‹ L'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 10 sur 75 · CHAPITRE III DISSENSIONS EN ACADIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III DISSENSIONS EN ACADIE

Les Latour

Un homme dont nous avons déjà annoncé l’arrivée à Port-Royal, ‘ tomba entre les mains des Kirke, lors de leur expédition contre Québec, en 1628 : c'était Claude de Latour.

D'après la plupart des historiens, il fut embauché, en Angleterre, par sir William Alexander qui lui promit un titre de baronnet avec un fief pour lui et pour son fils, s’il décidait ce dernier à reconnaître l'autorité anglaise en Acadie.

Claude de Latour, mis à la tête d’une expédition, échoua devant la Magnanime résistance de son fils qui ne voulut pas l'admettre dans son fort, ni même l’écouter par les meurtrières.

C'est par cette défaite que le vieillard paya sa trahison. 11 fut obligé de s’en aller à Granville, vis-à-vis de Port-Royal, où il partagea la vie des soi-disant barons de sir William Alexander.

En 1630, Charles de Latour, sentant le besoin de rentrer en rapports réguliers avec le gouvernement français, expédia en France Krainguille, son homme de confiance, qu'il avait nommé son lieutenant. Celui-ci réussit à s'introduire à la cour. Il exposa comment Biencourt et, après lui, Charles de Latour s'étaient toujours maintenus en possession de l'Acadie, au nom du roi de France. Le roi, en reconnaissance de cette fidélité, octroya, le 11 février 1631, une commission royale confirmant Latour dans son commandement jusqu’à nouvel ordre de Sa Majesté.

Telle était la situation lorsque fut conclu, en 1632, le traité de Saint- Germain-en-Laye. C'est alors que Richelieu patronna une compagnie de commerce et de colonisation aux fins de restaurer les établissements de l'Acadie. M. Isaac de Razilly en fut nommé gouverneur, au nom du roi de France.

Razilly, d’Aulnay de Charnisay et Denys

Isaac Razilly, partit d'Auray, en Bretagne, le 4 juillet 1632. Son expédition se composait de deux navires montés par trois cents hommes. Il amenait avec lui trois récollets. I] s'établit avec ses immigrants à la Hève, au sud de la péninsule, Deux hommes qui allaient jouer des rôles importants en Acadie, accompagnaient le nouveau gouverneur : l'un était Charles de Menou, seigneur d’Aulnay ; l’autre, Nicolas Denys. Le premier se consacra spécialement aux travaux de la culture et à l'installation des colons ; le second s’occupa de la partie commerciale et financière de l'entreprise.

Afin d’alléger ses charges, Razilly divisa le pays en plusieurs seigneuries. La piemière concession fut faite à Charles de Latour. C'était une récompense pour l'énergique persistance avec laquelle celui-ci avait maintenu les droits et le nom de la France, en Acadie. Les anciens postes du cap Sable lui furent accordés, ainsi qu’un territoire près de l'embouchure de la rivière Saint-Jean.

Razilly concéda à Denys, en fief, les côtes du golfe Saint-Laurent, depuis le détroit de Canseau, y compris le Cap-Breton, jusqu’à la baie des Chaleurs. Le gouverneur gardait auprès de lui M. d’Aulnay de Charnisay, son parent. Il lui réservait, sans doute, la seigneurie de Port-Royal avec les postes avoisinants, et il voulait en faire le continuateur de son œuvre dans l’Acadie, Il n’eut pas à attendre longtemps, car la mort vint le frapper, en 1636.

A cette époque, quinze families européennes et quelques engagés se trouvaient dans les établissements de Port-Royal et de la Hève. Dans tout le pays, il n’y avait pas encore plus de 180 Européens.

Luttes entre d’Aulnay et Charles de Latour

D'Aulnay de Charnissay, devenu chef de la colonie, se hâta de transférer à Port-Royal tous les fermiers et cultivateurs qui s'étaient d’abord établis sur les terres peu fertiles de la Hève. II n'y laissa que quelques magasins et les personnes nécessaires pour garder ce poste. il fit venir de nouvelles familles de France. Ce fut aussi par ses ordres que le séminaire de Port-Royal fut construit. C'était une sorte de monastère

part

Malheureusement, les circonstances ne permirent pas à cette bonne œuvre de se développer et de porter les fruits qu'elle donnait lieu d'attendre.

Dès la mort de Razilly, Latour et Denys œil l'autorité passer aux mains d'Aulnay de tations sérieuses s'étaient élevées à ce sujet. tente royale fut obtenue Pour régler ces di nommait deux lieutenants en Acadie : d'Auln tour sur la rivière Saint-Sean.

En 1640, les démêlés recommencèrent pour se continuer durant six ans.

avaient vu d'un mauvais Charnisay. Des contes-

Aussi, en 1638, une pafficultés. Cette patente ay, à Port-Royal, et La-

En 1645, une attaque en règle eut lieu contre bouchure de la rivière Saint-Jean. Celui territoire. Madame Latour, qui gardait 1 d'hommes pour faire la défense ; mais so

sonnière, mourut trois semaines plus tard.

Charles de Latour renonça temporairement à la lutte. dant quelques années sur les côtes du continent, en atten circonstances lui fussent plus favorables.

Mort de Charnisay — Arrivée dé Le Borgne

t L'aisance commençait à régner à Port-Royal quand de Charnisay mourut subitement, le 24 mai 1650. Ce fut un jour de deuil Pour toute cette jeune colonie, car d’Aulnay était un homme de co

et d'activité, Il était bon administrateur et il avai

Il erra pendant que les

sa colonie sur une base solide. Il est fort regrettable, sa conduite, lors de la reddition du fort Latour, ait été entachée d'actes odieux que le cadre de cet ou

vrage n'a pas permis de détailler, mais que l’histoire ne saurait laisser

De Charnisay laissait après lui huit enfants. L'aîné de ses fils, Joseph, n'avait que quatorze ans ; aussi la direction de la colonie et la seigneurie de Port-Royal ne tardèrent pas à pas L'année suivante, Charles de Latour se présenta et obtint de Mme d'Aulnay, le vieux fort de Saint Vérnement de l’Acadie, à titre de délégué.

vénement bien étrange : en 1653, il épousa Mme d le mit immédiatement en possession des biens, pouse de l’homme qui, durant sa vie, l'avait pourchassé sans miséricorde et ruiné de fond en comble. Latour ne devait pas jouir longtemps de ces biens.

Au printemps de 1654, un nommé Emmanuel Le Borgne,

cependant, que

devant Port-Royal -Jean, avec le gou-

"Aulnay, ce qui des honneurs et de l’é-

créancier

Br ee.

de d'Aulnay, partit de La Rochelle, avec plusieurs navires, pour aller saisir Port-Royal et tous les biens de Charnisay, en compensation d'un quart de million de livres que celui-ci lui devait. Le Borgne s'arrêta à Canseau, s'empara des établissements de pêche de Denys à Chédabouctou (Guysboro), ruina la petite colonie de Saint-Pierre et emmena Denys prisonnier. 11 se dirigea ensuite sur Port-Royal dont il prit possession et où il se fit reconnaître seigneur. Il se préparait à attaquer Latour sur la rivière Saint-Jean, lorsqu'il fut devancé par les Anglais du Massachusetts qui, profitant d’une déclaration de guerre entre la France et l'Angleterre, se jetèrent sur le fort de Saint-Jean et forcérent Latour à capituler. Ces mêmes troupes anglaises se dirigèrent ensuite sur Port-Royal qu'elles prirent presque sans résistance. Peu après, toute l'Acadie tomba aux mains des Anglais, sauf les postes occupés dans le nord-est par Denys.

Sir Thomas Temple — Mort de Charles de Latour — Traité de Bréda

Les vainqueurs enlevèrent de Port-Royal les pelleteries qu'ils y trouvèrent et un peu de butin. Ils reconnurent les droits de Le Borgne comme seigneur. Toutefois ceci n'empêcha pas Cromwell de concéder, deux ans plus tard, en 1656, toute l’Acadie à Charles de Latour, à condition que la haute intendance de la colonie fût mise entre les mains de sir Thomas Temple et de William Crowne. Temple dépensa 20,000 livres pour réparer les forts ; toutefois, il ne sut pas favoriser l'immigration et l’agriculture. C'était un 8ouverneur anglais bien intentionné ; mais, chose embarrassante pour lui, il administrait une colonie de conception et d'organisation française. Il protégea, probablement de son mieux, ce qui lui fut mis entre les mains, tout en ne cherchant pas à étendre ses possessions. Il est évident qu'il ne saisit pas bien les plans de colonisation de Poutrincourt et de Charnisay.

En 1666, Charles de Latour mourut à l’âge de 70 ans. Depuis quelques années, il avait vendu ses titres et privilèges de charte royale à Temple et Crowne, et il menait une vie retirée.

L'année suivante, il fut signé, à Bréda, un traité en vertu duquel l'Acadie était rendue à la France. M. du Bourg vint en prendre possession, au nom du roi de France, en 1668. 11 nomma Le Borgne gou- Verneur provisoire. La remise définitive de l’Acadie n’eut lieu, cependant, qu’en 1670, et le chevalier de Grandfontaine en fut nommé gouverneur. D'après le nouvel ordre de choses, l’Acadie allait avoir, à Paris, son gouvernement ou plutôt son conseil d'administration.

Terre- Neuve

Comme il 2 été dit à la onzième leçon, sir Humphrey Gilbert, viceroi de Terre-Neuve, mourut en se rendant en Angleterre. Après sa mort, durant trente ans, Terre-Neuve demeura sans gouvernement et ne fut fréquentée que par quelques Européens qui visitaient ses côtes, à cause de ses établissements de pêche. A l’intérieur, les Boéticks ou Indiens rouges — peuplade indigène de l’île — étaient redevenus les seuls propriétaires de la forêt.

Plus tard, John Guy reçut l’ordre d'y conduire une petite colonie d'Angleterre et d'en être le Souverneur. Il se fixa à l’Anse-des-Maringouins (Mosquito Cove); mais son établissement ne put prospérer.

Ceux des colons qui survécurent à la misère ne tardèrent pas à retourner dans leur pays.

Quelques années après, Richard Whitbourne, nommé juge de la cour d’amirauté, fut envoyé à Terre-Neuve, afin de régler les différends qui ne cessaient de s'élever entre les marchands côtiers (traders), et aussi de percevoirlesdroits réguliers sur le poisson et l'huile, C'était une mission d'autant plus délicate que, jusque-là, les marchands côtiers avaient eu, dans ce commerce, plus que leurs coudées franches. Dans l'exercice de ses nouvelles fonctions, Whitbourne rencontra plus d'obstacles qu'il n'en put surmonter : c'est Pourquoi Jacques Ier, roi d'Angleterre, nomma sir George Calvert Souverneur de Terre-Neuve, Avant de partir, celui-ci fut admis à la chambre des lorüs et prit le nom de lord Baltimore. Il eut, lui aussi, à soutenir de fortes luttes. Les difficuités vinrent et des Français établis à Plaisance, et de ses Propres sujets, les Anglais puritains qui étaient mécontents de le savoir catholique romain. Il était à la veille d'aller fonder une colonie au Maryland, lorsque la mort vint l'emporter. Son fils hérita de sa commission royale et fonda cette colonie dont la plus grande ville porte encore de nos jours le nom de Baltimore,

Sir David Kirke, qui s'était emparé de Québec, en 1629, succéda à lord Baltimore dans la direction des affaires de Terre-Neuve, 11 fit tout son possible Pour intéresser les Anglais en faveur de cette colonie, Lettres fréquentes au Bureau colonial, magnifiques descriptions de l'île, peinture exagérée de ses ressources — rien ne fut épargné pour arriver à son but. Malheureusement, il n'avait pas été prudent dans ses nombreuses Correspondances. Il avait blessé les susceptibilités, tantôt des royalistes, tantôt des Parlementaires. 11 fut rappelé en Angleterre, Pour répondre à de nombreuses accusations portées contre lui. Sir David se justifia assez habilement Pour reprendre l’administration de Terre-Neuve, qu'il garda jusqu’à sa mort. Ses héritiers, cependant, perdirent tout ce qui leur revenait par droit d'héritage — et cela par suite des graves représentations que le jeune lord Baitimore ne cessa de faire valoir contre sir David, auprès de la cour royale,

Pillages à Saint-Jean de Terre- Neuve

Après la mort de sir David, les pêcheurs de Terre-Neuve eurent encore à gémir, durant de nombreuses années, sous les exactions des marchands côtiers. Ceux-ci attribuaient l'étrangeté de leur conduite aux exigences de la Compagnie des Planteurs. Les autorités anglaises ne savaient guère qui blâmer.

Enfin la cour anglaise envoya, Pour étudier la situation, sir John Berry, qui en fit un rapport défavorable aux Marchands, les accusant de ne rien faire Pour favoriser le développement de la colonie, de ne viser qu'à s'enrichir et à étendre leurs domaines personnels. Les pêcheurs allaient voir leurs griefs redressés lorsque le havre de Saint- Jean fut visité par des forces ennemies. Ce furent d'abord des Hollandais qui commirent deux actes de piraterie presque successifs. Dans une première visite, ils ravitaillèrent leur flotte ; dans la seconde, ils causèrent beaucoup de destruction et de pillage.

L'autre attaque vint des Français, devenus relativement puissants à

ï LT ET ji y h F4 lobe ja ‘ he: ait

de: jar

Page 1