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doit être attribuée à Jean-Baptiste Coptk, chef miemac de la mission du P. Lacorne.
Comme quelques Miemacs avaient voué une grande haine à Howe parce qu'il s'était un jour permis de proférer, dans un moment de colère, des insultes grossières contre la sainte Vierge, ils engagèrent Coptk à venger cette injure. Ce dernier était un homme féroce et dangereux, traître aux Français aussi bien qu'aux Anglais. L'abbé Leloutre prévint le capitaine Howe des desseins de vengeance des sauvages, mais celui-ci, qui poussait la bravoure jusqu'à l'excès, n'en tint aucun comple. Malheureusement, son peu de prudence lui coûta ia vie. Une nuit d'octobre, il fut attaqué, au bord de la rivière Missagouetche, par Coptk et quelques autres sauvages, et fut blessé mortellement. 1! mourut quelques jours plus tard.
À son tour, Pichon, l'auteur des « Mémoires sur le Canada », a fort calomnié l'abbé Leloutre, Aujourd'hui, les historiens judicieux, à quelque nationalité qu'ils appartiennent, reconnaissent que Pichon fut un personnage malhonnête et vil, et que ses racontars sont rarement dignes de foi.
Dévouement de l'abbé Leloutre
L'abbé Leloutre montra son dévouement aux Acadiens par les travaux auxquels il s'intéressa relativement aux marais de la baie de Chignectou.
Loin d'être le tyran des sauvages et des Acadiens ou l'ennemi des Anglais, il rendit constamment aux uns et aux autres tous les services et eut tous les égards que lui permettait sa position.
Le gouverneur Cornwallis avait offert cent livres sterling pour la tête de ce missionnaire ; cependant, les Micmacs, malgré leur convoitise proverbiale et la facilité qu'ils avaient de le tuer, n'ont jamais attenté à ses jours.
Dans le journal de M, de la Vallière, il est relaté que l'abbé Leloutre se transporta, un jour, au plus vite, sur une goélette anglaise échouée vis-à-vis de Beauséjour. Il venait d'apprendre que des Anglais étaient en danger entre les mains des sauvages. De son argent, il rachète ces prisonniers, se constitue leur gardien et reste sur le navire durant deux jours jusqu'à ce que les Anglais soient conduits sains et saufs au fort Laurence.
Quant aux Acadiens, ce missionnaire s’occupa d'eux d’une manière très charitable, non seulement à Chignectou, mais encore en France, après l'exode de 1755. Quand ces infortunés furent j"tés sur les côtes d'Angleterre et de France, après la pénible déportation que nous allons raconter dans les leçons suivantes, on vit l'abbé Leloutre sortir de la prison où les Anglais l'avaient relégué, courir à Versailles, dépenser le reste de son argent et de ses forces pour recueillir ces exilés, leur obtenir des dédommagements et aller enfin les installer sur des terres à Belle- Isle-en-Mer.
L'évêque de Québec lui fit une fois une verte réprimande dans une lettre, lorsqu'il lui reprocha de trop s'immiscer dans les difficultés entre Français et Anglais, et de manquer de prudence ; mais le même évêque modifia son sentiment, plus tard, quand il fut mieux renseigné. Dans une lettre écrite, en 1757, à l'abbé de l'Isle-Dieu, il exprime la grande
joie qu'il a ressentie en ap, ‘enant que l'abbé Leloutre vivait encore. Îl'en fait un grand éloge, le dit « irréprochable à tous égards, soit dans les fonctions de son ministère ou dans la part qu'il a eue dans le gouvernement du temporel de la colonie ».
S'il suivit une ou deux expéditions faites par les sauvages contre les Anglais,ce ne fut qu'après avoir épuisé inutilement tous les moyens de persuasion pour empêcher les indigènes de courir sus à l'ennemi, Il était convaincu que sa présence au milieu de ces farouches enfants des bois ne laisserait pas que de prévenir de nombreux actes de cruauté et de vengeance barbare.
État de la colonie à l'ile Saint-Jean — Siège de Beaubassin à Chignectou
Nous avons déjà vu, à la soixante-sixième leçon, que, en 1738, M. Duchambon était gouverneur de l'île Saint-Jean et qu'à cette époque, il y avait à peu près 81 familles dans l'île,
En 1745, quelques jours avant la chute de Louisbourg, Pepperell détacha un corps de 400 hommes et lesenvoya prendre possession des établissements de l'île Royale et de l'île Saint-Jean. Ce bataillon reçut l'ordre de tout détruire et d'enlever la population . Un débarquement se fit dans l'île Saint-Jean, aux T rois-Rivières (Georgetown), où les constructions de Roma et de sa compagnie furent incendiées. Au port Lajoie (Charlottetown), les Anglais exercèrent de semblables ravages. Cependant, ils éprouvèrent un échec à l'intérieur du pays. Là, ils eurent 24 hommes tués ou faits prisonniers par les sauvages et par la petite troupe de du Vivier. En 1746, M. de Montesson fit une expédition victorieuse contre deux vaisseaux de Buerre anglais qui étaient au port Lajoie. A cette époque, les habitants de l'île avaient beaucoup à souffrir de privations et d'inquiétude au sujet du sort qui les attendait, Toutefois, plus tard, ils conclurent avec le vainqueur une espèce de traité en vertu duquel il leur fut permis de revenir dans leurs maisons et d'y vivre en paix, pourvu qu'ils gardassent la neutralité et vendissent des provisions aux Anglais.
Ils vécurent ainsi jusqu'au traité d’Aix-la-Chapelle dont une des clsuses restitua l'île Saint-Jean à la France. En 1749, M. Denis de Bonaventure fut nommé gouverneur de l'île. I] eut sous ses ordres, au port Lajoie, une garnison de cent hommes. L'ile Saint-Jean relevait alors de l’île Royale et comptait à peu près 900 âmes. Cette même année, les colons de l'île Saint-Jean eurent le chagrin de voir leurs récoltes complètement ravagées par les sauterelles.
M. de Bonaventure fut remplacé par M. Villejoin.
Reddition de Beauséjour
A cette époque, le fort Beauséjour avait pour commandant Vergor, homme d'une réputation peu enviable. Parce que ce dernier était issu d'une bonne famille, l'intendant Bigot l'avait nommé à ce poste, mais Vergor r'2n usait que pour spéculer sur les vivres et marchandises envoyées par le gouvernement français à la garnison et aux pauvres réfugiés acadiens.
Au printemps de 1755, Vergor fut averti que des préparatifs se faisaient à Boston pour diriger une attaque contre Beaustjour. Il ne tint
‘aucun compte de cet avertissement.
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Dans la soirée du Premier juin 1755, une flotte portant deux mille hommes de troupes anglo-américaines commandées par le colonel Monckton, vint jeter l'ancre dans l'anse du Grand-Maringouin, à six milles de Beauséjour.
Vergor avait une garnison de 150 soldats et environ douze à quinze cents hommes en état de porter les armes. 11 demanda immédiatement des secours à Louisbourg et à Québec. Ilétait trop tard ; l'ennemi était aux portes.
Les Acadiens, par crainte de graves châtiments de la part des Anglais qui les réclamaient comme sujets britanniques, exigèrent de leur commandant des lettres attestant qu'il les forçait, sous peine de mort, à prendre les armes.
Le 2 juin, M ackton débarqua ses troupes et dressa son camp sur les glacis du fort Lawrence. Dans la matinée du 4, l'armée anglaise défila lelongde larive gauche du Missagouetche etremonta cette rivière jusqu’à Pont-à-Buote que l'officier de ce poste, M. de Baralou, avait détruit. Monckton refit le pont, réussit à traverser la rivière, malgré une fusillade bien nourrie des troupes régulières françaises, puis il alla camper sur un coteau boisé, à une demi-lieue de Beauséjour. :
Là les Anglais se mirent à l'œuvre pour transporter leurs matériaux de guerre et construire un pont de communication avec le fort Lawrence. Entretemps, il y eut des escarmouches. Dans la journée du 14, Vergor reçut une dépêche du chevalier Drucour lui annonçant qu’une flotte ennemic était en vue de Louisbourg et que la gar:ison de Beauséjour n'avait à attendre aucune assistance de l’île Royale.
Le 16, pendant que les officiers étaient à déjeuner dans une des casemates, une bombe éclata au-dessus d'eux, enfonça la voûte, tua ou blessa à mort sept personnes dont un officier anglais, Hay, fait prisonnier par les sauvages, quelques jours auparavant.
* Vergor ne crut pas devoir résister davantage : il capitula. Les articles de la reddition portaient : 1° que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre ; 2 qu'elle serait transportée à Louisbourg aux frais de l'Angleterre, et qu'elle ne servirait pas en Amérique durant l’espace
de six mois ; 3° que les Acadiens qui avaient pris les armes ne seraient pas inquiétés.