisit de Wcscl et de quelques autres villes des Duchés de Cleves et de Juillers, et k Prince Maurice de son costé, mit garnison dans Rccs, d^»ni Emmeric et en quelques autres villes où les Estats ont le "Un garnisons depuis ce temps là, et qui obligent l'Electeur à vi^^n bien avec eux. F r i d e r i c - G u i 1 1 a u m c , qui avoit succedéT i George-Guillaume, son perc, depuis le 1 Décembre 16-^W avoit confié la principale direction «le ses affaires à un genfc-îl homme du pais de la Marc Brandebourg, nommé Conrad ^' Burgstorf. Ce Ministre, qui n'avoit point de connoissance ^ tout des affaires de l'Estat de l'Electeur, son maistre, non pi-"*1 que des interests des Princes et Estats voisins, et qui n'avoit rr^ a mesme les principes nécessaires pour l'acquérir, lui avoit et»* seillé d'épouser la fille aînée du Prince d'Orange, dans un tera^?* où l'esprit et la mémoire du Prince est oient dcsja tellement ^^ foiblis, qu'il n'estoit plus capable de lui procurer les âvantag-^1 qu'il en anroit pu tirer dans une autre saison, et le peu qu'il ^u cust pu espérer encore, fut négligé de ceux, aux conseils desqu*^* il sVbtoit entièrement abandonné. Au premier voyage qu'il fit ■ la Haye en Tan 1046, il avoit fait faire ouverture aux Esta*^* d'une alliance plus particulière que celle qu'il avoit avec eux, d depuis ce temps là il en avoit fait continuer la négociation Ô* temps en temps; mais trois mois après la conclusion du traita de Munster, il envoya à la Haye une deputation solemnellc, composée des plus considérables ^Iinislres de son Conseil. C'estoicnt Philippcs de Horn, Otton de. Seliwerin, Wirich de Bernsau de Bellinehove et Jean Portman, qui bien qu'ils n'eussent que la qualité d'Envoyés en leurs lettres de créance, pretcudoient estre reeeus et traittés comme Ambassadeurs. Cette pretension embarassoit les Estais* d'autant plus, que les cérémonies, avec lesquelles on traitte le.-» Ministres publics, n'estant pas encore bien réglées en M te Cmir, et cette qualité, qui est de l'invention des Princes, ou i\<:? Minières d'Allemagne, estant encore fort nouvelle, ils ne sçavnicnt pas comment s'y prendre. Je diray iey en passant, qu'il n'y a pas longtemps, que l'on y fait distinction entre la qualité de Ge<anfv.r et celle iVAbgesa n (er% et que la première y marque le caractère d'Ambassadeur, et que
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l'autre y signifie un Ministre du second ordre, puis que Ton a reo, que depuis quarante ans l'Electeur de Saxe a donné chez loi la première place par tout à un nommé la Grange aux Ormes, medîcin de Metz, que le Boy Louis XIII employa, i cause de la connoissance qu'il avoit de la langue Allemande, qooy que ce ne fust qu'un simple porteur de lettres, sans aucune créance. J'y âjousteray encore, qu'il n'y a pas fort longtemps, que les Ambassadeurs se font traitter d'Excellence. Louis de Gonzague, Duc de Ncvcrs, estant en l'an 1593 Ambassadeur à Borne pour Henry IV, Roy de France, se faisoit donner la qualité d'Excellence, qui estoit deuc à sa naissance, et à son exemple les partisans, que l'Espagne y avoit, la donnèrent à l'Ambassadeur de cette Couronne là. Quelques années après F o scarini et de Jacob, estant Ambassadeurs de Venise et de Satoye en France, se donnèrent entr'eux la mesme qualité, et par ce moyen ils se la firent donner par ceux qui avoient à négocier avec eux, et se mirent en la possession, où ils se sont coaaervés depuis.
On vouloit obliger l'Electeur de Brandebourg, non seulement comme un très puissant Prince de l'Empire, et comme un voisin tres considérable, mais aussy comme beaufrere du Prince d'Orange, à qui l'on faisoit honneur, en honnorant les Ministres de l'EIcckur, et en cette considération on leur fit des civilités, que l'on Va accoustumé de faire qu'aux Ambassadeurs. Deux Députés de l'Assemblée les allèrent prendre à leur logis, et les conduisirent a laudiancc, suivis d'un grand cortège de carosscs. Leur discours m fat qu'un compliment, accompagné d'une forte instance pour i'alliance, à laquelle l'Electeur, leur maistre, aspiroit avec d'autant plus de passion, qu'il ne doutoit point, qu'après une poursuite de tant d'années l'on ne fist le traitté, que Ton n'avoit différé de conclurre, à ce que l'on disoit, que parce que pendant la guerre d'Espagne l'Estat n'avoit pas pu prendre des mesures bien justes touchant cette affaire. Cependant ils ne pressoient pas trop leur négociation, parce qu'ils vouloient qu'on leur fist les xnesmes honneurs, que l'on fait aux Ambassadeurs des Testes Couronnées, et que les conférences, que Ton vouloit faire tenir dans une des antichambres, se tinssent dans leur logis. Jls y réussirent, mais ce ne fut qu'après qu'ils eurent fait venir d'autres lettres de créance, où l'Electeur leur donnoit le caractère d'Ambassadeur. Il n'estoit pas fort difficile de l'obtenir d'un premier Ministre, qui n'en connoisso't pas la force, et qui ne sça-
19G Les Provinces Unies et le Brandebourg.
voit pas en quoy il différent d'avec la qualité d'Envoyé, laquai comme nous venons de dire, est fort nouvelle, n'estant en efe celui qui s'en trouve revestu, qu'un Eesident Extraordinaire. 9 les nouvelles lettres de créance, qu'ils présentèrent, l'on ne point de difficulté de leur faire tous les honneurs qu'ils avoie désirés, et de tenir les conférences chez eux, mais dés que l'< commença à entrer en matière, Ton y rencontra des obstaci qui firent bien juger du mauvais succès de leur négociation. L traittés, que cet Estât avoit cydevant faits avec les Electeurs, c prédécesseurs, n'a voient eu pour object que la conservation d Provinces de la succession de Juillcrs, et ces Minisires prête doient faire comprendre aussy au traitté tous les Estats, q l'Electeur possedoit, mesmes à l'autre extrémité de l'AUemagt sur la mer Baltique, comme la Prusse, et cette partie de la F meranie, que le traitté qui se négocient, et que Ton estoit sur '. poinct de conduire à Osnabrug, lui devoit laisser. Ils faisoie aussy instance à ce que les Estats remissent entre les mains l'Electeur les villes du Duché de Cleves, où ils ont leurs gsrr sons, ou du moins la ville d'Emmeric, sur le Rhin, et Guenne au confluent de la Meuse et du Niers. On leur représenta, q> toutes les villes, que les Estats possedoient au païs de Glera avoient esté prises sur le Roy d'Espagne, et qu'ils y avoient k garnison, pour prévenir les estrangers, et pour les empescher • les occuper; que les Espagnols ne les auroient jamais restitués et que l'Electeur ne les y eust pas pu contraindre par la for de ses armes; qu'il estoit juste de rembourser les Estats de dépense qu'ils avoient faite à tant de sièges, et à entretenir 1 garnisons depuis tant d'années. Aussy ne se pût on pas resond. à s'engager à un traitté, qui obligeroit les Estats à la défense f provinces, que l'on ne pouvoit pas secourir qu'en traversant ni bonne partie de l'Allemagne, ou bien par mer, avec une dépeai disproportionnée à ce que l'on pouvoit espérer de l'Electeu Tellement que les Ambassadeurs, voyant qu'il y avoit peu d'aj parence de réussir, se retirèrent au mois de Juillet, sous prêtes1 d'aller faire rapport à leur Cour de Testât de leur negociatio] Ils vouloient faire croire, que leur intention estoit de la continue c'cstpourquoy ils laissèrent à la Haye Chrestien Mo 11, à q la faveur du premier Ministre avoit fait donner le caracte d'Ambassadeur. Il avoit auparavant eu la qualité de Eesident, estoit si jeune, que, se voyant, au sortir du collège, élevé à i poste, que les hommes les plus consommés dans les affaires oi
198 UElecieur de Cologne.
des droits d'entrée. Les Ambassadeurs Extraordinaires, qui estoie cependant revenus à la Haye, pour seconder la négociation l'ordinaire, remarquant le peu d'inclination, que Ton y avoit traitter avec l'Electeur aux conditions qu'ils proposoient, et q ce n'estoit pas un ouvrage de peu de jours, que l'ajustement deux points si importants, le prest d'argent et l'alliance, s'enr tournèrent à Cleves, où l'Electeur faisoit son séjour depuis si mariage. Tellement que tout ce qu'ils obtinrent fut, que TEk tricc de Brandebourg estant accouchée d'un Prince le 16 Àvi de cette année, et l'Electeur ayant voulu, parmy les autres p rains, prier aussy les Estats Généraux, de le présenter au ba tesme, ils députèrent à cette cérémonie Henry la Gap elle c Rijssel, Jacob de Wassenacr. d'Opdam, et Corneil de Stavenissc, Conseiller Pcnsionairc de Zeelande, Députés l'assemblée des Estats Généraux des trois premières Provint de l'Union.
L'Electeur de Cologne envoya à la Haye Adolfe de Ln
zenrade de Clarcnbcecq en qualité d'Envoyé. La civili
qu'il fit aux Estats au sujet de la paix, servoit de prétexte à se
voyage; mais il avoit ordre de les prier de faire continuer ',
neutralité avec l'Archcvesché de Cologne, et avec l'Evesché <
Liège: de ne souffrir point, que son païs fust incommodé (
passages, ou de logements de gens de guerre, ennemis de l'Eu
pire, et sur tout de ne favoriser point les troupes de Hess
quand elles voudroient passer le Khin. Il leur représenta, qu'
y avoit six ans, qu'ils avoient jugé eux mesmes, qu'il seroit ni
ccs3airc de faire sortir les garnisons de toutes les places, qui soi
situées entre le Khin et le Wcser; qu'en ce temps là la Franc
s'y estoit opposée, en faveur des Suédois, à cause de la par
qu'elle prenoit aux affaires d'Allemagne ; qu'ils ne dévoient phi
avoir ces considérations pour des interests particuliers, et qu'il
rendroient un service trcsconsidcrablc à la cause commune, «
présentement, après la conclusion de la paix, ils executoienteett
bonne intention; puis qu'aussy bien ces garnisons estrangeres ;
la vciïe de ces frontières, incommodoient sans doute l'Estat, «
le commerce de ses habitants ; que les deux Couronnes, de Franc
et de Suéde, les consideroient assés, pour donner quelque chos
à leur intercession, et pour retirer, à leur prière, les garnison
des places, qui pouvoient donner de l'ombrage; que peut estr
la Landtgravc Princesse Kegentc de Hcsse demanderoit unesomm
de deniers pour son prétendu dédommagement; qu'cllo avoi
Le Duc de Ncubourg* 199
desja tiré des trésors incroyables de l'Archevesché de Cologne, en sorte qu'elle n'y devroit plus rien prétendre; et ncantmoins, li les Estats jugeoient, que pour l'obliger à retirer ses troupes, H fklloit lui donner quelque autre satisfaction, l'Electeur ne feroit pis le difficile, et suivroit volontiers le conseil, qu'ils lui donneraient en cette rencontre: parce qu'il vouloit bien croire, que cette Princesse seroit assés raisonnable, pour ne demander pas me somme excessive. Ce que l'Electeur de Cologne faisoit représenter estoit vray, et ce qu'il demandoit estoit raisonnable, mû les Estats, qui ne se pouvoient pas commettre avec les deux Gnronnes, de France et de Suéde, ne s'en voulurent pas mcslcr. Lutzenrade n'ayant pu rien^obtenir, s'en retourna vers la fin de Tannée 1648. Cependant la paix de l'Empire ayant esté conçue, et l'Electeur n'ayant plus besoin de l'entremise des Estats, pour faire retirer les garnisons qui l'incommodoient, de sorte orïl croyoit se pouvoir passer de leur amitié, il leur envoya dénuder par le Docteur Bouchorst, en Tan 1G49, la continuation de leur amitié et de la neutralité; qu'ils eussent à retirer ko garnison de la ville de Rhinbcrg; à restituer aux Catholiioei Romains l'Eglise, et les biens dépendants de quelques conteati, et autres fondations; à restablir dans le Magistrat quelles personnes, qu'ils avoient jugé à propos d'en oster, et que k Rhingrave, Gouverneur de Mastrickt, lui fist le serment de fidélité, à l'exemple du Duc de Bouillon et du Comte de S o 1 m s, «s prédécesseurs, qui le lui avoient fait, comme estant Seigneur i la ville, conjointement avec les Estats, en qualité d'Evesquc de Liège. Mais ils ne voulurent rien faire au préjudice de l'Estot et de la Religion Reformée, et se contentèrent de le renvoyer chrgé de paroles civiles et obligeantes.
Le Duc de Neubourg fit presque en mesme temps faire les ■esmes instances et les mesmes offres, avec le mesme succès. Il «oit envoyé à la Haye Jean Bcrtram de Wcspenning, &ron do Schcidt, qui y estant arrivé au mois d'Aoust, dit dans l'wsemblée des Estats, que puis qu'à l'occasion do la paix ils le&nneroient, ou licentieroient, sans doute, une partie de leurs ^pes, et qu'il y a voit de l'apixarencc, qu'ils diminucroient les pnâsons de leurs frontières, le Duc, son maistre, esperoit qu'ils r*roroicnt aussy celle qu'ils avoient dans la ville et dans le ^teau de Kavcstein, qui estoit de son partage, depuis le der- N** traitté particulier qu'il avoit fait avec l'Electeur de Brandebourg pour la succession de Juillcrs et de Clevcs. Mais on lui
200 Les Duchés de Juillets et de Berg.
fit connoistrc, qu'il fulloit du temps, pour délibérer d'une afi&wJM* de cette nature; que la paix ne venoit que d'estre concilie -d publiée, et que les habitants de Bavcstcin a?oient d'autant moixii de sujet de se plaindre, que les soldats de la garnison esta fit payés par prests toutes les semaines, et fort bien disciplinés, 1^5» bourgeois en tiroient un grand avantage, en leur débitant 1^5* denrées, dont ils auroient de la peine à se défaire sans cel» ; que les villes du Duché de Clcvcs, bien loin de demander d'estr* déchargées de leurs garnisons, seroient bien marries, qu'on leCB~* ostast les gens de guerre et mesme que celles des Province* Unies, qui ont part au gouvernement de l'Estat, demanderas.'* tous les jours, qu'on leur en donne.
Les Estats des Duchés de «Tuiliers et de Berg firent en œ temps là seconder, par leurs Députés, les instances, que le Duc faisoit faire, pour estre déchargés des troupes, dont la Lantgrare de liesse incommodoit son pais. Ils représentèrent icy à la Haye* que dés l'an 1630 le Itoy d'Espagne et cet Estât estoient convenus, du consentement de l'Empereur et du Collège des Electeurs, que les uns et les autres retireraient les troupes, qu'ils cntrctcnoicnt dans les places de la succession de Juillers, et qui l'avenir on ne les chargerait plus de logements ny de passages de gens de guerre; qu'au préjudice de cette convention la Princesse Lantgravc de Hcsse avoit rempli tout le pais de ses garnisons, qui l'épuisoient par les contributions; lesquelles estoient d'autant plus insupportables, qu'on les exigeoit de toutes sortes de personnes indistinctement, des gentilshommes, quoy qu'exemts par les lois de l'Empire de cette sorte d'exactions, aussy bien que des roturiers; que les Généraux des armées de l'Empereur leur demandoient, et avec justice, les mesmes contributions, qu'ils payoient à leurs ennemis, et que les officiers de Hcsse, qui ranconnoient toutes les marchandises, qui passoient par leurs quartiers, n'incommodoient pas seulement, mais ruinoient mesmes le commerce des habitants de ces Provinces. Au reste, qu'ils n 'estoient pas jaloux du bonheur des sujets de l'Electeur de Brandebourg, qui ne sentoient plus ces incommodités, mais qu'il semblent, que les avantages, dont ceux de Cleves joiiissoient, ne de» \ oient pas estre refusés à ceux de Juillers et de Berg. Il est vray que la Lantgravc avoit retiré ses troupes du pais de Cleves, non à la prière des Estats; mais parce qu'elle vouloit obliger l'Electeur, en considération du mariage du Lantgravc, son fils, avec la soeur de ce Prince. C'est pourquoy les Estats se conten-
Le Comté d'Oldenbourg. 201
ferait d'entretenir ces Députés d'espérances, et de leur faire conuoistre, que c'estoit de la paix, qui s'alloit apparemment conclurre en Allemagne, qu'ils dévoient attendre leur soulagement, et le remède aux maux, dont ils estoient travaillés.
Le Comte d'Oldembourg, qui s'estoit fait comprendre au traité de Munster de la part du Roy d'Espagne, y vouloit estre aussy compris de la part des Estats; mais comme ils avoient à dera esta arec lui le différent du péage du Weser, ils n'estoient ny en atit ny en humeur de lui faire plaisir. Au contraire il y avoit vie disposition universelle à le contraindre de renoncer à Testa- Unement de ce droit, qu'il pretendoit establir sur la rivière de Weser. Nous n'aurons plus d'occasion de parler du Comte d'Oldembourg, parce que n'ayant point fait de figure dans le grand no&de, et ayant vescu en bon oeconomc, plustost qu'en homme le a qualité et de sa naissance, à cause de l'application particulière qu'il avoit au mesnage, et à nourrir plusieurs haras de ckevaax de toutes sortes de races, il ne sera pas hors de propos d'employer icy quelques lignes à le faire connoistre. Antoine Ginther, dernier Comte d'Oldembourg, qui est decedé sans caftât* depuis le 29 Juin 1657, ayant fait escrire l'Histoire de ton jus par Herman Hamelman, premier pasteur, ou comme l'on parle en Allemagne, Surintendant des Eglises de son païs, a voulu faire présent à la postérité d'un livre tout rempli de fa- Ues, et d'une généalogie, non seulement destituée de toutes les preuves nécessaires, mais aussy notoirement fausse et impertinente. Reusner, Henningcs et Drcsserus, aussy infidèles, mais plus sçavants que Hamelman, aimant mieux donner une origine fausse à la Maison d'Oldembourg, que de la relever, en âvoiiant qu'elle a cela de commun avec plusieurs autres maisons illustres, que la recherche de son commencement se perd dans l'antiquité, font descendre les Comtes d'Oldembourg de Walpcrt, petit fils de Witikind le Grand, souche des anciens Ducs de Saxe, dont la postérité est faillie depuis plusieurs siècles. Il est vray, que Belmold et Albert Abbé de Stade, auteurs graves, en traittant des affaires de l'unziéme et du douzième siècles, parlent des Comtes d'Oldembourg. Il est certain aussy, que la Maison est fort ancienne; mais ny eux, ny plusieurs autres grandes maisons de l'Europe, ne peuvent pas produire une descente, ou filiation bien vérifiée depuis trois ou quatre siècles, et ne laissent pas pour cela d'estre bien illustres, comme celles, qui n'ayant aucune marque de noblesse en leur famille, ny de générosité en cura personnes, se font descendre des premières Maisons de
203 La ville de Brème.
l'Europe, ne laissent pas de demeurer roturières et vilai Thierry, surnommé l'Heureux, réunit en sa personne les C tés d'Oldcmbourg et de Delmenhorst, et en épousant, en seooi nopces, Avoye (1), fille de Girard I, et soeur de Girari et d'Adolfe, Ducs de Slcswic et Comtes de Holstein etc. entrer ces Estats dans sa Maison. De Christian, fils aim Thierry, descendent les Rois de Dannemarc et les Daa Holstein, et Girard, son fils puisné, succéda aux Comtes d dembourg et de Delmenhorst. Jean, son fils, laissa An toi père de Jean II, et ayeul d'Antoine Gunther, lequel es decedé sans enfants, comme nous venons de dire, les Coi sont retournées à la branche des aînés, qui en est en posses présentement. Antoine Gunther, qui nasquit le 1 Notct 15S3, en succédant à son frerc le 12 Novembre 1603, trouv Maison fort incommodée et endettée; mais comme toute sa n'a esté qu'un ménage perpétuel, il n'a pas seulement acqi toutes les dettes de ses prédécesseurs, mais il a aussy trou* moyen de réunir à son domaine tout ce que les gentilshom particuliers possedoient en son païs. Tellement qu'ayant avec eu l'industrie d'exemter les Comtés d'Oldcmbourg et de Deln horst de passages et de logements de gens de guerre, peut que toutes les autres Provinces d'Allemagne en estaient ravag et qu'il a mesmes eu l'adresse de profiter de la guerre, ei faisant accorder un péage sur la rivière de Wescr, il a h une très opulente succession à ses héritiers.
Pour ce qui est du péage du Weser, la ville de Brème a voir, qu'en vertu des lettres de l'Empereur Henry V, elle jo soit depuis plus de cinq cens ans, de la jurisdiction, et du c de protection et de défense sur la rivière de Wescr, depui ville jusques à la mer, de l'un et de l'autre costé de la riv Cet Avantage lui avoit esté confirmé par l'Empereur Gui lia v d'Hollande (2), et en suite par l'Empereur Charles V, qui ses lettres, données à Ratisbonnc le 20 Juillet 1541, confi expressément au Magistrat de la ville de Brème le privilège liberté, la jurisdiction et le droit de nettoyer la rivière de Vi de pirates, d'y mettre des balises, ou tonneaux flottants, planter des masts, et d'y ériger des fares, et d'autres mar< pour la scureté de la navigation, d'y pescher et d'y trafique!
(1) Avoye, forme française du nom allemand Iledwig.
(2) M. de Wicquefort se trompe ici, en nommant Guillai Empereur. Guillaume II, Comte de Hollande, élu roi des Ron en 1246, ne fut point couronné Empereur.
La ville de Brème. 203
brement, d'y faire prendre les pirates, et d'en faire faire punition exemplaire. Et neantmoins Antoine Guntherosa bien, en i'an 1612, supplier l'Empereur Matthias, de lui permettre d'establir un péage sur le Weser, et Ta voit obtenu; mais la ville de Brème, qui y estoit fort intéressée, s'estoit tousjours opposée à cet establishment, et son opposition avoit esté depuis secondée de quelques Electeurs, et de presque tous les Princes Protestants d'Allemagne. La pluspart des villes libres s'y joignirent, parce que les uns et les autres jugeoient, que Ton ne pouvoit pas lever ces droits, sans faire tort au commerce, et sans faire violence aux privilèges de quelques Princes et Estats de l'Empire. Ils «voient la mesme considération pour les Estats voisins et estrangers, qui avoient sujet de s'en plaindre et de s'en ressentir. A ntoinc, Comte d'Oldembourg, ayeul de celui duquel nous parlons, •voit poursuivi cet es ta blis sèment auprès de l'Empereur Ferdinand I, qui le lui avoit refusé, et Ferdinand II avoit ordonné à celui-cy de vérifier ce qu'il avoit exposé en sa requeste, sçiToir que la jurisdiction de la rivière lui appartenoit. Mais cty ce qu'il ne faisoit point, et ne pouvoit pas faire, et cependint il ne laissoit pas d'entretenir ses négociations dans les Cours, qui pouvoient aider à faire réussir son dessein, qui estoit «Ten faire faire un article dans l'instrument de la paix d'Allemagne. Les Estats de ces Provinces s'y trouvoient intéressés, «nt à cause du traitté, qu'ils avoient fait avec les villes Anseafynes en Tan 1643, pour la liberté du commerce, que pour l'amour des habitants de ces Païs, que le Comte pretendoit incommoder plus que les autres. Il ne l'avoit pas dissimulé au mémoire, qu'il avoit joint à la requeste, qu'il avoit présentée à l'Emptfeur Matthias, où il avoit bien osé dire, que le péage du Veser n'incommoderoit principalement que les habitants des Provinces Unies; que Ton y chargeoit tous les jours les sujets de l'Empire de nouveaux droits, et d'impositions extraordinaires; <Hfil demandoit cette grâce, comme une récompense des services, Vfe ses prédécesseurs avoient rendus à l'Empereur Charles V, * l'aidant à conquérir une de ces Provinces, et qu'il ne manqueroit pas de suivre leur exemple, en aidant à réduire celles, T^ s'estoient soustraites de l'obéissance du lloy d'Espagne. De wrte, que les Estats, n'ayant que trop de preuves de la mauvaise volonté du Comte, ne le voulurent pas comprendre au traitté de «nnster, et receurent avec assez de froideur le compliment, qu'il leur fit fairc à l'occasion de la paix. Ils ordonnèrent à leurs Plénipotentiaires d'aller à Osnabrug, et de prier ceux de TEin-
204 La ville de Brème.
pereur et des Electeurs, de ne consentir point à cette vexatk firent exhorter le Comte de désister de sa prétention, et lui fin connoistre, que s'il s'y opiniastroit, ils opposeraient leurs ara à cet injuste establissement. Mais leur voyage fut inutile, et ne purent pas empescher que Ton n'en fist un article de l'insti ment de la paix de l'Empire. Les Estats avoient de temps temps pris des resolutions fort vigoureuses sur ce sujet, et 1' avoit mesmes proposé d'envoyer des vaisseaux de guerre sur Weser; mais la Hollande avoit de l'aversion pour tout ce i pouvoit engager l'Es ta t à une nouvelle rupture, et quelques m des Provinces, qui d'abord avoient témoigné le plus d'animoi contre le Comte, furent les premières à se relâcher; de sorte qt ne s'en trouva plus enfin, qui se voulussent opposer àPexeeut d'un décret de l'Empire.
La ville de Brème est située dans le Cercle de la Basse Si et Auguste, Duc de Brunswic à Wolfcmbuttel, qui comme tant alors l'aîné de la Maison, estoit l'un des directeurs du C cle avec l'Archevcsque de Magdebourg, fut requis de s'en ch ger, et à son refus l'on en donna la commission à l'Electeur Cologne. Ce Prince, qui n'avoit point de part à la direction ce Cercle, bien qu'il soit un de ses membres, à cause de l'Ei ché de Uildcsheim, se lit commettre, nonobstant les devoirs, < les Estats firent, pour tâcher de l'eu empescher. Ils navoient tousjours eu de la complaisance pour lui; c'est pourquoy il considéra pas beaucoup leur intercession en cette rencontre; n ayant de bonnes troupes sur pied, et les villes Anseatiques faisant rien pour la ville de Brème, l'Electeur n'eut pas bel d'employer la force pour faire establir le péage du Weser. Tool fois cela ne se fit qu'après la conclusion de la paix d'Allemtf qui fut signée le 24 Octobre entre l'Empereur et le Boy France à Munster, et entre le mesme Empereur, la Couronne Suéde et les Estats de l'Empire, à Osnabrug.
Devant que d'achever ce livre, je diray un mot de Testât affaires d'Ost-Frisc, et de l'Ambassade, que les Estats avoi envoyée en Moscovic, afin de n'interrompre point la suite affaires, dont je seray obligé de parler au livre suivant. Dq plus de soixante ans il ne s'en est pas passé un seul, que '. n'ait parlé de l'Ost-Frisc dans l'assemblée des Estats Gênera mais comme ce ne sont la pluspart que des différents particul et domestiques entre le Comte et les Estats du païs, entr Comte et la ville d'Embde, et entre les Estats d'Ost-Frise e mesme ville, je n'ay pas cru en devoir remplir cette Histo
206 L'OttFrite.
d'Embdc perinist l'exercice de la religion Calviniste, sans le c scntemcnt du Comte, son mary. Il escouta le Conseil de sa fi me, et s'estant laisser persuader, que son authorité y estoit il ressée, il la voulut appuyer de moyens, que la ville ne cro] pas légitimes, et les habitants employèrent les mesmes moye prirent les armes contre le Comte, et surprirent le Chasteau, d ils abbattirent une partie, afin qu'il ne se fortifiast point du ce de la ville. Le Comte, résolu de punir cette rébellion, entre] de boucher le havre, en faisant fortifier un poste dans le vo nage, d'où il pouvoit embarasser la navigation de la rivière d'Ei mais les Estats de ces Provinces, jaloux de la liberté du comme] ayant licentié quelques troupes, pour les faire passer au aen de la ville, le Comte changea de dessein, et souffrit que par 1 entremise il se fist, vers la fin du dernier siècle, un accommo ment en la ville de Dclfziel, dont les Estats garantirent l'e&e tion en Tan 1600, du consentement des parties intéressées. Fan 1611 le Comte, craignant que les Estats n'eussent manvt opinion de la sincérité de ses intentions; parce que ses deux* clés, qui n'avoient pas pu faire agréer icy le service qu'ili avoient offert, estoient allé servir le lloy d'Espagne, et voul s'establir dans leur amitié et confidence, il mit entre leurs mai de son mouvement, le fort de Licroort, afin qu'ils y missent 1 garnison pendant cinq ans. En la mesinc année se fit entre Comte et les Estats de son pais le traitté, que l'on appelle co munement l'accord d'Osterhuscn. Ce traitté porte entr'autres cl ses, que les Estats des Provinces Unies seront suppliés d'au à maintenir cet accord, de le protéger, et de tenir la main à qu'il soit punctucllement exécuté, et en cas de contravention, secourir et de défendre la partie lésée et offensée ; de contraint à main forte ceux qui y contreviendront; de faire exécuter accomplir les accords et conventions précédentes; de se charç de l'explication des ternies obscurs et équivoques, que Ton pourroit avoir fait glisser, et de régler et décider les différer que l'on pourroit faire nuistre à cause de cela. Mais ce qu'il a de plus remarquable en cecy est, que le Comte, après avi signé le traitté, remercia les Estats des bons offices, qu'ils avoient rendus, en le faisant conclurre par leur entremise, et fit point de dimculté de deelarer, qu'il leur avoit une derni< obligation; parce que sans la peine, qu'ils avoient prise de d poser les esprits à un accommodement, la ruine de sa Maison de son pais eust esté inévitable. Les Estats se chargèrent de garantie de l'accord, de l'explication des mots et des termes o
L'Osi-Frise. 207
*eurs, ambigus et équivoques, et de l'arbitrage de tous les différents, qui naistroient entre le Comte et les Estats du païs; bien que ce dernier poinct ne leur fust particulièrement défère* qu'en l'an 1620. Le Comte n'estoit pas sculemeut mal avec la ville d'Embde, mais il se broûilloit souvent aussy avec ses sujets, et «Tailleurs la ville d'Embde n'estoit pas bien d'accord avec les autres villes, ny avec l'Ordre de la Noblesse; de sorte qu'il ne se passoit point d'année, que l'on ne portast quelque nouvelle plainte à la Haye, et cependant l'Estat dcmeuroit en possession de Lieroort. En Tan 1621, après l'exspiration de la trêve de àoxae ans, le Comte demanda à rentrer en possession de cette place, et en poursuivit la restitution avec assés de chaleur pour se rendre isuspect, et le soupçon fut confirmé par des lettres interceptées, qui faisoient connoistre, qu'il avoit des correspondences assés engageantes avec l'Espagne. C'est cette défiance qui fut cause que Ton permit au Comte de Mantsfclt, qui avoit aidé à secourir Bergues-op-Zoom, que le Marquis Spinola avoit assiège, de prendre dans l'Ost-Erise les quartiers, que Ton ne lui pouvoit pas donner dans la petite estendue de l'Estat des Provinces Unies. Les desordres, les exactions, et les violences, que ces troupes y firent, ne se peuvent pas exprimer, et neantmoins elles ne furent pas capables d'arracher des coeurs des habitants lanimosité, qu'ils avoient contre le Comte, qui estoit en partie cause de leur incommodité. Quelques années après, la Lantgrave, -Régente de Hcsse-Casscl, que Ton peut dire avoir esté la gloire de son sexe, continuant de suivre les interests, que son mary a*oit pris avec la France et la Suéde contre l'Empereur, et ne Pouvant pas faire subsister ses troupes dans son païs, des subsides que la France lui donnoit, en logea une partie dans l'Ost- 'rise; sans autre prétexte que celui de la nécessité de ses affaires. Le païs en fut presque ruiné, et cette désolation commune *e fit qu'augmenter l'aigreur et l'animosité, dont le Comte aussy bien que ses sujets, estoient préoccupés, jusques à les rendre irréconciliables. Au mois de Septembre 1648, c'est à dire, sept ou huit mois après la conclusion de la paix de Munster, ils firent ttu accord à la Haye, par l'entremise des Estats, pour la collecte tas contributions, pour le licentiement des nouvelles levées, et Cour l'administration de la justice. Mais ce ne fut qu'un accord piastre, comme tous les précédents l'avoient esté, et comme seront tous ceux qu'ils feront à l'avenir; mais je ne pretens pas en parkr en la suite de cette Histoire, parce que ce ne sont que des procès et des démeslés particuliers, plustost que des affaires d'Es -
208 V Ambassade des Provinces Unies en Moscotie.
tat. Il n'y en avoit qu'une seule, que le Comte et ses sujets soient poursuivre conjointement ; sçavoir la suppression des dre que le Comte d'Oldembourg entreprenoit de faire lever sur Wcser, dont il a esté parlé cydessus.
Vers la lin de Tannée 1647 les Estât* avoient envoyé en 11 covie Albert Conradi Burg, Bourguemaistre de la ville d\à sterdam, en qualité d' Ambassadeur Extraordinaire. Ceux qui < tant soit peu de connoissanec de l'Histoire et de la Geognpl sçavent, que les Moscovites sont les mesmes peuples, que 1 appelloit anciennement Scythes, ou Sarmates Européens (1), sapa de ceux de TA aie par la rivière Tanaïs, que Ton appelle aujo dhuy le Don. Il est vray que l'Empire du Czaar, c'est la qui. que ce Monarque se donne, s'estend mesmes bien avant ùi l'Asie, jusques à Astrachan et à la Mer Caspic, comptant en ses sujets les Tartares de Crim et de Nagaya: mais ce ne m que des conquestes, qui font bien partie de sa Monarchie, eti de la Moscovie. Ses habitants sont Chrcstiens depuis quelq siècles, et ils font gloire d'estre membres de l'Eglise Grecqi mais comme ils sont tout à fait barbares et ignorants, ils peuvent pas avoir beaucoup de connoissance de la religion Gk tienne, ny de grands sentiments du Christianisme ; car pais qn ne connoissent point les principes de la civilité et de l'humait ils ne peuvent pas sentir les mouvements de la charité, qui doivent estre inséparables. Aussy sont ils plongés dans une profonde et si brutale ignorance, et en des superstitions si gr sieres et si ridicules, qu'il n'y a presque point de différence en leur religion et le paganisme. Le Czaar mesme a si peu de co merce avec les autres Princes et Estats de l'Europe, qu'il n'y a pas un avec qui il ait alliance , auprès duquel il entretienne ministre, ou qui ordinairement en entretienne un en sa Cour la réserve du Koy d'Angleterre, qui y a bien souvent un Beside qui fait les fonctions de Consul, et du Koy de Suéde, qui a se vent de grands démesiés avec lui, à cause de leurs frontières. £ a quelque traitté avec les Kojs de Pologne et de Suéde, avec Turc et avec les Tartares, ses voisins, ce n'est que pour & cesser les hostilités entr'eux, et pour Tintcrest du commerce, de les particuliers ne se peuvent pas bien passer. Le Czaar Mich Fedoroùitz estant decedé le 12 Juillet 1645, les Estats servirent de cette occasion, et du prétexte de la civilité, qui obligeoit à faire faire civilité à Al ex ci Michacloûitz, son!
(1) La science de nos jours a appris à ne pas confondre les Sert! et les Sarmates.
F Ambassade des Provinces Unies en Mosccrie. 209
et successeur, sur le decés du defunct Empereur et sur son avancement à la Couronne, pour faire partir cette Ambassade. Vais le véritable sujet estoit la conservation de la liberté du commerce, que les habitants de ces Provinces font en ces quartiers là, qui souffroit beaucoup et estoit sujet à des vexations normes, sous des ministres injustes, avaricieux et violents. L'Ambassadeur estant arrivé à Novogorod, y mourut la veille de Noël 1647. Conrad Burg, son fils, qui l'avoit accompagné en ce voyage et qui est présentement Trésorier General des Provinces Unies, le laissa pas de le continuer avec une partie de la famille du defunct, et bien qu'il n'eust ny caractère ny qualité, il permit qrt Moscou on lui fist une entrée publique avec les mesmes cérémonies, que Ton auroit faites à l'Ambassadeur. H n'en eut la qualité qu'à la fin du mois de Mars 1648, et à peine avoit il commencé à se faire connoistre, que le peuple de la ville de Moscou, capitale de tout le pais, se souslcva si brusquement et arec tant de furie, que Ton ne pouvoit pas douter que ces commencements ne menaçassent cet Empire d'une ruine inévitable. SU est vray, qu'il y ait des constellations, qui produisent les maladies epidemiques, Ton peut croire qu'elles font le mesme effet sur l'esprit qu'elles font sur le corps, et qu'elles produisent fea desordres et les dérèglements dans les corps politiques, aussy Ken que les indispositions dans les corps naturels. Cette cont*gwn se communiqua presque en mesme temps aux villes de Londres, de Paris, de Naplcs, de Messine et de Constantinoplc, ^ le Roy d'Angleterre, aussy bien que Sultan Ibrahim, Empereur des Turcs, en sentirent les funestes effects. Le mal fut plus violent d'abord, mais moins dangereux en ses suites à Mostou qu'ailleurs. La révolte n'y dura que fort peu de jours, pendant lesquels le peuple pilla la Maison de Boris Ivanoiiitz *orosou, Premier Ministre, et beaufrerc du Grand Duc, tua le Chancelier, déchira en pièces Leponti Stcppanoiiitz Plcs- 8e°n, juge de la ville, pendant qu'on le menoit au supplice, et "t toutes les insolences, et tous les désordres, que la rage pou- Y°it inspirer à des gens désespérés, qui ne hasardoient rien, sin°n le chetif reste d'une vie languissante dans un esclavage perpétuel et insupportable. Ce souslevemcnt, qui avoit empesché * Ambassadeur de cet Estât de négocier, ayant esté appaisé, on lui donna le 14 Juillet une deuxième audiance, en laquelle Ton ^nuucnçu à parler d'affaires, et quinze jours après on lui fit ^ qu'il n'avoit qu a se préparer au retour, parce que le Czaur I. 14
210 V Ambassade des Provinces Vnies en Mottme.
le congédier oit à la première audiancc, qu'il lui donnerait, procédé, qui auroit esté trouvé fort extraordinaire par tout leurs qu'en Moscovie, surprit l'Ambassadeur, qui demanda qi lui fist réponse à la proposition, qu'il avoit faite, et pria que achevast de régler les choses, qu'il avoit ordre de négocier. 1 il avoit à faire à une Cour barbare, qui l'obligea à prendre audiance de congé le 1 jour d'Aoust, et à partir le 18, a] avoir fait toutes les diligences imaginables, pour se faire doi quelque resolution sur les affaires qui faisoient le sujet de Ambassade. Voyant donc qu'il n'en pouvoit rien espérer, il le chemin de St. Michel l'Archange, où il s'embarqua, arriv la Haye au commencement du mois de Novembre de l'an 11 et y fit rapport de sa négociation, ou plustost de ce qu'il n'a pas pu négocier dans une Cour, où Ton ne considère pas 1 l'esprit et la capacité, que la barbe et la taille des Minis dont ils se servent, et qu'on leur envoyé (1).
(1) Voir Scheltema, Rxsland en de Xederlanden, 1, p. 208 §v
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