MONTCALM BOUGAINVILLE
visionnements d'armes et de vivres tombérent en leur pouvoir. Maigré ces succès passagers, le Canada ne pouvait résister hien longtemps aux
forces considérables que l'Angieterre ne cessait d'envoyer en Amérique.
F: cé 4, VS
La colonie ne recevait presque rien de la France ct, à l'intérieur, le Canada était miné par l'inconduite des administrateurs.
Les plans de la France avaient été bien conçus : il lui manquait les ressources pour les réaliser, Même au milieu du dix-huitiéme siècle, nulle puissance européenne ne pouvait prétendre à un empire colonial stable, sans avoir une flotte redoutable en état de tenir la route ouverte entre la métropole et ses colonies et sans protéger sa marine marchande.
D'un autre côté, la politique continentale de la France constituait un obstacle à ses entreprises d'outre-mer. Jouer un rôle prépondérant en Europe, et, pour arriver à cette fin, abaisser la maison d'Autriche qui visait à l'empire du monde européen, tel fut l'objectif de Henri EV, de Richelieu, de Louis XIV et de Louis XV, durant une partie du règne de ce dernier. Cette ligne de conduite traditionnelle engageait la France dans des luttes incessantes, gouffre sans fond où disparaissaient ses ressources en hommes et en argent.
La réponse suivante du ministre Berryer à Bougainville qui lui demandait des secours, résume la situation : « Lorsque le feu est à la maison, disait le ministre, on ne peut guère songer aux écuries ». A travers le voile de l'avenir, l'importance du Canada était alors douteuse.
A l'automne de 1756, les Français, sous la direction de Montcalm, s'emparèrent du fort George établi à la tête du lac Saint-Sacrement, La garnison anglaise se défendit avec beaucoup de bravoure ; mais, au bout de six jours, force lui fut de capituler, Dans l'impossibilité de nourrir les prisonniers au nombre de 2,300, Montcalm se décida à les renvoyer, à condition qu'ils ne servissent pas contre la France, avant dix-huit mois. Cette belle victoire fut tachée. malheureusement, par la conduite barbare des sauvages, alliés des Français. Ces féroces enfants des bois tuérent et Mmassacrèrent un grand nombre de prisonniers anglais, et violèrent ainsi le droit des gens. Si les Anglais, en dépit des représentatiors qui leur furent faites par les généraux français, n'eussent pas donné tant de rhum aux sauvages, il est très probable qu'ils auraient eu moins à souffrir de la cruauté de ces barbares.
La bataille de Caritlon
Au printemps de 1758, Montcalm n'avait que six mille hommes pour faire face aux quarante mille que les Anglo-Américains venaient de fournir au général Abereromby. Celui-ci pouvait même, au besoin, compter sur un corps de réserve de vingt mille miliciens,
Pendant que M, de Drucourt capitulait à Louisbourg, comme nous l'avons vu à la 81e leçon, et que M. de Lignery, commandant du fort Duquesne, brûlait son fort plutôt que de le voir occupé par 6,000 hommes du général Forbes et du colonel Washington, les Français étaient un peu dédommagés de ces pertes par l'importante victoire de Carillon.
L'armée anglaise, commandée par le général Abercromby, s'élevait à 16,000 hommes. Montcalm vint défendre Carillon avec 3,600 hommes. Les Anglais marchèrent contre les retranchements français avec la confiance que donne toujours le nombre ; mais, malgré une lutte opiniâtre, ils furent repoussés. Abercromby perdit 5,000 hommes ; les Français eurent 377 hommes tués ou blessés, dont 37 officiers. C'est à cette bataille que le poète canadien, Octave Crémazie, a fait allusion dans un morceau de poésie bien inspirée, intitulé « Le Drapeau de Ca-
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rillon ». En voici une strophe dont l'ampleur poétique se marie bien avec l'excellente musique dont l’a revêtue Sabatier :
O Carillon, je te revois encore,
Non plus, hélas ! comime en ces jours bénis, Où, dans tes murs, la trompette sonore Pour te sauver nous avait réunis.
Je viens à toi, quand mon âme succombe Et sent déjà son courage faiblir :
Oui, près de toi, venant chercher ma tombe, Pour mon drapeau je viens ici mourir.
Après cci échec de Carillon, l'Angleterre résolut d'attaquer le Car:da sur trois points différents. Wolfe se transporterait de Louisbourg à Québec, Le général Amherst, successeur d'Abercromby, descendrait le lac Champlain et le Saint-Laurent pour se joindre à l'armée de Wolfe, tandis que le général Prideaux, avec des troupes régulières et des sauvages, s'avancerait vers les lacs et couperait toute communication avec
la Louisiane.
Wolie devant Québec
La flotte expéditionnaire de Wolfe parut devant Québec, le 27 juin 1759. Elle comprenait vingt vaisseaux, treize frégates et dix-huit transports : en tout, 18,009 marins et 10,000 hommes de débarquement.
Des retranchements s'élevaient de la ville jusqu'au saut de Montmorency. Les troupes françaises y prirent leur position. L'armée française était d'environ 12,000 hommes dont 3,500 réguliers. Le reste se composait de miliciens et de sauvages. Ayant débarqué une partie de ses troupes au bout de l'île d'Orléans, Wolfe cnvoya un détachement sur les hauteurs de la Pointe-Lévis, pour bombarder la ville, et un autre, à la côte du nord. Voyant qu'il ne pouvait réussir à faire sortir les Français de leurs retranchements et que Amherst, qui avait promis de le rejoindre par la voie du lac Champlain, ne parassait pas, Wolfe résolut de commencer l'attaque. Le gros de son armée étant passé à l'Ange-Gardien, Wolfe y fit élever des batteries. Le dernier jour de juillet, il se porta sur l'aile gauche des Français, au saut Montmorency, et l'assaillit avec 8,000 hommes soutenus par les batteries an- &laises qui ouvrirent, en même temps, leur feu. Les Français firent des décharges si rapides et si meurtrières que les colonnes anglaises furent jetées en désordre. Ce combat coûta 600 hommes aux Anglais. Du côté du lac Champlain, Amherst fut plus heureux. 11 obligea M. de Bourlamaque à faire sauter les forts Carillon et Saint-Frédéric. Sur les grands lacs, le général Prideaux força les Français d'abandonner les différentes garnisons du Portage, fort Machauit, Détroit, etc., jusqu'au fort de Niagara qui fut bientôt obligé de capituler, A Québec, comme la saison était déjà avancée, le général Wolfe résolut d'attaquer le marquis de Montcalm dans une position peu avantageuse aux Français. Un certain Daniel Stobo, prisonnier de guerre, indiqua à Wolfe un endroit où il lui était possible ‘attaquer les Français avec chance de succès. C'était l'anse du Foulon. Wolfe remonta le fleuve jusqu'au Cap-Rouge et débarqua, à l'improviste, dans l'anse indiquée. Le 12 septembre au matin, ses troupes étaient rangées en ordre de bataitie sur les piaines d'Abraham.
Combat sur les Plaines d'Abraham — Mort de deux héros
A cette nouvelle, Montcalm accourut aussitôt avec 4,500 hommes. Le général Wolfe l’attendait de pied ferme. Malgré tous les avis contraires qui lu: furent donnés, le marquis de Montcalm résolut de ne pas différer l'attaque. Les troupes anglaises étaient à peu près égales en
LE SIÈGE DE QUÉBEC nombre à celles des Français. Les Anglais restèrent maîtres du champ de bataille, »
Wolfe et Montcalm furent blessés mortellement durant l'action. Le premier ne vit pas même la fin du combat. Quand les troupes de
Montcalm, mises en déroute, cr «umencérent à battre en retraite, Wolfe entendit crier : « Ils fuient »! —— Qui ? demanda-t-il. — Les Français,
lui répondit-on. — Je meurs content, fut la réponse du héros, et il expira.
Ce fut en essayant de rallier ses soldats en désordre que Montcalm reçut une blessure mortelle, Malgré la violence du mal, il resta à cheval et, soutenu par deux grenadiers, il rentra dans la ville consternée, Il mourut le lendemain matin avec tous les sentiments d'un héros chrétien,
La perte des Français dans cette journée fatale s'éleva à près de 1000 hommes, ÿ compris 250 prisonniers. Les Anglais perdirent environ 700 hommes, au nombre desquels se trouvaient les Principaux officiers de l'armée.
Le chevalier de Lévis
Malgré la défaite essuyée sur les plaines d'Abraham, la ville de Québec n'était pas encore prise. Si Vaudreuil n'avait pas agi avec tant de Précipitation, l'issue de la bataille que nous venons de raconter aurait été très probablement différente, Il eut le tort d'abandonner son camp de Beauport et de se retirer à la rivière Jacques-Cartier, trente milles à l'ouest de Québec.
De Bougainville n'avait pas plus tôt appris la descente de Wolfe à l'anse au Foulon, qu'il était accouru sur les plaines d'Abraham. Quand il arriva, la bataille était terminée, et il dut se retirer à son poste, au Cap-Rouge.
Dans cette critique situation, il n'y avait plus qu'un homme qui pât sauver le Canada : c'était le chevalier de Lévis, résidant alors à Montréal. Le soir de la bataille des Plaines, Vaudreuil avait envoyé, en toute hâte, un courrier à Montréal, pour demander l'aide de Lévis. Celui-ci ne perdit pas de teups : il se mit en route pour Québec, Arrivé à la rivière Jacques-Cartier, il représenta au gouverneur Vaudreuil qu'il fallait ou brûler. la ville de Québee, ou, par une victoire Prompte, l'empêcher de tomber au pouvoir de l'enremi. 11 se mit immédiatement à la tête de l'armée et €AVOYa un message avertir M. de Ramezay, commandant de Québec, que des troupes françaises étaient en marche
Chevalier De LÉVIS pour le secourir. De plus, il contremanda
sans retard la folle retraite qui avait été ordonnée vers les Trois-Rivières. Comme -0 avant-garde allait traverser la rivière Saint-Charles, de Lévis apprit que Québec avait ca- Pitulé, la veille, avant l'arrivée de son messager, M, de Ramezay s'était découragé et, au grand étonnement des Anglais, avait arboré le pavillon blenc, Cet événement rendait impossible le dessein qu'on avait formé d'attuquer les Anglais, et M. de Lévis, souverainement indigné, se retira à Jacques-Cartier avec le gros de l'armée, décidé à reprendre Québec au printemps.
Capitulation de Québec — Bataille de Sainte-Foye — Murray, gouverneur
Par les conditions de la capitulation de Québec, il fut convenu que la Sarnison francaise sortirait de la vilie, avec les honneurs de la guerre, et
serait envoyée en France ; que les habitants conserveraient leurs biens, leur religion et ne seraient pas déportés comme les Acadiens. L'armée anglaise hiverna à Québec où le général Murray fut laissé à titre de gouverneur. Au printemps de 1760, M. de Vaudreuil réunit tout ce qui lui restait de troupes et donna le commandement de cette armée, composée de 6,000 hommes, au chevalier de Lévis, qui la fit marcher sur Québee, dans le dessein de s'en emparer.
Arrivé à Sainte-oye, près de Québec, M, de Lévis y rencontra le général Murray qui commandait une armée à peu près égale à la sienne. L'action s'engagea aussitôt, es Français et les Anglais déployérent beaucoup de bravoure. Murray, qui avait l'avantage d'une belle position, en avant des Buttes-à-Neveu, la perdit en s'avançant d'une manière téméraire, et son armée fut mise en déroute, 11 avait une forte artillerie qui resta entre les mains des vainqueurs. Les Anglais perdirent près de 1,500 hommes, et les Français, environ 800. Murray se retira à Québec, avec le reste de son armée, De Lévis commença tout de suite l'investissement de la ville, Ses préparations de siège étaient déjà bien avancées quand, dans la soirée du 15 mai, on vit deux vaisseaux anglais jeter l'ancre devant Québec, C'était l'avant-garde de huit ou dix vaisseaux qui montaient dans le golfe. La garnison anglaise poussa des hourras effrénés. De soncôté, de Lévis leva le siège et, avec son armée, il retourna à Montréal,
Après cette retraite du chevalier de Lévis, les Anglais résolurent de diriger vers Montréal les trois armées qui leur restaient, c'est-à-dire la flotte de Murray, le corps de troupes du brigadier Haviland, en station à Saint-Frédérie, et Amherst qui devait s'avancer de Chouagen vers Montréal, par la route du fort Lévis. Celui-ci, à la tête de 11,000 Anglais, fut obligé de faire halte, durant douze jours, devant les 309 soldats du brave capitaine Pouchot, lequel ne rendit le fort Lévis qu'après en avoir vu les remparts détruits et tous les ofliciers tués ou blessés,
Capitulation de Montréal
Le 8 septembre, les trois armées anglaises, comptant à peu près 18,000 hommes et soutenues par une bonne artillerie, se préparèrent à attaquer Montréal qui n'avait à leur opposer qu'une faible garnison de 3,500 hommes. La ville était entourée de pauvres murs : aussi M. de Vaudreuil, après avoir tenu un conseil de guerre, résolut de capituler aux meilleures conditions possible. Le général Amherst accorda la capitulation proposée, mais il refusa aux troupes les honneurs de la guerre. Le chevalier de Lévis se retira, dit-on, dans l'île Sainte-Hélène avec les 2,000 hommes qui lui restaient, et ne voulut point rendre honteusement son épée. Cependant, sur un ordre formel de M. de Vaudreuil, il posa les armes en commandant qu'on fit brûler les drapeaux —— ce qui fut exécuté sur-le-champ,
Par la capitulation de Montréal, les Canadiens gardèrent le libre exercice de leur religion : ils conservèrent aussi leurs lois et leurs propriétés. Toutes les places occupées par les Français furent évacuées sans délai et livrées aux troupes de Sa Majesté britannique. Les troupes françaises s'engagèrent aussi à ne point servir pendant ie reste de ia suerre. Elles devaient être transportées en France, de même que le gouverneur, l'intendant et leurs employés.
nm LS HR ë DA Red à :
oiisi passa de la domination de la France à celle de l'Angleterre une colonie françai we avait déjà un siècle et demi d'existence, une région aussi vaste que l “urope, appelée sans doute à renfermer, au cours des âges, une des grandes nations du monde.
TABLEAU CHRON OLOGIQUE
(Ce tableau comprend la succession des papes, des rois d'Angleterre et de France, les gouverneurs des provinces du Canada, divers relevés de la population, ainsi que la date des principaux événements qui se sont Passés au cours de cette période.)
ti, mm ne —…— —
Souverains Pontites Rois d'Angleterre Clément XI... 1700-1721 | Maison de Hannovre ou Bruns. Innocent X{11 1721172) wick.
Benoît XIII... 1724-1730 .
Clément XI "°° 1730-1740 | Ce0r8e 1 ............. mini …: 1740-1758 | orge IL ...,....,,., 1727-1760 Clément XIII "°°" 1758-1759 | George III... 1760 Rois de France Louis HE... nn 1643-1715 HS ee 1715-1774
Gouveseurs dé Canada 1714. M. de Ramesay, admini: -ateur.
1716. Marquis de Vaudr:uil.
1725. Baron de Longueuil, admsnistrateur.
1726. Marquis de Beauharnois.
1747. Comte de la Galissonnière. iministrateur. 1749, Marquis de la Jonquière.
1752. Baron de Longueuil.
1752. Marquis Duquesne de Mennsville. 1755. Marquis de Vaudrcuil-Cavagnal.
1760. Général Jeffrey Amherst. u
Gouverneurs de la Nouvelle: Écosse
1713. Général Francis Nicholson.
Colonel Sam Vetch, administrateur, 1717. Colonel Richard Philipps.
1725. Lawrence Armstrong.
1739, John Adams, administrateur, 1740. Major Paul Mascarene.
1749. Edward Cornwallis.
1752. Coionei Peregrine Hopson.
1753. Colonel C. Lawrence.
1760. J. Belcher, administrateur.
Dates importantes de la troisième époque
1719. Premier gouvernement anglais établi à la Nouvelle-Écosse.
1745. Louisbourg, Cap-Breton, est pris par les Anglais.
1748. ——— de Louisbourg à la France par le traité d'Aix-la- Chapelle,
1749, 21 juin. — La cité d'Halifax est fondée par lord Halifax, — Construction du fort Rouillé (Toronto),
1755. Expulsion des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.
1757. Les montagnes Rocheuses découvertes par l'expédition de Niverville,
1758. Prise définitive de Louisbourg par les Anglais.
1759. Capitulation de Québec.
1760. Capitulation de Montréal.
Population 1720. Nouvelle-France 1760. Nouvelle-France 1754,
CR
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