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CHAPITRE IV LES CENT-ASSOCIÉS

Gouverneurs et Sujets

Comme nous l'avons vu, les Cent-Associés prirent possession du Canada en 1633. Ils administrèrent les affaires de la colonie pendant trente ans. On peut résumer cette administration en disant qu'elle fut malheureuse, Les Cent-Associés furent infidèles à la plupart des obligations qu'ils avaient contractées. En retour des larges concessions de terrain qui leur avaient été accordées, ils s'étaient engagés à établir

La liste suivante nous fera embrasser d'un coup d'œil la succession des gouverneurs qui régirent le Canada durant l'administration des Cent-Associés. D'abord, M. de Champlain est le premier gouverneur, Il est remplacé par de Montmagny (1636-1648). Ce nom se traduit, en langue iroquoise, par celui d'Ononthio (grande montagne) : les sauvages le donneront, dans la suite, à plusieurs gouverneurs.

M. d’Aïilleboust succède à M. de Montmagny (1648-1651). Vient ensuite M. de Lauzon (1651-1658), habile négociant et spéculateur. En 1658, M. d’Argenson lui succède. I] est remplacé, en 1661, par M. d'Avaugour qui termine la liste des Bouverneurs sous le régime des Cent-Associés.

époque, elle est la plus nombreuse des quatre catégories: elle ne compte pas de colons. Sa population flottante vit surtout en France. Elle vient au Canada Pour faire de l'argent et s’en retourne le dépenser dans la mère patrie.

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La deuxième classe comprend les Jésuites, Ces religieux sont chargés des intérêts spirituels de la colonie, Partout où il leur est possible de le faire, ils établissent des institutions pour l'éducation des jeunes gens. On ne saurait trop louer leur zèle dans l'œuvre de l'éducation et des missions, Cette semence que les fils de Loyola ont répandue dans les plaines vicrges de l'Amérique a germé dans leur sang, et partout elle a produit des fruits abondants. 4

La troisième classe est celle des coureurs de bois. Celle-ci se comj 8e des esprits aventureux de la colonie. Plusieurs, qui désirent s'affranchir des strictes lois religieuses et disciplinaires établies par les récollets et les jésuites, pénètrent dans les régions de l'Ouest pour y trouver la liberté et, en même temps, pour s'occuper du commerce des fourrurcs. Bon nombre se marient avec des femmes indiennes: c'est l'origine des familles métisses de l'Ontario, du Manitoba et du Nord- Ouest.

La quatrième classe fut celle des véritables colons qui, eux, s'établirent sur les terres de la Nouvelle-France. On les a appelés « habitants », parce qu'ils résidaient en Permanence sur leurs terres.

M. de Montmagny — Établissements religieux

Après la mort de M. de Champlain, M. de Chateaufort le remplaça par intérim. Ce fut au mois de juin 1636 que M. de Montmagny arriva au Canada, en qualité de successeur de Champlain. Sous son administration, la bourgade de Sillery, près de Québec, fut fondée, en 1637, À Québec même, les jésuites établirent un hôpital pour y recevoir les malades et une école pour l'éducr ion des jeunes filles. lis furent aidés dans cette entreprise par la duchesse d'Aiguillon, qui fonda l'Hôtel- Dieu en y plaçant les religieuses hospitalières ou augustines, et par Mme de la Peltrie, qui consacra ses biens et sa personne à l'établissement des ursulines. Celle-ci s'associa la mère Marie de l'Incarnation, religieuse de Tours, remarquable par ses talents et surtout paf ses admirables vertus. On lui a donné le nom de « Thérèse du Canada » et, depuis plusieurs années, on instruit, à Rome, son procès de canonisation.

Tant de secours spirituels venus de France ne pouvaient manquer de donner un nouvel élan à la colonie, si la compagnie des Cent-Associés eût seulement soutenu ces premières démarches. Mais celle-ci s’occupait beaucoup plus de la traite des fourrures que de l'établissement du pays.

Pendant ce temps, la guerre était recommencée plus vivement que jamais entre les Iroquois et les Hurons. Et ce qu'il y avait de plus malheureux, c’est que le Bouverneur, loin d’être en état de secourir les alliés, se voyait, tous les jours, exposé à recevoir de nouveaux affronts de la part des Iroquois. Ce déplorable état de choses engagea plusieurs personnes recommandables par leur piété à former, dans l'ile de Montréal, une bourgade française fortifiée et mise à l’abri de toute insulte.

Fondation de Montréal — La Compagnie des Habitants

En 1640, une association dite « Société de Notre-Dame de Montréal » fut organisée, en France, pour fonder un établissement français dans

l'île de Montréal. M. de Maisonneuve, homme de grand courage et d'éminente piété, fut nommé chef de cette association. Cinquante colons partirent avec lui et arrivèrent à Québec, au mois de septembre 1641. Ils y passèrent l'hiver.

Comme ce nouveau poste de Montréal était, d'un côté, fort éloigné des autres établissements français, tandis que, de l'autre, il touchait au territoire des Iroquois, M. de Mont- Magny essaya de persuader de Maisonneuve de s'établir sur l'île d'Orléans.

«J'irai m'établir à Montréal, répondit Chomedey de Maisonneuve, quand même chaque arbre d'ici là serait un Iroquois». Iltint parole. A

Au printemps de 1642, il partit avec 288 sa petite colonie dont il était nommé Souverneur, et il arriva à Montréal, le

17 mai. L'île fut mise sous la protection de la très sainte Vierge et fut appelée Ville-Marie.

A la nouvelle de l'arrivée de cette :

colonie, les Iroquois allèrent l'attaquer. cHoMEDE y DE MAÏSONNEUVE

Trois Français furent tués et trois autres faits prisonniers : mais les sauvages se dit persèrent quand ils apprirent que leur chef avait été tué de la main même de M. de Maisonneuve, Entre temps, les missionnaires disséminés dans les bourgades huronnes, n'en eurent pas moins à souffrir d’horribles traitements infligés par les cruels Iroquois.

Jusqu'à 1645, le monopole du commerce de la compagnie des Cent- Associés était pratiquement entre les mains de huit marchands qui vivaient en France. Le roi, ayant appris que rien n'était fait pour la colonisation, ordonna de céder ce privilège aux habitants de la colonie. En conséquence, les Cent-Associés cédèrent aux habitants du Canada représentés par M. de Repentigny, le privilège de faire la traite des pelleteries à la condition : 10 que ceux-ci paieraient le clergé, les fonctionnaires, à partir du gouverneur, et toutes les dépenses de l’administration ; 2 qu'ils rempliraient les obligations de la Société envers les corps religieux et feraient passer au Canada, tous les ans, jusqu’à vingt personnes des deux sexes ; 3° qu'ils paieraient, annuellement, mille livres de peaux de castor assorties.

Peu de temps après la mise en vigueur de ce contrat, la colonie pleurait la mort de trois de ses saints missionnaires : le P. Ennemond Massé, décédé à Silery ; le P. Anne de Nouë, trouvé gelé sur le fleuve, et le P. Jogues, tué par un Iroquois.

Le gouverneur d’Ailleboust — Dispersion de la nation huronne

Au mois d'août 1648, M. d’Ailleboust succéda à M. de Montmagny. Le nouveau gouverneur était un homme de bien, rempli de religion et de bonne volonté. Il promulgua un nouvel édit royal portant : 1° que, à l'avenir, le gouverneur général serait nommé pour trois ans seulement ; 2° que le roi créait un conseil composé du gouverneur de la colonie, du supérieur des jésuites de Québec, en attendant qu'il y eût un évêque,

du dernier gouverneur sorti de charge, de deux habitants du pays élus tous les trois ans par les autres membres du conseil et par les syndics des communautés de Québec, de Montréal et des T rois-Rivières.

Dans le même été, les Iroquois s'étant jetés à l'improviste sur le vlilage huron de Saint-Joseph, massacrèrent ou firent prisonniers 700 Hurons et tuèrent le P, Daniel qui, durant ce carnage, baptisait, par aspersion, les catéchumènes de la bourgade.

Au printemps suivant, le 16 mars 649, ces mêmes Sauvages se ruèrent sur la bourgade Saint-Ignace, où ils firent un horrible massacre, De là ils attaquérent les Hurons de Saint-Louis, qu'ils livrérent aux flammes. C'est là que les PP. de Brébeuf et Gabriel Lale- LE P. DE BRÉBEUF mant furent Pris par les Iroquois, qui

les firent expirer dans les plus horribles tourments. Pour empêcher les marytrs de prononcer le nom de Jésus, ces barlores allèrent jusqu’à leur mettre des tisons enflammés dans la

bouche. Le P. de Brébeuf expira le 16 mars 1649 et le P. Gabriel Lalemant, le lendemain.

En apprenant ces désastres, les Hurons de le feu à leurs cabanes et se réfugiérent che

quinze bourgades mirent z d’autres nations indigènes.

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