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CHAPITRE I A LA NOUVELLE-ÉCOSSE ET DANS LES ÎLES VOISINES

Serments d'allégeance et de test

PRÈS la paix d'Utrecht, il n'y eut d’autres Anglais, en Acadie, durant plusieurs années, que ceux laissés à la garde du fort d'Annapolis. En vertu du traité de cession, les Acadiens avaient le droit de garder leurs terres ainsi que le libreexercice de leur religion, pourvu qu'ils devinssent sujets anglais.

Ceux qui voulaient s'éloigner avaient la permission de vendre leurs terres, mais peu d’Acadiens se prévalurent de ce droit parce qu'il n'y avait pas d'acheteurs. Au reste, les Anglais avaient tout intérêt à garder les Acadiens à la Nouvelle-Écosse, et ils ne se faisaient pas scrupule d’en faire l’aveu.

le voisinage, soit sur le territoire canadien, soit dans les îles du golfe, ne laisserait pas de devenir une force redoutable contre les colonies anglaises. = Ces réflexions faites, les Anglais se dirent : Gardons les Acadiens chez nous, sur leurs propres terres ; mais, comme c'est un peuple très consciencieux, faisons-lui prendre des serments qui le lieront corps et âme à la causeanglaise. Ces serments étaient celui d’allégeance et celui du test. La formule littérale du serment d’allégeance était comme suit : « Je promets et jure sincèrement, en foi de chrétien, que je serai entièrement fidèle et obéirai vraiment à Sa Majesté, le roi George II, que je recon- ; nais pour le souverain seigneur de l'Acadie ou Nouvelle-Écosse. Ainsi ‘à Dieu me soit en aide ».

Un catholique pouvait prêter ce serment.

La formule du serment du est était à peu près comme suit : « Moi, N., je proteste, certifie et déclare solennellement et sincèrement,

d'après les rites présentement en usage dans l'Église romaine, sont superstition et idolâtrie ». L'histoire ne précise aucune circonstance où ce dernier serment ait été exigé des Acadiens, excepté pour l'entrée au parlement provincial, Un catholique ne pouvait Pas, en conscience,

Nouvelle-Écosse

Après la conquête, la garnison d'Annapolis n'avait plus que cent soldats, Cette poignée d'hommes, avec les soldats anglais du fortin de Canseau, constituait la puissance britannique en Acadie. Durant de nombreuses années, les Souverneurs exercérent leurs fonctions par Procuration. Nicholson fut Souverneur jusqu'en 1717, mais il laissa Presque toujours l’exercice de cette charge : ses lieutenants. Son successeur, Richard Philipps, qui fut gouverneur de 1717 à 1749, fit à peu près la même chose. 11 passa six ans dans la province, et cela, à des intervalles irréguliers. Il eut pour lieutenants Doucette, Armstrong et Mascarène.

A cette époque, il n'y avait pas encore de chambre de députés ou parlement. Le Souverneur choisissait pour conseillers douze citoyens d'Annapolis. Ces édiles faisaient les lois et imposaient des châtiments Pour les offenses et les crimes.

Les satisfactions infligées étaient quelquefois médicinales. Ainsi, Pour avoir calomnié sa voisine, le « conseil des douze » condamna Jeanne Picot, d'Annapolis, à être plongée dans l'eau salée, à marée haute, jusqu’à commencement de suffocation. Néanmoins, sur l'intercession de la personne diffamée, la peine fut commuée. Jeanne n'eut qu'à se tenir à genoux, durant un quart .'heure, à la porte de l'église, le dimanche suivant, et à r6:lamer son pardon de l'offensée, en présence du peuple.

Immédiatement après le traité d'Utrecht, la population acadienne était de 2,528. En 1730, elle s'élève à 4,345. En 1739, on trouve un total de 7,114. M. Rameau croit que, en 1748, il y avait 11,925 âmes dans la presqu'île acadienne seule. Les principaux établissements acadiens étaient aux alentours de la rivière Annapolis, à la rivière aux Canards, à Grand-Pré, Piziquid, Cobequid et Beaubassin.

Le Cap-Breton

Ce ne fut qu'après le traité d'Utrecht, que l'île du Cap-Breton devint “Une possession valable pour la Nouvelle-France. J usqu’à cette époque,

Plaisance, village et port de mer de l'île de Terre-Neuve, avait été l'entrepôt général des

Louisbourg, ils résolurent de bâtir une ville et de la fortifier, Ces travaux de fortification durèrent vingt-cinq ans, de 1720, à 1745, et coûtèrent trente millions de francs. On y éleva six places d'armes et cinq batteries, sans compter celle qui fut érigée au cap Noir, en 1748, après le premier siège. Les remparts avaient trente-cinq pieds de hauteur ; les fossés étaient larges de quatre-vingt pieds.

Depuis l'établissement français, en 1713, jusqu'au second siège de

Louisbourg, les gouverneurs de l'Ile-Royale se succédérent dans l'ordre qui suit :

M. de Costabelle ....,,..,,,,,.... 1713-1718 M. de Saint-Ovide ..,..,,,,,,7777"7" 1718-1735 M. de Brouillan ..,.,,,..,,, 7°" 1735-1738 D A RNA écrase 1738-1740 BE RE 1740-1744 M. le major Duchambon ......:." "°°" 1744

(Durant l'occupation anglaise, après le premier siège, de 1745 à 1749, les gouverneurs furent Warren et Pepperell, le commodore Knowles et le colonel Hopson).

M. des Herbières ...,,,,..,.,,,...... 1749-1751 M. le comte de Raymond ......,... ..1751-1754 0e 1754

M. de Drucour ...,....... RTS Ne Ra ET 1754-1758

Les pêcheries étaient l'industrie principale des Français au Cap- Breton.

L'île Saint-Jean

L'île Saint-Jean, aujourd'hui Prince-Édouard, est très fertile de sol et très salubre de climat. Malgré ces avantages, la France ne la colonisa qu'après le traité d'Utrecht, et cela Pour se dédommager de la perte de l’Acadie et de Terre-Neuve.

Déjà Nicolas Denys en avait obtenu la concession, vers 1653, mais i! s’occupa uniquement de pêcheries et ne laissa après lui aucun établissement dans l'île. En 1719, une nouvelle concession de l'île Saint-Jean et de celle de Miscou fut faite à un comte nommé Saint-Pierre, premier écuyer de la duchesse d'Orléans. En 1720, ce dernier envoya, à titre de premier Souverneur, M. Gotteville de Belle-Isle qui arriva avec un groupe de colons. Avant cela, il n'y avait que deux familles de blancs dans l’île. De Belle-Isle Commanda jusqu'en 1730. Le chevalier de Pensens lui succéda dans l'administration et y exerça ses fonctions pendant deux ans. Il fut successivement remplacé par M. Eurry de la Pérelle (1732), M. du Hager (1736) et le chevalier Duchambon (1738).

Au cours de l’année 1735, un recensement constate un total de 81 familles établies dans l’île Saint-Jean. Leur premier missionnaire fut l'abbé de Breslay, prêtre de Saint-Sulpice.

Premier siège de Louisbourg

Quand les habitants des colonies anglaises virent sortir de terre, comme par enchantement, la nouvelle ville des Français au Cap-Breton, ils en furent alarmés. Louisbourg leur paraissait un refuge facile pour

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les corsaires français et une menace permanente pour le commerce et les pêcheries des États coloniaux.

En 1744, la nouvelle se répandit au Cap-Breton que la guerre avait été déclarée, en Europe, entre l'Angleterre et la France. Le commandant de Louisbourg envoya immédiatement, sous les ordres de du Vivier, une expédition Pour reprendre l'Acadie, Le petit fort de Canso fut capturé et réduit en cendres.

Du Vivier se rendit ensuite à Annapolis où Paul Mascarène était lieutenant-gouverneur. Les Acadiens ne voulurent pas se joindre à du Vivier ; aussi ce dernier fut-il forcé, après quelques escarmouches, de reprendre le chemin de 1 uisbourg.

Ce fut alors que l'avocat Shirley, gouverneur du Massachusetts, Proposa une attaque contre la capitale du Cap-Breton, 11 parvint à organiser une expédition qui fit voile vers le 23 mars 1745. Elle comptait, 4,070 hommes, sous le commandement du colonel Pepperell de Kittery et de Wolcott.

La flotte américaine arriva à Canseau dans les premiers jours d'avril et se vit dans l'impossibilité de s’avancer vers Louisbourg. Les glaces Couvraient la côte. 11 fallut attendre trois semaines. Ce retard fut utilement employé à l'exercice des troupes et au maniement des armes. Le jour où l'on se préparait à avancer vers ] uisbourg, le commodore Warren, qui revenait des Antilles, vint se joindre, avec ses trois gros Vaisseaux de guerre, au contingent des États coloniaux.

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