‹ L'histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours [microforme]Chapitre 19 sur 75 · SIÈGE DE LOU ISBOURG · texte numérisé non relu

SIÈGE DE LOU ISBOURG

La flotte anglaise entra dans la baie de Gaberousse, le 30 avril 1745. Les Anglais feignirent de se jeter à la Pointe-Platte ; mais, après une reculade, ils allèrent se jeter à l’anse de la Cormorandière (Freshwater Cove). Avant que la troupe française se fût portée à l’Anse-aux-Cor- Mmorans, les Anglais avaient opéré leur descente, sous le feu de leurs Propres canons. Pepperell établit son camp à quelques arpents de là, en arrière de la ville française. ce

Duchambon était alors 8ouverneur de Louisbourg ét il avait pour commissaire ordonnateur, François Bigot. Ce dernier était souverainement détesté par les officiers et les soldats. 11 avait forcé ceux-ci À travailler aux fortifications et avait négligé de payer le supplément de solde que ce travail leur valait. La sédition régnait depuis six mois

parmi les troupes francaises, ce qui les vouait inévitablement, à la défaite. Aussi, quarante-ncuf jours après le débarquement des Anglais, Duchambon capitula. Les termes de la capitulation furent signés le 15 juin 1745. Le 17, la garnison française sortit de Louisbourg, musique en tête, bannières au vent, l'arme au bras. Pepperell y entra à la même heure et prit possession de la ville, au nom des colonies et de l'Angleterre,

Les Français perdirent cinquante hommes ; cent furent blessés, Les Anglais, de leur côté, comptaient à peu près cent tués par les Français et quarante qui succombérent à des maladies contractées dans le cours de l'expédition.

Plus tard, 4,160 Français furent expédiés à La Rochelle, en France. Pendant l’année qui suivit la capitulation, les Anglo-Américains perdirent, par maladies diverses, près de 2,000 hommes, avant le retour des troupes à leurs foyers,

Il y avait dans la ville, à part l'église paroissiale, trois chapelles appartenant respectivement aux PP. Récollets, aux frères de la Charité et aux sœurs de la congrégation de Notre-Dame. Ces chapelles furent profanées, les couvents pillés au point que l'évêque de Québec ordonna des prières publiques pour réparer les odicuses profanations commises à la suite de ce premier siège de Louisbourg.

Les Abénakis et Je Père Rasles

Avant le traité d'Utrecht, il y avait déjà dans le pays des Abénaquis, un missionnaire français, rude montaguard du Jura, nommé Sébastien Rasles. Après le traité d'Utrecht, nous trouvons encore ce missionnaire à son poste où il demeura trente-sept ans, de 1687 à 1724. Cet apôtre de l'Évangile avait tellement la confiance des sauvages que des familles entières faisaient cent lieues pour avoir le bonheur d'entendre sa parole et de recevoir ses conseils.

A cette époque, les colonies anglaises désiraient beaucoup s'emparer du pays des Abénaquis, mais elles n’eurent jamais l'espoir d'en venir à bout tant que le P. Rasles serait au milieu de ces indigènes.

Deux mesures violentes prises par les gens de Boston vinrent enfin irriter les sauvages et amener la guerre. La première fut l'enlèvement du jeune baron de Saint-Castin, chef des Abénaquis, qui fut conduit à Boston et traité en criminel d'État. La seconde fut l'attaque du 24 août 1724, dans laquelle le P. Rasles fut tué. Sous une grêle de balles, le missionnaire tomba mort, au pied de Ja croix, devant son église, à trois heures du matin. Quelques heures après, quand les sauvages vinrent rendre les derniers devoirs au prêtre défunt, ils trouvérent son corps « percé de mille coups, sa chevelure enlevée, le crâne enfoncé à coups de hache, la bouche et les Yeux remplis de boue, les os des jambes fracassés et tous les membres mutilés ».

Cet assassinat eut son retentissem-nt dans toute l'Acadie. Il ne laissa pas que d'aigrir même les Acadiens contre les Bostonnais et il ne fut jamais oublié par les Abénaquis. Il sert non pas à justifier, mais à expliquer les actes de barbarie dont les sauvages, tant micmace qu'abénaquis, ont été fréquemment coupables envers les Anglais — actes que certains historiens ont attribués à l'influence des Français ou de leurs missionnaires.

L'expédition du duc d'Anville -— De Ramezay et de la Jonquière

Quelques succès remportés sur l'Angleterre, en Europe et dans les Indes, permirent à la France de songer au relèvement de ses affaires en Amérique. M. de Maurepas, ministre de la marine, résolut de reprendre Louisbourg et même de conquérir Boston, Une flotte, composée de onze vaisseaux et de trente transports montés par trois mille hommes de débarquement, fut préparée pendant l'hiver 1745-46 et mise sous les ordres du duc d'Anville, [Elle devait aborder à la rade de Chébouctou (Halifax), où six cents Canadiens et six cents sauvages, commandés par M. de Ramezay, viendraient l'attendre pour opérer avec elle,

Cet armement eut la plus triste fin. Assailli par des tempêtes continuelles, d'Anville perdit nombre de bâtiments dans une traversée qui dura quatre-vingt-six jours. Arrivé dans la rade d'} lalifax, au mois de septembre, il eut la douleur de voir une fièvre pestilentieile se déclarer dans son armée et lui enlever 2,400 hommes en dix jours. En sus, deux cents sauvages, atteints à leur tour, succombérent au fléau, D'Anville en mourut de chagrin, le 27 septembre. Un vent de malheur semblait s'être déchaîné contre cette expédition car, trois jours après, son successeur, M. d'Estournelle, pris de fièvre chaude, se perça de son épée.

M. de la Jonquière prit le commandement, mais il se hâta de fuir les rives empestées de Chébouctou. Avec quatre vaisseaux et le reste de l'armée, il partit pour assiéger Annapolis. Arrivé au Cap-Sable, une furieuse tempête dispersa ses navires et l'obligea de retourner en France.

A la suite de ce désastre, les Canadiens, demeurés seuls en Acadie, s'y maintinrent avec succès durant l'hiver suivant. Shirley, gouverneur #. Boston, envoya cinq cents hommes pour les déloger. Ceux-ci furent surpris dans leur campement d'hiver par les Canadiens et les sauvages, et ils furent battus à Grand-Pré, le 11 février 1747. Leur commandant, le colonel Noble, fut tué avec un grand nombre des siens. Les autres se rendirent au chevalier de la Corne qui les fit mener à Annapolis.

Une seconde expédition envoyée de France, sous les ordres de M. de la Jonquière, fut vaincue à la hauteur du cap Finistère, en Espagne, par une flotte anglaise, après cinq heures d'une vaillante résistance,

L'année suivante, en 1748, quand la guerre de la succession d’Autriche se termina par le traité d'Aix-la-Chapelle, une des clauses de ce traité rendit le Cap-Breton aux Français en échange de Madras qui revint aux Anglais.

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