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L'histoire des sciences et les prétentions de la science allemande

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE 3 PERRIN ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS É 35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 39 nu 1916 0

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physiques et naturelles. Les ad abs mi.

vertes faites dans ces domaines depuis trois siè- cles ont été souvent citées comme exemples des progrès de la civilisation. Mais il faut éviter de graves confusions. Parmi les progrès de la civilisation, entendue au sens le plus large et le plus humain, figurent aussi les progrès de la moralité, et on ne doit pasoublier que la science et la moralité sont loin de progresser de pair, l'accroissement de la connaissance scientifique ne rendant pas nécessairement les hommes plus moraux. Ainsi le sentiment de l'honneur et le respect de la parole donnée n’ont pas de commune mesure avec la connaissance des lois relatives à la compressibilité des gaz et àlac

sciences peuvent contribuer au bonbenr et au bien-être de l'humanité ainsi qu’au soulagement deses misères; mais elles sont aussi susceptibles de concourir aux fins les plus criminelles. -. Ces constatations sont banales; les événements actuels permettent seulement de les faire une fois de plus et dans des conditions singulièrement étendues. Cependant, ceux qui croient le moins à une influence profonde de la culture scientifique sur la valeur morale aiment à penser que, - au moins pour les savants qui la font progresser, la science est autre chose quel’outil de merveilleux service dont parlait Montaigne, et que l’habitude de la méditation constante sur ce que les Anglais appellent la philosophie naturelle incline l’esprit à la sérénité et aussi à la modestie, car le savant, plus que tout autre, doit con- * naître la grandeur de nos ignorances. Il est. triste de constater combien sont nombreuses en Allemagne les exceptions à cette mentalité du . véritable homme de science. Quel étrange spec- - -tacle que l’effroyable orgueil des savants d’ou= tre-Rhin professant que, là aussi, l'Alemaga est au-dessas de tout. 4 La prétention de la science allemande à dé supériorité universelle est-elle fondée ? Il y à quelques mois, l’Académie des Sciences de Paris rappelait que les civilisations latine et anglo saxonne sont celles qui ont produit depuis trois siècles la plupart des grands créateurs dans les

ET LES PRÉTENTIONS DE LA SCIENCE ALLEMANDE 7. 3 sciences mathématiques, physiques et naturel- … les, ainsi que les auteurs des principales inven- tions du dix-neuvième siècle, sans oublier d’ailleurs les contributions apportées par des natio- nalités moins étendues. Nous nous proposons, 54 en jetant un rapide coup d'œil sur l’histoire des sciences, de montrer que, effectivement, la plu part des contributions essentielles, tant théori- ques que pratiques, n’appartiennent pas à des savants ou inventeurs allemands. Nous cherches rons aussi à analyser les causes des prétentions de la science germanique ; quelques-unes sont d'ordre philosophique, d’autres tiennent à une » confusion entre le progrès réel de la science et l'accroissement du rendementscientifique. Peutêtre aura-t-on l’impression que la part apportée par l’Allemagne est loin d’être en rapport avec le rôle qu’elle prétend jouer dans le monde.

A diverses reprises, l'Allemagne fut entièrement tributaire de la civilisation celto-latine. C’est ainsi que, dans l’antiquité, le Germain barbare est tributaire du Celte, et qu’ aux douzième à

et en Italie. Au quatorzième siècle, comme il résulte des belles études de M. Duhem sur la. Science au Moyen Age, il y eut, à l’Université de Paris, une vive réaction contre la physique et la mécanique d’Aristote; à ce mouvement se rattache le nom de Buridan, dont les vues sur la dynamique contenaient en germe le principen moderne de la conservation de l’énergie. Presque tous ceux qui dissertent sur la Mécaniqut sont, au quatorzième et au quinzième siècle, des disciples de Buridan; au premier rang de

1. Sur l’histoire de l'influence française en Allemagne, on consuls ; tera avec grand profit un livre remarquablement documenté de M.L Raynaud (Hachette, 1914). Ce livre a paru quelques mois avant la

guerre.

ceux-ci figure Nicole Oresme, véritable précur- . seur de Copernic, dont les idées sur le mouve- ment des corps célestes dépassaient de beaucoup son temps et qui devança en partie Descartes dans la découverte de la géométrie analytique. Parmi les savants du début du seizième siècle, . on doit compter Léonard de Vinci, dont l’œuvre . théorique se rattache d’ailleurs aux doctrines de VPUniversité de Paris. Nous arrivons alors au grand développement des Mathématiquesetde - la Physique à l’époque de la Renaissance. Les noms de Copernic, Viète, Tycho-Brahé, Stevin, 1 Galilée tiennent une place considérable dans … l’histoire de l’Astronomie, de l’Algèbre, de la Statique et de la Dynamique. Un seul nom alle- mand se présente ici à nous, mais un des plus glorieux de l’Astronomie, celui de Kepler, qui abandonne les mouvements circulaires ou leurs combinaisons pour représenter les trajectoires des astres, et, utilisant les observations de Tycho-Brahé, découvre, après dix-huit années

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de pénibles et laborieux calculs, les lois célèbres ‘à relatives aux planètes. Ë 3

Aux dix-septième et dix-huitième siècles,nous dn trouvons un nouvel apogée de l’influence Fran- ‘4

çaise en Allemagne. Dans l’histoire dès sciences mathématiques et physiques, la France et l'Anleterre tiennent alors sans conteste la première place. On a beaucoup écrit sur la priorité de Newton et Leibniz comme inventeurs du calcul

Cie Me ue Bi ide à Ge dr dd RS dd D ES do Sd

L'IHISTOIRE DES SGIENCES

infinitésimal. La question des algorithmes employés par ces deux grands géomètres est certes de grande importance, mais il ne faut pas. oublier le mot si juste de Lagrange dans son. Calcul des Fonctions. «On peut regarder Fermat comme le premier inventeur des nouveaux calculs. » Les deux mémoires sur la théorie de . maœimis et minimis et des tangentés établissent en effet les droits incontestables du Conseiller au Parlement de Toulouse à l'invention du calcul. infinitésimal. | |

De quelques vues isolées et trop spéciales sur. . lAlgèbre géométrique, qui remontaient aux Grecs, Descartes fait une doctrine, la géométrie analytique, et il apporte à la théorie des équations algébriquesdes contributions importantes. On a cherché parfois à rabaisser le rôle de Des- cartes en Mécanique. C’est oublier qu’il a le pre- mier énoncé la loi d’inertie sous une forme pré- cise. Il a aussi introduit une idée capitale dans lascience en affirmant que dans un systèmeisolé, comme nous dirions aujourd’hui, il y a quelque fonction des masses et des vitesses qui demeure

constante. Descartes se trompe en envisageant à : ce sujet les quantités de mouvement, tandis qu'il. = faut considérer les projections sur une droite de. ces quantités, et Leibniz, qui critique justement … Descartes, paraît être le premier à avoir envisagé la combinaison de Ja masse et de la vitesse repré" sentant la force vive; il n’en reste pas moins …

longtemps à Paris et y subit l’influence de lillustre Hollandais Huyghens, qui avait créé la 4 dynamique des forces variables, et, dans ses études sur le pendule composé, avait fait en 4 réalité pour la première fois une application du à théorème des forces vives au mouvement d’un système matériel.

Les temps étaient mürs pour que le génie de

… de la dynamique et faire de ceux-ci l’admirable

4 dans son livre des Principes mathéma= … tiques de la philosophie naturelle le premier » chapitre de la Mécanique Céleste. Après cette

où le développement mathématique joue un rôle essentiel, période à laquelle se rattachent surtout les travaux de d’Alembert et de Lagrange. Les applications viennent alors nombreuses.

- Quelle riche moisson en Astronomie théorique … nous rappellent les noms de Clairaut, de d’Alem- - bert, de Lagrange, de Laplace, Newton mis à partet hors rang, on peut dire que la Mécanique . Céleste est une science presque uniquement Fran- - çaise, avec les grands géomètres que nous - venons de citer et auxquels, en continuant jusqu'à nos jours, il faut joindre ceux de Poisson,

plusque le grand philosophe Allemand séjourna 2

- Newton pût poser définitivement les principes ie

- application qui a renduson nom célèbre,en écri- . à

période d’induction, vient une période déductive

de ADS, de Leverrier, et de Hé P in Je n’ai garde d'oublier k Suisse Euler, qui un des grands analystes de la seconde moitié du xvin: siècle, et l'Allemand Gauss, illustre dans tant d’autres domaines; si grande que soit leur. œuvre astronomique, cile ne renferme cepen:

- dant pas en Mécanique Céleste les mêmes découvertes capitales que celles d’un Lagrange ou d’un Laplace.

Je ne puis insister ici sur le domaine ibetrel des Mathématiques pendant le dix-neuvièm siècle. Il faut citer cependant, parmi ceux qui.

ont ouvert les voies les plus fécondes, Cauchy, À ie Gauss, Abel et Fourier. Le premier, en réant la théorie des fonctions de variables com si a donné une vie nouvelle à l'Analyse” mathématique, et, en ce sens, les travaux les. plus modernes relèvent de lui; c’est ce qu’on. oublie souventen Allemagne.On doit les notions les plus essentielles sur la théorie des groupes … à Galois,qui en a fait d’admirables applications à la théorie des équations algébriques, et ces” notions ont pu être transportées plus tard en. Analyse. Le nom de Gauss, à qui la géométrie, infinitésimale doit de grands progrès, domine surtout la théorie moderne des nombres, déjà explorée avant lui avec éclat par Fermat Lagrange et Legendre. Cette science du discon=

les phénomènes naturels à l’idée de continuité

# et ENTION ee 13

$ DE LA SCIENCE ALLEMAND été souvent appelée la reine des mathéma= tiques; ce fut plus tard un des grands mérites J'Hermite d'introduire le continu dans certaines uestions d’arithmétique supérieure. Les travaux sur les fonctions elliptiques et Sur des transcen- dantes plus générales ont rendu célèbre le nom : du Norvégien Abel. Quant à Fourier, SON Ouvrage sur la théorie analytique de la chaleur à ysique mathématique ; il conméthodes employées dans l’éfude des équations différentielles auxquelles conduisent de nombreuses théories physiques, et les séries qui portent le nom de Fourier ont fait l'objet d'immenses généralisations.

Dans l’Astronomie d'observation, on {rouvé,; our les temps modernes, les véritables pionniers dans les pays latins ou anglo-saxons.

Sans remonter jusqu’à Galilée, indiquons seule ment parmi les fondateurs de cette branche si | captivante de la science : Bradley, qui décou- D vrit laberration, d’après laquelle chaque étoile semble décrire annuellement une très petite ellipse, et la nutation, qui est une oscillation de l'axe terresire d'environ 18 ans, puis Vinfatigable observateur que fut William Herschell, dont les puissants télescopes sondèrent avec tant de : succès les profondeurs du ciel, et à qui on doit | Ja découverte de la translation du système solaire. Nous pouvons rattacher à notre pays le Danois Roemer, qui séjourna longtemps en

tient le germe des

France et à qui l'observation des satellit Jupiter révéla que la lumière a une vitesse finie. Le nom de l’Astronome Allemand Bone) à ji être rappelé ici pour ses travaux sur les étoi doubles et sur la mesure de la parallaxe d’ étoile de la constellation du Cygne,ce qui faisait connaître, pour la première fois, la distance. d’une étoile à la terre.Dans le monde plus loin: tain encore des nébuleuses, l’astronome Anglais Huggins ouvre une voie nouvelle par ses observations sur les nébuleuses planétaires; ilmesu aussi le premier la vitesse avec laquelle une étoile s'éloigne ou se rapproche de la tërre.” En physique générale, deux principes dom nent l’énergétique, Sous leur forme thermody= namique primitive,le premier principe ou prins= cipe de l’équivalence de la chaleur et du travail est attribué généralement au médecin Allemand Robert Mayer; le second, concernant la dégr dation de l'énergie, est le principe de Carno Toutefois l’histoire du premier principe serait à reviser, Tout d’abord les expériences de Rum= ford sur l’échauffement produit dans le forage des canons conduisaient à l’idée de l’équivas lence de la chaleur et du travail, et il en est même des expériences de Davy sur le fro ment l’un contre l’autre de deux morceaux d glace, Mais c’est dans l’ouvrage publié sur le Chemins de fer par Seguin, l'inventeur des ” chaudières tubulaires,en 1839, c’est-à-dire q

, <a stade LT s as ai RE TO ART PE ETS PRE AS EP TN CA r rs ts HE: \ t . À + 2 1 2”

tre ans avant le travail de Mayer, que l’on ren- - contre des vues précises sur le premier principe

de la thermodynamique, et même un calcul sur Péquivalent mécanique de la chaleur présentant

une grande analogie avec celui du médecin alle- - mand, Deplus, dix ans auparavant, Carnot,mo- … difiant ses vues sur le calorique, avait nettement

indiqué le premier principe dans des notes trou-

. vées après sa mort survenue en 1832, mais qui ne

furent publiées que longtemps après. Il est done légitime de regarder Sadi Carnot (qui était le fils aîné de Lazare Carnot) comme le créateur de

la thermodynamique. En fait, comme la dit un

bon juge, Lord Kelvin, dans toute l’étendue du

: domaine des sciences, il n’y a rien de plus . grand que l’œuvre de Sadi Carnot. Il faut placer

très haut Joule, Clausius et Helmholtz, mais Carnot les domine tous.

En optique, Young et surtout Fresnel développent avec éclat l'optique ondulatoire entrevue par Huyghens. Quel merveilleux chapitre de la physique que celui de l'optique des interférences et de la polarisation, où tant de physiciens français et anglais ont fait, après Fresnel, de si remarquables découvertes, En Allemagne, nous devons citer ici Kirchoff, dont le nom est atta-

ché à l’analyse spectrale et à l’étude des lois du

rayonnement.

Dans l’histoire de l'électricité, l'Italie, la France, l'Angleterre tiennent le premier rang

Ampère trouvant les lois de l’action des cou-

Becquerel et autres, la part des physiciens

avec Volta construisant la pile électrique, avec

rants sur les courants,avec Faraday découvrant l'induction électrique. Plus récemment,le génie de Maxwell fonde lélectro-optique ; grâce à lui, les phénomènes électriques et les phénomènes lumineux ne nous apparaissent plus comme deux mondes distincts. Dans l’étude des nouveaux rayonnements, rayons cathodiques, rayons de

Anglais et Français est prépondérante.La décou- . verte du radium par Curie nous a montré la matière dans des conditions d’instabilité jusque- « là insoupçonnées. Seul le chapitre des rayons X … ou rayons de Rôüntgen fut ouvert en Allemagne. …

Dans la fondation de la chimie moderne, La- Yoisier occupe une place à part. Un grand nom=. bre de faits avaient été accumulés depuis un siècle etla découverte des principaux gaz,hydro= gène, oxygène, azote, chlore, venait d’être affec- … tuée par les Anglais Cavendish et Priestley, et le Suédois Scheele. Lavoisier prend tous ces résultats antérieurs comme point de départ de ses expériences, et, en les interprétant convena= blement, il constitue la chimie moderne. Sa

manière d'envisager la combustion en général" constitue une véritable révolution scientifique. Après lui Dalton, Humphry Davy, Berzelius; Gay-Lussac, Dumas, Gerhardt ont été degrand créateurs. Aux chimistes Allemands Richter et

Wenzel se rattache la doctrine des équivalents chimiques, tandis que la théorie atomique proprement dite, dont la fécondité est si grande, trouve son origine dans les travaux de Dalton et dans ceux de Gay-Lussac. Les conceptions si simples d'Haüy sur le matière cristallisée lui font découvrir les lois fondamentales de la cristallographie.

La mécanique chimique et la chimie physique relèvent de la statique chimique de Berthollet qui a montré que, dans les réactions chimiques, il faut tenir compte des conditions physiques. Dulong montrait ensuite que, dans la décomposition des sels, peut intervenir la masse des réac- . tifs. Puis viennent les travaux de Berthelot sur l’étherification, et de Sainte Claire Deville et de ses élèves sur la dissociation. Les notions ainsi acquises d'équilibre chimique et de transfermation réversible ont été depuis lors l’objet d’un nombre immense de recherches, où PAllemagne a apporté sa part, mais n’a pas en somme intro- … duit les idées essentielles. La mécanique chimi-

grand théoricien dans l’Américain Willard Gibbs qui, dès 1873, faisait connaître des résultats généraux sur les équilibres chimiques et sur la dissociation, retrouvés depuis de divers côtés par une voie indépendante.

Dans les sciences naturelles, l'orientation des

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Darwin. La biologie tout entière est dom aujourd’hui par l’idée d'évolution, idée qui f

AR, comme la philosophie et lhisto $ Lavoisier doit être compté parmi les grands phy= siolog'istes ; il a le premier assimilé la respira: tion pulmonaire à une combustion. Bichat a fondé l'anatomie Générale et a été le créateur de la science des tissus. On a pu dire de Claude … Bernard qu’il fut la physiologie elle-même; c’est surtout à lui que la physiologie est redevable de ; la démonstration de la nature physico-chimique” des actes élémentaires de l’organisme, et un de ses plus beaux titres de gloire est d’avoir créé” la physiologie cellulaire, base principale de la. physiologie générale. Il a été aussi l’initiateur de. la doctrine des sécrétions internes dont Brown- Sequard montra ensuite la véritable portée, et. ses trayaux pathologiques ont apporté une large” contribution au développement de la médecine expérimentale. ; L'œuvre de Cuvier est immense; ses trois grands ouvrages sur l’Anatomie Comparée, sur les ossements fossiles, et sur la distribution du. règne animaldaprès son organisation onttrans=. formé les sciences zoologiques. Le souvenir est resté des débats célèbres entre Cuvier et un autre grand naturaliste du siècle dernier, Geo froy Saint-Hilaire, qui fonda l’embryogénie. Un peu plus tard en Allemagne, lembryologie come

. établit la théorie cellulaire. Dans certaines scien- . ces spéciales, comme l’histologie et la cytologie, à la Suite d'observations fondamentales faites ailleurs,des progrès importants sont réalisés en Allemagne, grâce à l'excellence des techniques et au nombre considérable des chercheurs.

Le nom de Pasteur vient se placer à côté,sinon au-dessus, de ceux de Lamarck, de Darwin, et de Claude Bernard. Ses travaux sur les fermentations ont orienté la biologie dans des voies

longements indéfinis. Les perfectionnements … apportés en Allemagne aux méthodes de culture microbienne ont permis de faire de très intéressantes découvertes, mais les idées et les faits essentiels apportés depuis Pasteur dans le domaine auquel se rattache le nom de ce grand bienfaiteur de l’humanité, tels que la phagocytose, la bactériolyse et l’hémolyse, l’anaphylaxie, sont dus à des savants Russe, Belge, Français. É On voit assez, par l’historique rapide qui pré- — cède, combien peu la science allemande est . fondée à prétendre à l’hégémonie universelle. Si im portan tqu’ait été l’apport de l'Allemagne, nous ne sommes pas injuste en constatant que . les grandes idées directrices sont le plus souvent …—. venues d’ailleurs. L’Allemagne sans doute a eu ». des chercheurs de génie, et personne ne se don- —… nera le ridicule de vouloir diminuer un Gauss,

: parée se ue avec von Baer, et Schwann 4

inattendues et son œuvre a en médecine des pro- …

C'est donc par une étrange aberration que la race Germanique se proclame seule dans le … monde capable de travailler au développement … ientifique . de lhumanité. Est-il possible de … ouver quelques raisons à cette croyance detant de cerveaux germains en leur supériorité? Sans … doute, la démence collective, qui pousse le peuple allemand à se regarder comme un peuple élu chargé par son Dieu de diriger le monde, donne une explication d'ordre général, mais il importe d'indiquer des raisons plus particu- lières.

On est constamment frappé, en lisant les livres et mémoires des auteurs allemands, de . leur prodigieuse incapacité à mettre en lumière les idées essentielles. Les détails accessoires et

les points importants sont traités avec la même ampleur, et le lecteur chemine péniblement sans savoir où il va. Il y a là tout d’abord une incapacité de rédaction qui nous choque et rend pénible la lecture de ces travaux, quand bien ‘2 même ils sont en eux-mêmes intéressants.

ouvent, même chez les plus illustres, les idées directrices restent obscures, peut-être à dessein,

Tel Gauss dans ses recherches profondes sur la théorie des nombres, dont plus d’un passage.

constitue une énigme à déchiffrer. Il en est de même chez Weierstrass, puissant penseur mathématique assurément, mais qui semble craïndre de montrer à ses lecteurs de trop vastes horizons ét les conduit en tenant une lanterne

sourde. Avec quel plaisir on révient, après la lecture d’un texté sciéntifique allemand, à un mémoire clair et lumineux de Lagrañgé, à un livré de J.-B. Dumas ou de Claude Bernard! Jé "4 n'ose décider dans quelle mesure la langue allémande contribue aux défauts signalés plus haut. Il se peut que la formation de mots composés, où lé rapport entre les composants est si Mal défini, joue là un certain rôle; il est étrange en tous Cas que, depuis Fichté, les Allemands trouvent dans cette agglutinatiôn un signé de supériorité, mais nous devons nous incliner, la langue allémande étant, d’après ce célèbré philosophe, uné langue mère (Muttersprache), tandis que les langues néo-latinés sont dés langues dérivées et, par suite, inférieures. :

D'une manière plus généralé, dans un enséifi= ble un peu vaste, l'Allemand jugé mal dé l’im= portance relative des questions. C’est cé qu’on ne voit que trop dans les encyclopédies et les résumés pour lesquels il a tant de prédilection;et dont plus d’un fausse l’histoire des sciences dans l'esprit de ceux qui leur accordent toute Con-

née. Bien éntendu, ces sortes d'ouvrages ont fréquémment le souci de glorifier la science allemande, mais, même quand ils sont faits avec impartialité, ils sont souvent inutilisables, confondant dans une même citation des mémoires fondamentaux souvent très courts et de longues dissertations qui n’ont pas amené un progrès éel. Ce défaut dans l’estimation de la valéur . scientifique a conduit à apprécier la quantité aux A épens de la qualité, et l'Allemagne étant sans conteste le pays où les presses des imprimeries 2 scientifiques travaillent le plus, la science alle- 74 à mande s’est estimée au-dessus de tout. à

La difficulté à juger de l'importance réelle des problèmes fait parfois attacher un grand prix à dés questions purement formelles sans intérêt pour lé fond.Par un simplechangement de formé ou une légère modification expérimentale, on croit faire une grande découverte. Citons de ce

. formalisme un exemple pris dans les éléments de l’arithmétique. On sait qu’il existe des nombres incommensurables,c’est-à-dire desnombres qui ne peuvent s'exprimer par le rapport des deux nombres entiers. Le fait est connu depuis lés Pythagoriciens, qui démontrèrent que le rapport entre le côté d’un carré et sa diagonale était

française; dès le dix-septièmesiècle des mesures.

L'IHISTOIRE DES SCIENCES

mensurabilité du rapport de deux longueurs quelconques. A lire certains traités allemands d’arithmétique, il semblerait que personne n'ait jamais rien compris aux incommensurables.

avant que tel géomètre allemand contemporain eût fait une longue exposition de la question déjà traitée en ses points essentiels dans d’anciens livres d’arithmétique. Nous trouvons là un exemple de cette manie de ratiociner et de. rendre obscures les choses claires, qui est une des caractéristiques du pédantisme germanique. Avec les particularités de l'esprit allemand. que nous venons de signaler, on ne sera pas « étonné de la façon dontest souvent traitée lhis-. toire des sciences de l’autre côté du Rhin. J'ai déjà dit que en Allemagne on ne rendait pas à notre grand géomètre Cauchy la justice qui lui. est duc; je pourrais faire la même remarque pour. lesthéorèmes généraux de Liouvilleet d'Hermite Sur les fonctions doublement périodiques, que l’on rattache, sans les citer, aux travaux de 1 Weierstrass, et le moment approche où le nom de Henri Poincaré passera au second rang dans l’histoire des fonctions fuchsiennes qui sont une. de ses plus belles créations, Dans un autre ordre d’idées, on sait que, pendant longtemps, la géodésie a été une science essentiellement «

d'arc de méridien furent exécutées en France, et c'est chez nous que fut établi le système

étrique. Des opérations géodésiques de plus “en plus précises ont été faites depuis dans de nombreux pays, et cette sciénce spéciale

a pris un caractère international; mais ce n’est … pas une raison pour en oublier l’histoire, comme on le fait souvent en Allemagne, ni pour chercher à accaparer les travaux faits ailleurs.

Lavoisier est, pour la grande majorité des chi- mistes, le fondateur de la chimie moderne.Il en … va autrement en Allemagne, où on chercheà diminuer son rôle.On insiste d’abord sur cequ'il wa pas découvert les principaux gaz de la chimie pneumatique; ce à quoi il n’a jamais prétendu, quoiqu’un chimiste allemand, trop célèbre depuis quelques mois, affirme que, Priestleyayant ; . fait part à Lavoisier de sa découverte de l’oxygène, le chimiste français publia alors un mé- . moire où il s’attribuait l'honneur de la décou- - verte de ce gaz. L’édification de la théorie dela combustion est le grand titre de gloire de Lavoi- … sier. Or, la théorie du phlogistique de Stahl, …—. écrit-on, avait déjà résolu ce qu’il y avait d’es- sentiel, en montrant qu’il s'agissait de phéno- . mènes généraux et réciproques, combustion et

régénération ou oxydation et réduction; elle avait offert en outre un excellent guide à des … expérimentateurs comme Scheele et Priestley. . En fait, ajoute-t-on, on passe de la théorie de - Stahl à celle de Lavoisier par une simple trans-

position, ét un peu plus on remärquérait, en employant le langage de l'algèbre et donnant le signe moins au phlogistique,qu’il est équivalent de retrancher uné quantité négative ou d’ajoute une quantité positive. Outre le désir de diminuer un savant français, il y à dans ces vués un pro - duit d’une mentalité philosophique très répandue | chez nos voisins, dont nous parie tout à

l'heure. .

Nous avons dit plus haut que les travaux de Henri Sainte-Claire-Deville sur la dissociation sont fondamentaux dans l’histoire de la physico= chimie ; ils offrent de nombreux exemples de ces équilibres réversibles qui jouent un si grand rôle dans la chimie actuelle. Aussi est-ce avec. quelque étonnement que, dans des œuvres de vulgarisation estimées, on ne rencontré pas le nom de Deville. Il est souverainement injuste d'oublier le rôle des chimistes Français dans la fondation de là chimie physique, que maintenant l'Allemagne voudrait faire passer pour une dé . sés créations. Que d'idées nouvelles alors furent y à ce sujet émises chez nous, depuis les temps. déjà lointains (1839) où Gay-Lussac comparait le phénomène de la dissolution à celui de la formation des vapeurs, et où un chimiste Franais écrivait (r870) que la force osmotique est l’analogue de la force élastique des vapeurs. On sait qué la découverte d’une membrane semi pérméable par un botanisté allemand permi

plus tard au Hollandais van’t-Hoff de faire sés expériences sur l’osmose.

L'histoire des sciénces est singulièrement difficile à écrire. On ÿ rencontre beaucoup de faus- … ses attributions et de silences parfois intention- É nels ; il faut une grande sagacité et des recher- - ches patientés pour rétrouver les premières tracés d’une idée appelée à un grand avenir. Une grande finésse d’esprit est ici nécessaire pour … éviter déux écueils. Une constatation due à un pur hasard,inconsciente en quelque sorte,ne doit

… verte amenéé par un heureux presséntiment — qu'on pourrait appeler le sens du vrai ét par - des déductions bien liées. Un illustre physicien, — mort il y à une vingtaine d'années, avait cou- ture de distinguer à ce sujet entre les trouvailles et les découvertes. Il importe en second lieu que les revêtements donnés à tel ou tel chapitre - dé la science ne fassént pas oublier les vrais cons- —. tructéurs pour né voir que celui qui a apporté à . l'édifice lés dérniers achèvements ; un nain placé … sur la tête d’un géant peut apercevoir des hori- … Zons plus étendus, mais il a, à cela, peu de mérite.

On a quelquefois Chérché à diminuer l’impor- … tance des admirables travaux de Berthelot sur L les synthèses, parce que une ou deux synthèses organiques avaient été effectuées avant lui, dont . celle de Wühler sur l’uréeén 1829 n’est pas dou-

pas êtré misé sur le même rang qu’une décou-

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