CHAPITRE II ÉTABLISSEMENTS AU CANADA
Fondation de Québec
En 1608, sur les instances de Champlain, Henri IV le privilège exclusif de la traite des pelleteries pendant un an, Cette fois il tourne ses vues vers le Canada. Deux navires, commandés par Pontgravé et Champlain, partent de.Honfleur, le 13 avril 1608, et
arrivent à Tadoussac dans les premiers jours de juin. Pontgravé s'y
arrête pour surveiller pendant quelque temps la traite des pelleteries ;
l'autre navire, portant Champlain, arrive à Québec, le 3 juillet,
Après l'examen Soigneux de divers sites, M. de Champlain choisit la pointe de Québec comme siège de son établ res pittoresques de Lévis et du cap Diamant, des ri rochers à pic, un vaste bassin où i
à la fois en toute sûreté, — il n'en fallait pas plus pour justifier ce choix.
Champlain mit immédiatement ses hommes à l’œuvre pour élever
des magasins et des corps de logis, Pour creuser des fossés, afin de mettre Sa petite colonie à l'abri d’une trop facile invasion.
Au printemps de 1609, désirant mieux connaître le pays, Champlain suivit un parti d'Algonquins et de Hurons, — soixante hommes en tout, — lesquels allaient porter la guerre chez les Iroquois. Il était accompagné de deux Français. La rencontre des races ennemies eut lieu le soir, sur les eaux du lac auquel Cham- SAMUEL DE CHAMPLAIN plain a donné son nom. Immédia-
tement, les Iroquois se jetèrent à la rive et les alliés prirent le large. Le jour venu, ceux-ci débarquèrent, à leur tour, et la bataille s’engagea. Tout à coup, les alliés ouvrirent leurs rangs : Champlain s'avançait gée de quatre balles. I] fit feu sur un des chefs qui tomba mort avec un de ses compagnons. A côté de lui, un troisième Iroquois roula par
terre, mortellement blessé. Les deux Français abattirent aussi quel-
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Premiers voyages de Champ! ‘n en France
Pendant que Champlain fondait la colonie de Québec, M. de Monts, resté à Paris, était encore en butte à la jalousie des marchands bretons, basques, normands et autres qui, pour la seconde fois, firent révoquer sa commission.
Pour être protégé, en France, par des compagnies qui fourniraient les fonds, les provisions et mêmes les hommes nécessaires à la nouvelle colonie, M. de Champlain dut traverser l'Océan plusieurs fois. De l'année 1609 à 1613, il se rendit en France quatre fois. Il y allait à l'automne, revenait au printemps et, durant l'été, il faisait des explorations à l'intérieur du Canada. Dans l'été de 1611, il conçut le projet de bâtir un fort au-dessous du saut Saint-Louis. Il trouva un endroit favorable, au lieu même où, trente ans plus tard, la ville de Montréal devait être fondée. Il nomma ce lieu Place-Royale.
Lors de son quatrième voyage en France, Champlain se rendit à Fontainebleau où était alors le jeune roi, Louis XIII, ainsi que le prince de Condé. Ii leur fit agréer le projet de former une nouvelle société dite« Compagnie de Rouen », dont les ressources permettraient de poursuivre les en’ :prises déjà commencées à Québec. Cette compagnie, constituée pour onze années, fut approuvée par le prince et par le roi.
Au printemps de 1615, il revint au Canada, conduisant avec lui des religieux récollets, nommément les PP. Denis Jamay, Jean Dolbeau, Joseph le Caron et le Fr. Pacifique du Plessis. Le père Dolbeau s’occupa immédiatement de l'érection d’une petite chapelle, à la basse ville, sur l'emplacement actuel de l'église de Notre-Dame-des-Victoires. a première messe y fut célébrée, au son de l'artillerie, le 25 juin 1615. V4
Au printemps de 1617, Champlain amena de France quelques excel-
lents colons, entre autres, Louis Hébert et toute sa famille. Celui-ci se mit à l’œuvre et défricha dix arpents, à l'endroit où se trouve aujourd’hui la haute ville de Québec. Dans l'hiver suivant, pendant l'absence de Champlain, les sauvages se révoltèrent. Ils commencèrent par tuer deux Français, à coups de hache. Puis, se rassemblant à Trois-Riviéres, ils tinrent un grand conseil. Là, ils décidèrent d’égorger tous les Français de Québec. Heureusement, le frère Pacifique du Plessis eut vent du complot et en avertit sans retard tous les intéressés. Se voyant découverts, les sauvages recoururent aux voies de la conciliation et attribuèrent l’odieux de cette conspiration aux mauvaises dispositions de quelques particuliers mécontents. La colonie française, trop faible Pour se venger, se contenta d'exiger des otages.
Autres voyages de Champlain. Leurs résultats
Depuis des années, Champlain ne faisait qu’aller et revenir, de Québec en France, dans le but de tirer de la Compagnie de Rouen des secours plus abondants en faveur de la colonie. Aussi franc de parler que loyal et honnête de cœur, il ne ménageait pas les reproches à la Compagnie. Les associés, trouvant ses représentations importunes, essayèrent de s’en débarrasser, mais ils ne purent y réussir.
En 1620, le prince de Condé, à raison de 30,000 livres, céda au duc de Montmorency sa commission de vice-roi du Canada. Le duc nomma Champlain son lieutenant général dans la Nouvelle-France, et, sur de
nouvelles plaintes portées contre la Compagnie de Rouen, fonda une autre association dirigée par des calvinistes. Les sieurs Guillaume et Emery de Caen en étaient les chefs. Ces deux sociétés ne tardèrent pas à devenir rivales et le désaccord ne laissa pas d'exister jusqu’au jour où un arrêt du conseil d’État vint les réunir en une seule compagnie, en 1622. :
Le dernier des vice-rois propriétaires de la Nouvelle-France fut un prêtre, Henri de Lévis, duc de Ventadour. En 165, il acheta cette vice-royauté du maréchal de Montmorency, son oncle. Il ne s'occupa de la Nouvelle-France que pour la conversion des sauvages, et confia les missions du pays aux Jésuites. La compagnie de la Nouvelle-France l’indemnisa, en 1627.
#- Dès l'année 1620, Champlain avait amené sa jeune femme à Québec. Celle-ci fit l'admiration des sauvages par sa bonté plus encore que par sa beauté. Elle apprit l’algonquin au point de pouvoir instruire dans leur propre langue, les enfants indigènes.
En 1623, les PP. Viel et Sagard, récollets, arrivèrent à Québec. Ils furent tous deux envoyés au pays des Hurons. Vers cette époque, grâce à l’intervention des missionnaires, une paix générale fut conclue entre les Iroquois, les Algonquins, les Hurons et les Français ; les haches de guerre furent jetées dans le fleuve. Les Récollets, trop pauvres et trop peu nombreux pour faire face aux besoins spirituels de la colonie, se décidèrent à appeler les jésuites à leur secours.
Les premiers religieux de cet ordre qui vinrent au Canada, furent les PP. Lalemant, Jean de Brébeuf, Ennemond Massé et deux frères coadjuteurs. Ils arrivèrent en 1695.
Les Cent-Associés
Le roi de France, Louis XIII, et son ministre, le cardinal de Richelieu, ayant appris que la Compagnie chargée des intérêts du Canada, ne remplissait pas ses engagements, résolurent d’en former encore une nouvelle.
Ils établirent donc, en 1627, une nouvelle compagnie portant le nom de « Compagnie des Cent-Associés », parce qu'elle se composait de cent membres. Ceux-ci avaient été choisis parmi les classes élevées de la société française.
Le roi leur concédait, à perpétuité, le Canada et la Floride avec toutes leurs dépendances. Il se réservait l'acte de foi et hommage, une couronne d'or pour chacun de ses successeurs et la confirmation des principaux officiers de justice. La Compagnie pouvait fabriquer de la poudre et des armes, bâtir des places de guerre, concéder des terres aux colons, etc. En retour, elle promettait d'envoyer au Canada, dès l’année suivante, deux cents ouvriers de tout iaétier et de porter, avsnt quinze ans, la population à 1600 familles. Elie devait nourrir les nouveaux colons durant trois ans après leur arrivée, pourvoir, pendant quinze ans, à l'entretien des missionnaires et aux frais du culte, Tous les colons seraient catholiques français.
Les Associés souscrivirent à cette entreprise, trois cent m ‘vres.
Au moment où la colonie recevait un si bel élan, la gue fut déclarée entre la France et l'Angleterre et le premier vaisseau que la compagnie
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des Cent-Associés envoya au secours de Québec,fut pris par les Anglais à Tadoussac, en 1628.
Capitulation de Québec
Ce furent des Français huguenots, David, Louis et Thomas Kirke, passés au service de l’Angleterre, qui se chargèrent de détruire les établissements français de l’Acadie et du Canada.
David Kirke s’empara d'abord de Port-Royal et de Tadoussac. II envoya ensuite à Québec une chaloupe qui, le 10 juillet 1628, remit à Champlain une sommation de rendre son fort et son habitation. Champlain refusa. Kirke n'insista point, cette année-là, sur la prise de Québec. Par contre, il s'empara de la flottille chargée de vivres que la nouvelle compagnie envoyait au secours de la colonie française.
En 1629, les frères Kirke sc présentèrent devant Québec. Cette fois, Champlain, qui n'avait encore reçu aucun secours de France, fut obligé de se rendre, et, le 19 juillet 1629, il signa une honorable capitulation. Il descendit, avec Thomas Kirke, à Tadoussac où il attendit le départ de la flotte pour l'Europe. Quelques colons français furent aussi conduits en Angleterre et de là en France.
Quand Champlain mit le pied en Angleterre, en octobre 1629, il apprit que la paix avait été conclue entre la France et l'Angleterre, deux mois . ant la prise de Québec. L’ambassadeur de France était déjà rentré à Londres. Le fondateur de Québec obtint de lui la promesse de tra- Yailler vigoureusement pour faire rendre aux Français sa chère colonie. Enfin, deux ans plus tard, le 29 mars 1632, il fut conclu, à Saint-Germain-en-Laye, un traité par lequel le roi d'Angleterre pro’nit de restituer à Sa Majesté Très-Chrétienne tous les lieux occupés par les Anglais dans la Nouvelle-France, nommément Québec, Port-Royal et Cap- Breton.
Retour de Champlain au Canada
Par ce dernier traité, la compagnie des Cent-Associés rentrait dans tous ses droits. On songea d’abord à envoyer Champlain reprendre possession du Canada ; mais la compagnie n’avait pour cela ni fonds, ni vaisseaux. On crut qu'il valait mieux charger de cette affaire Emery de Caen, homme riche et conciliant.
Le roi accordait à ce dernier la jouissance des revenus du pays, pendant une année, après quoi Champlain devait reprendre son ancienne charge. La ville de Québec fut remise aux Français par Thomas Kirke, le 13 juillet 1632. Les trente colons restés au Canada étaient dans un état misérable : ce fut la raison donnée par la compagnie des Cent-Assoc:<s pour ne pas y laisser retourner les récollets, religieux mendiants que la colonie, disait-on, ne pouvait soutenirconvenablement.
Après un séjour d’une année à Québec, de Caen céda le gouvernement de la Nouvelle-France à Champlain. Celui-ci fit voile de Dieppe, au mois de mars 1633. Sa flottille portait, outre 200 personnes, tant matelots que colons, des marchandises, des armes et des munitions, en abondance. Les PP. Massé et de Brébeuf étaient au nombre des passagers. Les vaisseaux mouillèrent devant Québec, le 23 du mois de mai. On ne saurait exprimer la joie des colons et même des sauvages, — reviren® au milieu d’eux le fondateur de la ville.
Champlain avait obtenu de la Compagnie la promesse qu'elle se montrerait sévère dans le choix des colons destinés à l'Amérique ; ils devaient être catholiques et de mœurs irréprochable.
Fondation du collège de Québec — Mort de Champlain
Pour ôter aux Sauvages de l'Ouest l'occasion de trafiquer avec les Anglais, Champlain établit un poste de commerce à mi-chemin entre Montréal et Trois-Rivières, sur un flot qu'il nomma Richelieu.
L'année suivante, 1634, il envoya le sieur de la Violette établir un autre poste, à l'embouchure des Trois-Rivières.
En France, une foule de personnes pieuses, instruites par les relations des récollets et des jésuites, commençaient à s'intéresser à la colonie. Le marquis de Gamache, père d’un jésuite, donna six mille écus d'or Pour commencer la construction d'un collège à Québec. En moins de trois ans après la restitution du Canada à la France, il y eut quinze jésuites dans le Pays. Tous ces missionnaires, venus à leurs frais, risques et périls, se distinguèrent par leur piété, leur zèle et leur dévouement. Le premier fruit de ce zèle fut la fondation d’un collège à Québec, vers la fin de l'année 1635.
Dès ce moment, nombre de Français, assurés de pouvoir procurer à leurs enfants une éducation convenable, se décidèrent à traverser l'Océan avec leurs familles,
La fondation du collège des jésuites fut, sur cette terre, la dernière consolation de Champlain qui mourut le jour de Noël 1635. La population entière pleura celui-ci comme elle aurait pleuré un père. Il fut enterré dans un sépulcre particulier sur lequel M. de Montmagny fit ériger une chapelle dite chapelle-Champlain.
On accourut de toute part à ses funérailles. Français et sauvages louèrent sa bonté, son Courage et sa persévérance ; ses ennemis même rendirent hommage à sa loyauté, à son désintéressement et à ses grandes qualités.