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DÉPORTATION DES ACADIENS ET ÉVÉNEMENTS DIVERS JUSQU'EN

Conventions et Réclamations

La sujétion des Acadiens de la Nouvelle-Écosse au gouvernement anglais était conditionnelle, Sous le Souverneur Philipps, ils avaient « promis et juré sincèrement, en foi de chrétiens, qu'ils seraient entièrement fidèles et obéiraient vraiment à Sa Majesté, ie roi Georges II, qu'ils reconnaissaient pour le souverain seigneur de l’Acadie», En retour,

on leur avait promis : « 10 qu'ils auraient le libre exercice de leur religion et pourraient avoir des missionnaires pour les instruire dans la religion catholique, apostolique et romaine ; 2 qu'ils ne seraient pas obligés de prendre les armes en temps de guerre ; 3° qu'ils demeureraient en possession de leurs biens ; 40 qu'ils seraient libres de vendre leurs propriétés, quand ils le jugeraient bon — Pourvu que cette vente fût faite à des sujets de la Grande-Bretagne ; 50 qu'ils pourraient se retirer et transporter avec eux le revenu de leur vente, sans aucun obstacle légal », Ces clauses avaient .été arrêtées entre Robert Wroth et les Acadiens : elles n'étaient, du reste que la confirmation du décret de la reine Anne,

Plusieurs historiens dignes de foi affirment que tandis que Philipps accordait ainsi aux Acadiens une promesse de neutralité, il laissait entendre au gouvernement anglais que le serment d'allégeance des Acadiens avait été prêté sans restriction. De là naquirent toutes les réclamations faites par les gouverneurs qui lui succédè ent. Surtout depuis la fondation de Halifax, les gouverneurs exigeaient à tout prix un serment sans réserve de la part des Acadiens.

Pendant que gouverneurs et Acadiens échangeaient des correspondances et avaient des entrevues peu satisfaisantes au sujet de l'allégeance, Shirley, gouverneur de Massachusetts, écrivit ce qui suit au colonel C. Lawrence, Souverneur de la Nouvelle-Écosse.

« Je vous prie de considérer à quels dangers sont exposés aujourd'hui les intérêts de Sa Majesté, à l'égard des Français neutres. Tout scrupule doit disparaître. Il est juste et nécessaire qu'on les chasse de la province, à moins que l'on ne prenne à leur égard de fortes sûretés autres que celles du serment ». Les Acadiens n'avaient plus qu'à attendre le dénouement fatal.

Assemblée dans l'église de Grand-Pré

Le 2 septembre 1755, Winslow et Murray, officiers supérieurs anglais, sommèérent, sous peine de confiscation de leurs biens, toute la population mâle de: environs de Grand-Pré jusqu i ans, de venir se rassembler à l'église de Grand-Pré, le vendredi, 5 septembre, pour entendre une communication importante du gouverneur. Les Acadiens ne soupçonnèrent pas le piège qui leur était tendu.

Le 5 septembre, à trois heures de l'après-midi, il se trouva, dans l'église de Grand-Pré, 418 Acadiens. Winslow leur déclara, au nom de Sa Majesté, qu'ils étaient tous prisonniers du Roi, que tous leurs biens étaient confisqués et qu'ils allaient être déportés dans des pays lointains. Il ajouta qu'il leur laissait le droit d'emporter leur argent et leurs effets. 11 leur donna l'assurance que les femmes et les enfants seraient embarqués avec eux et que l'on aurait soin, autant que possible, de réunir tous les membres de chaque famille sur le même navire.

Ces infortunés furent disséminés surtout dans le Massachusetts, la Pennsylvanie et le Maryland. Ilen fut débarqué plusieurs, cependant, dans les autres États. Quelques navires allérent les transporter même aux Antilles,

Un bou nombre de f ugitifs échappés de Beaubassin, de Memramcook, de Petitcodiac, de Chipoudy, de Cobequid, de Pigiguit et même de Port-Royal, passèrent à l'île Saint-Jean. Différents groupes restèrent cachés dans le haut des rivières de Memramcook, de Chipoudy et de Petitcodiac. Ils avaient avec tx l'abbé Le Guerne, le dernier

missionnaire resté dans l'Acadie française, après le départ de l'abbé Leloutre,

L'Expulsion des Acadiens devant l’histoire

D'après les études sérieuses qui ont été faites par les historiens les plus judicieux sur cette expatriation en bloc, il est suffisamment prouvé que la déportation des Acadiens fut un acte non nécessaire et injuste. En vertu du traité d'Utrecht, les Acadiens avaient reçu la permission de quitter la province dans l'espace d'un an. Ils firent quatre tentatives pour se retirer : premièrement, en engageant des navires anglais ; une deuxième fois, sur des navires français ; une autre fois, avec leurs Propres vaisseaux, et finalement, en sc coupant un chemin à travers les bois qui les séparaient de ce qu'on appelait alors l’Acadie française. Dans chaque cas, les Souverneurs anglais mirent des obstacles à leurs desseins.

Durant les quarante-deux ans de leur résidence dans l'Acadie anglaise ou Nouvelle-Écosse, ils envoyèrent des pétitions aux gouverneurs, au moins onze fois, pour obtenir la permission de quitter le pays. Les intérêts des Anglais exigeaient leur présence ; ils n'essuyèrent que des refus.

Durant le même intervalle de temps, pas un acte séditieux ne fut commis par eux, collectivement, ni même par une fraction notable de la population. Ils travaillérent aux fortifications d'Annapolis-Royal ; ils fournirent des provisions à la garnison anglaise, lorsqu'ils avaient ail-

tés ; 2 les Anglais ayant rompu la bonne foi des traités en retenant les Acadiens par force dans le Pays, ceux-ci n'étaient plus obligés au serment sans réserve ; 3° les Acadiens étaient souvent terrorisés par les Français du territoire appelé aujourd'hui Nouveau-Brunswick et aussi

Toutes ces raisons ne purent prévaloir et le drame de 1755 se déroula, comme nous venons de le dire, avec ses horreurs lamentables.

Dans la Puissance du Canada, les descendants des exilés de Grand- Pré sont aujourd'hui au nombre d'environ un quart de million. Ils sont tous sujets très loyaux de la Couronne anglaise, parce que les

temps sont changés et que celle-ci les traite avec plus de justice qu'autrefois.

Expéditions de Loudoun et de Holborne à Louisbourg

En 1757, une expédition fut organisée Pour reprendre Louisbourg. Lord Loudoun se rendit de New-York à Halifax, avec des navires et des soldats, De son côté, l'amiral Holborne fit la traversée de l'Océan, avec onze frégates et cinquante transports sur lesquels il avait six mille soldats. Pris de peur à Halifax, Loudoun abandonna son projet, . Holborne vint examiner les alentours de Louisbourg, mais il n'osa pas en faire l'attaque. Pour parler franc, les premiers officiers des forces anglaises étaient alors d'une incompétence proverbiale, Ilen fut autrement quand Pitt devint premier ministre au parlement anglais ; la face des choses changea complètement. Les hautes fonctions dans l'armée et dans la marine — au lieu d'être vendues pour de l'argent ou d'être le partage exclusif de la noblesse — furent confiées au mérite, à la bravoure et à l'habileté,

Ce fut alors que Pitt résolut de s'emparer non seulement de l'île Royale, mais aussi de faire la conquête du Canada, Il mit sur pied un armement formidable, L'attaque allait se faire simultanément à Louisbourg, à Carillon et au fort Duquesne.

Elle commença par Louisbourg. Les Anglais envoyérent une flotte de 150 voiles sous les ordres de l'amiral Boscawen et une armée de terre de 14,000 hommes. Le général Amherst était commandant en chef

WOLFE et il avait avec lui un colonel de rare bravoure dans la personne de James Wolfe, alors âgé de 34 ans.

La flotte entra dans la baie Gaberousse, le 2 juin. A cause d'une tempête, le débarquement fut retardé de plusieurs jours.

La ville de Louisbourg n'était pas préparée pour un siège. Ses remparts étaient en mauvais état, « écroulés en plusieurs endroits sous l'action de la gelée et des mauvais temps ». Il n'y avait qu'une casemate et une poudrière à l'abri des bombes. Les forces françaises se mon-

taient à 6,500 hommes, Y Compris les soldats, les miliciens et les Indiens.

Capitulation de Louisbourg — Déportation des Acadiens de l'ile Saint-Jean

Drucour, le gouverneur de Louisbourg, était un brave soldat décidé à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les fortifications de la ville étaient si mauvaises qu'il prit toutes les précautions possibles Pour empêcher le débarquement. Malheureusement, ses efforts n'eurent pas de succès à cause des rivalités qui existaient parmi les commandants de la flotte.

Les troupes de terre firent toutefois une défense héroïque. Les régiments de Bou

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canon contre les ennemis ; elle distribuait des récompenses aux artilleurs les plus adroits, visitait les blessés et relevait le courage de tous par des paroles bienveillantes.

Cependant, après une résistance de près de deux mois, le gouverneur se vit obligé de capituler. Les remparts étaient démolis, l'artillerie hors de service. Huit cents soldats avaient été tués ou blessés ; douze cents autres étaient malades. M. de Drucour n'eut qu'à accepter les cunditions du vainqueur.

L'île Saint-Jean éprouva les effets de la capitulation de Louisbourg dont elle était alors une dépendance. Après la chute de cette dernière place, l'amiral Boscawen CAvoya une partie de sa flotte pour incendier et détruire tous les établissements français des fles Royale et Saint- Jean, ainsi que de toutes les côtes du golfe Saint-Laurent. Lord Rollo et quelques autres officiers supérieurs furent chargés de cette triste besogne. Encore une fois, par ordre du vainqueur, des milliers d'Acadiens abandonnèrent leurs terres, juste au moment où les belles moissons de l'été promettaient le bien-être et l'abondance pour la saison d'hiver. Les scènes de Grand-Pré se renouvelaient et l’île Saint-Jean redevint déserte comme aux jours où Champlain et Denys l'explorèrent, pour la première fois, au siècle précédent.

Le Premier parlement canadien

Après la capitulation de Louisbourg, la garnison du fort fut faite prisonnière et conduite en Angleterre. Les Français de la ville et de l'Île Royale furent envoyés en France. Les Acadiens, qui étaient en petit nombre à Louisbourg et même dans l'île Royale, se dispersèrent Çà et là, les uns à l'île Madame, d'autres au Bras-d'Or et sur les côtes du nord-ouest de l'île. Il resta à peu près 700 âmes d'origine française sur l'île du Cap-Breton.

Vers cette époque, Belcher, le juge en chef de la ville d'Halifax, attira l'attention du gouverneur Lawrence sur les clauses de sa commission, lesquelles lui enjoignaient de convoquer une assemblée ou parlement pour l'administration des affaires de la province. Les lords du Bureau de Commerce, en Angleterre, lui firent la même injonction. En conséquence, le 7 octobre 1758, le premier parlement qui ait jamais été convoqué au Canada, s'ouvrit dans la ville d'Halifax. Ilse composait de vingt-deux membres.

Colons de la Nouvelle- Angleterre

Plus tard, Lawrence, voyant que les soldats anglais licenciés faisaient de pauvres colons, publia une proclamation aux fins de recruter des colons dans la Nouvelle-Angleterre et les inviter à s'établir sur lesterres désertes des Acadiens. Dans cette lettre, il promettait de bonnes concessions de terres à ceux qui viendraient se fixer sur le territoire fécond qui ceinture la baie de Fundy et ses affluents.

De 1759 à 1765, sept mille colons anglais émigrèrent de la Nouvelle- Angleterre pour passer dans l'ancienne Acadie. Un assez grand nombre d'émigrés vint aussi de l'Irlande, à cette époque, sous la direction du. fameux colonisateur, Alexander MeNutt.

Les rives du détroit de Northumberland, à la Nouvelle-Écosse, ne furent colonisées qu'en 1767, quand la « Compagnie de Philadelphie »

envoya des colons dans le territoire aujourd'hui appelé le comté de Pictou.

Quelques années plus tard, il y eut une forte immigration d'Écossais Highlanders dans ce même comté qui comptait déjà 500 âmes, en 1784.

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