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teuse. Mais la distance est immense entre un fai particulier qui ne se rattachait à aucune idée générale et les vues profondes du chimiste Free çais, systématiquement poursuivies. re A l’opposé, le nom de Pasteur n'est pas cit dans certains cours de bactériologie, et les Alle=. mands aiment à remplacer son nom par celui de. Koch. Certes, celui-ci fut un chercheur patient. et sagace, qui débuta brillamment par la décou verte des spores de la bactéridie charbonneuse,* et les bactériologistes lui doivent d'excellents outils de travail, comme la méthode des cultu: res sur milieux solides et de nouveaux procédés. de coloration, techniques qui lui permirent de. découvrir le bacille tuberculeux, agent de la. redoutable maladie dont le médecin français Villemin avait, dès 1865, montré la nature contagieuse, et le bacille virgule, cause du choléra. Asiatique. Mais, quelque intéressant que soit le. rôle de Koch dans la bantsnogie médicale, ses travaux ne sont venus qu’ pres ceux de Pasteur sur les fermentations, et il n’a pas été un ini-. tiateur.
Méfions-nous donc des renseignements que.
nous donnent les Allemands sur l’histoire des. sciences. Ils manquent trop de finesse pour lui. apporter une contribution d’une indiscutable valeur, et leur orgueil prodigieux vicie d'avance” une partie de leurs conclusions. Il semble que nous ne puissions pas, en France, nous adres-
bndé. Nous avons souvent montré des igouements peu justifiés pour certaines méthod’outre-Rhin, consacrant par nos éloges des vaux de second et de troisième ordre. Assuré- 1, ces admirations au moins exagérées n’ont
us tenir, et nous devrons reviser quelques-uns le nos jugements. Ce sera la tâche de demain.
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Demandons-nous maintenant s’il n’y aurai pas quelque différence entre la mentalité moyenne de l’homme de science en Allemagne et dans la plupart des autres pays. Une telle différence me paraît réelle et est d'ordre philosophique. Quelle esten général, toutesexceptions réservées, la position des savants dans les pays latins et anglo-saxons par exemple, par rapport aux.
problèmesphilosophiques,principalement parmi les savants adonnés aux sciences de la nature, physiciens, chimistes et biologistes. On peut dire qu’ils s’en désintéressent en tant que savants ; en particulier, les discussions chères aux écoles philosophiques de tous les temps sur le réel et le vrai leur semblent oiseuses. Satisfait du sens commun, notre savant pose tout d’abord le postulat que le monde qui nous entoure est accessible à nos recherches et qu’il doit être intelligible pour nous il croit à la science à laquelle il consacre parfois sa vie, et il se méfie des critiques subtiles qui n’ont jamais conduit à des découvertes effectives ; il estime qu'il est sans intérêt de s’arrêter sur les inextricables difficultés que présentent les notions les plus simples et les plus usuelles quand on veut
moins sans réponses acceptées de tous. Claude
Bernard disait, il y a longtemps, que, pour faire
a science, il faut croire à la science ; c’est là,
incontestablement, pour celui qui cherche à faire
œuvre scientifique, un point de départ, et non un point d'arrivée. Il existe aujourd’hui une mentalité scientifique moyenne, caractérisée par l'admission des postulats énoncés plus haut, et l'écho de discussions, qui ont parfois laissé Pimpression qu’il y avait une crise de la science, nest pas sans provoquer quelque impatience ans nos laboratoires.
Nous avons dit tout à l'heure que le point de
départ de la science est dans le sens commun.
La première affirmation du sens commun est
sans doute celle de l'existence d'objets extérieurs
ànotre conscience ; c’est un point dont,en général, un physicien ou un chimiste ne doute pas, si
. compliquée que puissent lui paraître l’idée de
matière. Il ne s’embarrasse pas non plus des
nombreuess théories de la perception et croit naïvementn’avoir aucune difficulté à atteindre Jes données immédiates de la conscience.
. Quand on parle de sens commun, il s’agit des époques historiques et des peuples civilisés. Ce sens commun a eu probablement son histoire.
Il est possible que, dans lhumanité, des très anciennes façons de penser aient survécu, malgré
les conditions des hommes, et on peut sout la thèse que nos conceptions fondamentales s les choses sont des découvertes résultant d'ob servations et d'expériences inconscientes fai
mement éloignées, et qui ont réussi à se maintenir à travers les siècles postérieurs. Ces con: ceptions forment le stade du sens commun. Ainsi auraient pris naissance les concepts de chose, de {emps, d'espace, d’influences causales, de réel, et de bien d’autres suivant lesquels contis nue à penser tout homme qui »’est pas. atteint de crise métaphysique ou de scepticisme aigu. La notion du réel notamment a été lentement.
acquise par une suite innombrable d'expériences; elle n’est pas d’ailleurs seulement individuelle, mais a une signification sociale, en ce qu'elle exige un consensus universel dans une huma= nité moyenne, pouvant être différente pour les fous et les hommes d’esprit sain. £ C’est doncen partant du sens commun, devenu
le moule dans lequel évolue la pensée humaine, que s’est développée la science. Aussi a-t-on pu dire très justement que la science était le pro=
Jlongement du sens commun, la connaissance scientifique n’étant pas en nature différente la connaissance vulgaire, ce qui n'exclut pas que la science puisse de loin en loin rectifier le: sens commun. Parmi les données du sens co mun, nous avons déjà mentionné la notion à
dont la connaissance a pu avoir primitive-
credo scientifique dont je parlais plus baut. Sans doute ce tout est d’une effroyable compli-
pour terme ülbrée et complètement élaboré le onsens que Descartes regardait commela chose du monde la mieux partagée, et qui nous conduit à bien juger et à distinger le vrai d’avec le faux. Rappelons aussi le rôle qu’a dû jouer dans l’élaboration du sens commun le principe
…— de simplicité ; il y a là une notion aussi féconde
Er #
; re.
que vague, par laquelle nous nous laissons gui- - der, et qui tend à produire en nous un sentiment de certitude.
- Je viens d’essayer de caractériser la mentalité - moyenne de l’homme de science qui croit saisir | et étudier le réel. Ce tableau s’applique-t-il complètement aux savants allemands? Il semble que non, au moins pour ceux d’entre eux, assez
a commencé précisément quand ce premierstade Ea été dépassé, et qu’on s’est représenté le monde Re
sens commun, qui contient le sens du réel, a
À qu elles res et de celles qui ne sont pas « en
1 notre sensibilité et lescatégories de notre. enten
rt en | L'HISTOIRE DES SCIENCES
visme Kantien. On sait que Kant, dans
que de la Raison pure,reprend sous une plus précise les vieilles allégations dessop: grecs,d’ après lesquelles « l’homme est la me |
qu’elles ne sont pas », comme disait Protagoras D’après le DIRIDREDES de Kœnigsberg, nous ne voyons les choses qu’à travers les formes de
dement. Ces écrans inte cha. et dans une cer-
taine mesure arbitraires, comme Île montre développement de divers systèmes dérivés plus ou moins directement du Kantisme, peuvent.
troubler singulièrement notre notion du réel « du vrai, telle que nous l’avons envisagée plus haut en partant du sens commun. Quelques-u en sont ainsi arrivés à regarder la vérité n comme une découverte, mais comme une :
4 Hibltue chose de très dangereux. LRU Kant lui-même, très peu au courant deséléme des mathématiques et des études faites
géométrie l’application de ses idées philosop ques. Pour lui, l’espace estseulement une fon a priori de notre intuition extérieure. Il estd ficile de souscrire à cette affirmation depuis que le géomètre Russe Lobatschewsky a prouvé q
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notre entendement peut concevoir un nombre indéfini d'espaces caractérisés chacun par une : .… constante spatiale. Il n’y a pas en géométrie de … . jugements synthétiques apriort,et Euclide était . mieux inspiré que Kant en parlant de postulats. Quelques-uns de ces postulats sont en accord … . aveclesexpériences faiteslentement par Phomme … à travers les âges. II est impossible de séparer … Pacquisition des notions géométriques et celle des notions physiques les plus simples, la géo- | — métrie dans des temps très anciens ayant fait partie de la physique. Sans changer l’ensemblede … ces notions, on ne peut remplacer la géométrie Euclidienne par une autre géométrie et c’est un pur jeu d’esprit que d'imaginer un homme transporté subitement dans un autre milieu, où, n'étant pas adapté, il commencerait sans doute … par mourir. Nous retombons ainsi sur le point # de vue du sens commun, tel qu'il a été envisagé — plus haut. Nous devons alors regarder comme un fait expérimental que la constante spatiale, figurant dans les géométries non euclidiennes(la courbure de l’espace) a une valeur nulle; en ce | …—. sens, le système euclidien est plus vrai que les 6 autres systèmes géométriques. C'était aussi, je dois le dire, le point de vuedu géornètre allemand
Gauss, dont nous avons déjà prononcé le nom à | plusieurs reprises,et qui était arrivé de son côté, mais sans les publier, aux résultats de Lobatchewsky sur les géométries non euclidiennes. …
C’est une tendance de la science allemande dé poser a priori des notions et des concepts, et à d’en suivre indéfiniment les conséquences, sans se soucier de leur accord avec le réel, et même en prenant plaisir à s'éloigner du sens ‘commun. : Que de travaux sur les géométries les plus … bizarres et les symbolismes les plus étranges pourraient être cités ; ce sont des exercices de … logique formelle, où n’apparaît aucun souci de distinguer ce qui pourra être utileau développe- … ment ultérieur de la science mathématique. Car il en est dans les mathématiques pures comme dans les sciences de la nature. Il y a des études qui ne se présentent pas comme arbitraires, et … dont le mathématicien doué de quelque pénétra- … tion devine l'intérêt pour la solution de problè- | mes posés depuis longtemps ou se présentant | naturellement ; il y a comme une sorte de réalité mathématique, dont Hermite parlait un jour dans un très beau langage, où, à côté d'une vue réaliste au sens de la scolastique, apparaît le souci du contact de la mathématique avec le réel, quand il disait : « Il existe, si je ne me trompe, tout un monde qui est l’ensemble des. vérités mathématiques,dans lequel nous n’avons accès que par l'intelligence, comme existe le monde des réalités physiques ; l’un et l’autre … indépendants de nous, tous deux de création … divine, qui ne semblent distincts qu’à cause … de la faiblesse de notre esprit, qui ne sont pour.
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ü + pensée plus puissante qu’une seule et même shose, et dont la synthèse se révèle partiellelement dans cette merveilleuse correspondance de entre les Mathématiques abstraites d’une part, : 154 l'astronomie et toutes les branches de la physi- 224% . que de l’autre. » a:
| Des observations analogues s'appliquent aux | sciences physiques et biologiques. Il y à quelque parenté entre le criticisme Kantien et une sorte d’indifférence avec laquelle plusieurs, quoi qu'ils en aient, ont envisagé le rôle des théories phy- siques. C’est ainsi, nous en avons déjà parlé plus haut, que l’on s’est attardé au principe vague du phlogistique, en le douant au besoin ri
d’une pesanteur négative, la théorie de Lavoisier
apparaissant comme une transposition plus ou moins indifférente de celle de Stahl. Le besoin de poser quelque chose a priori procède essen- à tiellement de Kant. Celui-ci ne déclarait-il pas que la science de la nature ne mérite ce nom que Jorsqu’elle traite SO objet entièrement d'après des principes & priori. Ainsi, en physique; des
expériences en petit nombre, quelquefois con-
À testables,conduirent à poser des principes dépassant tellement par leur généralité les faits dont. . ÿnest parti qu'on peut les qualifier d'a priori;
onen déroule impitoyablement les conséquences | sans se soucier de les confronter avec la réalité
ou sans pouvoir le faire. | » Prenons comme exemple de cet esprit de
système une question qui occupe beaucoup los physiciens-géomètres depuis quelques années, celle de la relativité. D’après ce qu’on appelle aujourd’hui en physique le principe de relati= vité, aucune expérience, optique ou électrique, faite à la surface de laterre ne permet de mettre en évidence le mouvement de translation de celle-ci.On généralise ainsi les résultats de trois expériences négatives faites en Amérique eten Angleterre. Si on se reporte alors aux équations . générales de l’électrodynamique actuellement admises, on est conduit à d’étranges conséquen=… ces pour pouvoir expliquer le principe de rela- Livité. Qu’un système soit en repos ou en mouvement, ces équations doivent conserver la même forme ; on en conclut que celles-ci restent invariables quand on effectue sur les coor- « données d’un point de l’espace et le temps un certain groupe de transformations. En langage ordinaire, ceci veut dire que dimensions et temps changent avec le mouvement du système. ” Un même objet mesuré par deux observateurs qui se meuvent uniformément l’un par rapport à l’autre n’a pas la même longueur. Des cOnséquences analogues existent pour l'intervalle de temps entre deux événements : simultanés par. exemple pour certains observateurs, les mêmes événements cessent de l’être pour d’autres obser- | vateurs en mouvement par rapport aux premiers. La simultanéité a un caractère relaufn
Ainsi nos vieilles notions de sens commun seraient à reviser. Mais certains savants allemands déroulent avec satisfaction lesconséquen- . ces du principe posé. D’autres, avant de rejeter
pace et le temps, auraient passé au crible d’une critique extrêmement sévère nos idées sur
obtenues grâce à des hypothèses assez contes
considérations d’ordre métaphysique, il vaudrait
‘autre type que celles pour lesquelles la théoriea été construite.
On pourrait citer, dans certaines parties de la chimie, d’autres cas analogues, où des théo- ries sont développées sans qu’il soit possible d'établir aucune confrontation précise avec la . réalité. L'Allemagne n’a pas cessé, depuis Schelne. ling, d’aimer les vagues spéculations surla phi- …. losophie de la nature et les schématismes vides de sens. ; |
forte de partir de principes a priori 1. Au lieu
1. Dans une thèse soutenue en 1913, M. René Lote a étudié « Les origines mystiques de la Science Allemande », particulièrement en chimie et dans les sciences naturelles (Paris, Alcan).
. les idées traditionnelles de lhumanité sur les- Péther ainsi que les équations concernant l’élec= 4 » tro-magnétisme etle mouvement des électrons,
lables. Au lieu de continuer à faire des exercices de mathématiques et de développer des …
mieux tenter des expériences nouvelles dun
C’est surtout en biologie que la tentation est à
on part de conceptions abstraites auxquell
ne. l'adaptation au milieu. On peut conclure de plu-
Quelque intéressantes que puissent être les vues,
purement verbal avec la doctrine Lamarckienne
le milieu. Aucune science ne prête, comme Ian
FRA ARE Or OR
de pre par généralisation de faits observés à
on veut plier l'être vivant. Les Allemands aime à regarder Gœthe comme un des fondateurs ur transformisme. Il est exact que, dans son oùvrage sur les Métamorphoses des plantes, Gœthe. considéra tous les organes d’une plante comme provenant de la métamorphose d’un seul d'entre eux, la feuille; de même en zoologie, il créa la théorie vertébrale du crâne, d’après laquelle la, boîte cranienne est la continuation de la colonne vertébrale et est composée de vertèbres ayant. subi certaines modifications. Il parla même de Paction du milieu. Mais les mots ne doivent pas” faire illusion. Il y a une différence profonde” entre les conceptions de Gœæthe et celles de Lamarck. Pour Gœthe, tout ne se réduit pas à.
sieurs passages de ses Œuvres qu’ilse rattachaït à la doctrine connue aujourd’hui sous le nomde préformation, d’après laquelle les transformations dérivent d’une force interne, dirigeant les. modifications dans un sens déterminé à l’avance:
de Gœthe, elles n’ont, en réalité, qu’un rapport
des transformations directement provoquées par les actions réciproques entre les êtres vivants et.
biologie, à l'introduction de substances ou de n
NS DE LA SCIENCE ALLEMANDE Al
ces uniquement créées pour donner l'illusion d’une explication, sans qu’une confirmation expérimentale soit possible. Avec sonamour des
difié certaines doctrines plus philosophiques que biologiques, que des critiques sévères tendent chaque jour à ruiner. 2 ….. Stendhal écrivait, il y a longtemps, au sujet y — dés Allemands : « Moins ils ont à dire, plusils étalent leur grand magasin de principes logiues et métaphysiques. La vérité n’est pas pour eux ce qui est, mais ce qui, d’après leur système, doit être. » Cette phrase peut s’appliquer … à maints livres scientifiques allemands, où la - pauvreté des résultats est masquée par un insupportable verbiage philosophique. FA - Nous avons indiqué combien la thèse de la Critique de la Raison pure de Kant avait exercé nne mauvaise influence sur certaines disciplines scientifiques. On pourrait rattacher à la Criti-
que de la Raison pratique les tendances forma- listes de la science allemande. Dans une conférence récente, faite à la British Academy, … « M. Boutroux remarquait que la notion du de- … voir comme impératif catégorique purement
formel, c’est-à-dire vide de tout contenu, dé-
pourvu de toute matière, est d’une application … singulièrement dangereuse !. Dans l’ordrescien-
| Te L'illustre philosophe développe comme il suit sa pensée : « Dans la vie réelle on ne peut se contenter d’un vouloir purement formel ;
n’est pas moins à redouter : nous en re donné quelques exemples. |
cipes oui et métaphysiques, dont de Stendhal. Nous ne pouvons donc nous élonner
scientifiques. L'esprit d'invention sait s’écarte à propos de la voie des déductions logiques, ï exige une aptitude à saisir des rapprochements entre diverses catégories de faits et demande un sens aigu du réel, tel que nous l’avons envisagé plus haut, et qui n’a rien à voir avec une réalité que l’on prétend construire soi-même. Les doctrines philosophiques, qui ont nui aux progrès de la science allemande pendant une partie du. siècle dernier, ont peut-être aujourd’hui moins. d'influence directe chez les savants, mais il en est resté une mentalité qui conduit à cet esprit de système et à ces vues spéciales sur la valeur etl’objet même de la science, que nous avons cherché à à analyser.
il faut trie vouloir quelque chose, il faut insérer quelq matière dans ce moule vide. » Et un peu plus loin, à propos des massacres à la guerre de femmes, de vieillards et d'enfants, ee Ÿ ajoute : « Si cette cruauté est indisciplinée, elle est coupable en tant que violation de la discipline. Si elle a été ordonnée par l'autorité - légitime, si c’est une cruauté disciplinée, eine zuchimassige samkeit, c'est un acte juste et méritoire. » :
loppement gigantesque de son industrie, que
des chemins de fer, dela navigation à vapeur.Il en est de même pour les ballons et les aéropla- nes, la navigation sous-marine, la télégraphie électrique, la téléphonie, la télégraphie sans
dans les choses de la guerre, qui sollicitent si vivement notre attention à l’heure actuelle, Allemagne n’a pas apporté de contribution
. Phumanité. Si nous passons aux applications de . la science et aux inventions proprement dites, - on peut a priori supposer, en pensant au déve-
PAllemagne a apporté là les idées les plus ori- . ginales et les plus fécondes. Or il en esttout autrement, comme le montre la seule nomenclature des grandes applications scientifiques qui, à des titres divers, ont changé les conditions de la vie depuis un siècle. L'Allemagne n’a en rien . contribué à l'invention des machines à vapeur,
Nous n’avons jusqu'ici envisagé que la science pure, c’est-à-dire la connaissance désintéressée dont le développement continu peut être cité
ÉNAT Re ANA RS
fil,laphotographie et bien d’autres que j’omets. à ‘ Ilest inutile de reprendre l’histoire tant de fois . racontée de ces applications scientifiques. Même
vraiment originale. La science des explosifs, qui F
- dit son origine à Lavoisier et à Berthollet, fut. développée ensuite par deux savants Anglais:
Abelet Noble, puis de nouveau en France par Berthelot, et par un ingénieur éminent, notre con». temporain, à qui l’on doit la découveris de l’onde explosive et celle de la poudre sans fumée qui révolutionna l’art de la guerre. Pour la partie mécanique dela balistique, on peut rappeler que l'utilité des projectiles oblongs avec rayure des canons fut signalée dès 1760 par l'ingénieur anglais Robins, à qui on doit en outre l’invention du pendule balistique; on sait que le canon rayé fut effectivement réalisé plus tarden France: Enfin, pour terminer cette nomenclature par un détail, le projectile dont nous entendons si sou vent parler, le shrapnel, fut imaginé par un offi= cier anglais Shrapnel qui, il y a un siècle, réalisa avec les boulets alors en usage le genre de projectiles auxquels son nom est resté attaché.
L'histoire nous montre donc que, dans les applications scientifiques comme dans la science pure, l'Allemagne n’a pas témoigné d’une originalité qui doive lui conférer une supériorité Sur tant d’autres nations plus inventives; tout au contraire. Et cependant cette supériorité dans l’industrie et le commerce est réelle; quant à a croyance à une prétendue supériorité scientifi= que, elle tient à une confusion entre l’augmenta= tion du rendement scientifique et le progrès réel de la science.
PRÉTENTIONS DE LA SCIENCE ALLEMANDE 45 Dans maintes parties de la science, les bonnes F. méthodes étant une fois trouvées, les applications de ces méthodes ne demandent que de (a+ patience et du soin, et il s’agit alors simplement, ; ar exemple dans les laboratoires, d’avoir un nombre suffisant de bons préparateurs. C’est le ôle que jouent souvent en Allemagne des n0mreux travailleurs, élèves et collaborateurs de eurs maîtres, travaillant SOUS leur direction et éveloppant leurs idées. Les sujets d’études sont | ainsi explorés danstous les sens,etontire d'une + méthode toutce qu’elle peut donner. De effort de: ces chercheurs patients ne résulte que rarement de n progrès réel de la science, mais le rendement A cientifique est considérablement augmenté, et. “hf fl arrive parfois qu'un produit nouveau. inté-: #2 ssant, une heureuse modification dans une technique, des mesures systématiques de cons-
fantes physiques el chimiques soient le fruit
e telles investigations. La nécessité de grands
aboratoires puissamment outilléspour certaines
tudes spéciales pousse naturellement à ces tra-
aux en quelque sorte collectifs, mais ici encore
\ne fautrienexagérer. Ne nous laissons pas hypboratoires. Ils sont elques recherches
ue
motiser par les immenses la - assurément désirables dans qu demandantun outillage compliqué, comme par xemple lesrecherches aux très basses tempéraires, mais nous ne devons pas oublier que de les découvertes ont été faites avec un maté-
46 L'HISTOIRE DES SCIENCES riel très simple; le colossal, ne conduit pas n sairement au grand. Sans remonter à héroïque des recherches de Pasteur dans
cien contemporain sur les radio-condueteurs ont été l’origine de la télégraphie sans fil, aux études faites récemment dans un laboratoire de la Sorbonne sur le dénombrement des molé- ; cules. | Dans la science pure, on ne développe cd.
Pesprit d'invention en faisant travailler sur. commande, et il est inutile de grossir le nom bre des publications sans intérêt qui encom- | brent les journaux scientifiques. Trop souvent,” ces travaux, qui portent la marque d’un mr | professeur et qui ne sont qu’une menue mOn naie glanée par des élèves médiocres, produisent un agacement que connaissent les lecteurs des périodiques et des thèses d’outre-Rhin.
L'esprit souffle où il veut, et les esprits quelque. peu originaux sont rebelles à une discipline, trop pesante. Les chercheurs bien doués trou. vent eux-mêmes leurs sujets d’études dans Ia. lecture trop souvent négligée des œuvres des, maîtres de la science, ou bien il suffit d'appeler leur attention sur certaines questions dont It solution paraît pouvoir être fructueusement
“bordée. Ce n’est pas à | dire que ceux qui ont la | de leur donner, sous prétexte de travail scien-
* science et dans le commerce, les conditions sont
charge d’esprits à former et à développer ne doivent leur inculquer l’habitude du travail méthodique, mais cela est tout autre chose que
tifique, des devoirs à faire, comme il arrive souvent dans les Universités allemandes.
Dans les applications industrielles de la
différentes, et l’organisation systématique rend ë È les plus grands services ; c’est ici que de grands laboratoires de science industrielle sont indispensables. Nous ne faisons pas de difficultés … pour reconnaître que nous avons là beaucoup à faire. Malgré d’heureuses tentatives, la pénétra= tion ne s’est pas suffisamment établie chez nous entre la science et l’industrie, et les efforts n’ont pas été suffisamment coordonnés. La faute en est sans doute à la fois aux savants et aux in-. dustriels, mais cette grave question est trop en dehors du cadre de notre étude pour être abor-. dée ici, et la compétence me manquerait pour la traiter à fond.Elle est d’ailleurs extrêmement K: complexe, et tient par certains côtés à la politi- " que, particulièrement à la politique financière et fiscale. Rappelons aussi que, en Allemagne, la pensée du Deutschland uber alles a été un puissant ferment pour le développement de lindustrie qui s’est élevée ainsi au-dessus des intérêts particuliers et est devenue une affaire natio-